{"id":8256,"date":"2026-01-13T15:38:46","date_gmt":"2026-01-13T15:38:46","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=8256"},"modified":"2026-01-13T15:38:46","modified_gmt":"2026-01-13T15:38:46","slug":"etre-israelien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2026\/01\/13\/etre-israelien\/","title":{"rendered":"\u00catre isra\u00e9lien"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Parler de \u00ab l\u2019\u00eatre isra\u00e9lien \u00bb suppose qu\u2019il existerait un sujet collectif homog\u00e8ne, une figure politique et symbolique dans laquelle tous les citoyens d\u2019Isra\u00ebl pourraient se reconna\u00eetre. Or cette supposition ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019examen de la structure m\u00eame de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl. Il n\u2019existe pas d\u2019Isra\u00e9lien \u00ab en soi \u00bb, mais des Isra\u00e9liens situ\u00e9s : juifs, arabes, druzes, chr\u00e9tiens, entre autres, unifi\u00e9s par une citoyennet\u00e9 commune, mais non par l\u2019appartenance \u00e0 un m\u00eame peuple fondateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Isra\u00ebl est un \u00c9tat dot\u00e9 d\u2019une citoyennet\u00e9 unifi\u00e9e. Tous ses citoyens rel\u00e8vent du m\u00eame ordre institutionnel, disposent des m\u00eames droits civiques fondamentaux, participent aux m\u00eames institutions politiques et sont soumis aux m\u00eames normes juridiques. \u00c0 ce titre, il existe bien une communaut\u00e9 politique isra\u00e9lienne, d\u00e9finie par l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi et par l\u2019appartenance \u00e0 un cadre institutionnel commun. Pourtant, l\u2019\u00c9tat ne se pense pas comme l\u2019expression politique de cette communaut\u00e9. D\u00e8s son acte fondateur, il se d\u00e9finit comme l\u2019\u00c9tat du peuple juif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9finition introduit une dissociation structurante entre la population gouvern\u00e9e par l\u2019\u00c9tat et le peuple au nom duquel il se d\u00e9finit. Le peuple juif, tel qu\u2019il est institu\u00e9 par l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, renvoie \u00e0 une communaut\u00e9 historique, culturelle et normative qui exc\u00e8de le cadre territorial. Tous les citoyens isra\u00e9liens ne font pas partie de ce peuple, et inversement, tous les membres de ce peuple ne sont pas citoyens de l\u2019\u00c9tat. Le sujet politique qui fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ne se confond donc pas avec la communaut\u00e9 civique qui vit sous sa souverainet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les \u00c9tats qui se con\u00e7oivent comme l\u2019expression politique de leur population, la diversit\u00e9 interne n\u2019abolit pas l\u2019unit\u00e9 du sujet politique. Les diff\u00e9rences de langue, de religion ou d\u2019origine y sont int\u00e9gr\u00e9es dans une conception civique de la nation, fond\u00e9e sur l\u2019adh\u00e9sion commune \u00e0 des institutions et \u00e0 des symboles partag\u00e9s. La communaut\u00e9 politique peut y \u00eatre plurielle, mais elle est pens\u00e9e comme un collectif unique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Isra\u00ebl, la configuration est diff\u00e9rente. L\u2019\u00c9tat reconna\u00eet institutionnellement l\u2019existence de groupes nationaux distincts \u2014 Juifs, Arabes, Druzes, entre autres \u2014 sans que cette reconnaissance n\u2019affecte l\u2019unicit\u00e9 de la citoyennet\u00e9. Tous les citoyens disposent du droit de vote, sont repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la Knesset et participent \u00e0 la vie politique du pays. L\u2019\u00e9galit\u00e9 civique est r\u00e9elle sur le plan juridique, m\u00eame si elle peut \u00eatre imparfaite dans ses applications concr\u00e8tes, comme dans tout \u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les citoyens arabes d\u2019Isra\u00ebl constituent un collectif national distinct, reconnu comme tel par l\u2019administration de l\u2019\u00c9tat. Cette appartenance n\u2019est pas une simple auto-d\u00e9signation identitaire, mais un statut public enregistr\u00e9. Les Arabes d\u2019Isra\u00ebl participent \u00e0 la vie \u00e9conomique, sociale et politique du pays, tout en se d\u00e9finissant comme porteurs d\u2019une histoire, d\u2019une culture et d\u2019aspirations collectives propres. Il en r\u00e9sulte une dissociation institutionnalis\u00e9e entre citoyennet\u00e9 et appartenance nationale : les droits civiques s\u2019exercent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00c9tat, tandis que l\u2019identification nationale rel\u00e8ve d\u2019un registre symbolique et historique distinct.