{"id":9097,"date":"2026-07-12T09:44:16","date_gmt":"2026-07-12T09:44:16","guid":{"rendered":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/?p=9097"},"modified":"2026-07-12T09:44:16","modified_gmt":"2026-07-12T09:44:16","slug":"quand-la-gauche-radicale-reve-dune-justice-sans-la-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/danielhorowitz.com\/blog\/index.php\/2026\/07\/12\/quand-la-gauche-radicale-reve-dune-justice-sans-la-democratie\/","title":{"rendered":"Quand la gauche radicale r\u00eave d&#8217;une justice sans la d\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Geoffroy de Lagasnerie est un philosophe et sociologue fran\u00e7ais. Sa pens\u00e9e s&#8217;inscrit dans un courant qui soumet l&#8217;\u00c9tat, les institutions et les normes sociales \u00e0 une critique radicale. En une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es, il s&#8217;est impos\u00e9 comme l&#8217;une des figures les plus visibles de la gauche radicale. Ses essais prolongent cette critique syst\u00e9matique des institutions repr\u00e9sentatives et de l&#8217;ordre social \u00e9tabli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=0G-0QQrGwOs\">une vid\u00e9o d&#8217;une heure<\/a> o\u00f9 il pr\u00e9sente lui-m\u00eame son livre, <em>L&#8217;\u00c2me noire de la d\u00e9mocratie<\/em>, il r\u00e9cuse l&#8217;id\u00e9e que le vote, la majorit\u00e9, le d\u00e9bat et la souverainet\u00e9 populaire seraient naturellement du c\u00f4t\u00e9 de la justice. Mais sa pr\u00e9tention \u00e0 faire de la justice un objet de connaissance scientifique est aussi ind\u00e9montrable que redoutable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui frappe dans la pens\u00e9e de Lagasnerie, c&#8217;est sa coh\u00e9rence. Il est difficile d&#8217;y trouver une contradiction interne. Mais un raisonnement peut \u00eatre coh\u00e9rent et reposer sur un point de d\u00e9part faux ; or c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui se joue ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lagasnerie consid\u00e8re que la finalit\u00e9 de toute organisation politique est la justice. Si l&#8217;on admet ce principe, la d\u00e9mocratie cesse d&#8217;\u00eatre une fin en soi : elle devient un moyen parmi d&#8217;autres. Or, si les proc\u00e9dures d\u00e9mocratiques permettent l&#8217;adoption de d\u00e9cisions injustes, elles perdent leur l\u00e9gitimit\u00e9. Le probl\u00e8me n&#8217;est donc pas, pour lui, que la d\u00e9mocratie fonctionne mal, mais qu&#8217;elle ne garantit pas ce qui devrait \u00eatre son objectif. Tout le reste de son raisonnement d\u00e9coule de ce point de d\u00e9part unique \u2014 c&#8217;est lui qu&#8217;il faut attaquer, et non ses cons\u00e9quences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or ce point de d\u00e9part ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&#8217;examen. On ne peut pas faire de la justice un fondement objectif et universel. Il n&#8217;existe aucune d\u00e9finition du juste sur laquelle tous les \u00eatres humains pourraient s&#8217;accorder, ind\u00e9pendamment de leurs cultures, de leurs traditions ou de leurs int\u00e9r\u00eats. Cette question est l&#8217;une des plus anciennes qui existent, et elle n&#8217;a jamais re\u00e7u de r\u00e9ponse unique. Certains placent la libert\u00e9 au sommet des valeurs ; d&#8217;autres, l&#8217;\u00e9galit\u00e9 ; d&#8217;autres encore, la s\u00e9curit\u00e9, la solidarit\u00e9, la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une tradition ou la souverainet\u00e9 d&#8217;une communaut\u00e9 politique. Chacune de ces hi\u00e9rarchies poss\u00e8de sa coh\u00e9rence propre. Aucune ne s&#8217;impose comme une \u00e9vidence scientifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est l\u00e0 que se marque la diff\u00e9rence entre les sciences et la politique. Lorsqu&#8217;un chimiste affirme qu&#8217;une mol\u00e9cule d&#8217;eau est compos\u00e9e de deux atomes d&#8217;hydrog\u00e8ne et d&#8217;un atome d&#8217;oxyg\u00e8ne, il ne formule pas une opinion : il d\u00e9crit un fait v\u00e9rifiable, reproductible, ind\u00e9pendant de celui qui l&#8217;\u00e9nonce. Cette v\u00e9rit\u00e9 ne d\u00e9pend ni d&#8217;un vote ni d&#8217;une pr\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La justice n&#8217;appartient pas \u00e0 ce registre. On peut mesurer l&#8217;esp\u00e9rance de vie, les in\u00e9galit\u00e9s, les effets sanitaires d&#8217;une politique, l&#8217;\u00e9volution