{"id":6993,"date":"2025-07-02T05:53:02","date_gmt":"2025-07-02T05:53:02","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=6993"},"modified":"2025-07-04T14:05:31","modified_gmt":"2025-07-04T14:05:31","slug":"ni-droite-ni-gauche-pour-une-souverainete-du-vouloir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/07\/02\/ni-droite-ni-gauche-pour-une-souverainete-du-vouloir\/","title":{"rendered":"Ni droite ni gauche: pour une souverainet\u00e9 du vouloir."},"content":{"rendered":"<ol>\n<li><strong>La droite comme foi des origines<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e de droite ne s\u2019\u00e9nonce pas en syst\u00e8me : elle se vit comme une fid\u00e9lit\u00e9. Elle ne s\u2019\u00e9labore pas, elle se transmet. Elle affirme. Elle parle de nature, de tradition, d\u2019autorit\u00e9, de civilisation comme de v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res \u2014 qu\u2019il suffit de reconna\u00eetre pour que l\u2019ordre r\u00e8gne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cet ordre est d\u2019abord un d\u00e9sir : une qu\u00eate de sens. Ce que l\u2019on appelle \u00ab nature \u00bb \u00e0 droite est une pr\u00e9f\u00e9rence ; ce que l\u2019on nomme \u00ab tradition \u00bb est un choix. Car il n\u2019y a pas d\u2019ordre en soi \u2014 seulement des volont\u00e9s projetant leurs d\u00e9sirs sur le monde, comme on projette une image sur un mur nu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La droite dit \u00ab Voil\u00e0 ce qui est. \u00bb En dissimulant sa volont\u00e9 derri\u00e8re l\u2019\u00e9vidence, elle devient foi. Une foi qui se forge une transcendance: celui de l\u2019origine, du sol, du sang, du nom. Le monde de la droite n\u2019est pas \u00e0 b\u00e2tir, mais \u00e0 conserver. L\u2019histoire n\u2019est pas un devenir, mais une chute \u00e0 conjurer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La droite n\u2019appelle pas \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation, mais \u00e0 la r\u00e9int\u00e9gration. Pas \u00e0 l\u2019effacement des fautes, mais \u00e0 leur relecture. C\u2019est une eschatologie invers\u00e9e : pas un avenir \u00e0 construire, mais un pass\u00e9 \u00e0 sauver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce culte des origines a ses figures : le p\u00e8re, le soldat, le paysan, l\u2019ancien. Ses objets sacr\u00e9s : le drapeau, la fronti\u00e8re, la langue, la tombe. Ses h\u00e9r\u00e9tiques : l\u2019\u00e9tranger, l\u2019abstrait, le d\u00e9racin\u00e9, l\u2019innovateur. Ses rituels : comm\u00e9morer, transmettre, prot\u00e9ger, honorer. Ses liturgies : voter par fid\u00e9lit\u00e9, d\u00e9fendre une culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 droite, le langage est un territoire. Employer les mots justes, \u00e9viter les dissonances, pr\u00e9server le style du pass\u00e9 c\u2019est participer \u00e0 un sacrement civique. La transgression verbale, l\u2019ironie, le refus des codes sont v\u00e9cus comme des profanations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ces gestes, ces symboles, ces r\u00e9cits sont des actes de volont\u00e9. Ce ne sont pas les choses qui parlent : c\u2019est l\u2019homme qui les charge de sens. Ce n\u2019est pas la civilisation qui s\u2019impose, mais l\u2019homme qui la veut \u00e9ternelle. Ce n\u2019est pas la terre qui vaut, mais la peur de la perdre qui la sacralise. Ce que l\u2019on croit inn\u00e9 est souvent choisi. Ce que l\u2019on tient pour une essence est une croyance \u2014 et cette croyance, un effet du vouloir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme ne croit pas parce qu\u2019il voit ; il voit parce qu\u2019il croit, et il croit parce qu\u2019il veut. La droite veut l\u2019ordre, la permanence, l\u2019origine. Elle sauvegarde