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette dissociation n\u2019est ni accidentelle ni contingente. Elle est constitutive de l\u2019ordre politique isra\u00e9lien. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans la pens\u00e9e sioniste avant m\u00eame la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat. L\u2019exigence d\u2019\u00e9galit\u00e9 civique pour les non-Juifs ne contredisait pas le caract\u00e8re juif de l\u2019\u00c9tat, mais en constituait une condition de l\u00e9gitimit\u00e9. L\u2019\u00c9tat pouvait se d\u00e9finir comme juif tout en gouvernant une population civique nationalement diff\u00e9renci\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl entretient un lien juridique et symbolique avec des individus qui ne sont pas ses citoyens. \u00c0 travers la Loi du Retour, tout Juif se voit reconna\u00eetre la possibilit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir la citoyennet\u00e9 isra\u00e9lienne \u00e0 sa demande. Ainsi, des individus qui ne vivent pas sur le territoire de l\u2019\u00c9tat et ne participent pas \u00e0 sa vie politique sont n\u00e9anmoins reconnus comme membres potentiels du peuple au nom duquel l\u2019\u00c9tat se d\u00e9finit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette configuration introduit une asym\u00e9trie structurelle. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des citoyens non juifs int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9 politique et \u00e0 l\u2019ordre institutionnel, mais ext\u00e9rieurs au peuple fondateur. De l\u2019autre, des Juifs non isra\u00e9liens, ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl en tant que citoyens, mais li\u00e9s \u00e0 lui sur le plan national. \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019un \u00c9tat-nation, qui suppose, m\u00eame de mani\u00e8re imparfaite, une co\u00efncidence entre territoire, citoyennet\u00e9 et sujet politique, cette co\u00efncidence n\u2019est en Isra\u00ebl ni r\u00e9alis\u00e9e ni recherch\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut donc qualifier Isra\u00ebl d\u2019\u00c9tat-nation au sens strict. Il s\u2019agit d\u2019un \u00c9tat adoss\u00e9 \u00e0 un peuple qui exc\u00e8de ses fronti\u00e8res, gouvernant une communaut\u00e9 civique unifi\u00e9e mais nationalement plurielle. La singularit\u00e9 du cas isra\u00e9lien ne r\u00e9side pas dans une contradiction entre d\u00e9mocratie et identit\u00e9, mais dans l\u2019\u00e9cart structurel entre le peuple au nom duquel l\u2019\u00c9tat se d\u00e9finit et la population qu\u2019il gouverne effectivement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans ce cadre que la question de \u00ab l\u2019\u00eatre isra\u00e9lien \u00bb doit \u00eatre pos\u00e9e : non comme l\u2019expression d\u2019une identit\u00e9 nationale commune, mais comme le produit d\u2019une structure politique fond\u00e9e sur la coexistence institutionnalis\u00e9e d\u2019appartenances distinctes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait m\u00eame que le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb soit employ\u00e9 suppose qu\u2019il renvoie \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 une simple d\u00e9signation administrative. Or cette \u00e9paisseur ne lui vient ni de la citoyennet\u00e9 en tant que telle, ni d\u2019une culture civique commune s\u00e9diment\u00e9e. Elle lui vient de son ancrage dans l\u2019\u00e9pop\u00e9e sioniste des XIX\u1d49 et XX\u1d49 si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Sans cette g\u00e9n\u00e9alogie id\u00e9ologique et historique, le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb serait vide de charge signifiante et ne serait revendiqu\u00e9 par personne.