de la criminalit\u00e9, le niveau de pollution : ce sont des faits. Mais d\u00e9cider que la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 doit primer sur la libert\u00e9 \u00e9conomique, que la sant\u00e9 publique doit l&#8217;emporter sur d&#8217;autres consid\u00e9rations, ou que l&#8217;\u00e9galit\u00e9 importe plus que l&#8217;autonomie individuelle, n&#8217;est plus une question de fait. C&#8217;est un choix de valeurs. La science peut dire ce qui est ; elle ne peut d\u00e9terminer ce qui doit \u00eatre. Confondre les deux est le point exact o\u00f9 une pens\u00e9e bascule de l&#8217;analyse vers l&#8217;id\u00e9ologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lagasnerie tente de contourner la difficult\u00e9 en proposant sa d\u00e9finition de la justice : une soci\u00e9t\u00e9 juste serait d&#8217;abord celle qui prot\u00e8ge la vie, r\u00e9duit la souffrance et diminue les morts \u00e9vitables. L&#8217;id\u00e9e a une force intuitive r\u00e9elle, mais elle ne r\u00e9sout pas le probl\u00e8me initial, elle le d\u00e9place. Rien ne justifie que la protection de la vie constitue le principe supr\u00eame plut\u00f4t que la libert\u00e9, la responsabilit\u00e9 individuelle, la souverainet\u00e9 politique, ou toute autre valeur \u00e0 laquelle des individus peuvent l\u00e9gitimement accorder une importance premi\u00e8re. Cette d\u00e9finition de la justice n&#8217;est pas d\u00e9couverte ; elle est postul\u00e9e. Et ce choix change la nature de l&#8217;\u00e9difice : ce qui se pr\u00e9sentait comme une d\u00e9monstration devient un syst\u00e8me b\u00e2ti sur un point de d\u00e9part qu&#8217;on d\u00e9cide d&#8217;accepter, et non sur une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e. Une fois ce point de d\u00e9part admis, les cons\u00e9quences s&#8217;encha\u00eenent avec logique. C&#8217;est une prise de position unilat\u00e9rale d&#8217;un penseur pr\u00e9sent\u00e9e comme une v\u00e9rit\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette difficult\u00e9 appara\u00eet lorsque Lagasnerie prend des exemples concrets. Il \u00e9voque des sondages selon lesquels une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais souhaiterait restreindre le droit du sol \u2014 mesure qu&#8217;il juge injuste, et qui illustrerait selon lui la capacit\u00e9 de la majorit\u00e9 \u00e0 produire des d\u00e9cisions moralement inacceptables. Cette conclusion suppose ce qu&#8217;elle pr\u00e9tend d\u00e9montrer. Affirmer qu&#8217;une restriction du droit du sol est injuste revient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 adopter une conception particuli\u00e8re de la justice. D&#8217;autres soutiendront que la justice consiste \u00e0 laisser une communaut\u00e9 politique d\u00e9terminer les conditions d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 sa citoyennet\u00e9 ; certains estimeront qu&#8217;elle commande d&#8217;accueillir les migrants, d&#8217;autres qu&#8217;elle impose d&#8217;abord le respect des r\u00e8gles d&#8217;entr\u00e9e sur le territoire ou la protection de ceux qui appartiennent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette communaut\u00e9. Dans tous les cas, chacun invoque la justice. Ce qui diff\u00e8re n&#8217;est pas le recours \u00e0 cette notion, mais son contenu \u2014 et Lagasnerie pr\u00e9sente son contenu comme allant de soi, alors qu&#8217;il constitue le point m\u00eame sur lequel portent les d\u00e9saccords politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette confusion entre fait et valeur est au c\u0153ur du probl\u00e8me. Les faits d\u00e9crivent les cons\u00e9quences d&#8217;une politique ; ils ne suffisent pas \u00e0 \u00e9tablir qu&#8217;elle est juste ou injuste. Une science ne commence pas par choisir ses conclusions : elle d\u00e9finit un objet, une m\u00e9thode, des crit\u00e8res permettant de d\u00e9partager des hypoth\u00e8ses. Chez Lagasnerie, la conclusion morale pr\u00e9c\u00e8de l&#8217;analyse : les donn\u00e9es servent \u00e0 illustrer une d\u00e9finition pr\u00e9alable de la justice, jamais \u00e0 l&#8217;\u00e9tablir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame logique se retrouve dans la distinction qu&#8217;il propose entre libert\u00e9 d&#8217;expression et droit de gouverner. Lagasnerie ne d\u00e9fend pas la censure : chacun demeure libre de penser, d&#8217;\u00e9crire, de d\u00e9fendre les id\u00e9es qu&#8217;il souhaite. Mais toutes les