{"id":8002,"date":"2025-11-05T16:48:30","date_gmt":"2025-11-05T16:48:30","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=8002"},"modified":"2025-11-05T17:37:23","modified_gmt":"2025-11-05T17:37:23","slug":"un-pere-une-arme-un-enfant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2025\/11\/05\/un-pere-une-arme-un-enfant\/","title":{"rendered":"Un p\u00e8re, une arme, un enfant"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 les uniformes. Leur raideur m\u2019a toujours sembl\u00e9 \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la vie. Mon service militaire en Belgique n\u2019avait fait que confirmer ce sentiment : la discipline y \u00e9touffait la pens\u00e9e, et l\u2019ordre n\u2019avait d\u2019autre but que lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, pourtant, quelque chose m\u2019a saisi. \u00c0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9, tout pr\u00e8s de moi, un officier de Tsahal prenait un moment de r\u00e9pit en famille. L\u2019allure sobre, la pr\u00e9sence tranquille, l\u2019uniforme port\u00e9 sans ostentation. Sur sa manche, l\u2019insigne de commandant de bataillon d\u2019artillerie : lieutenant-colonel, cinq cents hommes sous ses ordres. Il paraissait \u00e0 peine plus de trente ans. Un homme jeune, d\u00e9j\u00e0 vieux de guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ses genoux, son arme \u2014 comme la r\u00e8gle l\u2019exige : un soldat de Tsahal ne s\u2019en s\u00e9pare jamais. \u00c0 bout de bras, il tenait son b\u00e9b\u00e9 de quelques mois. Il jouait avec lui, le soulevait, le faisait rire. L\u2019enfant lui attrapait le visage de ses mains minuscules, et le p\u00e8re souriait, tout entier \u00e0 ce geste. La sc\u00e8ne \u00e9tait d\u2019une simplicit\u00e9 absolue, et d\u2019une justesse indicible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne le connaissais pas. Je lui ai demand\u00e9 la permission de le photographier. Il m\u2019a r\u00e9pondu d\u2019un sourire aimable, indiff\u00e9rent, comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait \u00e0 cet instant qu\u2019un jeune p\u00e8re parmi d\u2019autres. Je n\u2019ai rien ajout\u00e9, pour ne pas troubler ce moment de bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en le regardant, je voyais ce que la sc\u00e8ne taisait : le fracas des canons, la poussi\u00e8re, les attentes sans objet, la salet\u00e9, les nuits humides et les journ\u00e9es torrides, la fatigue, la responsabilit\u00e9 de centaines de jeunes hommes arrach\u00e9s, comme lui, \u00e0 leur quotidien. Il avait sans doute pass\u00e9 deux ans \u00e0 Gaza ou au Liban \u2014 ou les deux \u2014 la peur au ventre, dans le vacarme et la terreur. Et le voil\u00e0, assis \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9, \u00e0 faire rire son enfant \u00e0 pleine gorge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est cela, je crois, que cette image m\u2019a donn\u00e9 : la coexistence de deux mondes \u2014 celui de la tendresse, comme une parenth\u00e8se dans la violence, le fusil-mitrailleur sur les genoux. Gaza, les ruines, les morts, la col\u00e8re : tout cela suspendu. Le cessez-le-feu, fragile, irr\u00e9el ; et pourtant, sur cette terrasse, une promesse bien r\u00e9elle : celle d\u2019un avenir radieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre faut-il admettre qu\u2019il n\u2019y a l\u00e0 ni symbole, ni le\u00e7on. Seulement un instant, sans commentaire : un p\u00e8re, une arme, un enfant. Le monde entier contenu dans cette g\u00e9om\u00e9trie sommaire. Le r\u00e9el poignant. Ce que nous appelons, faute de mieux, la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 les uniformes. Leur raideur m\u2019a toujours sembl\u00e9 \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la vie. Mon service militaire en Belgique n\u2019avait fait que confirmer ce sentiment : la discipline y \u00e9touffait la pens\u00e9e, et l\u2019ordre n\u2019avait d\u2019autre but que lui-m\u00eame. 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