{"id":6293,"date":"2025-05-02T10:08:25","date_gmt":"2025-05-02T10:08:25","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=6293"},"modified":"2025-05-13T04:48:02","modified_gmt":"2025-05-13T04:48:02","slug":"repenser-la-democratie-israelienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/05\/02\/repenser-la-democratie-israelienne\/","title":{"rendered":"Repenser la d\u00e9mocratie isra\u00e9lienne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Isra\u00ebl traverse une crise institutionnelle r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une anomalie constitutionnelle : un pouvoir judiciaire puissant dans un \u00c9tat d\u00e9pourvu de Constitution. Au fil des d\u00e9cennies, la Cour supr\u00eame s\u2019est arrog\u00e9 un r\u00f4le central dans l\u2019arbitrage des lois, des nominations et des d\u00e9cisions gouvernementales. Cette \u00e9volution fut impuls\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990 par Aharon Barak, th\u00e9oricien d\u2019un gouvernement des juges fond\u00e9 sur une interpr\u00e9tation extensive des droits fondamentaux. Cela a conduit \u00e0 une asym\u00e9trie consistant\u00a0 \u00e0 ce que le judiciaire exerce une h\u00e9g\u00e9monie sur les autres pouvoirs, sans r\u00e9el contrepoids.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce constat d\u00e9passe les clivages partisans. De nombreux responsables, \u00e0 gauche comme \u00e0 droite, reconnaissent la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser l\u2019\u00e9quilibre entre les pouvoirs. Pourtant, la r\u00e9forme actuellement port\u00e9e par le gouvernement n\u2019est pas guid\u00e9e par un esprit de r\u00e9\u00e9quilibrage, mais par une logique de repr\u00e9sailles. Le but n\u2019est pas de restaurer un ordre constitutionnel plus juste, mais de neutraliser une institution per\u00e7ue comme hostile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une r\u00e9forme authentique ne peut r\u00e9ussir que si elle proc\u00e8de d\u2019un consensus et d\u2019une volont\u00e9 de refonder l\u2019architecture des pouvoirs publics. Le projet gouvernemental n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de concertation, ni accompagn\u00e9 de garanties, ni articul\u00e9 autour d&#8217;une vision coh\u00e9rente de l\u2019avenir institutionnel. Il rel\u00e8ve du ressentiment, du d\u00e9sir de revanche, de la volont\u00e9 de conqu\u00eate, et non pas d\u2019une r\u00e9forme lucide et structurante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est raisonnable de s\u2019opposer \u00e0 la r\u00e9forme dans sa tournure actuelle, sans pour autant nourrir d\u2019illusions sur la puret\u00e9 des intentions de certains opposants. Nombreux sont ceux, parmi les protestataires, qui ont contribu\u00e9 \u00e0 fragiliser la d\u00e9mocratie isra\u00e9lienne en contestant la l\u00e9gitimit\u00e9 du vote lorsque le r\u00e9sultat ne leur convenait pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le v\u00e9ritable clivage ne passe ni entre gauche et droite, ni entre religieux et la\u00efcs. Il oppose ceux qui acceptent les r\u00e8gles du jeu d\u00e9mocratique \u2014 avec tout ce qu\u2019elles impliquent d\u2019alternance, de patience, d\u2019imperfection \u2014 \u00e0 ceux qui les manipulent pour forcer le destin. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ceux qui con\u00e7oivent la d\u00e9mocratie comme un cadre, un processus ; de l\u2019autre, ceux qui n\u2019y voient qu\u2019un instrument.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9fendre la Cour supr\u00eame par principe ou sanctuariser le statu quo institutionnel n\u2019est pas le bon chemin. Ce qu\u2019il faut refuser, c\u2019est une r\u00e9forme impos\u00e9e sous la contrainte, une l\u00e9gislation dict\u00e9e par l\u2019esprit de revanche, une gouvernance tourn\u00e9e contre l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce sens, la crise d\u00e9passe le cadre juridique. Elle r\u00e9v\u00e8le une fracture morale, politique et culturelle au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui ne partage plus d\u2019horizon commun. Le