{"id":7677,"date":"2025-09-29T08:46:59","date_gmt":"2025-09-29T08:46:59","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=7677"},"modified":"2025-09-30T05:33:55","modified_gmt":"2025-09-30T05:33:55","slug":"le-mutualisme-comme-choix-de-vie-le-capitalisme-comme-necessite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/09\/29\/le-mutualisme-comme-choix-de-vie-le-capitalisme-comme-necessite\/","title":{"rendered":"Le mutualisme comme choix de vie, le capitalisme comme n\u00e9cessit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire \u00e9conomique et sociale r\u00e9cente, de l\u2019exp\u00e9rience ouvri\u00e8re de Lip aux kibboutzim isra\u00e9liens, en passant par l\u2019effondrement du communisme, offre une s\u00e9rie d\u2019exemples contrast\u00e9s qui permettent de mesurer les forces et les limites des mod\u00e8les \u00e9galitaires face au capitalisme. Si la mutualisation ou le collectivisme peuvent constituer un choix de vie respectable, l\u2019exp\u00e9rience historique montre que seul le capitalisme a su fonder durablement une \u00e9conomie prosp\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exp\u00e9rience de Lip, dans la France des ann\u00e9es 1970, est l\u2019un des \u00e9pisodes les plus marquants de l\u2019autogestion ouvri\u00e8re. Menac\u00e9s par la faillite, les salari\u00e9s d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019occuper l\u2019usine et de relancer eux-m\u00eames la production et la vente des montres. Ce fut \u00e0 la fois un acte de r\u00e9sistance et une affirmation politique : la preuve qu\u2019une entreprise pouvait fonctionner sans patron, g\u00e9r\u00e9e collectivement par ses travailleurs. Pendant quelque temps, cette aventure fit vivre une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie \u00e9conomique, o\u00f9 la gestion, la production et la r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices appartenaient \u00e0 la m\u00eame communaut\u00e9. Mais cette tentative montra vite ses limites : une telle organisation peut fonctionner ponctuellement, comme exp\u00e9rience volontaire, mais elle ne saurait constituer \u00e0 elle seule la base d\u2019une \u00e9conomie \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mod\u00e8le d\u2019entreprise autog\u00e9r\u00e9e trouve sa source th\u00e9orique dans la pens\u00e9e de Pierre-Joseph Proudhon. Philosophe et \u00e9conomiste du XIX\u1d49 si\u00e8cle, il imaginait une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur des associations ouvri\u00e8res libres, o\u00f9 les travailleurs seraient collectivement propri\u00e9taires des moyens de production. Le capital priv\u00e9, per\u00e7u comme instrument de domination, devait dispara\u00eetre au profit d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 fonctionnelle et \u00e9galitaire. L\u2019\u00e9conomie s\u2019organiserait autour d\u2019une multitude d\u2019associations reli\u00e9es entre elles par des contrats \u00e9quitables, sans hi\u00e9rarchie ni centralisation. Pour Proudhon, l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique \u00e9tait la condition de la v\u00e9ritable libert\u00e9 : chacun devait contribuer selon ses capacit\u00e9s, recevoir selon ses besoins et participer collectivement aux d\u00e9cisions. Le mutualisme se voulait ainsi une r\u00e9ussite \u00e9conomique fond\u00e9e sur la coop\u00e9ration plut\u00f4t que sur la comp\u00e9tition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire du kibboutz, en Palestine puis en Isra\u00ebl, illustre concr\u00e8tement cette logique. N\u00e9 au d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle, il reposait sur la propri\u00e9t\u00e9 collective, la mutualisation des ressources et une stricte \u00e9galit\u00e9 entre ses membres. Le travail y \u00e9tait organis\u00e9 selon l\u2019effort et non selon la productivit\u00e9 individuelle, et chaque d\u00e9cision \u00e9tait prise collectivement en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Le kibboutz fut un outil puissant de reconstruction nationale, unifiant des individus venus d\u2019horizons divers autour d\u2019un projet commun. Mais \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, des craquements apparurent. Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations ne voulaient plus sacrifier leurs aspirations \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 stricte. L\u2019effort commun s\u2019\u00e9moussait lorsque les diff\u00e9rences de talents et d\u2019ambitions n\u2019\u00e9taient pas reconnues. Progressivement, les kibboutzim abandonn\u00e8rent l\u2019\u00e9galit\u00e9 salariale, r\u00e9introduisirent une part de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et s\u2019ouvrirent au march\u00e9. Cette \u00e9volution confirma le fait que l\u2019\u00e9galitarisme ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps long.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait penser que certaines tentatives politiques ont cherch\u00e9 \u00e0 tracer une voie interm\u00e9diaire, moins radicale que l\u2019autogestion mais plus sociale que le capitalisme classique. C\u2019est dans cet esprit que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle formula, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, son projet de \u00ab participation \u00bb. Mais il faut distinguer ce projet de l\u2019autogestion \u00e0 la Proudhon. La participation de De Gaulle ne visait pas \u00e0 abolir le capital comme pouvoir de domination, ni \u00e0 instaurer une gestion collective int\u00e9grale ; elle consistait \u00e0 associer les travailleurs aux r\u00e9sultats de l\u2019entreprise par une redistribution partielle des b\u00e9n\u00e9fices, par une ouverture progressive du capital et, de mani\u00e8re limit\u00e9e, par une pr\u00e9sence consultative dans la gestion. Elle constituait un assouplissement du capitalisme, destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire les tensions sociales, mais en aucun cas une remise en cause fondamentale de ses structures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La logique proudhonienne, au contraire, proposait une alternative radicale : non pas la