Israel et la laïcité

Yaïr Lapid est journaliste, chroniqueur, écrivain et animateur d’un magazine télévisé très prisé en Israël. C’est un surdoué de la communication, charismatique et consensuel, qui jouit d’une grande popularité et qui est suivi à la trace par les médias depuis son plus jeune âge, puisqu’il est fils d’une écrivaine et d’un politicien flamboyant. 

Yaïr Lapid vient de  démissionner de la chaine israélienne où il officiait pour annoncer qu’il allait désormais se consacrer à la politique. Les sondages le créditent déjà d’un grand nombre de mandats sur foi de son seul nom. Bien qu’il n’ait pas encore annoncé son programme, il est probable qu’il se réclamera du Centre, du libéralisme et de la laïcité, or cette vison du monde  coïncide avec celle d’une grande partie de l’électorat israélien, dont la classe moyenne. 

Le positionnement résolument laïc et sioniste de Yaïr Lapid est particulièrement intéressant, parce que si cet homme est emmené à jouer un jour un rôle important sur la scène politique, le renforcement de la laïcité en Israël pourrait être déterminant pour l’avenir du pays, non seulement au plan spirituel et socio-économique, mais aussi à celui du conflit israélo-palestinien. Electron libre, il est improbable que Yaïr Lapid se laisse intimider par les extrémistes de quel bord que ce soit. 

L’Etat Juif tel que le voyaient les fondateurs du sionisme  était essentiellement laïc. La laïcité était pour eux une synthèse entre l’humanisme et le judaïsme. Quant à la pratique religieuse, le mouvement sioniste des origines la considérait comme faisant partie du patrimoine culturel, mais pas comme une condition essentielle de la judéité. L’on assiste d’ailleurs en Israël au paradoxe qui fait que  beaucoup d’immigrants peuvent faire appel à la Loi du Retour en invoquant qu’ils sont juifs, bien qu’ils ne soient pas considérés comme tels du point de vue religieux.

La laïcité, en Israël comme ailleurs, pose que dans une démocratie les lois ne sauraient découler d’autre chose que de décisions humaines. Elle intègre et reconnaît certes le fait culturel de la Tora, pour autant que cela soit compatible avec la modernité. C’est le cas des fêtes juives, qui sont devenues des fêtes nationales, un peu comme les fêtes chrétiennes en France qui font partie du paysage culturel malgré la stricte laïcité de la République.

Il y a depuis trois siècles  de nombreux courants dans le judaïsme, or ce pluralisme constitue sa richesse. De nos jours la plupart des juifs en Israël ne sont pas pratiquants, mais leur judaïsme se manifeste néanmoins par l’attachement aux traditions, au calendrier juif, à la littérature et à la langue hébraïque, et à l’immense corpus littéraire associé à la Thora qui n’en finit pas de croitre. 

Les laïcs démontrent en Israël qu’il existe un judaïsme vivant mais dissocié de la pratique religieuse. Le siècle des Lumières a imprimé un tournant décisif au judaïsme, qui de  Spinoza à Levinas, en passant par Freud et Kafka, s’est autorisé une lecture renouvellée des sources juives. C’est sous ce signe qu’Israël est entré dans l’histoire contemporaine, mais sans renier son long passé. Par exemple, il est courant que les jugements émis par les tribunaux israéliens fassent référence dans leurs attendus à la fois à la loi anglo-saxonne  et au Talmud.

La religion, tout  comme l’art, est une affaire qui relève de l’imagination, et non de la raison. Cependant  il n’y a ni opposition ni incompatibilité entre l’imagination et la raison, parce qu’aucun cerveau humain ne saurait fonctionner sans la combinaison de l’une et de l’autre. Mais dès lors qu’il est établi que le sentiment religieux relève de l’imagination, il est impératif que chacun en conçoive les limites et la subjectivité.

En conséquence, seule la raison est susceptible de mettre les hommes d’accord autour d’un minimum de dénominateurs communs. Cependant la raison ne suffit pas pour forger un consensus. Il faut aussi une morale, or le Talmud dit explicitement que la morale précède la Thora, ce qui signifie que la morale est une condition préalable à la pratique religieuse, et non l’inverse.

La laïcité, c’est cela.

12 réflexions sur « Israel et la laïcité »

  1. La laicité est un droit de pratiquer une religion ou de ne pas le faire,dans un cadre de sricte egalité entre les citoyens.Malheureusement elle est souvent confondue avec l’assimiliation aux moeurs et coutumes d’une majorité evidemment tolerante.
    Si des Juifs n’avaient pas gardé une foi intacte en leur religion et la volonté de se plier aux lois de la Torah,les fondateurs de l’Israel renaissant en 1948 n’auraient pas existé en tant que Juifs depuis longtemps.Le sionisme n’est que l’expression politique et patriotique du Judaisme.Il ne peut survivre qu’en protegeant les croyants pratiquants mais en même temps en leur imposant des limites à la legislation theologique.
    Malheureusement,les Israeliens laiques confondent la caractère juif de leur Etat avec celui metissé que les Occidentaux semblent accepter sans se rendre compte que l’abandon du christianisme ouvre la voie à une islamisation triomphante qui refutera toute coexistence egalitaire.
    Lapid,tout comme les fanatiques du droit de l’hommisme ont une vision du sionisme pervertie par leur mepris du judaisme,qui abolit la réalité de l’histoire et des exigences des peuples qui nous assiègent.