l\u2019ancien monde parce que le monde mouvant l\u2019inqui\u00e8te. Elle ne pense pas le r\u00e9el : elle le redoute. C\u2019est une posture. Un rempart contre le vertige. Car la v\u00e9rit\u00e9 nue est inhabitable. L\u2019homme a besoin de r\u00e9cits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La droite se croit conservatrice alors qu\u2019elle reconstruit. Elle se croit r\u00e9aliste alors qu\u2019elle projette. Elle croit se souvenir, mais elle invente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle refuse l\u2019id\u00e9e que le monde ne r\u00e9ponde \u00e0 rien, que le bien ne soit garanti par aucune r\u00e8gle, que toute valeur doive \u00eatre conquise contre le vide. Elle pr\u00e9f\u00e8re les certitudes \u00e0 l\u2019angoisse, la paix des morts \u00e0 l\u2019incertitude des vivants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute id\u00e9ologie na\u00eet d\u2019un acte premier : non d\u2019un raisonnement, mais d\u2019une d\u00e9cision. L\u2019homme veut \u2014 et ce qu\u2019il croit ensuite n\u2019est qu\u2019un v\u00eatement jet\u00e9 sur le n\u00e9ant du vouloir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9 engendre la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019homme veut l\u2019ordre, alors il croit \u00e0 la tradition. Il veut une fronti\u00e8re, alors il croit \u00e0 la nation. Il veut l\u2019identit\u00e9, alors il croit \u00e0 l\u2019essence. Il n\u2019y a pas de n\u00e9cessit\u00e9, seulement des d\u00e9sirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que la droite nomme \u00ab enracinement \u00bb est une peur de l\u2019arrachement. Ce qu\u2019elle appelle \u00ab ordre \u00bb est une tentative d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la contingence. Ce qu\u2019elle \u00e9l\u00e8ve au rang de \u00ab civilisation \u00bb est une conjuration du chaos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le monde ne propose aucun appui. Il est l\u00e0. Et c\u2019est l\u2019homme qui veut, qui tranche, qui cr\u00e9e. Cette volont\u00e9 \u2014 sans origine, sans garantie, sans autorit\u00e9 \u2014 fait de lui un \u00eatre tragique. Non celui qui sait, mais celui qui choisit. Non celui qui re\u00e7oit, mais celui qui forge \u2014 m\u00eame s\u2019il oublie ce qu\u2019il a forg\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.La gauche comme foi immanente<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gauche revendique la justice sociale, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la d\u00e9fense des domin\u00e9s. Mais ces id\u00e9aux ne suffisent pas \u00e0 la d\u00e9finir. Si l\u2019on observe la ferveur qu\u2019elle suscite, la difficult\u00e9 qu\u2019ont certains \u00e0 s\u2019en d\u00e9tacher, on entrevoit une religion sans Dieu. Une foi s\u00e9culi\u00e8re, avec ses dogmes, ses fautes, ses rites, et sa promesse de salut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e de gauche ne se limite pas \u00e0 une vision du monde : elle propose une mani\u00e8re de le traverser. La quitter, ce n\u2019est pas seulement changer d\u2019avis, c\u2019est rompre avec une mani\u00e8re d\u2019habiter l\u2019histoire, la soci\u00e9t\u00e9, soi-m\u00eame. C\u2019est une forme d\u2019abjuration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa promesse n\u2019est pas le bonheur individuel, mais un rachat collectif : un monde d\u00e9livr\u00e9 des oppressions, affranchi des dominations, o\u00f9 chacun pourrait avoir part. Il n\u2019y a ni au-del\u00e0, ni transcendance, mais un horizon terrestre : l\u2019humanit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e avec elle-m\u00eame. Le salut ne passe plus par l\u2019\u00e2me, mais par les structures. L\u2019homme n\u2019est plus p\u00e9cheur : il est ali\u00e9n\u00e9 \u2014 par