{"id":7959,"date":"2025-10-30T10:38:35","date_gmt":"2025-10-30T10:38:35","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=7959"},"modified":"2025-10-30T10:54:37","modified_gmt":"2025-10-30T10:54:37","slug":"israel-entre-messianisme-et-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/10\/30\/israel-entre-messianisme-et-politique\/","title":{"rendered":"Isra\u00ebl  entre messianisme et politique"},"content":{"rendered":"<pre><em>Cet article propose une lecture du r\u00f4le croissant du nationalisme religieux dans la vie politique isra\u00e9lienne. Il ne cherche pas \u00e0 juger, mais \u00e0 d\u00e9crire la mani\u00e8re dont la r\u00e9f\u00e9rence religieuse s\u2019articule \u00e0 la souverainet\u00e9, \u00e0 la citoyennet\u00e9 et au rapport au territoire. L\u2019enjeu est d\u2019avoir une compr\u00e9hension aussi fid\u00e8le que possible d\u2019un courant id\u00e9ologique en mutation, et de laisser \u00e0 chacun le soin d\u2019en tirer sa propre lecture.<\/em><\/pre>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nationalisme religieux \u00e0 travers les figures de Ben-Gvir et Smotrich occupe aujourd\u2019hui une place centrale dans la vie politique isra\u00e9lienne. Longtemps marginal, il s\u2019est affirm\u00e9 comme une force capable d\u2019infl\u00e9chir le langage, les priorit\u00e9s et les fondements id\u00e9ologiques de l\u2019\u00c9tat\u00b9. Son influence d\u00e9passe les \u00e9quilibres parlementaires : elle touche \u00e0 la d\u00e9finition m\u00eame de la citoyennet\u00e9, de la souverainet\u00e9 et de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce courant, n\u00e9 du croisement entre messianisme et pragmatisme politique\u00b2, revendique une souverainet\u00e9 fond\u00e9e moins sur la volont\u00e9 humaine que sur la promesse biblique. La d\u00e9mocratie y est envisag\u00e9e non comme une fin universelle, mais comme un instrument au service d\u2019une identit\u00e9 collective. C\u2019est dans ce contexte que se sont impos\u00e9es deux figures majeures : Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. Leurs parcours et leurs discours diff\u00e8rent, mais ils traduisent, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, une m\u00eame tension entre l\u2019ordre national et la r\u00e9f\u00e9rence religieuse.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><em><strong>La question territoriale<\/strong><\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rapport \u00e0 la terre constitue le c\u0153ur symbolique de ce nationalisme religieux. L\u00e0 o\u00f9 une partie de l\u2019opinion publique isra\u00e9lienne justifie la ma\u00eetrise des territoires conquis en 1967 par des arguments strat\u00e9giques ou historiques \u2014 continuit\u00e9 du peuplement juif, invalidation des lignes d\u2019armistice de 1949, ou droit de se d\u00e9fendre face \u00e0 des agressions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u2014, Ben-Gvir et Smotrich invoquent une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un autre ordre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour eux, la Cisjordanie \u2014 d\u00e9sign\u00e9e par son nom biblique de <em>Jud\u00e9e-Samarie<\/em> \u2014 n\u2019est pas un espace disput\u00e9, mais une composante inali\u00e9nable de la terre d\u2019Isra\u00ebl. Leur revendication n\u2019est pas d\u2019abord politique : elle est th\u00e9ologique. Ces territoires sont envisag\u00e9s comme relevant d\u2019un droit divin ant\u00e9rieur \u00e0 tout trait\u00e9, \u00e0 toute ligne de cessez-le-feu ou \u00e0 tout compromis diplomatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conception s\u2019\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 Gaza, per\u00e7ue comme une partie int\u00e9grante de la promesse biblique. Tous deux consid\u00e8rent le retrait isra\u00e9lien de 2005 comme une erreur historique, voire comme une faute morale : non seulement il aurait compromis la s\u00e9curit\u00e9 nationale, mais il aurait aussi, selon eux, contredit l\u2019ordre spirituel assignant au peuple juif la responsabilit\u00e9 de toute la terre d\u2019Isra\u00ebl\u00b9\u00b9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette approche transforme la question territoriale en enjeu spirituel : renoncer \u00e0 une portion de terre ne signifierait pas seulement c\u00e9der un avantage strat\u00e9gique, mais contredire une mission per\u00e7ue comme sacr\u00e9e. Ce d\u00e9placement \u2014 du domaine de la s\u00e9curit\u00e9 vers celui de la foi \u2014 conf\u00e8re \u00e0 leur discours sa force mobilisatrice autant que sa dimension radicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, Ben-Gvir et Smotrich n\u2019en tirent pas les m\u00eames implications politiques. L\u2019un, Ben-Gvir, fait de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la nation l\u2019expression concr\u00e8te de cette souverainet\u00e9 biblique : il politise la loyaut\u00e9. L\u2019autre, Smotrich, cherche \u00e0 inscrire cette souverainet\u00e9 dans la loi elle-m\u00eame : il th\u00e9ologise l\u2019autorit\u00e9. Deux voies donc, issues d\u2019un m\u00eame principe, mais orient\u00e9es l\u2019une vers la mobilisation populaire, l\u2019autre vers la r\u00e9forme institutionnelle. C\u2019est dans ce cadre, o\u00f9 la souverainet\u00e9 s\u2019identifie \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019une promesse biblique, que se d\u00e9ploient leurs trajectoires.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Itamar Ben-Gvir<\/strong><\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Itamar Ben-Gvir, n\u00e9 en 1976 \u00e0 J\u00e9rusalem, est l\u2019une des personnalit\u00e9s les plus en vue de la droite isra\u00e9lienne. Avocat de formation et ministre de la S\u00e9curit\u00e9 nationale, il a b\u00e2ti sa carri\u00e8re sur un discours centr\u00e9 sur l\u2019ordre, la force et la loyaut\u00e9 nationale. Longtemps tenu \u00e0 la marge pour ses positions jug\u00e9es radicales, il a su transformer cette image en ressource politique, devenant l\u2019un des repr\u00e9sentants les plus identifi\u00e9s du nationalisme religieux. Son ascension \u2013 de la p\u00e9riph\u00e9rie id\u00e9ologique aux hautes fonctions de l\u2019\u00c9tat \u2013 illustre une \u00e9volution du discours public isra\u00e9lien : la place croissante donn\u00e9e \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 envers la nation dans la d\u00e9finition de la citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syst\u00e8me isra\u00e9lien reconna\u00eet la coexistence de plusieurs communaut\u00e9s \u2013 juive, arabe, druze, tcherkesse, baha\u00efe \u2013 dont la l\u00e9gitimit\u00e9 s\u2019inscrit dans un principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 civique\u00b3. Cette reconnaissance autorise la pluralit\u00e9 des statuts et des fid\u00e9lit\u00e9s au sein d\u2019un m\u00eame cadre politique. Le fait qu\u2019un Arabe ne soit pas soumis au service militaire tandis qu\u2019un Druze puisse l\u2019accomplir r\u00e9sulte d\u2019un compromis historique entre l\u2019\u00c9tat et ses minorit\u00e9s, et traduit un pragmatisme institutionnel fond\u00e9 sur la diff\u00e9renciation sans hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ben-Gvir reformule cette diff\u00e9renciation en crit\u00e8re d\u2019ordre. L\u00e0 o\u00f9 la loi distingue pour \u00e9quilibrer, il distingue pour classer. Le pluralisme cesse alors d\u2019\u00eatre un m\u00e9canisme d\u2019\u00e9quilibre et devient un instrument de structuration identitaire. Le principe civique se red\u00e9finit \u00e0 travers une logique d\u2019appartenance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette approche s\u2019inspire au moins en partie de la pens\u00e9e du rabbin Meir Kahana\u2074, fondateur du mouvement <em>Kach<\/em>, assassin\u00e9 en 1990. Kahana pr\u00f4nait une s\u00e9paration stricte entre Juifs et Arabes, position jug\u00e9e incompatible avec les principes de l\u2019\u00c9tat, ce qui entra\u00eena l\u2019interdiction de son mouvement. Ben-Gvir revendique une filiation avec cet h\u00e9ritage tout en en modifiant le registre : il remplace la notion de puret\u00e9 ethnique par celle de loyaut\u00e9 politique. Ce d\u00e9placement du vocabulaire vers le patriotisme lui permet d\u2019inscrire son discours dans le cadre l\u00e9gal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distinction qu\u2019il op\u00e8re repose moins sur l\u2019origine que sur l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 