id\u00e9es, selon lui, ne devraient pas pouvoir acc\u00e9der au pouvoir ; seules celles compatibles avec les exigences de la justice le devraient. Cette distinction montre que l&#8217;enjeu de son projet n&#8217;est pas la libert\u00e9 d&#8217;expression, mais la l\u00e9gitimit\u00e9 politique. Dans une d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, des conceptions concurrentes du bien commun entrent en comp\u00e9tition, et nul ne d\u00e9tient le monopole \u00e0 l&#8217;avance. Chez Lagasnerie, le raisonnement s&#8217;inverse : il existerait d\u00e9j\u00e0 une conception correcte de la justice, et la politique n&#8217;aurait plus pour fonction de confronter des visions concurrentes du juste, mais d&#8217;appliquer le plus fid\u00e8lement possible une d\u00e9finition pr\u00e9\u00e9tablie. La libert\u00e9 d&#8217;expression demeure enti\u00e8re ; la comp\u00e9tition politique, elle, se trouve restreinte, puisqu&#8217;une conception rivale de la justice ne pourra pas devenir un principe de gouvernement si elle est jug\u00e9e incompatible avec la d\u00e9finition retenue par les institutions charg\u00e9es de la prot\u00e9ger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;architecture du projet de Lagasnerie ressemble \u00e0 une th\u00e9ocratie en ce que la souverainet\u00e9 populaire y est born\u00e9e par une loi sup\u00e9rieure. Dans une th\u00e9ocratie, c&#8217;est la loi de Dieu ; ici, c&#8217;est une conception de la justice r\u00e9put\u00e9e objective. Dans les deux cas, la volont\u00e9 majoritaire cesse d&#8217;\u00eatre souveraine parce qu&#8217;elle est soumise \u00e0 une norme qui lui pr\u00e9existe. Une fois que la justice est pr\u00e9sent\u00e9e comme un objet de connaissance et non de d\u00e9lib\u00e9ration, le d\u00e9saccord cesse d&#8217;\u00eatre l\u00e9gitime : il devient une erreur, une ignorance ou une mauvaise foi qu&#8217;il faut corriger plut\u00f4t qu&#8217;\u00e9couter. C&#8217;est ce m\u00eame geste, historiquement, qui a permis \u00e0 des mouvements politiques se r\u00e9clamant d&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 scientifique de l&#8217;histoire ou de la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;exclure leurs adversaires non du d\u00e9bat, mais du pouvoir l\u00e9gitime. Lagasnerie promet de s&#8217;arr\u00eater au seuil du pouvoir. Rien dans le principe qu&#8217;il pose ne garantit que d&#8217;autres, en son nom, s&#8217;y arr\u00eateront.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le geste n&#8217;est pas nouveau. Platon proposait d\u00e9j\u00e0 d&#8217;\u00e9carter le peuple du gouvernement au nom d&#8217;une distinction du m\u00eame ordre : le peuple n&#8217;aurait que des opinions sur le juste, quand le philosophe, lui, en d\u00e9tiendrait la connaissance v\u00e9ritable, et devrait donc gouverner \u00e0 sa place. Lagasnerie reconduit cette hi\u00e9rarchie en substituant la science \u00e0 la philosophie. Dans un cas comme dans l&#8217;autre \u2014 la th\u00e9ocratie comme la cit\u00e9 de Platon \u2014, le pouvoir ne se contente pas d&#8217;\u00e9carter du gouvernement ceux qui contestent le dogme : il peut l\u00e9gif\u00e9rer contre eux, puisque leur d\u00e9saccord n&#8217;est plus une opinion politique l\u00e9gitime, mais une erreur ou une faute qu&#8217;il revient \u00e0 la loi de corriger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lagasnerie pose que les connaissances scientifiques devraient jouer un r\u00f4le important dans les d\u00e9cisions politiques, et que les faits \u00e9tablis devraient emp\u00eacher l&#8217;adoption de politiques manifestement nuisibles. La proposition est convaincante tant qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9tablir des cons\u00e9quences objectives : les sciences peuvent montrer qu&#8217;une politique augmente la mortalit\u00e9, r\u00e9duit la pauvret\u00e9, am\u00e9liore la sant\u00e9 ou d\u00e9grade l&#8217;environnement, et elles sont indispensables pour \u00e9clairer la d\u00e9cision publique. Mais elles ne peuvent pas trancher quelle valeur doit primer lorsque plusieurs objectifs l\u00e9gitimes entrent en conflit. Une politique peut accro\u00eetre la s\u00e9curit\u00e9 en r\u00e9duisant certaines libert\u00e9s ; une autre, favoriser la croissance au prix d&#8217;in\u00e9galit\u00e9s plus fortes ; une troisi\u00e8me, prot\u00e9ger l&#8217;environnement en limitant certaines activit\u00e9s humaines. Les sciences d\u00e9crivent les effets