l\u2019\u00e9conomie, la culture, le langage. Mais il peut \u00eatre sauv\u00e9 par la lutte. L\u2019\u00e9mancipation devient r\u00e9demption. L\u2019histoire, une eschatologie profane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette promesse repose sur des dogmes : l\u2019\u00e9galit\u00e9 est sacr\u00e9e, l\u2019oppression omnipr\u00e9sente, l\u2019identit\u00e9 construite. Ces postulats ne se discutent pas : ils s\u2019imposent comme \u00e9vidences. S\u2019y ajoutent des figures du mal : le colon, le bourgeois, le conservateur \u2014 devenus moins des cat\u00e9gories que des incarnations du p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et comme toute religion, la gauche a ses rituels : signer des p\u00e9titions, soutenir des causes, parler la langue juste. Le langage devient un espace de purification. La parole critique, un sacrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s\u2019agit plus de d\u00e9battre, mais d\u2019expier. Celui qui se \u00ab d\u00e9construit \u00bb se pr\u00e9sente en p\u00e9nitent. Il s\u2019humilie non pour ses actes, mais pour sa position. Il ne confesse pas des fautes, mais une place dans le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quitter cette foi, c\u2019est trahir une fraternit\u00e9. Ceux qui s\u2019en d\u00e9tachent parlent d\u2019arrachement, de solitude, de d\u00e9sert. Le doute devient soup\u00e7on, la nuance une l\u00e2chet\u00e9, le dissident un tra\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme toute id\u00e9ologie, la gauche forge ses dogmes, ses tabous, ses figures du mal. Mais elle se distingue par l\u2019universalisation d\u2019une morale immanente qu\u2019elle refuse de reconna\u00eetre comme foi. Elle proclame des valeurs \u2014 \u00e9galit\u00e9, justice, \u00e9mancipation \u2014 comme si elles s\u2019imposaient partout, toujours, \u00e0 tous. Comme si elles relevaient de la science. C\u2019est l\u00e0 son illusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9el ne porte aucune v\u00e9rit\u00e9. L\u2019histoire ne suit aucun dessein. Le monde est nu, et l\u2019homme y projette ses volont\u00e9s, ses peurs, ses d\u00e9sirs. Ce n\u2019est pas ce qu\u2019il croit qui produit la v\u00e9rit\u00e9, mais ce qu\u2019il veut. La volont\u00e9 pr\u00e9c\u00e8de la croyance. Elle la fa\u00e7onne, la guide, la pare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que la gauche appelle \u00ab valeur \u00bb est une volont\u00e9 devenue norme. Une pr\u00e9f\u00e9rence d\u00e9guis\u00e9e en loi. Elle affirme : \u00ab Voil\u00e0 ce qui est juste \u00bb, sans interroger l\u2019origine volontariste de ce jugement. Ce refoulement rend sa posture inflexible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 o\u00f9 certaines pens\u00e9es assument la pluralit\u00e9, le conflit, l\u2019ambivalence, la gauche leur substitue des certitudes. Elle pr\u00e9f\u00e8re la clart\u00e9 morale \u00e0 l\u2019incertitude. C\u2019est une doctrine du salut. Une foi qui s\u2019ignore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rompre avec elle, ce n\u2019est pas seulement perdre une id\u00e9e : c\u2019est abandonner la position d\u2019\u00eatre du \u00ab bon c\u00f4t\u00e9 \u00bb, porteur de lumi\u00e8re, garant du sens. Y renoncer, c\u2019est retomber dans l\u2019opacit\u00e9 du monde, dans l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des choses, dans la condition humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maturit\u00e9 commence quand on renonce au salut. Il y a des combats justes, des fid\u00e9lit\u00e9s n\u00e9cessaires \u2014 mais il n\u2019y a pas de r\u00e9demption. Ce que la gauche nomme \u00ab justice \u00bb est un vouloir devenu dogme. Ce qu\u2019elle appelle \u00ab critique \u00bb est un rite. Ce qu\u2019elle