{"id":6440,"date":"2025-09-04T20:57:12","date_gmt":"2025-09-04T20:57:12","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=6440"},"modified":"2025-09-05T06:03:49","modified_gmt":"2025-09-05T06:03:49","slug":"reparer-la-societe-israelienne-apres-le-7-octobre-une-lecture-leibowitzienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/09\/04\/reparer-la-societe-israelienne-apres-le-7-octobre-une-lecture-leibowitzienne\/","title":{"rendered":"R\u00e9parer la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne apr\u00e8s le 7 octobre : une lecture leibowitzienne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Yeshayahu Leibowitz, disparu il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es, fut professeur de philosophie des sciences, de chimie organique, de biologie, de neurophysiologie et de pens\u00e9e juive aux universit\u00e9s de J\u00e9rusalem et de Ha\u00effa. Il fut \u00e9galement r\u00e9dacteur en chef de l\u2019Encyclopaedia Hebra\u00efca, dont de nombreux articles scientifiques, philosophiques, historiques et th\u00e9ologiques sont de sa plume. \u00c0 la fois juif pratiquant et penseur intransigeant, il alliait rigueur scientifique et radicalit\u00e9 religieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant le conflit avec les Palestiniens, Leibowitz pensait qu\u2019aucune paix n\u2019\u00e9tait envisageable, m\u00eame \u00e0 long terme. Il souhaitait certes la fin de l\u2019occupation, mais \u00e9tait intimement convaincu que cela ne mettrait en aucune mani\u00e8re fin au palestinisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un aphorisme attribu\u00e9 \u00e0 Raymond Aron affirme que \u00ab la civilisation repose sur une mince pellicule, que le choc de l\u2019Histoire peut d\u00e9chirer \u00e0 tout instant, laissant surgir la barbarie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est litt\u00e9ralement ce qui s\u2019est produit le 7 octobre. Isra\u00ebl, persuad\u00e9 que ses murailles \u00e9lectroniques, son excellence s\u00e9curitaire et sa puissance dissuasive suffiraient \u00e0 le prot\u00e9ger, a vu s\u2019abattre une d\u00e9ferlante de sauvagerie. En quelques heures, des centaines d\u2019innocents ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s, des familles an\u00e9anties, des enfants enlev\u00e9s, des vieillards tra\u00een\u00e9s hors de chez eux, des femmes viol\u00e9es. Une barbarie sans nom, port\u00e9e par le palestinisme, doctrine d\u2019une inversion morale : le terrorisme pr\u00e9sent\u00e9 comme r\u00e9sistance, la haine travestie en col\u00e8re l\u00e9gitime, la destruction d\u2019Isra\u00ebl \u00e9lev\u00e9e au rang de combat pour la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Isra\u00ebl a le droit de se d\u00e9fendre, mais l\u2019enjeu d\u00e9passe la riposte arm\u00e9e : \u00e9liminer des terroristes et d\u00e9truire leurs infrastructures est \u00e9videmment n\u00e9cessaire, mais insuffisant. Il faut aussi interroger ce que cette catastrophe a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 et comprendre comment Isra\u00ebl peut se prot\u00e9ger en identifiant ce qui menace sa survie. C\u2019est l\u00e0 que Leibowitz peut, dans toute sa s\u00e9cheresse, offrir un fil conducteur pour orienter la douleur vers une lucidit\u00e9 agissante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut pr\u00e9ciser que Leibowitz rejetait toute th\u00e9odic\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire toute intervention divine dans l\u2019Histoire. Il disait que Dieu se tait dans le malheur, et que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce silence qui fonde la responsabilit\u00e9 humaine. Ce retrait de Dieu est un appel au discernement. Ce n\u2019est pas un hasard si l\u2019un des textes favoris de Leibowitz \u00e9tait le Livre de Job : l\u2019homme y est seul face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, et sa foi se passe des explications l\u00e9nifiantes de ses amis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, une question br\u00fblante : comment r\u00e9parer l\u2019\u00e2me d\u2019Isra\u00ebl, t\u00e9tanis\u00e9e dans le n\u0153ud du deuil, de la terreur et de la souffrance ? On entend souvent dire qu\u2019\u00ab on ne tue pas une id\u00e9e \u00bb, \u00e0 propos du palestinisme. Mais cette formule, ressass\u00e9e, finit par servir d\u2019alibi. En r\u00e9alit\u00e9, certaines id\u00e9es doivent \u00eatre tu\u00e9es, car elles ne rel\u00e8vent pas de la pens\u00e9e mais de la pathologie. Une id\u00e9e qui fait de la destruction de l\u2019autre la condition de sa propre existence n\u2019est pas une politique, mais un d\u00e9lire criminel. La tol\u00e9rer, serait se r\u00e9signer \u00e0 l\u2019inhumanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans ce sens que Leibowitz aurait sans doute invoqu\u00e9 le mythe d\u2019Amalek. Dans la Torah, Amalek d\u00e9signe ce peuple qui, \u00e0 la sortie d\u2019\u00c9gypte, attaque Isra\u00ebl en tra\u00eetre, frappe les plus faibles, les retardataires, les vuln\u00e9rables. Amalek ne repr\u00e9sente pas l\u2019ennemi le plus fort, mais le plus abject : celui qui frappe sans raison, avec une cruaut\u00e9 sacralis\u00e9e. Amalek repr\u00e9sente le mal radical. Le commandement de la Torah \u00e0 son sujet est clair : \u05ea\u05bc\u05b4\u05de\u05b0\u05d7\u05b6\u05d4 \u05d0\u05b6\u05ea\u05be\u05d6\u05b5\u05db\u05b6\u05e8 \u05e2\u05b2\u05de\u05b8\u05dc\u05b5\u05e7 \u05de\u05b4\u05ea\u05bc\u05b7\u05d7\u05b7\u05ea \u05d4\u05b7\u05e9\u05bc\u05c1\u05b8\u05de\u05b8\u05d9\u05b4\u05dd \u2014 \u00ab Tu effaceras la m\u00e9moire d\u2019Amalek de dessous le ciel \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les Sages du Talmud ont compris plus tard qu\u2019il ne s\u2019agissait pas seulement de s\u00e9vir contre des ennemis, mais contre tout discours qui exalte le crime. Amalek est ainsi, dans la tradition juive, la figure typologique du mal r\u00e9current dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce titre, le palestinisme doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 comme une incarnation d\u2019Amalek. Il ne s\u2019agit pas d\u2019essentialiser les Palestiniens, mais de nommer ce qui, dans leur culture, \u00e9rige l\u2019an\u00e9antissement d\u2019Isra\u00ebl en id\u00e9al. Certains aspirent \u00e0 vivre dans la dignit\u00e9 et la paix : ils doivent \u00eatre respect\u00e9s. Mais cela ne fonde pas pour autant une \u00ab cause palestinienne \u00bb. Rien ne saurait l\u00e9gitimer une id\u00e9ologie construite sur la haine de l\u2019autre. Ce qu\u2019on appelle \u00ab cause palestinienne \u00bb n\u2019est pas une revendication politique, mais une v\u00e9ritable th\u00e9ologie g\u00e9nocidaire, sorte de d\u00e9clinaison contemporaine de la Solution finale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Il n\u2019y a pas de cause palestinienne<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Occident, le palestinisme agit comme un \u00e9cran moral, un filtre insens\u00e9 qui inverse les r\u00f4les, efface les responsabilit\u00e9s et fige les identit\u00e9s. Le Palestinien y est exalt\u00e9 comme ic\u00f4ne arch\u00e9typale de l\u2019innocence, victime christique par excellence, tandis qu\u2019Isra\u00ebl est d\u00e9sign\u00e9 comme oppresseur, vestige colonial, survivance d\u2019un pass\u00e9 imp\u00e9rialiste. Cette grille de lecture s\u00e9duit parce qu\u2019elle offre une posture vertueuse, confortable : s\u2019\u00e9riger en d\u00e9fenseur des faibles tout en d\u00e9signant les coupables \u2014 Isra\u00ebl en particulier, les Juifs en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Europe ne s\u2019est pas reconstruite apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale seulement par la d\u00e9faite des arm\u00e9es du Troisi\u00e8me Reich, mais par l\u2019\u00e9radication du nazisme en tant qu\u2019id\u00e9e. Vaincre Hitler ne suffisait pas : il fallait d\u00e9truire ce qu\u2019il incarnait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, l\u2019avenir d\u2019Isra\u00ebl ne d\u00e9pend pas seulement de son arm\u00e9e, mais aussi de sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9noncer le palestinisme comme une irr\u00e9ductible monstruosit\u00e9. La r\u00e9surgence d\u2019Amalek sous cette forme est proprement inhumaine, parce qu\u2019elle s\u2019arroge le droit de d\u00e9terminer qui, sur cette plan\u00e8te, a le droit de vivre. Continuer \u00e0 plaider pour une \u00ab cause palestinienne \u00bb comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un projet l\u00e9gitime revient \u00e0 s\u2019en rendre complice, consciemment ou non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Il n\u2019y a pas de cause palestinienne.