<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat, \u00ab Isra\u00ebl \u00bb n\u2019est pas le nom d\u2019un pays ni celui d\u2019un r\u00e9gime politique. C\u2019est un nom charg\u00e9 de m\u00e9moire biblique, de continuit\u00e9 historique et de promesse. Le sionisme r\u00e9active ce vocabulaire ancien pour d\u00e9signer un projet r\u00e9solument moderne : la refondation politique de l\u2019existence juive. Le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb n\u2019est donc pas le d\u00e9riv\u00e9 d\u2019un \u00c9tat constitu\u00e9, mais l\u2019h\u00e9ritier d\u2019un r\u00e9cit national en construction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le sionisme politique, l\u2019objectif n\u2019est pas de produire une identit\u00e9 civique neutre comparable \u00e0 celles des \u00c9tats europ\u00e9ens, mais de faire \u00e9merger un juif d\u00e9colonis\u00e9, selon la d\u00e9finition de Georges Bensoussan, affranchi de la condition diasporique. L\u2019Isra\u00e9lien est alors pens\u00e9 comme celui qui revient \u00e0 l\u2019histoire, \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 la responsabilit\u00e9 politique. Cette figure se pr\u00e9cise dans le sionisme culturel, qui cherche \u00e0 transformer le Juif en acteur productif, parlant l\u2019h\u00e9breu, travaillant la terre et assumant la complexit\u00e9 du politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb devient ainsi le nom possible de cette transformation anthropologique. Il ne d\u00e9signe pas seulement une appartenance territoriale ou juridique, mais la participation \u00e0 une entreprise de refondation collective. Il est charg\u00e9, d\u00e8s l\u2019origine, d\u2019une signification juive sp\u00e9cifique, ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019existence d\u2019une citoyennet\u00e9 isra\u00e9lienne commune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison que le terme ne peut \u00eatre compris ind\u00e9pendamment de sa matrice sioniste. Il arrive dans l\u2019histoire d\u00e9j\u00e0 habit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 orient\u00e9, d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 de sens. S\u2019il est aujourd\u2019hui appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble des citoyens de l\u2019\u00c9tat, cette extension ne proc\u00e8de pas d\u2019un projet d\u2019unification nationale, mais d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 politique n\u00e9e de la coexistence civique. Le mot est \u00e0 la fois indispensable et inad\u00e9quat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans le sionisme, le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb serait vide. Avec lui, il est trop plein. Et c\u2019est cette saturation qui emp\u00eache l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00ab \u00eatre isra\u00e9lien \u00bb unifi\u00e9 au sens fort, tout en rendant le terme impossible \u00e0 abandonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois admis qu\u2019Isra\u00ebl n\u2019est pas un \u00c9tat-nation au sens moderne du terme, la question d\u00e9cisive devient celle du statut des citoyens qui se disent isra\u00e9liens sans \u00eatre juifs. Non pas en termes de droits \u2014 ceux-ci sont juridiquement \u00e9tablis \u2014 mais en termes d\u2019\u00eatre, au sens existentiel et civique. Que signifie exister lorsque le nom qui vous d\u00e9signe ne renvoie pas \u00e0 une substance collective identifiable ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour un citoyen arabe ou druze d\u2019Isra\u00ebl, le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb ne peut fonctionner comme une identit\u00e9 positive et autosuffisante. Il ne renvoie ni \u00e0 une histoire nationale propre, ni \u00e0 une continuit\u00e9 symbolique dans laquelle il pourrait se reconna\u00eetre. Il d\u00e9signe une inscription civique : un rapport \u00e0 l\u2019\u00c9tat, \u00e0 ses institutions, \u00e0 son ordre juridique. \u00catre isra\u00e9lien signifie alors exister politiquement dans un cadre \u00e9tatique donn\u00e9, et non participer \u00e0 un r\u00e9cit national fondateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne fait pas de ces citoyens des \u00eatres incomplets. Leur existence civique est pleinement constitu\u00e9e. Ils votent, sont repr\u00e9sent\u00e9s, travaillent, contestent, cr\u00e9ent, s\u2019engagent. Leur \u00eatre politique est r\u00e9el, mais il est dissoci\u00e9 d\u2019une identification nationale isra\u00e9lienne substantielle. Ils existent comme citoyens, sans pouvoir s\u2019inscrire dans une nation isra\u00e9lienne, celle-ci n\u2019\u00e9tant pas pens\u00e9e comme un