{"id":7774,"date":"2025-10-08T14:33:00","date_gmt":"2025-10-08T14:33:00","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=7774"},"modified":"2025-10-08T14:33:00","modified_gmt":"2025-10-08T14:33:00","slug":"deux-inconsciences-sur-france-television","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/10\/08\/deux-inconsciences-sur-france-television\/","title":{"rendered":"Deux inconsciences  sur France T\u00e9l\u00e9vision"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelques jours, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ebRiVMV_Vds\">sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision<\/a>, deux voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour parler du 7 octobre, deux ans apr\u00e8s le massacre. Le ton est grave, les mots sont mesur\u00e9s, comme si parler clair \u00e9tait devenu un risque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re voix, \u00e9mue, \u00e9voque la souffrance palestinienne. Elle r\u00e9cite une pri\u00e8re de Yom Kippour r\u00e9\u00e9crite par un rabbin am\u00e9ricain qui, au lieu de confesser des fautes comme le veut la tradition, demande pardon pour les crimes qu\u2019Isra\u00ebl aurait commis contre les Palestiniens. Sous les apparences de la compassion, c\u2019est un renversement : la victime s\u2019accuse de sa survie. La liturgie devient aveu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre voix, plus contenue, parle d\u2019un Isra\u00ebl en perte d\u2019\u00e2me. Elle redoute qu\u2019\u00e0 force de se d\u00e9fendre, le peuple ne se perde lui-m\u00eame. Deux voix, deux sensibilit\u00e9s, mais une m\u00eame inqui\u00e9tude : celle d\u2019une morale qui ne sait plus comment rester pure face \u00e0 la violence. Elles croient d\u00e9fendre la justice, mais glissent vers la confusion : le coupable devient celui qui agit, la faute \u2014 celle de la l\u00e9gitime d\u00e9fense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce renversement est le fruit d\u2019une fatigue intellectuelle. L\u2019Occident, hant\u00e9 par ses crimes, ne supporte plus l\u2019id\u00e9e que la justice puisse encore passer par la puissance. Il r\u00eave d\u2019une \u00e9thique sans pouvoir, d\u2019une puret\u00e9 sans responsabilit\u00e9. Autrefois, la force servait la justice ; aujourd\u2019hui, elle en est la n\u00e9gation. Le mal ne r\u00e9side plus dans ce qu\u2019on fait, mais dans ce qu\u2019on est capable de faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette pri\u00e8re de Kippour r\u00e9invent\u00e9e, la victime demande pardon d\u2019exister. Sous couvert de compassion, le rabbin y remplace la rigueur juive du repentir par la douceur chr\u00e9tienne du pardon sans limites. Il ne s\u2019adresse plus \u00e0 Dieu, mais au monde ; il cherche non le pardon, mais l\u2019approbation du regard occidental. L\u2019\u00e9motion a pris la place du discernement, et la charit\u00e9 celle de la justice. Ainsi, la compassion d\u00e9voy\u00e9e finit par perdre le sens du r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde voix croit se sauver par le scrupule. Elle rejette les mots trop lourds \u2014 \u00ab barbarie \u00bb, \u00ab g\u00e9nocide \u00bb \u2014 appliqu\u00e9s \u00e0 Isra\u00ebl, sentant confus\u00e9ment qu\u2019ils sont abusifs. Mais tout en refusant ces exc\u00e8s, elle demeure mal \u00e0 l\u2019aise devant la guerre elle-m\u00eame, comme si la d\u00e9fense portait en elle sa propre condamnation. Ce scrupule devient fuite d\u00e8s qu\u2019il doute du bien-fond\u00e9 de la riposte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences, les deux voix se rejoignent : il n\u2019y aurait plus ni coupables ni innocents, mais deux camps sym\u00e9triques, \u00e9galement fautifs, \u00e9galement souffrants. La guerre devient parabole, le crime trag\u00e9die, la responsabilit\u00e9 se dissout dans la douleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce relativisme, sous couvert de lucidit\u00e9, abolit la justice au nom de la compassion. Le monde ne se divise plus entre le juste et l\u2019injuste, mais entre ceux qui crient le plus fort. Ainsi revient une vieille tentation europ\u00e9enne : celle du pacifisme d\u2019avant-guerre, qui pr\u00e9f\u00e9rait la paix des consciences \u00e0 la d\u00e9fense des vivants. On voulait \u00e9pargner le monde, on l\u2019a livr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 7 octobre a tout fait basculer. Ce jour-l\u00e0, ce ne fut pas un conflit de plus, mais un d\u00e9voilement. Ce n\u2019\u00e9tait pas une bataille : c\u2019\u00e9tait une volont\u00e9 d\u2019extermination. La barbarie a parl\u00e9 sa langue, sans d\u00e9tour ni masque. D\u00e8s lors, parler de \u00ab solution politique \u00bb, c\u2019est