  2. Yair Lapid, est en fait, un élément intéressant sur la scène politique, mais, ne va-t-il pas très vite “lapider” son potentiel électorat??
    pour évoluer, il doit faire ses preuves au sein d’un parti; se lancer tout seul avec pour projet principal le thème de la laïcité, est une grave erreur de sa part. Car, si les deux partis principaux le voulaient, depuis longtemps déjà, auraient pu vraiment en finir et légiférer de sorte de sortir totalement les partis religieux. Il s’avère que nous ne sommes pas encore mûrs pour cela ou que nous ne sommes pas arrivés encore à brandir: au delà de cette limite, le ticket n’est plus valable. La société israelienne veut compenser toutes les tendances et survivre malgré tout avec tous. Beaucoup de grands de ce petit pays, Dayan, Weitzman, “Abuhatzira”, se sont lancés et ont essayé d’atteindre un certain electorat et se sont fracassés. Lapid, en sera-t-il encore un de trop?? L’avenir nous le dira. Quant au problème¨de la laïcité, en Israel, la solution se fera tout normalement quand on aura d’autres chats à fouetter,pour l’instant, nul besoin d’une guerre fraticide,l’ennemi est encore à nos portes.

  3. Yair Lapid: “Ou est passé tout l’argent”

    Cette question a ete posee par Yair Lapid concernant le budget en Israel qui est tres tres mal divise: je suppose que la reponse concernant les endroits ou pourraient se trouver l’argent est claire: l’argent est dans les colonies et dans les Yechivot.

    Mais que savons-nous de plus concernant la platforme politique de Yair Lapid? En fait …………… RIEN.

    Ce qui est interessant est le fait de lire les sondages qui prevoient a Yair Lapid environ 15 mandants: c.a.d. qu’il prendra des voix de Kadima, de Meretz et du parti Travailliste.

    Kadima – un parti tout a fait divise, ou 4 candidats se presenteront au mois de Mars pour etre a la tete du parti sera problablement le parti le plus “touche” par l’entree de Yair Lapid dans la “jungle” politique d’Israel.

    Meretz – un parti qui est suppose representer les droits humains est tout a fait impuissant depuis presque 10 ans. Nous connaissons deja un cas ou Yael German, la Maire “mythologique” d’Herzliya – depuis des dizaines d’annees LA representante de Meretz – ira avec Yair.

    Le parti Travailliste – aujourd’hui dirige par Shelly Yechimowitz aura plus de mandats aux prochaines elections, mais etre social-democrate n’est plus un “trend”: en Israel 2012. C’est “beau” de se faire appeler “social-democrate” mais Israel est un pays qui admire les “Taycoons” et dont chacun reve d’en devenir un jour.

    Yair Lapid est beau, il est entre dans le concensus grace a son “look”, ses capacites verbales et epistolaires et probablement du au fait qu’il est le fils de son (feu) pere.

    En ce qui concerne ses tendances religieuses, nous savons que Yair est un homme laique.

    Pour aller en arriere, il faut avouer la grande erreur qu’avait fait Ben-Gourion en n’ayant pas pris en consideration le secteur religieux qui s’est agrandi et multiplie d’une maniere presque “effrayante”. Je doute que Yair Lapid sera capable de rectifier cet “oubli” de Ben-Gourion en essayant de faire des changements dans les divers secteurs des communautes religieuses en Israel.

    Pour conclure: Le parti que Yair va créer (il n’a pas encore de nom – pourtant (je repete) on lui prevoit +/- 15 mandats sera un parti comme Rafi, Dash, Tsomet, Shinouy, les Gimlaims et qui existera une ou deux cadences mais qui disparaitra apres.

    Les citoyens d’Israel ont besoin de ces changements frequents, vu que TOUS les gouvernements jusqu’à present ont fait des promesses AVANT les elections, quand apres…………………… pratiquement aucune promesse n’a ete tenue. Prenez comme exemple les dernieres elections ou personellement j’ai vote pour Ehud Barak et aujourd’hui……………… regardez ou il setrouve, Ehud.

  4. Bonjour,

    Je suis directement concerné par l’exposition de ce point de vue dominant israélien car bien que non juif halakhiquement, je me sens juif. C’est bien plus qu’un caprice ou une souffrance identitaire.

    En effet, ma famille est juive bien par ailleurs personne autour de moi n’étant chrétien, il est donc tout à faire normal que je me sente juif. Surtout que en tant que tel nous aimons les livres l’histoire et nous savons tous qui nous sommes grâce à un certain bagage culturel bien plus important que les religieux mac do(je pense d’ailleurs que cette comparaison est péjorative pour …mac donald) que l’on trouve un peut partout.