cadre national commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb r\u00e9v\u00e8le ici son caract\u00e8re relationnel. Pris isol\u00e9ment, il est vide de contenu anthropologique. Il n\u2019acquiert un poids que lorsqu\u2019il est adoss\u00e9 \u00e0 un autre terme. Dans \u00ab isra\u00e9lien arabe \u00bb ou \u00ab isra\u00e9lien druze \u00bb, le mot \u00ab isra\u00e9lien \u00bb ne dit pas ce que l\u2019on est, mais o\u00f9 et sous quel r\u00e9gime politique on existe. Il ne d\u00e9crit pas une identit\u00e9, mais une condition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019inverse, dans l\u2019expression \u00ab isra\u00e9lien juif \u00bb, le terme fonctionne diff\u00e9remment. Il ne se contente pas de qualifier un statut civique ; il actualise une appartenance nationale pr\u00e9existante. Il inscrit le Juif dans l\u2019espace de r\u00e9alisation politique du peuple juif. C\u2019est pourquoi l\u2019expression est imm\u00e9diatement intelligible : elle d\u00e9signe un Juif dont l\u2019existence nationale et l\u2019existence civique co\u00efncident.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette co\u00efncidence ne s\u2019oppose pas prioritairement aux non-Juifs isra\u00e9liens. Elle se d\u00e9finit par contraste avec une autre figure : celle du Juif non isra\u00e9lien, le Juif de la diaspora. Un Juif peut \u00eatre juif et isra\u00e9lien, ou juif sans \u00eatre isra\u00e9lien. Cette possibilit\u00e9 est constitutive de l\u2019ordre isra\u00e9lien lui-m\u00eame, puisqu\u2019il reconna\u00eet comme membres du peuple fondateur des individus qui ne vivent pas sur son territoire et ne participent pas \u00e0 sa vie politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette configuration, le terme \u00ab isra\u00e9lien \u00bb, appliqu\u00e9 aux Juifs, fonctionne comme un marqueur de r\u00e9alisation politique. Appliqu\u00e9 aux non-Juifs, il fonctionne comme un marqueur de coexistence civique. Il n\u2019y a l\u00e0 ni hi\u00e9rarchie morale ni d\u00e9ficit ontologique, mais deux modes d\u2019existence distincts au sein du m\u00eame \u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on suppose maintenant qu\u2019un jour la question palestinienne soit r\u00e9solue, quelle qu\u2019en soit la forme \u2014 \u00c9tat palestinien distinct, rattachement de la Cisjordanie \u00e0 la Jordanie et de Gaza \u00e0 l\u2019\u00c9gypte, ou toute autre configuration assurant une citoyennet\u00e9 pleine aux Palestiniens des territoires \u2014 un d\u00e9placement profond s\u2019op\u00e9rerait dans la structure symbolique des Arabes isra\u00e9liens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, leur identit\u00e9 repose sur une tension constitutive : ils sont citoyens d\u2019un \u00c9tat qui ne se d\u00e9finit pas comme l\u2019\u00c9tat de leur nation, tout en appartenant \u00e0 un collectif national dont l\u2019horizon politique demeure inachev\u00e9. Si cet horizon se stabilise ailleurs, cette tension change de nature. Ils ne deviennent ni expatri\u00e9s ni \u00e9trangers. Ils demeurent l\u00e0 o\u00f9 ils ont toujours v\u00e9cu, mais comme citoyens d\u2019un \u00c9tat distinct de l\u2019\u00c9tat de leur nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme \u00ab isra\u00e9lien arabe \u00bb perdrait alors ce qu\u2019il conserve encore de projection nationale implicite. Il deviendrait un marqueur civique pur. Cette clarification pourrait \u00e0 la fois soulager une ambigu\u00eft\u00e9 historique et accentuer un sentiment de d\u00e9calage existentiel : celui de vivre durablement dans un \u00c9tat qui n\u2019est pas celui de sa nation, sans pouvoir penser cette situation comme transitoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les fronti\u00e8res entre appartenances ne sont pas herm\u00e9tiques. Dans ce contexte se pose la question d\u2019une issue symbolique possible. Aujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0, l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl permet \u00e0 un non-Juif d\u2019int\u00e9grer le peuple juif par conversion. Cette possibilit\u00e9 existe, mais elle passe par un cadre religieux, alors m\u00eame que l\u2019appartenance au peuple juif, dans l\u2019ordre isra\u00e9lien, n\u2019exige pas la foi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un Isra\u00e9lien juif peut \u00eatre ath\u00e9e, ne pratiquer aucune