{"id":7753,"date":"2025-10-06T08:48:08","date_gmt":"2025-10-06T08:48:08","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=7753"},"modified":"2025-10-06T08:48:08","modified_gmt":"2025-10-06T08:48:08","slug":"du-compagnonnage-nazi-au-palestinisme-de-lextreme-gauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/10\/06\/du-compagnonnage-nazi-au-palestinisme-de-lextreme-gauche\/","title":{"rendered":"Du compagnonnage nazi au palestinisme de l\u2019extr\u00eame gauche"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Entre les ann\u00e9es 1930 et notre pr\u00e9sent, une continuit\u00e9 se dessine : celle des id\u00e9ologies qui transforment la politique en religion. Hier comme aujourd\u2019hui, certaines causes pr\u00e9tendent purifier le monde en d\u00e9signant un ennemi absolu. Le nazisme, au nom de la race, et le palestinisme, au nom de la justice, proc\u00e8dent d\u2019une m\u00eame logique : faire du mal une entit\u00e9 unique, du combat une croisade, et du r\u00e9el un champ de foi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre ces deux moments, les formes ont chang\u00e9, mais la m\u00e9canique demeure. Dans l\u2019Europe des ann\u00e9es 1930, la crise, la peur du communisme et le d\u00e9clin des d\u00e9mocraties ont conduit des mouvements divers \u00e0 chercher dans le nazisme une v\u00e9rit\u00e9 d\u2019ordre et de salut. Aujourd\u2019hui, l\u2019extr\u00eame gauche, en France comme ailleurs, retrouve sous d\u2019autres drapeaux cette tentation d\u2019absolu : celle d\u2019une politique qui se sacralise jusqu\u2019\u00e0 devenir croyance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019Europe de ces ann\u00e9es-l\u00e0, la crise \u00e9conomique, le traumatisme de la Grande Guerre et la peur du communisme nourrissent un d\u00e9senchantement politique. Les d\u00e9mocraties paraissent fragiles, les r\u00e9gimes parlementaires impuissants, et beaucoup cherchent dans des doctrines d\u2019ordre une issue \u00e0 la confusion du monde. Le nazisme s\u2019impose alors comme une force d\u2019attraction bien au-del\u00e0 de l\u2019Allemagne : il promet la discipline, la foi et le sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France, cette fascination prend la forme du r\u00e9gime de Vichy, n\u00e9 de la d\u00e9faite de 1940. Le mar\u00e9chal P\u00e9tain pr\u00e9tend \u00ab refonder \u00bb la nation par la R\u00e9volution nationale, exaltant le travail, la famille et la patrie. Mais cette ambition de redressement se confond vite avec la soumission \u00e0 l\u2019occupant : l\u2019\u00c9tat met son administration et sa police \u00e0 son service. Autour du pouvoir, d\u2019anciens socialistes comme Jacques Doriot ou Marcel D\u00e9at, s\u00e9duits par la puissance allemande et le mythe d\u2019une refondation nationale, glissent vers le fascisme. La Milice de Joseph Darnand incarne, jusqu\u2019\u00e0 la caricature, cette adh\u00e9sion au pire : la collaboration transform\u00e9e en croisade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Belgique, L\u00e9on Degrelle et le mouvement rexiste, comme le VNV flamand, s\u2019alignent sur l\u2019id\u00e9ologie hitl\u00e9rienne au nom de l\u2019anti-lib\u00e9ralisme. Aux Pays-Bas, Anton Mussert, chef du NSB, pr\u00eate son concours \u00e0 l\u2019occupant en lui offrant une fa\u00e7ade nationale. En Norv\u00e8ge, Vidkun Quisling fait de la trahison une politique d\u2019\u00c9tat. En Europe centrale et orientale, les Croix-Fl\u00e9ch\u00e9es hongroises, l\u2019Usta\u0161a croate et la Garde de Fer roumaine participent de la m\u00eame fascination pour un ordre cens\u00e9 purifier la nation. Dans toutes ces exp\u00e9riences, le nazisme se pr\u00e9sente comme une offre de sens : une explication globale du monde, une promesse de r\u00e9demption politique dans un univers d\u00e9sorient\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette dynamique traduit un d\u00e9placement plus profond : la substitution de la cause \u00e0 la politique. L\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9bat devient suspect, la croyance s\u2019impose ; l\u00e0 o\u00f9 la complexit\u00e9 inqui\u00e8te, la promesse de puret\u00e9 attire. Le nazisme se pr\u00e9sente comme un syst\u00e8me de foi complet, offrant \u00e0 chacun une place dans un salut collectif. L\u2019antis\u00e9mitisme en est le centre de gravit\u00e9 : il d\u00e9signe un mal \u00e0 l\u2019origine de tous les d\u00e9sordres et donne \u00e0 la haine une fonction d\u2019unification. Le Juif, devenu figure de la corruption universelle, concentre les peurs et permet de transformer la violence en devoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019extr\u00eame gauche contemporaine, notamment le mouvement politique La France Insoumise, s\u2019est align\u00e9e sur une id\u00e9ologie qui lui sert de boussole symbolique : le palestinisme. Celui-ci ne rel\u00e8ve pas d\u2019une solidarit\u00e9 avec un peuple en lutte, mais d\u2019un syst\u00e8me de repr\u00e9sentation h\u00e9rit\u00e9 du tiers-mondisme, de l\u2019islamisme et du postcolonialisme. L\u2019extr\u00eame gauche a transf\u00e9r\u00e9 son imaginaire r\u00e9volutionnaire de la lutte des classes vers celle des peuples domin\u00e9s. Le prol\u00e9tariat industriel d\u2019hier a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par les victimes de l\u2019Occident : migrants, minorit\u00e9s, colonis\u00e9s. La structure est rest\u00e9e la m\u00eame \u2014 un monde divis\u00e9 entre oppresseurs et opprim\u00e9s \u2014 mais la sc\u00e8ne a chang\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans ce cadre que le palestinisme a acquis un statut particulier. Il fonctionne comme un symbole total, un mythe de substitution \u00e0 la r\u00e9volution perdue. Il concentre \u00e0 la fois la m\u00e9moire anticoloniale, la critique de l\u2019Occident et le r\u00eave d\u2019un renversement moral du monde. Dans cet imaginaire, Isra\u00ebl incarne la figure du coupable absolu : \u00c9tat moderne, occidental, capitaliste, soutenu par les \u00c9tats-Unis et associ\u00e9 au peuple juif. La France Insoumise en a fait un axe central de sa posture internationale. Ses dirigeants ont multipli\u00e9 les ambigu\u00eft\u00e9s sur le Hamas, refusant d\u2019en reconna\u00eetre la nature terroriste et pr\u00e9f\u00e9rant \u00e9voquer la \u00ab r\u00e9sistance \u00bb d\u2019un peuple sous occupation. Derri\u00e8re cette rh\u00e9torique s\u2019installe une grille de lecture o\u00f9 la violence devient l\u00e9gitime d\u00e8s lors qu\u2019elle s\u2019exerce au nom de la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas tant dans les slogans que se manifeste cette d\u00e9rive que dans le langage lui-m\u00eame. L\u2019effacement du mot \u00ab terrorisme \u00bb apr\u00e8s le 7 octobre, la mise en doute des t\u00e9moignages isra\u00e9liens ou le renvoi dos \u00e0 dos des bourreaux et des victimes rel\u00e8vent d\u2019une inversion de la responsabilit\u00e9. Sous couvert d\u2019\u00e9quilibre, ce discours reprend de vieux r\u00e9flexes : relativiser la haine, minimiser la souffrance juive, sugg\u00e9rer que la victime reste, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, coupable de ce qu\u2019elle subit. Cet antis\u00e9mitisme de cons\u00e9quence s\u2019installe par paresse intellectuelle et confort id\u00e9ologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux \u00c9tats-Unis, cette logique trouve son \u00e9quivalent dans le mouvement woke. N\u00e9 dans les universit\u00e9s, il a transform\u00e9 la politique en mode de pens\u00e9e. Le monde n\u2019y est plus lu \u00e0 travers les classes ou les int\u00e9r\u00eats, mais selon la dialectique du privil\u00e8ge et de la victime. La justice devient inclusion, l\u2019\u00e9galit\u00e9 devient r\u00e9paration, la libert\u00e9 devient reconnaissance. Ce moralisme de la faute et de la puret\u00e9 produit les m\u00eames effets qu\u2019hier : il fabrique des coupables. Et dans cette logique de puret\u00e9 id\u00e9ologique, le Juif, per\u00e7u comme blanc, occidental et assimil\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl, devient paradoxalement suspect. L\u2019antisionisme sert alors de refuge l\u00e9gitime \u00e0 un vieil imaginaire de rejet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La France Insoumise a puis\u00e9 dans ce vocabulaire venu d\u2019outre-Atlantique. Les notions de \u00ab racisme syst\u00e9mique \u00bb, de \u00ab colonisation int\u00e9rieure \u00bb ou de \u00ab racisme d\u2019\u00c9tat \u00bb en traduisent l\u2019influence. Mais \u00e0 mesure que le langage s\u2019en impr\u00e8gne, la pens\u00e9e se fige. L\u2019histoire devient un tribunal, la nuance une trahison. L\u2019Occident y incarne la faute, Isra\u00ebl la pers\u00e9v\u00e9rance du mal, et la politique se r\u00e9duit \u00e0 une liturgie de la bonne conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce discours ne se limite pas \u00e0 la critique d\u2019un \u00c9tat : il fabrique un imaginaire. Le conflit isra\u00e9lo-palestinien devient une parabole purificatrice, et le Juif, sous sa forme \u00e9tatique, une figure d\u2019obstacle. L\u2019antis\u00e9mitisme y trouve une l\u00e9gitimit\u00e9 nouvelle, d\u2019autant plus redoutable qu\u2019elle