    Ces derniers ont historiquement été contre Israël et se sont découvert un côté sioniste sur le tard une fois que tout était sécurisé avec notre sang uniquement pour aller s’isoler dans les territoires ou bien à mea sharim (et oui ils sont quand même identiques) en se considérant comme “les seuls vrais juifs”.

    Pourtant nous sommes peut-être des centaines de milliers comme moi en Israël qui rêvons d’un avenir meilleur sur terre , un avenir bâtit par nos mains et non pas par des génuflexion alimentaires ou vestimentaires (voire pire).
    Cela a déjà marché , çà marche encore les derniers arrivants de l’ex-urss on propulsé le pays au plus haut des standards de la technologie et permettrons à Israël de tenir tête aux missiles et attaques informatique de toute sorte.

    Qu’on a répondre à çà les religieux? : rien comme ils n’ont jamais répondu des millions de morts qu’ils ont laissé se consumer dans les fours.

    Ma déclaration de guerre finale contre “les religieux” : c’est que nous les juifs ne sommes pas uniques.
    Nous avons des cousins : LES HAKKA en chine http://fr.wikipedia.org/wiki/Hakka

    Ils ont un destin tout aussi prestigieux, grand dirigeants utopistes et efficaces, diaspora et sans avoir besoin d’une religion spéciale.

    les hakka nous le démontrent : ce n’est donc pas la religion qui fait le juif mais bien sont histoire, comme tout les peuples.

    Le nier est génocidaire, les raisons pour lesquelles les religieux apprécient particulièrement les convertis est tout simplement qu’ils n’ont aucune conscience du peuple juif. Ils nous ont laissé sans pays pendant 2000 ans et plus , nous ont livré aux nazis et peuvent nous faire perdre Israël.

    Ils n’ont souvent aucune conscience du peuple, ils le laisserons se faire détruire à nouveau en prétextant une punition divine et autre “mektoub” quelconque alors s’ils ont quelque chose à voir avec le destin du peuple juif que l’on s’en protège

    ……pour bien les connaitre…..Protège moi des mes amis, mes ennemis:

    Je m’en charge.

  5. Le problème qui nous est posé n’est pas de trouver l’homme charismatique venu realiser des ambitions personnelles mais celui qui peut les surmonter pour ne se consacrer qu’à la tâche difficile de preserver
    notre independance et notre unité.Notre peuple ne peut confier son destin à un religieux sourd à la revendication de liberté individuelle pas plus qu’à un athée aveugle à l’importance de la tradition religieuse dans notre survie millenaire.
    Qui peut ignorer que les persecuteurs de toutes les époques n’ont fait aucune distinction,le Juif converti restant le Juif eternel.

  6. Pour moi la thora est le premier livre laïque en ce sens qu’il abolit l’idolâtrie, le sacrifice humain et qu’il dépersonnalise les divinités en les remplaçant par l’éternel (YHVH) face au mortel. Ce n’est pas le mortel qui régit le monde, mais c’est un principe éternel qui régit le monde.
    En 5772 ans la technologie a fort évolué mais l’homme est resté identique. La force de la bible est que tous les interdits décrits sont basés sur des constatations qui n’ont pas changé: l’inceste provoque des malformations, le sang peut véhiculer des facteurs infectieux (touma)etc… et les hommes restent tout autant prévisible face aux injustices: vol, viol, meurtres etc…
    Il a été proposé par un humoriste d’instaurer les principes de la thora tels qu’ils sont appliqués en Israël dans le monde Arabe pour arriver à un Moyen-Orient plus pacifique…. 🙂

    1. Je suis assez d’accord avec vous sur le fond. D’une certaine manière le judaïsme consiste à rendre l’homme la liberté dont l’idolâtrie le privait. Dans ces conditions-là Dieu relève de la spéculation philosophique et non de la réalité du monde.

  7. C’est une belle formule “rendre à l’homme la liberté dont l’idolâtrie le privait”
    J’aimerais étendre le terme “idolâtrie” à toute dévotion qui fait primer le moyen sur le but. Par exemple adorer l’argent au lieu d’apprécier ce que l’argent peut faire. Par exemple comme disait Mao montrer la lune et ne voir que le doigt. Ou appliquer la lettre sans comprendre l’esprit…

  8. Cela ne suffit pas d etre un croyant mais il faut etre un sachant aussi! Creation= Createur=but a la creation.
    Yair lapid un beau mec mais si il met de nouveau la faute sur les religieux c est un beau con!

  9. Les laïcs démontrent en Israël qu’il existe un judaïsme vivant mais dissocié de la pratique religieuse.
    Pas possible de dissocie! NAASE ve nischma! Chacun a son echelle evidamment!

    1. Personne n’a de droits d’auteur sur le judaïsme. Le judaïsme relève d’une continuité historique et culturelle d’une grande variété, mais ce qui unit les juifs est le sentiment d’appartenance à un peuple, et non à une religion.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *