Présidence d’Israël et présomption d’innocence.

Reuven Rivlin, Président d’Israël, a confié la tâche de former un gouvernement à l’élu qui, conformément à la loi, a recueilli le plus de recommandations de la part des partis siégeant à la Knesset. Mais il a assorti son annonce d’un commentaire malveillant, déplacé et indigne de sa fonction: « ce n’est pas une décision facile pour moi sur une base à la fois morale et éthique », a-t-il indiqué.

Rivlin faisait allusion à son hostilité au député en question sous prétexte qu’il était poursuivi  par la justice. Prétexte, parce qu’il s’agit en réalité d’une animosité datant d’avant les démêlés judiciaires de ce rival. Pour mémoire, les treize juges de la Cour Suprême ayant examiné la question ont estimé à l’unanimité que rien ne s’opposait à l’exercice de la fonction de premier ministre par un personne inculpée mais pas condamnée.

C’est ainsi que le Président Rivlin, premier personnage de l’Etat, se permet de fouler aux pieds la présomption d’innocence. Peut-être a-t-il oublié que pour sa part il ne s’est pas gêné  naguère de fustiger l’institution judiciaire quand lui-même était sous investigation et qu’il estimait être malmené.

Au début des années 2000,  Rivlin faisait l’objet d’une série d’enquêtes, entre autres mettant en cause sa relation avec David Appel, entrepreneur en bâtiment et soutien du Likoud. La police soupçonnait Rivlin, alors avocat et homme politique influent, d’avoir reçu des « faveurs » de cet entrepreneur, qui par ailleurs avait déjà eu maille à partir avec la justice. Une décennie plus tard l’ami de Rivlin était condamné pour corruption dans le cadre d’une autre affaire.

Au bout de plusieurs années de procédure, les sept dossiers mettant Rivlin en cause furent classés sans suite, et ceci contre l’avis de la police qui recommandait pourtant de le traduire en justice sur base de l’un de ces dossiers. En apprenant l’heureux dénouement, Rivlin a néanmoins qualifié le système judiciaire de « pervers », et s’est plaint de ce que ni  lui ni ses proches ne se remettraient jamais du temps perdu. Il a notamment accusé la police de s’être contentée de l’interroger durant  onze heures, et d’avoir ensuite mis plus de trois ans à rendre publiques ses conclusions, ce qui a donné libre cours à une campagne médiatique entachée de fausses rumeurs.

« והמבין יבין  », dit-on en hébreu , ce qui en français donne à peu près « et celui qui comprend comprendra ».

 

Don Juan le nietzschéen

L’œuvre à l’origine du mythe de Don Juan est une pièce intitulée « Le Trompeur de Séville », écrite par un moine et dramaturge espagnol nommé Tirso de Molina. Mais alors que le personnage de Tirso de Molina blasphème et court les jupons tout au long de sa vie, il finit malgré tout par se repentir et demande même l’absolution avant de mourir. Le thème de Tirso de Molina est donc une condamnation radicale de la débauche et de la mécréance, et pose que le Ciel finit toujours par châtier les hommes qui croient pouvoir défier le Divin sans en payer le prix en fin de compte.

Mais le personnage de Don Juan de Molière et de Mozart est plus nuancé et aussi plus complexe. Il s’agit d’un homme cultivé et libertin dans l’acception du 17ème siècle, c’est-à-dire un libre penseur affranchi de la religion et des interdits sexuels. Il n’a ni foi ni loi, entend aller au bout de ses appétences et satisfaire sa sensualité sans se préoccuper de la question morale. C’est un personnage transgressif qui casse les codes et qui se moque des conventions sociales. Sa quête du plaisir est insatiable, ce qui l’emmène à séduire les femmes les unes après les autres sans penser aux conséquences, et à les oublier aussitôt conquises.

Pour arriver à ses fins Don Juan se  sert de l’appât du mariage comme mécanisme de séduction, et démontre qu’aucune femme n’y résiste. Alors que l’on voit bien que Don Juan est sensible aux femmes en tant que telles, celles-ci n’entendent que ce qu’elles veulent bien entendre, et l’idée de convoler en justes noces prend le pas sur toute autre considération. Même quand elles sont déjà fiancées, promises ou mariées,  elles se font piéger par Don Juan non pas parce qu’elles pensent  qu’il est une meilleure personne, mais parce qu’il incarne un meilleur mariage.  C’est une arme absolue dans ses mains, qu’il s’agisse de dames de haut rang ou de jeunes filles crédules et modestes, toutes succombent au mirage du mariage que Don Juan manie avec virtuosité. En d’autres mots, et pour l’exprimer de manière triviale, Don Juan se marie pour baiser alors que ses victimes baisent pour se marier.

Le personnage de la pieuse Elvire est emblématique de ce point de vue.  En échange d’une promesse de mariage Don Juan fait sortir cette jeune aristocrate du couvent où elle vit recluse en attendant le parti que lui destine sa famille . Don Juan l’enlève du couvent et l’épouse, mais comme pour toutes les autres, l’abandonne dès consommation. Les frères d’Elvire le recherchent pour lui régler son compte, mais Don Juan leur échappe et continue sa course effrénée au plaisir malgré les risques qu’il encourt et l’étau qui se ressert autour de lui.

Don Juan raille jusqu’à son dernier souffle ceux qui le conjurent de se repentir. Aussi bien son valet que son père s’emploient à essayer de le convaincre de retourner dans le droit chemin, mais rien n’y fait parce qu’il n’a aucune intention, ni aucune raison de son point de vue, de changer de vie. C’est un héros tragique, un personnage nietzschéen qui se veut surhomme qui assume son destin jusqu’au bout, et qui finit – littéralement – par mourir de plaisir.

Le naufrage du parti travailliste d’Israël

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, défend dans un article du magazine « Regards » son point de vue à propos de la  décision du parti travailliste  Avoda  de placer Ibtisam Mara’ana en septième position sur la liste des candidats-députés en vue des élections législatives.

Mara’ana est une Israélienne arabe, réalisatrice de cinéma, enseignante, militante féministe et antisioniste. Barnavi précise qu’elle est mariée à un Juif, comme si cela devait exclure l’idée quelle pourrait être antisémite.

En 2008 Mara’ana déclarait au cours d’une interview avec un journaliste du quotidien israélien « Globes »  qu’elle aurait aimé écrire un scénario où elle imaginerait la destruction de la ville de  Zikhron Ya’akov[1] et expédierait ses habitants en Pologne. Elle ajoutait dans un même souffle que les Juifs sont un peuple lâche, cupide et dominateur.

Mara’ana est notoirement opposée à l’Etat du peuple juif tel que défini dans la Déclaration d’Indépendance d’Israël. C’est fidèle à cet esprit qu’elle estime ne pas être tenue de respecter la mémoire des soldats de Tsahal morts au champ d’honneur. En 2012 elle déclarait que quand retentit la sirène de commémoration une fois par an, et que les automobilistes sortent de leur véhicule pour se tenir debout en signe de recueillement, elle continue de rouler et dit éprouver de la jubilation à être seule à poursuivre son chemin. Barnavi estime que  Mara’ana a changé d’avis depuis, puisqu’elle invoque ces jours-ci « une erreur de prime jeunesse ». Mais comme elle avait 37 ans à cette époque cela  ne correspond pas vraiment à la notion de « prime jeunesse ». Elle était au contraire déjà une militante politique mure, et consciente de la portée de ses propos.

Barnavi affirme qu’à l’annonce de la position de Mara’ana  sur la liste du parti travailliste « la droite a aussitôt introduit une requête auprès de la Commission électorale pour lui interdire de se présenter aux élections ». Difficile de déterminer si Barnavi se trompe ou s’il induit sciemment ses lecteurs en erreur, mais le fait est que cette pétition a été déposée par la gauche, notamment  par Maozia Segal, ancien combattant  et membre du parti travailliste, ainsi que par d’autres membres qui objectent à la candidature de Mara’ana pour des raisons d’ordre éthique. C’est dans un deuxième temps seulement que d’autres demandes d’annulation ont suivi la gauche.

Je suis en faveur de la liberté d’expression dans son acception la plus large. J’estime donc que Mara’ana a le droit de détester les Juifs, les cyclistes, les chiens et les chats, et quiconque qui ne lui revient pas. Elle a aussi le droit de penser que les Juifs doivent retourner en Pologne  et que la planète se porterait mieux sans eux. Mais le scandale est ailleurs : indépendamment des opinions politiques de tout un chacun, il est indécent pour un des partis fondateurs du projet sioniste  de pousser vers la Knesset une militante opposée au principe même de l’Etat juif. Le fait que Mara’ana se soit excusée suite à la demande d’annulation de sa candidature est cousu de fil blanc et n’est pas crédible eu égard à la coïncidence avec le calendrier électoral.

Cela ne signifie pas que l’on ne puisse jamais revenir sur ses propos, ni changer d’avis, ni faire amende honorable. Chacun  a droit à l’erreur.  Mais si Mara’ana s’était excusée avant de prétendre siéger à la Knesset et avait milité de manière durable dans un parti sioniste c’eût été différent. Maintenant le fait est là : Mara’ana a réussi son coup politique, mais le parti de Ben Gourion, de Levi Eshkol, d’Itzhak Rabin, de Golda Meïr, de Moshe Dayan et de tant d’autres héros d’Israël s’est déshonoré par la même occasion.

Quant à Elie Barnavi, personnalité et intellectuel respectable, il ne devrait pas soutenir l’insoutenable au nom de l’idée qu’il se fait de la gauche israélienne. Celle-là mérite mieux qu’Ibtisam Mara’ana.

[1] Zikhron Ya’akov a été fondée au 19ème siècle par une centaine de pionniers venus de Roumanie. C’est une des premières agglomération de la mouvance sioniste.

Israël et le judaïsme réformé

Le judaïsme réformé est né au 19ème siècle, et a donné naissance à des courants divers. Outre la réforme de la pratique religieuse elle-même, ce qui la caractérise la plupart du temps est le renoncement au lien organique entre religion et peuple, autrement dit au judaïsme historique. Les juifs réformés sont donc plutôt réservés par rapport au sionisme. Ils se considèrent en effet comme citoyens à part entière dans leur pays respectif, tout comme les catholiques et les protestants.  Les uns et les autres ont en commun la même allégeance, la même culture et la même identité nationale, bien que pratiquant des religions différentes. La terre d’Israël demeure bien entendu pour le judaïsme réformé le berceau du judaïsme, mais de la même manière qu’elle est le berceau du christianisme pour les chrétiens.

La « Loi du Retour [1]» garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël. Elle précise que toute personne ayant au moins un grand-parent juif ainsi que tout converti au judaïsme peut accéder sans délai à la citoyenneté pleine et entière.

Depuis un certain temps Israël reconnaissait les conversions du judaïsme réformé à travers le monde, mais paradoxalement pas celles réalisées par des rabbins réformés en terre d’Israël.  Seules les conversions validées par le Grand-Rabbinat d’Israël donnait droit à l’Alyah.

Au bout de 15 ans d’atermoiements la Cour Suprême d’Israël a fini par mettre  un terme à ce paradoxe.  Dans un arrêté récent elle invite l’Etat à accorder la citoyenneté aux Juifs convertis en Israël selon le rite réformé. Il s’agit d’une décision à caractère plutôt civil que religieux, dans ce sens que cela contribue a déterminer de manière cohérente qui est éligible à l’Alyah conformément à la Loi du Retour. Les rabbins du judaïsme réformé disposent donc désormais de cette prérogative, tout comme les rabbins orthodoxes, encore qu’il faille attendre que la Knesset légifère dans ce sens.

Il s’agit d’un progrès, mais qui ne résout pas certains problèmes d’ordre éthique. Il existe en effet des candidats à l’Alyah ayant le désir de faire partie du peuple juif et d’adopter ses traditions, mais dont la conscience objecte à la foi religieuse et à ses rituels. Les conversions par des rabbins réformés sont certes moins contraignantes que celles des rabbins orthodoxes, mais il n’en reste pas moins que les libres penseurs ne s’y résolvent qu’à contrecœur en souscrivant de manière ponctuelle à une spiritualité fondamentalement incompatible avec la leur.