suppression de la propri\u00e9t\u00e9 des biens, qu\u2019il d\u00e9fendait, mais celle du capital entendu comme pouvoir financier et instrument de domination, au profit d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 fonctionnelle et d\u2019une gestion collective par les travailleurs eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mutualisme proudhonien n\u2019est pas non plus le communisme marxiste. Proudhon rejetait la centralisation \u00e9tatique, alors que Marx voulait une \u00e9conomie planifi\u00e9e. Mais les deux syst\u00e8mes partagent des traits fondamentaux : le refus de l\u2019enrichissement individuel, le bannissement des grandes fortunes et la recherche d\u2019une transparence totale. Dans les coop\u00e9ratives proudhoniennes, cette transparence s\u2019applique aux comptes et \u00e0 la r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices ; dans le communisme marxiste, elle se g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 l\u2019\u00e9conomie enti\u00e8re par la planification. Dans les deux cas, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 est refus\u00e9e comme principe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire du communisme a prouv\u00e9 l\u2019\u00e9chec de ce mod\u00e8le lorsqu\u2019il est appliqu\u00e9 \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. L\u2019URSS et ses satellites, malgr\u00e9 leur discipline et leur planification, ont sombr\u00e9 dans la stagnation et les p\u00e9nuries. L\u2019innovation n\u2019a surv\u00e9cu que dans les secteurs strat\u00e9giques militaires ou spatiaux ; dans la vie quotidienne, l\u2019absence de concurrence et l\u2019\u00e9galitarisme forcen\u00e9 ont \u00e9touff\u00e9 l\u2019initiative. Les individus savaient que leur effort ne changerait rien \u00e0 leur sort, et l\u2019ardeur au travail s\u2019\u00e9teignait peu \u00e0 peu. Pendant ce temps, les \u00e9conomies capitalistes occidentales connaissaient une prosp\u00e9rit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent : abondance de biens, essor des classes moyennes, progr\u00e8s technologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut donc renverser l\u2019argument moral. On pr\u00e9sente souvent l\u2019\u00e9galitarisme comme moral, parce qu\u2019il interdit les \u00e9carts et les injustices sociales. Mais l\u2019\u00e9galitarisme est en r\u00e9alit\u00e9 immoral : il enferme chacun dans un cadre uniforme, coupe l\u2019\u00e9lan de l\u2019individu, d\u00e9truit l\u2019inventivit\u00e9 et d\u00e9courage l\u2019effort. L\u2019homme perd sa dignit\u00e9 lorsqu\u2019on lui retire la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er, d\u2019innover, de se distinguer. C\u2019est ce que l\u2019on a vu dans le monde communiste, mais aussi dans d\u2019autres exp\u00e9riences collectivistes : l\u2019\u00e9galitarisme strict finit par \u00e9touffer l\u2019\u00e9nergie vitale des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019inverse, le capitalisme repose sur le fait que les hommes ne sont pas \u00e9gaux en talents, en imagination, en ambition. En reconnaissant et en int\u00e9grant ces diff\u00e9rences, il les transforme en moteur collectif. Parce qu\u2019un individu peut esp\u00e9rer tirer profit de son ambition, il ose inventer, risquer, entreprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019une seule id\u00e9e \u2013 l\u2019automobile de Ford, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u2019Edison, l\u2019informatique de Gates \u2013 a pu se traduire en transformations massives qui ont am\u00e9lior\u00e9 le quotidien de centaines de millions d\u2019hommes et de femmes. Certes, ces r\u00e9ussites ont engendr\u00e9 d\u2019immenses fortunes individuelles, mais elles ont aussi produit des avanc\u00e9es majeures dans la qualit\u00e9 de vie dans toutes les strates du monde libre. Il est vrai que de nombreuses innovations proviennent aussi de la recherche publique, mais c\u2019est le capitalisme qui a permis leur diffusion et leur transformation en moteur de prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le capitalisme n\u2019est bien entendu pas exempt de dangers. Un syst\u00e8me qui \u00e9rige la loi du march\u00e9 en dogme peut engendrer des d\u00e9rives. Le capitalisme a m\u00eame suscit\u00e9 des monopoles qui ont fini par trahir ses propres principes. Les grandes plateformes num\u00e9riques, qui disposent d\u2019un pouvoir quasi monopolistique, freinent l\u2019innovation en \u00e9touffant leurs concurrents. Le capitalisme n\u2019est viable que lorsqu\u2019il conserve la concurrence comme moteur et que l\u2019\u00c9tat maintient un pouvoir de r\u00e9gulation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le capitalisme est le seul syst\u00e8me \u00e9conomique qui ait d\u00e9montr\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 fonctionner \u00e0 grande \u00e9chelle de mani\u00e8re satisfaisante. Toutes les autres formules \u2013 mutualisation, collectivisme, marxisme, communisme \u2013 sont vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec d\u00e8s lors qu\u2019elles d\u00e9passent l\u2019\u00e9chelle d\u2019une communaut\u00e9 restreinte et volontaire. Leur justification peut \u00eatre de constituer un choix de vie particulier, mais elles ne sauraient fonder la vigueur \u00e9conomique d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. L\u2019histoire de Lip, des kibboutzim et de l\u2019URSS montre que l\u2019autogestion n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer. L\u2019\u00e9conomie capitaliste est in\u00e9galitaire par nature, mais elle a la capacit\u00e9 de transformer l\u2019imagination humaine en prosp\u00e9rit\u00e9 pour le plus grand nombre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire \u00e9conomique et sociale r\u00e9cente, de l\u2019exp\u00e9rience ouvri\u00e8re de Lip aux kibboutzim isra\u00e9liens, en passant par l\u2019effondrement du communisme, offre une s\u00e9rie d\u2019exemples contrast\u00e9s qui permettent de mesurer les forces et les limites des mod\u00e8les \u00e9galitaires face au capitalisme. 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