se croit juste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ressemblances entre nazisme et palestinisme islamiste ne tiennent pas aux circonstances, mais \u00e0 la structure. Dans les deux cas, l\u2019antis\u00e9mitisme n\u2019est pas un effet secondaire : il est fondateur. Le nazisme fondait la haine du Juif sur une loi de nature, le palestinisme sur une loi divine. L\u2019un et l\u2019autre conf\u00e8rent \u00e0 la destruction du Juif une l\u00e9gitimit\u00e9 sup\u00e9rieure \u2014 biologique chez les uns, religieuse chez les autres. Dans les deux cas, la haine devient devoir sacr\u00e9, instrument de purification, promesse d\u2019un monde d\u00e9livr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous deux partagent \u00e9galement une vocation universaliste. Le nazisme r\u00eavait d\u2019un Reich de mille ans, d\u2019un ordre racial mondial ; le palestinisme, adoss\u00e9 au djihadisme, aspire \u00e0 une souverainet\u00e9 plan\u00e9taire. Le grand mufti de J\u00e9rusalem, Hadj Amin al-Husseini, alli\u00e9 d\u2019Hitler, appelait \u00e0 tuer les Juifs \u00ab o\u00f9 qu\u2019ils se trouvent \u00bb. La charte du Hamas proclame que \u00ab l\u2019islam doit r\u00e9gner sur toutes les terres \u00bb. Dans les deux id\u00e9ologies, la conqu\u00eate n\u2019est pas seulement territoriale : elle est m\u00e9taphysique. Il s\u2019agit de remodeler le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette logique d\u00e9coule la sacralisation de la violence. Le nazisme avait institutionnalis\u00e9 le massacre comme moyen politique ; le palestinisme glorifie les attentats, les martyrs, les meurtres d\u2019enfants. Les crimes du 7 octobre ne furent pas une d\u00e9viation : ils ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la coh\u00e9rence interne d\u2019un syst\u00e8me qui \u00e9rige le sang vers\u00e9 en acte de foi. L\u00e0 encore, tuer n\u2019est pas transgresser, c\u2019est ob\u00e9ir \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inversion accusatoire compl\u00e8te ce tableau. Le nazisme pr\u00e9tendait que les Juifs \u00e9taient les v\u00e9ritables agresseurs, responsables des guerres et de la d\u00e9cadence. Le palestinisme r\u00e9p\u00e8te cette structure : Isra\u00ebl serait l\u2019oppresseur, coupable de sa propre d\u00e9fense. Ce renversement transforme la terreur en ch\u00e2timent et la haine en l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces id\u00e9ologies n\u2019ont pas besoin d\u2019\u00eatre majoritaires pour contaminer leur environnement. Hier, des partis r\u00e9publicains ont servi le nazisme sans en adopter les insignes, mais en reprenant son vocabulaire, ses raisonnements ou ses silences. Aujourd\u2019hui, certaines forces r\u00e9put\u00e9es d\u00e9mocratiques reprennent les sch\u00e8mes du palestinisme au nom des droits de l\u2019homme. En parlant de \u00ab r\u00e9sistance \u00bb, en excusant la violence, en refusant de nommer le terrorisme, elles s\u2019en font les relais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le langage du bien, lorsqu\u2019il se fait total, abolit la pens\u00e9e. Il inverse le r\u00e9el : l\u2019agresseur devient victime, la victime devient coupable, la violence devient vertu. On ne parle plus pour comprendre, mais pour appartenir. R\u00e9p\u00e9ter les formules consacr\u00e9es, exhiber la puret\u00e9 du verbe : voil\u00e0 la nouvelle liturgie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, le langage est devenu le champ de bataille du politique. Les id\u00e9ologies de salut n\u2019avancent plus sous des uniformes, mais sous des mots. C\u2019est par eux qu\u2019elles s\u00e9duisent et qu\u2019elles simplifient. La vigilance, aujourd\u2019hui, consiste moins \u00e0 d\u00e9fendre les institutions qu\u2019\u00e0 d\u00e9fendre la parole \u2014 cette exigence de pr\u00e9cision, de nuance et de v\u00e9rit\u00e9 qui fonde la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les soci\u00e9t\u00e9s libres ne tiennent pas seulement \u00e0 leurs lois, mais \u00e0 leur lucidit\u00e9. Et la lucidit\u00e9, c\u2019est de refuser le langage magique \u2014 ces mots qui pr\u00e9tendent sauver le monde. Car toute cause qui promet la r\u00e9demption commence par confisquer la parole.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre les ann\u00e9es 1930 et notre pr\u00e9sent, une continuit\u00e9 se dessine : celle des id\u00e9ologies qui transforment la politique en religion. Hier comme aujourd\u2019hui, certaines causes pr\u00e9tendent purifier le monde en d\u00e9signant un ennemi absolu. 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