Il y aurait donc lieu de mettre en place en Israël une formule explicitement destinée aux athées et aux agnostiques, permettant le passage à l’identité juive – et donc donnant droit à la Loi du Retour – mais  n’impliquant pas de conversion au sens religieux du terme. Cela passerait par une certaine connaissance de la Torah, du Talmud et d’autres grands textes de l’épopée juive depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

En plus de cela il faudrait exiger des nouveaux immigrants un serment d’allégeance à l’esprit et à la lettre de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël.

[1] La loi du retour votée le 5 juillet 1950 par la Knesset accorde l’immigration à tout Juif et à sa famille proche le droit de s’établir en Israël. Ceci à condition que le candidat ne soit pas hostile au peuple juif, qu’il ne risque pas de porter atteinte à la salubrité publique ni à la sécurité de l’État, et qu’il n’ait pas un passé criminel susceptible de troubler l’ordre public.

 

Heureux comme Dieu en France ?

Séquence intéressante, la semaine dernière, au cours de l’émission « Les grandes gueules Moyen-Orient » sur la chaîne de télévision israélienne I24news. La journaliste Noémie Halioua y défendait le droit de vivre des Juifs en Diaspora, mais Olivier Rafowitz, colonel de réserve de Tsahal[1], estimait pour sa part qu’il n’y  avait pas de réponse possible à l’antisémitisme,  autre que celle de l’Etat juif. Selon Rafowitz les colloques et symposium en tous genres à ce propos ne sont qu’enfumage, parce que l’on ne combat pas l’antisémitisme par décret.

Abnousse Shalmani, journaliste et écrivaine qui participait également au débat, défendait quant à elle le concept de « Français d’obédience juive », ce à quoi Rafowitz rétorquait que cette fiction n’avait pas empêché l’Etat français d’envoyer les Juifs à la mort lors de la Shoah.  Mais pour Shalmani l’antisémitisme est un mal qui procède de l’ignorance, ce pourquoi il faut par exemple se battre pour que la Shoah soit enseignée à l’école.

Stanislas de Clermont-Tonnerre[2], député de Paris en 1789 se déclarait en faveur de l’accession des Juifs à la citoyenneté, mais exigeait en même temps de  « tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus » En 1806 Napoléon 1er  mettait en place le « Grand Sanhedrin[3] » qui souscrivait à l’idée que les Juifs étaient des citoyens à part entière bien que de « confession mosaïque ».

Mais le réel est têtu, et contrairement au vœu de Stanislas de Clermont-Tonnerre, les Juifs constituent un peuple et non pas une « obédience » comme persiste à le penser  Shalmani.  L’identité juive n’est en rien dépendante de la pratique religieuse, pour la simple raison qu’est juif quiconque est né de mère juive, qu’il soit athée ou pratiquant. Feu le Cardinal Lustiger, catholique fervent devant l’Eternel, a toujours tenu à affirmer haut et fort qu’il restait juif en dépit de sa conversion, ce que même le Juif le plus orthodoxe ne lui contestait pas.

La modernité n’a rien changé à l’antisémitisme. De l’Argentine à la Russie, du Danemark à l’Afrique du Sud, de la Malaisie au Pakistan, du Venezuela à l’Iran, de la France à l’Amérique, dans le monde entier des institutions juives sont le théâtre d’agressions antisémites.

L’idée que l’antisémitisme serait une forme d’obscurantisme relève d’une méconnaissance de sa nature profonde. Ni Heidegger, ni Céline, ni Luther, ni Érasme, ni Maurras, ni Balzac, ni Wagner ni Proudhon n’étaient obscurantistes. La nature profonde de l’antisémitisme n’est  pas une objection au judaïsme en tant que religion, mais bien aux Juifs en tant que peuple. Il y avait une anomalie jusqu’en 1948 à ce que ce peuple n’ait pas d’Etat qui en soit le garant. Maintenant c’est chose faite.

[1] Armée de défense d’Israël.  Olivier Rafowitz est aussi ancien porte-parole de Tsahal.