danger, c\u2019est que le corps politique ne tienne plus que par des haines crois\u00e9es et par l\u2019usure des institutions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce climat, mieux vaut plaider pour une r\u00e9forme sans ressentiment, pour un droit affranchi du dogmatisme. La crise actuelle est le fruit de l\u2019affaissement du politique, d\u2019une polarisation, d\u2019un discr\u00e9dit r\u00e9ciproque devenu structurel. Elle t\u00e9moigne d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui ne croit plus au bien commun au-del\u00e0 des appartenances partisanes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t que de choisir un camp contre un autre, il faut rejeter la logique des camps. Emp\u00eacher que la justice soit instrumentalis\u00e9e \u00e0 des fins de d\u00e9stabilisation ou de domination. Le seul chemin viable passe par un retour au s\u00e9rieux politique. Cela suppose du courage et une volont\u00e9 affirm\u00e9e de r\u00e9tablir la l\u00e9gitimit\u00e9 des institutions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour permettre une refondation, il est indispensable de sortir de l\u2019hyst\u00e9risation permanente. La politique est devenue un th\u00e9\u00e2tre d\u2019indignation continue, o\u00f9 chaque d\u00e9bat tourne au proc\u00e8s, chaque d\u00e9saccord \u00e0 la crise existentielle. Il est temps de retrouver le sens de la mesure, de red\u00e9couvrir les vertus de l\u2019\u00e9coute et de la lenteur d\u00e9lib\u00e9rative. La d\u00e9mocratie, c\u2019est l\u2019art de vivre avec des d\u00e9saccords irr\u00e9ductibles sans basculer dans la destruction mutuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La situation actuelle appelle un effort pour repenser la s\u00e9paration effective des pouvoirs. La singularit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl \u2014 \u00c9tat sans Constitution \u2014 impose des solutions sp\u00e9cifiques, enracin\u00e9es dans sa r\u00e9alit\u00e9 historique, sociale et politique. Aucun mod\u00e8le import\u00e9 ne peut \u00eatre appliqu\u00e9 sans discernement. La r\u00e9forme doit \u00eatre isra\u00e9lienne dans son esprit, dans ses formes et dans ses compromis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient donc de lib\u00e9rer le d\u00e9bat \u00e0 la fois du juridisme abstrait et du populisme vindicatif. L\u2019enjeu n\u2019est pas de trancher entre la Knesset et la Cour pour savoir qui incarne la d\u00e9mocratie, mais de reconna\u00eetre que l\u2019une ne peut fonctionner sans l\u2019autre. Un Parlement sans garde-fous risque de basculer dans la tyrannie de la majorit\u00e9 ; une Cour priv\u00e9e de l\u00e9gitimit\u00e9 populaire peut d\u00e9river vers un gouvernement des juges. La d\u00e9mocratie repose sur une tension f\u00e9conde entre souverainet\u00e9 populaire et limitation du pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui fait d\u00e9faut aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas une id\u00e9ologie, mais une maturit\u00e9 politique : celle qui admet que le d\u00e9saccord n\u2019est pas une trahison, que la complexit\u00e9 n\u2019est pas une faiblesse. La soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne doit r\u00e9apprendre \u00e0 parler une langue qui ne sacrifie ni la justice \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9, ni l\u2019autorit\u00e9 \u00e0 la popularit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 l\u2019enlisement institutionnel, \u00e0 la tentation autoritaire comme \u00e0 la crispation judiciaire, les alternatives doivent \u00eatre audibles et cr\u00e9dibles. Cela suppose des voix capables de tenir bon, de faire preuve de raison. Des voix qui ne cherchent ni la puret\u00e9 id\u00e9ologique, ni la victoire partisane, mais la stabilit\u00e9 de r\u00e8gles partag\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Isra\u00ebl est \u00e0 la fois un \u00c9tat juif et d\u00e9mocratique. Cette double d\u00e9finition, affirm\u00e9e d\u00e8s l\u2019origine, demeure fragile. Trop souvent la religion a \u00e9t\u00e9 moins un facteur de sens qu\u2019un