{"id":8861,"date":"2026-05-12T13:12:23","date_gmt":"2026-05-12T13:12:23","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=8861"},"modified":"2026-05-12T13:23:21","modified_gmt":"2026-05-12T13:23:21","slug":"la-legitimite-disrael-de-la-theologie-a-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2026\/05\/12\/la-legitimite-disrael-de-la-theologie-a-lhistoire\/","title":{"rendered":"La l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl : de la th\u00e9ologie \u00e0 l\u2019histoire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">La question de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl touche au fondement m\u00eame de la pr\u00e9sence juive sur cette terre. Derri\u00e8re les affrontements militaires, diplomatiques ou id\u00e9ologiques se profile une interrogation plus profonde : au nom de quoi le peuple juif est-il l\u00e9gitime en Isra\u00ebl ? Quelle est la nature exacte du lien qui l\u2019unit \u00e0 cette terre ? Et surtout, dans quel langage cette l\u00e9gitimit\u00e9 peut-elle \u00eatre formul\u00e9e de mani\u00e8re intelligible et recevable dans le monde moderne ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez de nombreux croyants, une objection revient souvent \u00e0 l\u2019adresse des Juifs la\u00efcs, non pratiquants ou ath\u00e9es : si vous ne croyez ni \u00e0 la Torah ni \u00e0 l\u2019\u00e9lection divine, sur quoi repose votre droit d\u2019\u00eatre ici ? Pour ces croyants, le lien entre le peuple juif et la terre d\u2019Isra\u00ebl proc\u00e8de d\u2019un acte transcendant. Isra\u00ebl appartient au peuple juif parce qu\u2019il lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par Dieu. La souverainet\u00e9 juive d\u00e9rive alors d\u2019une promesse biblique. Sans r\u00e9v\u00e9lation, sans alliance, sans transcendance, il n\u2019existerait aucun fondement acceptable \u00e0 la pr\u00e9sence juive en Isra\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette position poss\u00e8de sa coh\u00e9rence interne. Pour celui qui croit, la Torah exprime une v\u00e9rit\u00e9. Le rapport entre le peuple juif et Isra\u00ebl rel\u00e8ve alors d\u2019un ordre sup\u00e9rieur. Pendant des si\u00e8cles d\u2019exil, c\u2019est cette m\u00e9taphysique qui a maintenu l\u2019attachement \u00e0 J\u00e9rusalem, le d\u00e9sir du retour et la conscience d\u2019une continuit\u00e9 historique. La liturgie, les f\u00eates, les pri\u00e8res, les textes et l\u2019imaginaire spirituel ont conserv\u00e9 l\u2019orientation vers Sion alors m\u00eame que toute souverainet\u00e9 avait disparu. En ce sens, la Bible appartient \u00e0 la structure de l\u2019identit\u00e9 juive ; elle en constitue le centre de gravit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Juifs ont v\u00e9cu sur cette terre dans l\u2019Antiquit\u00e9. Des royaumes juifs y ont exist\u00e9. J\u00e9rusalem fut le centre politique et spirituel du peuple juif. Mais apr\u00e8s les destructions, les dispersions et l\u2019exil, la terre d\u2019Isra\u00ebl fut habit\u00e9e par d\u2019autres populations, parlant d\u2019autres langues et appartenant \u00e0 d\u2019autres civilisations. Une pr\u00e9sence juive n\u2019a jamais totalement disparu : des communaut\u00e9s ont subsist\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem, Safed, Tib\u00e9riade ou H\u00e9bron, mais elles demeuraient minoritaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ici qu\u2019intervient, pour le croyant, la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019argument th\u00e9ologique. Car du point de vue factuel, une objection appara\u00eet : une pr\u00e9sence ancienne suffit-elle \u00e0 fonder un droit politique au retour ? Une terre habit\u00e9e depuis des si\u00e8cles par d\u2019autres peuples peut-elle \u00eatre revendiqu\u00e9e au nom d\u2019une souverainet\u00e9 disparue depuis l\u2019Antiquit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cette objection, le croyant r\u00e9pond que l\u2019exil n\u2019annule pas la promesse. M\u00eame apr\u00e8s une absence prolong\u00e9e, la l\u00e9gitimit\u00e9 demeure parce qu\u2019elle d\u00e9pend d\u2019un d\u00e9cret divin. Le droit du peuple juif sur cette terre ne serait donc pas annul\u00e9 par le temps, les conqu\u00eates ou les bouleversements d\u00e9mographiques, puisque son fondement serait transcendant. On comprend alors la coh\u00e9rence de cette position : la th\u00e9ologie est ce qui permet de maintenir la l\u00e9gitimit\u00e9 malgr\u00e9 la rupture de l\u2019exil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette r\u00e9ponse rencontre une difficult\u00e9 dans l\u2019espace politique contemporain. Un argument religieux n\u2019op\u00e8re qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me de croyance auquel il appartient. Il ne convainc que celui qui en reconna\u00eet les pr\u00e9misses. La r\u00e9v\u00e9lation n\u2019a d\u2019autorit\u00e9 que pour celui qui accepte l\u2019id\u00e9e m\u00eame de r\u00e9v\u00e9lation ; la volont\u00e9 divine n\u2019a de port\u00e9e normative que pour celui qui reconna\u00eet l\u2019autorit\u00e9 du Dieu de la Torah. Opposer un argument th\u00e9ologique \u00e0 quelqu\u2019un qui refuse ces pr\u00e9suppos\u00e9s revient donc, du point de vue logique, \u00e0 parler dans un langage qui lui est inaccessible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La faiblesse de l\u2019argument religieux est structurelle et \u00e9pist\u00e9mologique. Elle tient au fait qu\u2019il d\u00e9pend d\u2019une adh\u00e9sion pr\u00e9alable. Il ne peut produire une d\u00e9monstration universellement partageable puisqu\u2019il repose sur une croyance qui, par d\u00e9finition, n\u2019est pas universellement admise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl existe dans un espace politique