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Souvenir d’été

La présence militaire des Alliés en Allemagne avait mauvaise presse dans les années soixante dans une population qui, vingt ans après la guerre, la subissait en grognant. J’avais pour moi de pratiquer un peu la langue, ce qui me permettait de flâner en civil lors des permissions sans me faire repérer. Mes compagnons d’infortune, dépaysés, préféraient passer leurs dimanches à la caserne, où ils consacraient l’essentiel de leurs loisirs à ingurgiter des quantités effarantes de bière.

Quand il faisait beau j’allais à la piscine municipale de W…, superbe installation de plein air située au sein d’un parc verdoyant. Un jour de canicule je vis s’approcher de l’eau une jeune fille à la démarche chaloupée et à la croupe remarquable. N’ayant qu’une poitrine menue, tout se passait comme si la nature avait voulu compenser ce manque par des fesses somptueuses. Elle paradait ainsi à moitié nue, roulant sous le creux de sa cambrure deux robustes globes bronzés, d’un moule parfait, dont l’opulence était encore soulignée par la finesse de la taille et le galbe des cuisses. Le hasard l’emmena près de moi, et je nouai une aimable conversation avec l’adolescente. Je me surpris à être en verve sans savoir pourquoi.

Après avoir lézardé avec elle au soleil jusqu’au soir, je la raccompagnai jusqu’à sa porte, derrière laquelle j’étais interdit de séjour bien entendu. Elle me dit cependant de l’attendre devant sa maison, et s’y engouffra pour en ressortir peu après équipée d’une couverture. Elle m’entraîna dans les environs, et après avoir erré à tâtons dans une nuit d’encre elle jeta son dévolu sur un terrain vague, et posa la couverture à même le sol. Elle s’étendit, et m’invita à en faire autant. Au bout d’un déshabillage aussi précipité que sommaire nous nous saisîmes au milieu d’effluves citadines, et après quelques spasmes inondants nous nous quittâmes en nous promettant de nous retrouver dès que possible.

Au cours des semaines qui suivirent nous nous revîmes avec délectation, ayant pris le pli de nous accoupler dans les endroits les plus insolites et les positions les plus incongrues. Mais une fois la fraîcheur de l’automne revenue, son sens du confort finit par reprendre le dessus, et elle refusa de continuer à me voir dans des conditions aussi précaires. Comme je n’avais pas les moyens de lui offrir autre chose, notre idylle mourut avec l’été.

Je ne me souviens ni de son nom ni de son visage ni de ce qu’elle disait. Je ne me souviens que de l’objet qu’elle fut.

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