levier de pouvoir ; moins une source d\u2019unit\u00e9 qu\u2019un ferment de division. La crise actuelle met en lumi\u00e8re les effets de l\u2019enchev\u00eatrement des institutions religieuses et de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sence du religieux dans l\u2019espace public est l\u00e9gitime, mais le juda\u00efsme n\u2019est pas seulement une foi : c\u2019est aussi une culture, une m\u00e9moire, une histoire. Il doit pouvoir s\u2019exprimer librement, sans \u00eatre confisqu\u00e9 par une orthodoxie institutionnalis\u00e9e. Quand une seule lecture du juda\u00efsme devient officielle, quand l\u2019appareil religieux est soumis \u00e0 l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, c\u2019est la d\u00e9mocratie qui en souffre \u2014 et la religion elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u00e9parer la religion de l\u2019\u00c9tat ne revient pas \u00e0 l\u2019exclure de la soci\u00e9t\u00e9. Cela signifie qu\u2019aucune autorit\u00e9 religieuse ne peut d\u00e9tenir un pouvoir contraignant sur la vie civique \u2014 ni en mati\u00e8re de mariage, ni de conversion, ni d\u2019\u00e9ducation. Il faut rejeter un juda\u00efsme d\u2019\u00c9tat, non par hostilit\u00e9 \u00e0 la tradition, mais par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son esprit. La souverainet\u00e9 ne doit pas absorber la tradition, mais lui m\u00e9nager un espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette exigence de justice s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens face aux devoirs collectifs. L\u2019une des zones d\u2019ombre persistantes de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne est l\u2019in\u00e9galit\u00e9 en mati\u00e8re de service militaire ou civil. Certains groupes assument l\u2019essentiel du fardeau s\u00e9curitaire ; d\u2019autres en sont dispens\u00e9s pour des raisons historiques, religieuses ou politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une d\u00e9mocratie vivante ne peut durablement tol\u00e9rer des r\u00e9gimes d\u2019exception au sein de la citoyennet\u00e9. Ne pas imposer un mod\u00e8le unique, mais \u00e9tablir un principe commun de contribution. Qu\u2019il s\u2019agisse de service militaire, national ou civil, l\u2019essentiel est que chacun participe \u00e0 la construction collective. L\u2019\u00e9galit\u00e9 devant le devoir, comme devant le droit fonde la confiance. Un \u00c9tat qui dispense certains de l\u2019engagement tout en l\u2019exigeant des autres cesse d\u2019\u00eatre juste. Et un \u00c9tat qui n\u2019est pas juste finit par perdre sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est en jeu aujourd\u2019hui, c\u2019est la nature m\u00eame du lien politique entre citoyens. Au-del\u00e0 des affrontements institutionnels ou identitaires, il faut s\u2019interroger sur la possibilit\u00e9 de dire encore \u00ab nous \u00bb sans exclure. Refonder une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 souverainet\u00e9, d\u00e9mocratie et pluralit\u00e9 cessent de s\u2019opposer. O\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 ne se confond ni avec la force, ni avec la foi, mais se fonde sur le respect, l\u2019\u00e9coute, et la capacit\u00e9 de gouverner sans dominer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9fi n\u2019est pas seulement de pr\u00e9server ce qui existe. Il est de penser ce qui vient. Et de faire en sorte que l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl demeure un projet politique au service d\u2019un peuple qui apr\u00e8s l\u2019exil a choisi non la revanche, mais la responsabilit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Isra\u00ebl traverse une crise institutionnelle r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une anomalie constitutionnelle : un pouvoir judiciaire puissant dans un \u00c9tat d\u00e9pourvu de Constitution. Au fil des d\u00e9cennies, la Cour supr\u00eame s\u2019est arrog\u00e9 un r\u00f4le central dans l\u2019arbitrage des lois, des nominations et des d\u00e9cisions gouvernementales. 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