une identit\u00e9 religieuse ou culturelle. Dans cette perspective, la conversion au juda\u00efsme constitue une voie d\u2019int\u00e9gration. La pluralit\u00e9 est reformul\u00e9e comme diff\u00e9renciation spirituelle, qui devient le crit\u00e8re d\u2019inclusion. Ainsi, Ben-Gvir transforme une doctrine de s\u00e9paration en mod\u00e8le d\u2019ordre fond\u00e9 sur la fid\u00e9lit\u00e9. Il ne transgresse pas la loi, mais en red\u00e9finit l\u2019esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant plusieurs ann\u00e9es, Ben-Gvir conserva, bien en vue dans son salon, un portrait de Baruch Goldstein, auteur du massacre d\u2019H\u00e9bron en 1994\u2075. L\u2019image, visible de tous ceux qu\u2019il recevait \u2013 journalistes, visiteurs ou soutiens politiques \u2013 tenait lieu de signe d\u2019appartenance et de fid\u00e9lit\u00e9 id\u00e9ologique\u2076. Il d\u00e9clarait alors que Goldstein avait \u00e9t\u00e9 son ami et son m\u00e9decin, mais disait aussi publiquement qu\u2019il le consid\u00e9rait comme un h\u00e9ros. Mais \u00e0 l\u2019approche d\u2019\u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales, il fit retirer ce portrait en pr\u00e9cisant que Goldstein n\u2019\u00e9tait apr\u00e8s tout \u00ab pas son mod\u00e8le \u00bb. Cet \u00e9pisode illustre le passage d\u2019un symbole d\u2019affirmation \u00e0 un geste de prudence politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le discours de Ben-Gvir ne repose pas sur l\u2019exclusion explicite, mais sur une gradation des appartenances. En donnant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 juive une valeur hi\u00e9rarchique, il red\u00e9finit la citoyennet\u00e9 en termes de conformit\u00e9 \u00e0 une norme communautaire.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Bezalel Smotrich<\/strong><\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bezalel Smotrich, n\u00e9 en 1980 \u00e0 Haspin, sur le plateau du Golan, s\u2019inscrit dans la tradition du sionisme religieux. Juriste, id\u00e9ologue et homme politique, il dirige le parti <em>Sionisme religieux<\/em> et exerce la fonction de ministre des Finances. Issu du mouvement des implantations, il se distingue par une conception th\u00e9ologique de la souverainet\u00e9. Son objectif est de fonder la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sur la loi juive (<em>halakha<\/em>)\u2077, inscrivant ainsi la politique dans une perspective messianique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette conception, la souverainet\u00e9 nationale constitue l\u2019expression d\u2019un dessein providentiel. L\u00e0 o\u00f9 Ben-Gvir politise la loyaut\u00e9, Smotrich th\u00e9ologise l\u2019autorit\u00e9. Tous deux appartiennent au m\u00eame courant, mais leurs d\u00e9marches diff\u00e8rent : l\u2019un privil\u00e9gie la rh\u00e9torique populaire, l\u2019autre l\u2019\u00e9laboration doctrinale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2016, Smotrich avait suscit\u00e9 une controverse apr\u00e8s avoir d\u00e9clar\u00e9, \u00e0 propos de la naissance de son enfant, qu\u2019il lui paraissait \u00ab naturel \u00bb que son \u00e9pouse ne partage pas sa chambre d\u2019h\u00f4pital avec une femme arabe\u2078, ajoutant que \u00ab l\u2019enfant de cette femme pourrait, dans vingt ans, vouloir tuer le sien \u00bb. L\u2019incident, relay\u00e9 dans les m\u00e9dias, prit une port\u00e9e embl\u00e9matique, illustrant une conception o\u00f9 la s\u00e9paration entre Juifs et Arabes rel\u00e8ve d\u2019un ordre spirituel\u2079.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Smotrich ne distingue pas la religion de la politique : la premi\u00e8re fonde la seconde. Selon lui, la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u00e9coule de la continuit\u00e9 d\u2019une alliance biblique. La d\u00e9mocratie n\u2019a de valeur que si elle sert la mission spirituelle du peuple juif. Loin d\u2019opposer la Torah \u00e0 la modernit\u00e9, il propose une hi\u00e9rarchie o\u00f9 la loi religieuse encadre la loi civile. La <em>halakha<\/em> devient la norme politique : c\u2019est \u00e0 la d\u00e9mocratie de refl\u00e9ter la religion, non l\u2019inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette perspective, le pluralisme est repens\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une logique th\u00e9ologique. Les distinctions entre citoyens sont envisag\u00e9es non comme des in\u00e9galit\u00e9s, mais comme des expressions d\u2019un ordre spirituel : le peuple juif occupe une position singuli\u00e8re, et les non-Juifs sont appel\u00e9s \u00e0 reconna\u00eetre cette vocation sur la terre d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Smotrich agit sur le plan institutionnel. L\u00e0 o\u00f9 Ben-Gvir se sert du droit, lui souhaite en red\u00e9finir les fondements. Son projet vise \u00e0 introduire dans le syst\u00e8me juridique la notion d\u2019une loi sacr\u00e9e \u2013 une \u00ab Torah constitutionnelle \u00bb \u2013 appel\u00e9e \u00e0 compl\u00e9ter ou \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter la D\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019\u00c9tat devient, dans cette vision, un vecteur de sanctification plus qu\u2019un cadre de coexistence. Le citoyen n\u2019est plus seulement d\u00e9tenteur de droits, mais porteur d\u2019une vocation collective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Smotrich ma\u00eetrise les limites du cadre l\u00e9gal et cherche \u00e0 les \u00e9tendre sans les franchir. Il emploie un langage qui conjugue le religieux et l\u2019administratif, parlant de \u00ab restauration de la souverainet\u00e9 juive \u00bb ou d\u2019\u00ab accomplissement de la promesse \u00bb. Ce lexique illustre une strat\u00e9gie d\u2019impr\u00e9gnation du droit par la r\u00e9f\u00e9rence religieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conception aboutit \u00e0 une vision hi\u00e9rarchis\u00e9e de la d\u00e9mocratie : l\u00e9gitime tant qu\u2019elle sert la mission spirituelle du peuple, elle devient probl\u00e9matique lorsqu\u2019elle s\u2019en \u00e9carte. La souverainet\u00e9 du peuple est per\u00e7ue comme temporaire, celle de Dieu comme p\u00e9renne. L\u00e0 o\u00f9 Ben-Gvir valorise la loyaut\u00e9 civique, Smotrich \u00e9rige la souverainet\u00e9 en principe sacr\u00e9. Le nationalisme devient une forme de liturgie.<\/p>\n<h2><strong><em>Conclusion<\/em><\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ben-Gvir et Smotrich participent, par leur l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9lectorale, au fonctionnement des institutions. Les controverses qu\u2019ils suscitent \u2013 en Isra\u00ebl comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u2013 soulignent la port\u00e9e de leurs positions. Tous deux ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s, voire sanctionn\u00e9s, pour certaines d\u00e9clarations ou prises de position\u00b9\u2070. Ces critiques ne les \u00e9cartent pas pour autant du champ politique : elles rappellent que la discussion sur les limites de la souverainet\u00e9, de la religion et de la citoyennet\u00e9 rel\u00e8ve du d\u00e9bat d\u00e9mocratique. C\u2019est dans ce cadre \u2013 celui des institutions, de la loi et du suffrage \u2013 que doivent se r\u00e9soudre les tensions qu\u2019ils incarnent. La d\u00e9mocratie isra\u00e9lienne, travers\u00e9e par ces contradictions, en tire sa vitalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En filigrane, les parcours de Ben-Gvir et de Smotrich rappellent que la d\u00e9mocratie isra\u00e9lienne se construit dans la tension entre foi et raison d\u2019\u00c9tat. Ce qui pourrait appara\u00eetre comme une contradiction \u2014 entre souverainet\u00e9 religieuse et l\u00e9gitimit\u00e9 civique \u2014 constitue peut-\u00eatre l\u2019un des moteurs m\u00eames de sa vitalit\u00e9 politique. L\u2019observation de ce d\u00e9bat \u00e9claire non seulement Isra\u00ebl, mais plus largement les d\u00e9fis des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 la croyance continue d\u2019habiter l\u2019espace public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">***<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>Le nationalisme religieux s\u2019est impos\u00e9 sur la sc\u00e8ne politique isra\u00e9lienne \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, notamment avec la cr\u00e9ation du mouvement <em>Gush Emunim<\/em> apr\u00e8s la guerre des Six Jours (1967).