religion, ne reconna\u00eetre aucune autorit\u00e9 rabbinique, et \u00eatre n\u00e9anmoins pleinement juif du point de vue de l\u2019\u00c9tat. La d\u00e9finition du Juif retenue par l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas religieuse : elle repose sur l\u2019ascendance. L\u2019appartenance au peuple juif rel\u00e8ve ainsi, dans l\u2019ordre juridique isra\u00e9lien, de la loi du sang bien davantage que de la loi de la foi, et davantage encore que de la loi de la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce cadre, la conversion religieuse fonctionne comme un d\u00e9tour paradoxal. Elle permet d\u2019entrer dans un peuple dont les membres n\u2019ont pas besoin de croire pour en faire partie. Introduire la possibilit\u00e9 d\u2019une conversion la\u00efque ne consisterait donc pas \u00e0 s\u00e9culariser une appartenance religieuse, mais \u00e0 reconna\u00eetre explicitement que l\u2019appartenance au peuple juif, en tant que sujet politique de l\u2019\u00c9tat, n\u2019est pas fond\u00e9e sur la foi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle possibilit\u00e9 n\u2019aurait ni vocation \u00e0 \u00eatre massive, ni \u00e0 devenir une norme implicite. Elle offrirait une issue existentielle \u00e0 ceux qui, dans un futur o\u00f9 leur nation se r\u00e9aliserait ailleurs, souhaiteraient faire co\u00efncider leur existence civique et leur appartenance nationale. Ils pourraient, par un acte conscient et public, accepter l\u2019histoire juive comme la leur et int\u00e9grer le peuple juif comme collectif politique, sans transformation spirituelle impos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne supprimerait ni les tensions ni les diff\u00e9rences. Mais cela modifierait la grammaire symbolique de l\u2019\u00c9tat. Cela dirait que l\u2019appartenance au peuple juif n\u2019est pas une cl\u00f4ture g\u00e9n\u00e9alogique intangible, mais une appartenance historique qui peut, moyennant certaines conditions, \u00eatre rejointe par choix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, s\u2019il n\u2019existe pas d\u2019\u00ab \u00eatre isra\u00e9lien \u00bb substantiel, il existe des mani\u00e8res d\u2019exister en Isra\u00ebl, structur\u00e9es par un fait fondateur : l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl se d\u00e9finit comme l\u2019\u00c9tat du peuple juif. Certaines rel\u00e8vent de la continuit\u00e9 de ce peuple dans sa r\u00e9alisation politique ; d\u2019autres rel\u00e8vent de la coexistence civique au sein de l\u2019\u00c9tat qu\u2019il fonde. Penser la possibilit\u00e9 d\u2019un passage entre ces deux modes d\u2019existence, sans les confondre ni les hi\u00e9rarchiser moralement, n\u2019abolit pas la singularit\u00e9 isra\u00e9lienne : cela en tire toutes les cons\u00e9quences.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parler de \u00ab l\u2019\u00eatre isra\u00e9lien \u00bb suppose qu\u2019il existerait un sujet collectif homog\u00e8ne, une figure politique et symbolique dans laquelle tous les citoyens d\u2019Isra\u00ebl pourraient se reconna\u00eetre. Or cette supposition ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019examen de la structure m\u00eame de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl. Il n\u2019existe pas d\u2019Isra\u00e9lien \u00ab en soi \u00bb, mais des Isra\u00e9liens situ\u00e9s : &hellip; <a href=\"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2026\/01\/13\/etre-israelien\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;\u00catre isra\u00e9lien&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":414,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,2,4],"tags":[],"class_list":["post-8256","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-israel","category-judaisme","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8256","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/414"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8256"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8256\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8261,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8256\/revisions\/8261"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8256"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8256"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8256"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}