{"id":7318,"date":"2025-08-26T05:54:34","date_gmt":"2025-08-26T05:54:34","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=7318"},"modified":"2025-08-27T05:40:31","modified_gmt":"2025-08-27T05:40:31","slug":"emmanuel-macron-ou-le-bourgeois-gentilhomme-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/08\/26\/emmanuel-macron-ou-le-bourgeois-gentilhomme-du-pouvoir\/","title":{"rendered":"Emmanuel Macron ou le Bourgeois gentilhomme au pouvoir"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">En 2017, Emmanuel Macron surgit sur la sc\u00e8ne politique comme un jeune premier, sorti des coulisses avec l\u2019assurance de celui \u00e0 qui tout para\u00eet promis. Dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019ENA, nourri de philosophie, fort de succ\u00e8s pr\u00e9coces dans la banque puis au gouvernement, il s\u2019impose comme l\u2019enfant prodige de la R\u00e9publique. Sa victoire est per\u00e7ue comme l\u2019av\u00e8nement d\u2019un sens politique triomphant des lourdeurs partisanes et des routines us\u00e9es. On voit en lui l\u2019esprit sup\u00e9rieur, un pr\u00e9sident visionnaire, r\u00e9conciliant le s\u00e9rieux technocratique et le souffle intellectuel. Tout semble neuf, brillant, irr\u00e9sistible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d\u00e9j\u00e0, cela rel\u00e8ve du th\u00e9\u00e2tre. Macron n\u2019est pas un homme d\u2019\u00c9tat au sens classique : il est un acteur qui occupe une sc\u00e8ne. La politique, pour lui, n\u2019est pas une pratique, c\u2019est une repr\u00e9sentation. Ce penchant vient sans doute de sa jeunesse : avant d\u2019imaginer l\u2019\u00c9lys\u00e9e, il r\u00eave de planches et de projecteurs. Il ne s\u2019en est jamais d\u00e9parti. Ce n\u2019est pas un d\u00e9tail, mais la cl\u00e9 : il garde l\u2019art de la pose, le go\u00fbt du r\u00f4le, le besoin du spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et comme Monsieur Jourdain \u2014 le bourgeois mis en sc\u00e8ne par Moli\u00e8re, ridicule et vaniteux, qui croit s\u2019\u00e9lever au rang des savants parce qu\u2019il d\u00e9couvre qu\u2019il fait de la prose sans le savoir \u2014 Macron se croit dou\u00e9 d\u2019un art naturel, tomb\u00e9 du ciel, dispens\u00e9 de tout apprentissage. L\u00e0 o\u00f9 Jourdain s\u2019\u00e9merveille de \u00ab faire de la prose \u00bb, Macron s\u2019\u00e9merveille de \u00ab faire de la politique \u00bb. Et la vanit\u00e9, chez lui, tient lieu d\u2019esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il parle, beaucoup, toujours. Ses discours n\u2019ont pas de fin, ses phrases en cascade saturent l\u2019espace public. Sa maestria oratoire rel\u00e8ve de l\u2019art du prestidigitateur : donner l\u2019illusion qu\u2019il y a du sens l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a que des mots. Il ne s\u2019agit pas de dire, mais de meubler. Ses tirades verbeuses rappellent ces personnages de com\u00e9die qui, croyant briller, ne font que fatiguer le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand il proclame qu\u2019une gare est le lieu o\u00f9 se croisent \u00ab ceux qui r\u00e9ussissent et ceux qui ne sont rien \u00bb, il s\u2019imagine prononcer une v\u00e9rit\u00e9 profonde. Mais il ne fait que livrer une platitude, \u00e9lev\u00e9e au rang de maxime par la seule assurance de sa diction. C\u2019est le cabotin qui croit au poids de sa voix, comme Monsieur Jourdain croyait au g\u00e9nie de sa prose. Le rire que suscite une telle sortie est un rire de piti\u00e9 : on rit du ridicule travesti en grandeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La diplomatie, elle aussi, devient th\u00e9\u00e2tre. On se souvient de cette table interminable \u00e0 Moscou, en f\u00e9vrier 2022 : Macron, raide et solitaire, croit incarner le n\u00e9gociateur supr\u00eame face \u00e0 Vladimir Poutine. Mais le d\u00e9cor parle plus fort que lui : il n\u2019est pas le h\u00e9ros, seulement un figurant qu\u2019on tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant, il se persuade d\u2019avoir invent\u00e9 une diplomatie nouvelle. Comme Monsieur Jourdain persuad\u00e9 qu\u2019il vient d\u2019entrer dans la r\u00e9publique des lettres, Macron s\u2019imagine grand strat\u00e8ge parce qu\u2019il occupe un d\u00e9cor. Le tragique de l\u2019histoire se double du comique d\u2019une illusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00eame th\u00e9\u00e2tre se rejoue en politique int\u00e9rieure. La dissolution de 2024 doit appara\u00eetre comme une man\u0153uvre brillante, une audace de Machiavel. Elle ne produit qu\u2019un Parlement \u00e9clat\u00e9, ingouvernable, transform\u00e9 en th\u00e9\u00e2tre du d\u00e9sordre. La pr\u00e9tendue ruse fait appara\u00eetre une impr\u00e9paration crasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On retrouve la m\u00eame logique dans ses absences, cens\u00e9es \u00eatre significatives mais qui sonnent creux. Son refus de participer \u00e0 la manifestation contre l\u2019antis\u00e9mitisme \u00e0 Paris est une erreur de jugement autant qu\u2019une faute symbolique. Macron choisit de regarder le cort\u00e8ge \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, persuad\u00e9 qu\u2019il ma\u00eetrise l\u2019art des entr\u00e9es et des sorties. Mais le public n\u2019est pas dupe : il attend sa pr\u00e9sence et ne voit qu\u2019un saltimbanque qui se d\u00e9robe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout son mandat ressemble \u00e0 une pi\u00e8ce \u00e0 un seul personnage. Hyperpr\u00e9sidentiel, centralisateur, Macron occupe seul le devant de la sc\u00e8ne. Ministres, d\u00e9put\u00e9s, alli\u00e9s : tous r\u00e9duits au r\u00f4le de figurants. C\u2019est lui qui parle, lui qui d\u00e9cide, lui qui commente. Le pouvoir devient repr\u00e9sentation, et la repr\u00e9sentation, pouvoir. Dans cette com\u00e9die, il n\u2019y a pas de dialogue : seulement un monologue, o\u00f9 l\u2019acteur s\u2019\u00e9coute parler avec ravissement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Monsieur Jourdain, il s\u2019\u00e9blouit de sa propre \u00e9vidence. Ce qu\u2019il prend pour intelligence politique n\u2019est rien d\u2019autre que la fascination qu\u2019il \u00e9prouve pour lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side la v\u00e9ritable farce. On veut voir en Macron l\u2019homme \u00e9clair\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas. On l\u2019a pris pour un homme d\u2019action, il n\u2019est qu\u2019un histrion. On croit \u00e0 une pens\u00e9e, il n\u2019y a qu\u2019un discours. Tout son mandat n\u2019est qu\u2019un spectacle o\u00f9 il se persuade d\u2019\u00eatre auteur, metteur en sc\u00e8ne et premier r\u00f4le, alors qu\u2019il n\u2019est que simulacre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le public, las, cesse d\u2019applaudir. Il voit d\u00e9sormais la vanit\u00e9 derri\u00e8re l\u2019intelligence suppos\u00e9e, le bateleur derri\u00e8re le pr\u00e9sident. Macron se croit trag\u00e9dien : il n\u2019est qu\u2019un acteur de farce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En croyant penser, il ne fait que parler ; en croyant gouverner, il ne fait que jouer. Il ne faut pas aller jusqu\u2019\u00e0 dire que Macron est b\u00eate, mais on peut le penser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2017, Emmanuel Macron surgit sur la sc\u00e8ne politique comme un jeune premier, sorti des coulisses avec l\u2019assurance de celui \u00e0 qui tout para\u00eet promis. Dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019ENA, nourri de philosophie, fort de succ\u00e8s pr\u00e9coces dans la banque puis au gouvernement, il s\u2019impose comme l\u2019enfant prodige de la R\u00e9publique. Sa victoire est per\u00e7ue comme l\u2019av\u00e8nement &hellip; <a href=\"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/08\/26\/emmanuel-macron-ou-le-bourgeois-gentilhomme-du-pouvoir\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Emmanuel Macron ou le Bourgeois gentilhomme au pouvoir&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":414,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-7318","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7318","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/414"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7318"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7318\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7341,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7318\/revisions\/7341"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7318"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7318"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7318"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}