refuser de voir ce que le monde a vu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux voix se retrouvent dans une m\u00eame croyance : celle qu\u2019un \u00ab \u00c9tat palestinien \u00bb serait la cl\u00e9 de la paix. C\u2019est la foi molle des inconsciences, quand la parole se croit performative. Dire \u00ab deux \u00c9tats \u00bb tient lieu d\u2019action, comme si la formule suffisait \u00e0 transformer le r\u00e9el. Mais cette id\u00e9e, devenue mantra, est une complaisance envers la violence : elle offre \u00e0 la sauvagerie le b\u00e9n\u00e9fice du doute, voire la r\u00e9compense du crime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab \u00c9tat palestinien \u00bb n\u2019a pas de sens. Ce n\u2019est pas une promesse de paix, mais une r\u00e9compense donn\u00e9e \u00e0 la haine. Reconna\u00eetre un tel \u00c9tat reviendrait \u00e0 donner forme politique \u00e0 la monstruosit\u00e9 du 7 octobre, \u00e0 l\u00e9gitimer par le droit ce que la haine a voulu par le sang. Ce serait la r\u00e9tribution symbolique d\u2019une tentative d\u2019extermination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00c9tat palestinien existe d\u00e9j\u00e0 : il s\u2019appelle la Jordanie, issue de la matrice historique du Mandat britannique sur la Palestine. Contester cette \u00e9vidence, c\u2019est refuser de comprendre que cette guerre n\u2019est pas un diff\u00e9rend territorial, mais une guerre de civilisation \u2014 que l\u2019Europe, obstin\u00e9ment, ne veut pas voir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019une des voix s\u2019est \u00e9mue d\u2019avoir entendu un intellectuel affirmer qu\u2019\u00ab il n\u2019y a pas d\u2019innocents \u00e0 Gaza \u00bb. La phrase, isol\u00e9e, heurte \u2014 et il est vrai qu\u2019aucune conscience ne peut nier l\u2019innocence d\u2019un enfant. Mais encore faut-il entendre ce qu\u2019elle signifie. Elle ne juge pas des individus, mais d\u2019un climat moral, d\u2019une complicit\u00e9 diffuse, d\u2019un consentement collectif au mal. \u00c0 Gaza, la responsabilit\u00e9 ne vient pas seulement du Hamas, mais d\u2019une culture qui enseigne la haine, exalte le meurtre, et aspir\u00e9 \u00e0 la disparition d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enfants de Gaza ne sont coupables de rien. Mais l\u2019immense majorit\u00e9 des adultes, \u00e9lev\u00e9s dans la glorification de la mort, partage l\u2019hostilit\u00e9 visc\u00e9rale \u00e0 Isra\u00ebl et aux Juifs. Cette foule a particip\u00e9 aux massacres du 7 octobre ; d\u2019autres, en liesse, ont salu\u00e9 les tueurs. On ne peut pas faire comme si cela n\u2019existait pas \u2014 m\u00eame s\u2019il y eut, comme toujours, des exceptions, et m\u00eame des Justes. La soci\u00e9t\u00e9 de Gaza n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une guerre inique : elle fut complice d\u2019un carnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La crainte d\u2019\u00eatre injuste est devenue la passion dominante de l\u2019Europe contemporaine. Marqu\u00e9e par la m\u00e9moire \u2014 la colonisation, la Shoah, la domination \u2014 elle veut expier tout ce qu\u2019elle fut, r\u00e9parer tout ce qu\u2019elle croit avoir bris\u00e9, quitte \u00e0 s\u2019effacer pour n\u2019\u00eatre plus jamais coupable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux voix, nul doute, sont attach\u00e9es \u00e0 Isra\u00ebl. Mais leurs paroles, dans le tumulte d\u2019aujourd\u2019hui, confortent la haine des Juifs. Elles donnent \u00e0 la critique d\u2019Isra\u00ebl une l\u00e9gitimit\u00e9 morale que d\u2019autres s\u2019empressent d\u2019usurper. Les Juifs qui se disent sionistes, comme ces deux voix, vivent prot\u00e9g\u00e9s par ceux qui, en Isra\u00ebl, veillent, se battent et tombent pour que d\u2019autres puissent exister.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce d\u00e9bat r\u00e9v\u00e8le la lassitude d\u2019une civilisation qui doute de ce qu\u2019elle sait et confond la nuance avec l\u2019ind\u00e9cision. Une morale qui ne choisit pas finit toujours par servir les forces les plus cyniques. Le jour o\u00f9 l\u2019Occident cessera d\u2019avoir peur de nommer le mal, il retrouvera ce qu\u2019il croyait d\u00e9fendre : la justice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques jours, sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision, deux voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour parler du 7 octobre, deux ans apr\u00e8s le massacre. Le ton est grave, les mots sont mesur\u00e9s, comme si parler clair \u00e9tait devenu un risque. La premi\u00e8re voix, \u00e9mue, \u00e9voque la souffrance palestinienne. 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