Le partage de la Palestine et la Commission Peel

En 1937 la Palestine était occupée par les britanniques, qui suite au démantèlement de l’Empire Ottoman avait reçu mandat de la Communauté Internationale d’administrer le pays jusqu’à ce qu’il se dote d’institutions qui le rende capable d’accéder à l’indépendance.

Il y avait en Palestine à cette époque quatre cent mille juifs et un million d’arabes. Sous la pression d’une flambée de violence entre les deux communautés, les britanniques formèrent une commission présidée par Lord William Peel, personnalité politique expérimentée, pour la charger d’examiner le conflit et faire des recommandations. Les conclusions de la Commission Peel furent déposées quelques mois plus tard, préconisant le partage de la Palestine en deux Etats, l’un juif et l’autre arabe. Ci-dessous la synthèse de quelques unes des idées maîtresses formulées par la Commission Peel en juillet 1937:

La Communauté Juive de Palestine est une réalité sur le terrain. Cette population a engendré des développements politiques, sociaux et économiques considérables et a permis l’émergence de centres urbains et industriels en Palestine. Les terres cultivées par les juifs étaient essentiellement des dunes ou des marais avant d’être mises en valeur par eux.

Le contraste entre le caractère démocratique et occidental de la Communauté Juive de Palestine comparé à celui de la communauté arabe est frappant. Il ne peut en aucun cas être question de fusion ou d’assimilation entre ces deux cultures. L’écart est énorme de tous points de vue, et continuera à grandir quoi que l’on fasse.

Les systèmes d’éducation juifs et arabes sont très différents. Les juifs ont une Université de grande qualité et les arabes n’en ont pas du tout.

Un conflit incoercible existe entre les deux communautés. Leurs aspirations sont incompatibles. Les arabes rêvent de revivre leur Age d’Or, et les juifs désirent déployer leur savoir-faire dans le cadre d’une souveraineté nationale.

Le Mandat Britannique consistant à administrer concurremment les deux communautés est devenu impossible. Sa mission ne peut être menée à bonne fin tant que le conflit entre juifs et arabes n’est pas réglé.

Les arabes de Palestine pourraient évoluer vers un gouvernement sur le modèle de l’Iraq ou de la Syrie. Les juifs quant à eux sont capables de se gouverner comme n’importe quelle société européenne avancée. Maintenir sous statut de colonie une société démocratique et éduquée telle que la Communauté Juive de Palestine serait irresponsable et malsain.

Le mal est si profond que le seul espoir de pacification entre juifs et arabes repose sur une intervention chirurgicale, c’est-à-dire une partition de la Palestine. Le problème ne peut être résolu en donnant à la fois aux juifs et aux arabes tout ce qu’ils désirent. Chaque communauté devra se satisfaire d’une partie de la Palestine parce qu’il serait injuste d’exiger que les uns soient soumis aux autres.

Le principe de la partition devra être basé sur la réalité démographique du moment. Dans certains cas il sera nécessaire de faire des échanges de territoires, et peut-être des échanges de population.

La partition signifie que chaque côté obtiendra ce qu’il considère comme le plus important, de telle sorte que les uns et les autres pourront se développer conformément à leurs aspirations et traditions. Les arabes pourront interagir d’égal à égal avec leurs pairs du Moyen Orient, et les juifs auront un Etat qui réalisera les espoirs du sionisme.

On ne peut qu’être atterré en constatant à quel point les éléments du conflit israélo-palestinien et ses solutions étaient déjà présents en 1937. Le rapport de la Commission Peel démontre en outre que l’avènement de l’Etat d’Israël est sans rapport avec la Shoah, mais que la Deuxième Guerre Mondiale a au contraire retardé l’avènement de l’Etat d’Israël, dont les institutions étaient prêtes depuis longtemps. Les années 1940-1945 furent un cataclysme qui a mis l’Histoire entre parenthèses, après quoi elle s’est remise en marche.

Les solutions proposées par la Commission Peel étaient toutes proportions gardées proches de celles auxquelles aspire Israël depuis les origines du projet sioniste. Il est terrible de se dire que sans l’intransigeance arabe non seulement le conflit israélo-palestinien aurait pu s’éteindre en 1937, mais qu’Israéliens et palestiniens vivraient aujourd’hui en bonne entente, et que des millions de juifs dont personne ne voulait en Europe auraient échappé aux nazis.

Le rapport Peel n’a rien perdu de son actualité sur le fond. Il n’est pas trop tard pour les principaux intéressés de le lire.

6 réflexions sur « Le partage de la Palestine et la Commission Peel »

  1. La Palestine a déjà été partagée unilatéralement par les Britaniques`en donnant “illégalement” la Trans-Jordanie aux Arabes. Partage arbitraire donnant 75% de la Palestine aux Arabes. Une seconde amputation des 25% restant est inadmissible. La seule solution juste et équitable pour parvenir a une “paix” juste et durable est d’entamer les pourparlers sur la seule base légale, c’est a dire les resolutions de la “Societé des Nations” regardant la Palestine. Quels sont les droits historiques, morales, légales et nationales des Arabes sur la Palestine? Non-existants!