de chacun de ces choix. Elles ne disent pas lequel est juste \u2014 or Lagasnerie leur fait dire ce qu&#8217;elles ne disent pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La politique ne deviendra jamais une science au sens o\u00f9 le sont la physique ou la chimie. Elle peut et doit s&#8217;appuyer sur les sciences pour mieux conna\u00eetre le r\u00e9el ; elle ne peut leur d\u00e9l\u00e9guer le choix des fins ultimes, parce que ce choix rel\u00e8ve toujours d&#8217;une hi\u00e9rarchie de valeurs qu&#8217;aucune m\u00e9thode scientifique ne permet d&#8217;\u00e9tablir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut renverser la perspective de Lagasnerie. La d\u00e9mocratie n&#8217;existe pas parce qu&#8217;elle garantirait la justice. Elle existe parce qu&#8217;elle reconna\u00eet que, lorsqu&#8217;il s&#8217;agit des fins ultimes de la vie collective, aucun individu, aucun groupe, aucune institution ne peut d\u00e9montrer qu&#8217;il d\u00e9tient la d\u00e9finition de la justice. Elle ne repose pas sur l&#8217;id\u00e9e que toutes les opinions se valent, mais sur une forme d&#8217;humilit\u00e9 : des \u00eatres humains peuvent partager les m\u00eames connaissances tout en continuant \u00e0 hi\u00e9rarchiser diff\u00e9remment les valeurs qui orientent la vie en commun \u2014 \u00eatre d&#8217;accord sur les faits, et rester en d\u00e9saccord sur ce qu&#8217;il convient d&#8217;en faire. Le pluralisme d\u00e9mocratique devient alors la traduction d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 plus profonde, \u00e0 savoir que les d\u00e9saccords ne viennent pas seulement de l&#8217;ignorance ou de l&#8217;erreur, mais aussi de la diversit\u00e9 des conceptions du bien commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a deux mani\u00e8res de justifier un r\u00e9gime politique. La premi\u00e8re consiste \u00e0 dire : voici ce qui est bon, et le pouvoir doit servir \u00e0 l&#8217;imposer \u2014 c&#8217;est la mani\u00e8re de Lagasnerie. La seconde consiste \u00e0 dire : personne ne peut prouver ce qui est bon pour tous, alors organisons une m\u00e9thode qui permette de trancher ensemble, sans jamais figer la d\u00e9cision, et en acceptant de la remettre en cause plus tard. La d\u00e9mocratie, comprise ainsi, ne pr\u00e9tend rien sur le contenu de la justice. Elle ne dit pas ce qui est bon ; elle organise la mani\u00e8re dont des gens qui ne sont pas d&#8217;accord peuvent gouverner ensemble sans que l&#8217;un impose sa v\u00e9rit\u00e9 aux autres. C&#8217;est cette diff\u00e9rence \u2014 entre pr\u00e9tendre conna\u00eetre le bien et se contenter d&#8217;organiser le d\u00e9saccord \u2014 qui s\u00e9pare la d\u00e9mocratie du syst\u00e8me de Lagasnerie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La force de la pens\u00e9e de Geoffroy de Lagasnerie tient \u00e0 la coh\u00e9rence avec laquelle il tire les cons\u00e9quences de son principe de d\u00e9part. Cette coh\u00e9rence ne rach\u00e8te pas sa pens\u00e9e : c&#8217;est ce qui la rend efficace, et donc dangereuse. Ce qu&#8217;il pr\u00e9sente comme le fondement objectif d&#8217;une organisation politique est un choix parmi d&#8217;autres, par\u00e9 des habits de la science. Tant que ce choix reste ouvert \u00e0 la discussion, aucune conception de la justice ne peut pr\u00e9tendre s&#8217;imposer comme l&#8217;\u00e9quivalent politique d&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 scientifique. C&#8217;est exactement cette pr\u00e9tention qu&#8217;il faut refuser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est peut-\u00eatre l\u00e0, paradoxalement, la justification la plus profonde de la d\u00e9mocratie : non le r\u00e9gime de ceux qui d\u00e9tiennent la v\u00e9rit\u00e9, mais celui de ceux qui reconnaissent qu&#8217;aucun \u00eatre humain ne peut d\u00e9montrer qu&#8217;il la d\u00e9tient lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de d\u00e9finir les fins ultimes de la vie politique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Geoffroy de Lagasnerie est un philosophe et sociologue fran\u00e7ais. Sa pens\u00e9e s&#8217;inscrit dans un courant qui soumet l&#8217;\u00c9tat, les institutions et les normes sociales \u00e0 une critique radicale. En une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es, il s&#8217;est impos\u00e9 comme l&#8217;une des figures les plus visibles de la gauche radicale. 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