c\u00e9l\u00e8bre comme \u00ab engagement \u00bb est une liturgie sacrificielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gauche est une foi parmi d\u2019autres, avec ses saints, ses martyrs, ses damn\u00e9s. Elle n\u2019est ni plus rationnelle, ni moins violente, ni plus lib\u00e9ratrice que d\u2019autres croyances. Elle ne domine pas l\u2019histoire : elle y participe. Ce n\u2019est pas une boussole universelle, mais une mythologie n\u00e9e de la modernit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.La souverainet\u00e9 de la volont\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me tiens hors des id\u00e9ologies. Aucune ne m\u2019abrite, aucune ne me suffit. Je n\u2019y cherche ni refuge, ni r\u00e9confort, ni r\u00e9demption. La gauche promet le salut par le progr\u00e8s ; la droite sacralise le pass\u00e9 sous couvert de r\u00e9alisme. L\u2019une r\u00eave d\u2019\u00e9mancipation, l\u2019autre d\u2019enracinement. Toutes deux enferment : dans une promesse, une m\u00e9moire, un r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne crois ni au salut collectif, ni \u00e0 l\u2019ordre naturel. Ni \u00e0 la justice comme absolu, ni \u00e0 la hi\u00e9rarchie comme \u00e9vidence. Ce que la droite appelle \u00ab nature \u00bb n\u2019est qu\u2019un go\u00fbt p\u00e9trifi\u00e9 ; ce que la gauche nomme \u00ab justice \u00bb, une volont\u00e9 travestie en principe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis souverainiste au sens le plus radical : je tiens la volont\u00e9 humaine pour souveraine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019id\u00e9ologie, il ne faut pas opposer une autre id\u00e9ologie, mais quelque chose de plus nu, de plus \u00e2pre, de plus humain : l\u2019affirmation du vouloir sans pr\u00e9texte. Car ce que l\u2019on croit n\u2019est jamais que ce que l\u2019on veut, v\u00eatu d\u2019un discours. La croyance rassure, meuble le vide, couvre l\u2019angoisse. Elle se donne pour v\u00e9rit\u00e9, mais n\u2019est qu\u2019un manteau jet\u00e9 sur la nudit\u00e9 du d\u00e9sir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9, elle, ne se d\u00e9guise pas. Elle ne cherche ni caution, ni l\u00e9gitimation. Elle affronte l\u2019incertitude, se dresse dans le tragique, et dit simplement : \u00ab Voil\u00e0 ce que je veux. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 o\u00f9 la gauche proclame ce qui est juste, et la droite ce qui est naturel, la volont\u00e9 d\u00e9cide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les universalismes sont des volont\u00e9s particuli\u00e8res grim\u00e9es en lois \u00e9ternelles. L\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est pas une loi du monde. Le m\u00e9rite n\u2019est pas une \u00e9vidence anthropologique. Ce que l\u2019on appelle \u00ab valeur \u00bb est souvent un d\u00e9sir collectif devenu norme. Il faut se m\u00e9fier des liturgies morales, qu\u2019elles soient anciennes ou progressistes. L\u2019erreur n\u2019est pas de croire, mais d\u2019oublier qu\u2019on croit. Ce refoulement transforme la foi en dogme, et le dogme en obligation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maturit\u00e9 politique commence avec la fin du r\u00eave d\u2019un progr\u00e8s r\u00e9dempteur, et la lucidit\u00e9 de reconna\u00eetre toute tradition comme une invention tourn\u00e9e vers l\u2019amont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aimer une culture ne suppose ni qu\u2019elle soit sup\u00e9rieure, ni qu\u2019elle doive \u00eatre universelle. Il suffit qu\u2019elle ait fa\u00e7onn\u00e9 une langue, une m\u00e9moire, une vie. Elle n\u2019est pas sacr\u00e9e, elle est singuli\u00e8re \u2014 et c\u2019est cela qui la rend digne d\u2019\u00eatre transmise. Ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre transmis ne rel\u00e8ve pas de la preuve, mais de l\u2019engagement. Transmettre n\u2019est pas sanctifier : c\u2019est choisir. Et choisir, c\u2019est vouloir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019attachement \u00e0 ce qui nous est propre \u2014 notre langue, notre cadre de vie, notre histoire \u2014 n\u2019a pas besoin de justification. Il ne rel\u00e8ve pas du jugement, mais du lien. Un lien qui reconna\u00eet que d\u2019autres, ailleurs, puissent vouloir pour eux-m\u00eames ce que nous voulons pr\u00e9server pour nous. Car ce n\u2019est pas l\u2019h\u00e9ritage qui oblige, mais la fid\u00e9lit\u00e9 qu\u2019on choisit de lui accorder. Le pass\u00e9 n\u2019est pas un dogme, mais une mati\u00e8re \u2014 non \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer, mais \u00e0 travailler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le monde est travers\u00e9 de volont\u00e9s divergentes. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de penser les limites. Il ne s\u2019agit pas d\u2019imposer ce que l\u2019on est, mais de le vivre pleinement. Tant que chaque vouloir accepte d\u2019exister sans effacer l\u2019autre, la paix demeure possible. Car la volont\u00e9 lucide reconna\u00eet aussi celle d\u2019autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9server ce que l\u2019on est n\u2019a rien d\u2019exclusif, ni de haineux. Cela suppose seulement de cesser de se cacher derri\u00e8re des lois dites naturelles ou des causes pr\u00e9tendues universelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme pense dans une langue, h\u00e9rite d\u2019un corps, habite une m\u00e9moire. Chaque g\u00e9n\u00e9ration re\u00e7oit, transforme, prolonge. Transmettre, c\u2019est faire confiance \u00e0 ce qui a rendu la parole possible. C\u2019est offrir un cadre, une trace, une fid\u00e9lit\u00e9 \u2014 et parfois, une rupture. Cela suppose aussi que d\u2019autres veuillent transmettre ce qui leur est propre. Un monde habitable est un monde o\u00f9 la filiation est possible, o\u00f9 les diff\u00e9rences durent \u2014 non comme des totems, mais comme des formes \u00e0 vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les institutions \u2014 lois, \u00c9tat, d\u00e9mocratie \u2014 ne valent que si elles sont soutenues par une volont\u00e9 vivante. Une d\u00e9mocratie sans peuple est un d\u00e9cor vide. Elle n\u2019existe que si elle tol\u00e8re la dissidence, le d\u00e9bat, la pluralit\u00e9 des formes de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La souverainet\u00e9, c\u2019est refuser que d\u2019autres veuillent \u00e0 notre place. Elle ne se d\u00e9montre pas, elle s\u2019affirme. Aucune v\u00e9rit\u00e9 ne m\u00e9rite d\u2019\u00eatre impos\u00e9e \u00e0 tous. Toute certitude non interrog\u00e9e devient foi \u2014 et toute foi, t\u00f4t ou tard, engendre un dogme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mieux vaut un vouloir lucide qu\u2019une croyance confortable. Il ne promet rien : il engage tout. Mieux vaut la solitude du vouloir que la chaleur d\u2019une croyance partag\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le monde ne sera pas sauv\u00e9. Mais il peut encore \u00eatre habit\u00e9 \u2014 \u00e0 condition de vouloir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La droite comme foi des origines La pens\u00e9e de droite ne s\u2019\u00e9nonce pas en syst\u00e8me : elle se vit comme une fid\u00e9lit\u00e9. Elle ne s\u2019\u00e9labore pas, elle se transmet. Elle affirme. Elle parle de nature, de tradition, d\u2019autorit\u00e9, de civilisation comme de v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res \u2014 qu\u2019il suffit de reconna\u00eetre pour que l\u2019ordre r\u00e8gne. 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