<\/li>\n<li>Le messianisme d\u00e9signe ici la croyance en une r\u00e9demption nationale du peuple juif sur la terre d\u2019Isra\u00ebl ; le pragmatisme politique, la volont\u00e9 d\u2019agir dans le cadre des institutions pour concr\u00e9tiser cette vision.<\/li>\n<li>La reconnaissance de la pluralit\u00e9 communautaire s\u2019appuie sur la D\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance de 1948 et la Loi fondamentale : <em>Dignit\u00e9 humaine et libert\u00e9<\/em> (1992).<\/li>\n<li>Le rabbin Meir Kahana (1932-1990), fondateur du mouvement <em>Kach<\/em>, pr\u00f4nait la s\u00e9paration stricte entre Juifs et Arabes. Le mouvement fut interdit en 1994 et class\u00e9 organisation terroriste par Isra\u00ebl, les \u00c9tats-Unis et l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/li>\n<li>Baruch Goldstein, m\u00e9decin et militant du mouvement <em>Kach<\/em>, a perp\u00e9tr\u00e9 le massacre d\u2019H\u00e9bron le 25 f\u00e9vrier 1994, tuant 29 fid\u00e8les musulmans.<\/li>\n<li>Le maintien, puis le retrait en 2020, du portrait de Goldstein dans le salon de Ben-Gvir ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s par de nombreux m\u00e9dias isra\u00e9liens, dont <em>Haaretz<\/em> et <em>The Times of Israel<\/em>, comme un symbole d\u2019appartenance id\u00e9ologique puis de repositionnement politique.<\/li>\n<li>La <em>halakha<\/em> (loi religieuse juive) d\u00e9signe l\u2019ensemble des r\u00e8gles issues de la Torah et du Talmud. L\u2019expression \u00ab Torah constitutionnelle \u00bb traduit l\u2019id\u00e9e d\u2019une norme religieuse inspirant la loi civile.<\/li>\n<li>D\u00e9claration de Bezalel Smotrich lors de la naissance de son enfant en 2016, cit\u00e9e par plusieurs m\u00e9dias isra\u00e9liens et reprise notamment par <em>The Jerusalem Post<\/em> et <em>Haaretz<\/em>.<\/li>\n<li>L\u2019incident de 2016 suscita une large condamnation publique, y compris de la part de responsables politiques du Likoud et de rabbins du courant national-religieux.<\/li>\n<li>Bezalel Smotrich a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 persona non grata en France en mars 2023. Itamar Ben-Gvir a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour des propos jug\u00e9s discriminatoires et pour ses liens pass\u00e9s avec le mouvement <em>Kach<\/em>.<\/li>\n<li>Le d\u00e9sengagement de Gaza, d\u00e9cid\u00e9 en 2005 sous le gouvernement d\u2019Ariel Sharon, a entra\u00een\u00e9 l\u2019\u00e9vacuation de toutes les colonies juives de la bande de Gaza. Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich s\u2019y sont oppos\u00e9s avec virulence, y voyant un reniement du projet sioniste et une transgression de la promesse biblique. Tous deux plaident, depuis, pour une \u00ab restauration de la souverainet\u00e9 \u00bb sur Gaza et la Jud\u00e9e-Samarie, envisag\u00e9e comme condition du redressement moral et politique d\u2019Isra\u00ebl.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article propose une lecture du r\u00f4le croissant du nationalisme religieux dans la vie politique isra\u00e9lienne. Il ne cherche pas \u00e0 juger, mais \u00e0 d\u00e9crire la mani\u00e8re dont la r\u00e9f\u00e9rence religieuse s\u2019articule \u00e0 la souverainet\u00e9, \u00e0 la citoyennet\u00e9 et au rapport au territoire. L\u2019enjeu est d\u2019avoir une compr\u00e9hension aussi fid\u00e8le que possible d\u2019un courant id\u00e9ologique &hellip; <a href=\"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/10\/30\/israel-entre-messianisme-et-politique\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Isra\u00ebl  entre messianisme et politique&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":414,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,2,4,7],"tags":[],"class_list":["post-7959","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-israel","category-judaisme","category-politique","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/414"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7959"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7959\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7972,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7959\/revisions\/7972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}