international s\u00e9culier. La communaut\u00e9 des nations ne reconna\u00eet pas la Torah comme source juridique. Le droit moderne et les cat\u00e9gories contemporaines de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique appartiennent \u00e0 un univers conceptuel d\u00e9tach\u00e9 du religieux. Dans cet espace, invoquer la promesse divine revient \u00e0 d\u00e9placer le d\u00e9bat sur un terrain o\u00f9 l\u2019argument devient inaudible, parce que ses interlocuteurs ne reconnaissent pas le point de d\u00e9part m\u00eame du raisonnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire, en revanche, appartient \u00e0 un autre registre. Elle peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e, discut\u00e9e ou contest\u00e9e, mais elle repose sur des faits, des documents, des continuit\u00e9s et des ph\u00e9nom\u00e8nes objectivables. Elle ne demande pas un acte de foi pr\u00e9alable. C\u2019est ici qu\u2019appara\u00eet la l\u00e9gitimit\u00e9 historique du sionisme : le retour juif en Palestine s\u2019est effectu\u00e9 par l\u2019immigration, et non par la conqu\u00eate. Ce point est insuffisamment soulign\u00e9, voire ignor\u00e9, alors qu\u2019il poss\u00e8de une importance capitale dans la compr\u00e9hension g\u00e9opolitique de la naissance de l&#8217;Etat d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de la fin du XIXe si\u00e8cle, des Juifs ont commenc\u00e9 \u00e0 immigrer vers la Palestine ottomane, puis mandataire. Ils ne sont pas venus comme le fer de lance d\u2019un empire, mais comme des migrants s\u2019installant dans le cadre juridique des autorit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque. Ils ont achet\u00e9 des terres, fond\u00e9 des villages, construit des villes, d\u00e9velopp\u00e9 une agriculture, une \u00e9conomie et des institutions \u00e9ducatives, sociales et politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le processus s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 graduellement. Une soci\u00e9t\u00e9 juive s\u2019est constitu\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 atteindre une masse d\u00e9mographique, \u00e9conomique et institutionnelle suffisante pour se muer en entit\u00e9 autonome. Dans sa structure historique, cette dynamique correspond \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire et non pas \u00e0 une colonisation men\u00e9e par une m\u00e9tropole \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette distinction est essentielle. Elle signifie que la pr\u00e9sence juive moderne ne s\u2019est pas constitu\u00e9e par la force d\u2019une souverainet\u00e9 ext\u00e9rieure, mais par la formation progressive d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 juive locale. Le processus est pass\u00e9 par des vagues d\u2019immigration, par l\u2019installation progressive d\u2019une population, par la construction d\u2019institutions et par la formation de foyers d\u00e9mographiques majoritairement juifs dans une partie de la Palestine sous mandat britannique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne supprime ni les conflits, ni les d\u00e9placements de populations, ni les trag\u00e9dies qui ont accompagn\u00e9 la naissance d\u2019Isra\u00ebl. Mais cela modifie la nature analytique du ph\u00e9nom\u00e8ne. L\u2019histoire moderne est travers\u00e9e par d\u2019innombrables mouvements migratoires ayant transform\u00e9 des \u00e9quilibres d\u00e9mographiques et politiques. Le retour juif en Palestine s\u2019inscrit dans cette histoire des migrations et des recompositions nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le paradoxe est que certains croyants pensent renforcer la l\u00e9gitimit\u00e9 juive en la fondant sur la Torah, alors qu\u2019ils la d\u00e9placent en r\u00e9alit\u00e9 vers le terrain o\u00f9 elle appara\u00eet la plus vuln\u00e9rable. Car d\u00e8s que l\u2019on quitte le cercle de ceux qui adh\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation biblique, l\u2019argument th\u00e9ologique devient inop\u00e9rant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne signifie pas que la Torah soit secondaire dans l\u2019histoire juive. Sans elle, il est probable que la continuit\u00e9 elle-m\u00eame aurait disparu au cours des si\u00e8cles d\u2019exil. La m\u00e9moire religieuse a jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la conservation de l\u2019identit\u00e9 collective. Elle \u00e9claire la profondeur affective, spirituelle et civilisationnelle du rapport \u00e0 cette terre. Elle explique pourquoi le peuple juif n\u2019a jamais cess\u00e9 de penser son existence en relation avec Sion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl repose, dans le langage politique contemporain, sur une dynamique historique concr\u00e8te, sur un mouvement national identifiable, sur une immigration r\u00e9elle et sur l\u2019\u00e9tablissement progressif d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 souveraine. Autrement dit, la Torah explique sans doute pourquoi le peuple juif a voulu revenir ; mais c\u2019est l\u2019histoire qui explique comment ce retour s\u2019est incarn\u00e9 dans le droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames. Or, dans un monde o\u00f9 les nations se justifient davantage devant l\u2019histoire que devant Dieu, cet argument demeure incomparablement plus robuste que celui de la transcendance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl touche au fondement m\u00eame de la pr\u00e9sence juive sur cette terre. Derri\u00e8re les affrontements militaires, diplomatiques ou id\u00e9ologiques se profile une interrogation plus profonde : au nom de quoi le peuple juif est-il l\u00e9gitime en Isra\u00ebl ? 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