  2. Bonjour

    http://www.akadem.org/photos/contextuels/4287_4_peel.pdf
    Vous avez raison de rappeler les termes « réalistes » de ce rapport sur le plan analytique, mais ce rapport Peel est une injure aux juifs sur le plan du partage qui avait été fait en 1920 à San Rémo:
    http://fr.givepeaceachance.info/video/
    Par ailleurs, la méthode qui consiste à partager en fonction du nombre d’habitants à un moment T, relève d’un raisonnement incomplet et injuste.
    BD

  3. Le conflit contemporain n’est qu’un avatar de la guerre de religion menée par l’Islam depuis la revelation mahometane.La revendication palestinienne n’est malheureusement pas geographique.La focalisation sur Jerusalem ,la negation permanente de la presence hebraique et juive precedant la conquête arabe,l’appropriation du lieu designé pour marquer l’alliance divine scellée au mont Sinaï,par la construction de mosquées ,cette focalisation prouve la nature de cette revendication.Elle est tout simplement l’eradication du Judaisme à l’echelle planetaire.
    La renaissance d’une Nation juive represente le danger existentiel pour les fidèles de la volonté conquerante et proselyte d’une religion supremaciste qui ne veut pas accepter la coeexistence pacifique et egalitaire des autres religions.
    La portion congrue de la Palestine biblique,celle que l’Angleterre fut chargée d’administrer,et dont amputèrent la plus grande partie orientale en creant la Transjordanie,cette portion rendue aux Juifs en 1947 fut contestée dès le partage.
    Rien,aucune concession territoriale ne conduira les Musulmans du monde entier dont les Palestiniens sont les pauvres otages maintenus dans un statut d’opprimés,à accepter une nation juive.Même installée en Patagonie ou sur la banquise antartique.

  4. Bonjour Daniel,

    En recontextualisant l’histoire du sionisme, je suis frappé par sa dimension humaine et
    moderne, souvent percu et stygmatisé comme un mouvement de colonisation classique,
    agressif et militaire.

    Je te conseille la lecture du livre de Tom Segev “One Palestine complete”, ou il analyse
    le rapport entre juifs, arabes et britaniques, à travers de nombreuses anecdotes (souvent
    tres amusantes), pendamt toute la periode du mandat.

    Le mouvement sioniste était un mouvement heteroclyte ou étaient représentées de façon
    democratique de nombreuses tendances. Lors du premier vote pour le Va’ad Leumi (autour de
    1905), il y avait 20 listes pour 20.000 votants!

    Contrairement à son prétendu archaisme, le sionisme a toujours été moderne, en
    absorbant, au fur et à mesure, beaucoup de de courrants differents (parfois
    contradictoires) vehiculés par les penseurs du moment (à commencer par le nationalisme,
    la democratie, le communisme, etc…), qui à chaque fois étaient des conceptes nouveaux
    et modernes. Les débats étaient souvent âpres et houleux.

    Au plus j’avance dans ma recherche, au plus je me rend compte que les
    sionistes était au fond des idéalistes, qui cherchaient à créer
    quelque chose de nouveau. Un mouvement presque naif, qui à aucun moment était persuadé de
    réussir ce projet fou.

    Tout en integrant ces differentes composantes, la ligne officielle de la direction du
    mouvement (ainsi que les actes posés sur le terrain) n’a pas toujours été claire. Le but
    ultime de créer un état sur une partie ou sur la totalité du territoire n’est affirmé
    qu’en termes tres vagues, ni integré à un quelconque calendrier (jusqu’en 1942 à
    Biltmore). Je parle toujours sur la ligne officielle et non pas sur les échanges de
    courriers ou opinions individuelles des protagonistes.

    Le souci pricipal du mouvement était de faire venir des juifs (d’Europe)
    afin de créer une majorité juive en Palestine. Ceci reaffirme la dimension democratique
    du mouvement qui cherche à obtenir une majorité juive afin d’assurer, lors de futures
    elections sur la totalité du territoire (arabes compris), une representation juive
    majoritaire (pour assurer le caractère juif d’un futur état). La ligne n’est donc pas de
    transferer des populations ou d’acquerir des territoires par la force.

    Ceci implique également qu’il n’a pas été envisagé par le mouvement sioniste de séparer
    le territoire en deux états. L’integrité territoriale de la Palestine n’a jamais été
    remise en cause jusqu’en 1937.

    C’est sous cet angle que la proposition de partition de la commission Peel était unique.
    Les sionistes ont été pris au dépourvu. On raconte que quand Ben Gourion à lu la
    proposition pour la première fois, il n’en croyait pas ses yeux, avant de tourner casaque
    et de s’y opposer.

    En oûtre, si tu regardes la dispersion des territoires acquis par le JNF sur une carte de
    la Palestine, il ne faut pas être un grand stratège militaire pour comprendre qu’il n’ont
    pas été choisis par souci strategique afin de lancer une offensive de grande envergure,
    mais par leur disponibilité.

    Bon w-e,

    Laurent

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