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Morale ou Nature

Si l’être humain était naturellement moral, il suffirait d’analyser  son comportement de manière méthodique, et de cerner ses dispositions à l’empathie.  Il s’agirait alors d’organiser la société de manière à promouvoir cette aptitude, et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

En réalité, le vocable “naturellement moral” est antinomique, parce que la morale relève du libre arbitre, et la nature de ses  lois. Il y a donc d’un côté la nature, et d’un autre côté la morale. Non seulement ces notions ne peuvent être associées, mais elles sont  la plupart du temps en conflit l’une avec l’autre.

Considérer que la morale fait corps avec la nature revient à lui attribuer une fonction politique. En réalité la morale ne saurait être soumise à le collectivité  et peut même lui être opposée. Ce serait  plutôt à la société d’être soumise à la morale, si tant est que l’on puisse trouver une définition qui satisfasse tout le monde. C’est la tentation kantienne, mais c’est un échec autant du point de vue conceptuel que de son application.

Bien que l’on arrive à organiser la société autour d’un système de valeurs, ce n’est jamais qu’un consensus sans fondement autre que le consensus lui-même, qui à son tour relève d’un choix et non d’une nécessité. Vu sous cette angle, la morale repose sur une tautologie:  les hommes décident de valeurs, les déclarent sacrées, et se les prescrivent ensuite à eux-mêmes.

La morale est une valeur, or les valeurs, contrairement aux nécessités de la vie, ne s’ imposent à l’homme d’aucune manière et ne sont pas indispensables. Elles ne reposent ni sur des démonstrations ni sur un prétendu impératif catégorique. Elles sont l’expression de décisions indépendantes de toute considération qui ne relève pas du libre arbitre.

Considérons ce passage de “La Chute” de Camus:  «Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement.»

La question de l’altérite surgit dès que la personne humaine prend conscience de soi-même comme objet distinct du reste du monde. La morale ressort ensuite de l’obligation de décider de son rapport à l’autre, aux autres, mais n’est pas une entreprise collective. L’on peut bien entendu étayer ses décisions, et même les partager avec d’autres, mais d’argument en argument on n’arrive jamais à en établir le bien-fondé de manière irréfutable.

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