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prescription de la Torah concernant Amalek s\u2019accompagne d\u2019une double injonction : <em>zakhor<\/em> \u2014 \u00ab Souviens-toi \u00bb \u2014 et <em>lo tishkah<\/em> \u2014 \u00ab n\u2019oublie pas \u00bb. La premi\u00e8re injonction appelle \u00e0 une m\u00e9moire tourn\u00e9e vers l\u2019action ; la seconde, \u00e0 une vigilance perp\u00e9tuelle. Ce qui doit guider la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne apr\u00e8s le 7 octobre, c\u2019est nommer le mal. Et le mal, aujourd\u2019hui, c\u2019est le palestinisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la Shoah, le philosophe et m\u00e9lomane Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch refusa de pardonner. Il cessa de parler allemand, de se rendre en Allemagne et m\u00eame d\u2019\u00e9couter la musique allemande. \u00c0 ses yeux, le mal avait atteint un degr\u00e9 tel qu\u2019il \u00e9chappait \u00e0 toute dialectique du pardon. Il mettait en pratique <em>zakhor<\/em> et <em>lo tishkah<\/em>. Il voulait marquer \u00e0 jamais du sceau d\u2019infamie l\u2019ab\u00eeme moral dans lequel le peuple allemand s\u2019\u00e9tait engouffr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leibowitz d\u00e9non\u00e7ait le pacifisme \u00e0 tout crin, posture qui tergiverse quand il s\u2019agit de nommer la barbarie, d\u2019opposer le bien au mal, et qui, en fin de compte, se retourne contre ceux-l\u00e0 m\u00eames qui se revendiquent du camp du bien. Il voulait ainsi d\u00e9signer ce qui menace l\u2019humanit\u00e9 dans son essence. Le Talmud, dans sa grande sagesse, distingue les guerres existentielles (<em>milhemet mitsva<\/em>) et les guerres contingentes (<em>milhemet reshut<\/em>). Depuis le 7 octobre, nous sommes dans une <em>milhemet mitsva<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leibowitz estimait que le nazi Eichmann n\u2019aurait pas d\u00fb \u00eatre jug\u00e9, mais abattu d\u2019une balle dans la t\u00eate. Dans le m\u00eame souffle, il affirmait que c\u2019est le christianisme \u2014 pour avoir th\u00e9oris\u00e9 la haine des Juifs \u2014 qui aurait d\u00fb compara\u00eetre devant le tribunal du monde. Il \u00e9non\u00e7ait ainsi un principe : certaines ignominies, comme \u00a0la pers\u00e9cution des Juifs accus\u00e9s de d\u00e9icide, \u00e9chappent au d\u00e9bat rationnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le palestinisme n\u2019est pas une vision du monde, mais une entreprise de n\u00e9gation du r\u00e9el au profit d\u2019un syst\u00e8me clos. Il ambitionne de refa\u00e7onner la Palestine historique en \u00e9rigeant la liquidation des Juifs en principe de r\u00e9gulation. Une telle entreprise doit \u00eatre d\u00e9construite sur le plan conceptuel et combattue jusqu\u2019au bout. Tant que la matrice id\u00e9ologique du palestinisme persistera, elle fera obstacle \u00e0 la gu\u00e9rison d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Souviens-toi. N\u2019oublie pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur une note plus personnelle, cette injonction m\u2019accompagne depuis mon enfance. La <em>paracha<\/em> qui \u00e9voque Amalek fut celle de la bar-mitsva de mon fr\u00e8re, de cinq ans mon a\u00een\u00e9. Je n\u2019avais que sept ans, mais il m\u2019avait associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de ce texte essentiel. Pendant des mois, nous l\u2019avions appris ensemble, si bien que, le jour venu, je le connaissais aussi bien que lui. Depuis, cette <em>paracha<\/em> est rest\u00e9e pour moi li\u00e9e \u00e0 une m\u00e9moire \u00e0 la fois fraternelle et spirituelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, lorsque je parle d\u2019Amalek, ce n\u2019est pas seulement par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019injonction biblique. C\u2019est aussi parce que ce mot, cette image, ont travers\u00e9 mes jeunes ann\u00e9es, quand on me traitait de \u00ab sale Juif \u00bb en Belgique, dans ma bonne ville d\u2019Anvers. Voil\u00e0 pourquoi je m\u2019y accroche avec intensit\u00e9 au moment d\u2019interroger ce qui menace Isra\u00ebl dans son existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Survivre au mal ne suffit pas. L\u00e0 o\u00f9 le monde chancelle, la pens\u00e9e doit se dresser. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019oubli s\u2019installe, la m\u00e9moire doit parler. Et peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 que se joue \u2014 au sens le plus leibowitzien \u2014 la forme ultime de la lucidit\u00e9 : ne pas composer avec le mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est des id\u00e9es qu\u2019on ne r\u00e9fute pas : on les r\u00e9duit au n\u00e9ant. Le palestinisme en fait partie. Peut-\u00eatre qu\u2019emprunter cette voie constitue, en un sens, un premier pas vers la r\u00e9paration du 7 octobre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Il n\u2019y a pas de cause palestinienne.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yeshayahu Leibowitz, disparu il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es, fut professeur de philosophie des sciences, de chimie organique, de biologie, de neurophysiologie et de pens\u00e9e juive aux universit\u00e9s de J\u00e9rusalem et de Ha\u00effa. 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