[2] Comte de Clermont-Tonnerre, mort assassiné en 1792, officier et homme politique français, partisan d’une monarchie constitutionnelle.

[3] Cour suprême juive créée le 10 décembre 18061 comprenant soixante-et-onze rabbins et notables.

La bonne action

S. était une pakistanaise qui avait un permis de séjour mais qui ne travaillait pas chez l’hôtelier qui l’avait fait venir. Au lieu de cela elle faisait des ménages parce que c’était mieux payé mais illégal. C’était une femme de 42 ans mince et menue mais douée d’une capacité de travail impressionnante. Elle était agréable souriante ponctuelle fiable silencieuse et discrète.

Cela faisait sept ans qu’elle s’occupait de mon ménage. Un jour je l’ai surprise en pleurs alors qu’elle était au téléphone avec le Pakistan où vivaient ses enfants sa mère et son frère.  Après qu’elle eût raccroché je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Elle m’a ouvert son cœur et raconté que sa famille lui reprochait de ne pas lui envoyer assez d’argent. Elle travaillait pourtant 10 heures par jour tous les jours sans exception ne prenait jamais de vacances et n’avait pas un sou justement parce qu’elle envoyait à sa famille tout ce qu’elle gagnait. Elle n’avait pas de compagnon pas de loisirs pas de plaisirs. Elle s’effondrait de fatigue le soir et n’avait d’autre projet que de survivre. Elle n’aimait pas la vie. 

Ma voiture ayant tendance à se colleter avec les colonnes en béton dans les parkings je l’emmène un jour chez le carrossier pour la faire débosseler.  La veille où je dois en reprendre possession je vais chercher des espèces dans un distributeur de billets. Au moment de régler le carrossier celui-ci constate que le compte n’y est pas. Je me dis que je dois avoir perdu des billets en cours de route.  Rentré chez moi je réapprovisionne en liquide le tiroir où j’ai l’habitude de le déposer.

La semaine d’après j’ai l’impression que ma réserve d’argent a diminué. Je décide de faire un test. Je compte les billets et les photographie dans l’ordre où ils sont dans le tiroir.  Je m’en vais ensuite à la plage comme j’ai l’habitude quand S fait le ménage. Je reviens et recompte l’argent. Il manque deux cents Euros. Je suis troublé mais ne dis rien en me disant que S doit avoir pallié à une urgence en rapport avec sa famille. 

J’appelle S pour l’informer que j’ai passé contrat avec une société de nettoyage qui désormais prendra soin de mon appartement. Je lui dis que je ne peux plus l’employer parce qu’elle est en situation illégale et qu’elle n’est pas assurée. Elle est tétanisée et ne réagit pas.  Le lendemain elle me rappelle pour demander à me voir. Quelques jours plus tard nous avons une entrevue. Elle me demande la vraie raison de son renvoi.  Avant que je n’aie le temps de répondre elle me jure qu’elle me rendra le câble USB qu’elle s’est approprié. Je lui que dis que j’ignorais ce détail et que ce que j’ai à lui reprocher n’est pas de cet ordre. Elle me demande si c’est plus grave.  Je lui dis que c’est grave mais que ce n’est pas grave. Elle insiste.  Je lui dis que je sais qu’elle a volé l’argent du tiroir mais que je l’ai laissée faire parce que je pensais qu’elle avait un problème urgent à résoudre et qu’elle s’arrêterait ensuite. Elle avoue et sanglote sans discontinuer. Entre deux hoquets elle me supplie de ne pas porter plainte à la police parce qu’elle craint d’être expulsée. Je lui dis que je n’en ferai rien mais qu’elle doit me promettre qu’elle ne récidivera pas chez ses futurs employeurs.  Je la console en lui disant que je la comprends parce moi aussi j’ai connu la misère. Rassérénée elle me dit « you are a good man » et s’éclipse. Je me sens comme l’Evêque de Dignes dans « Les Misérables » quand il déclare que son argenterie trouvée par la police dans les affaires de Jean Valjean est un cadeau. Deux jours plus tard j’apprends que S a été trouvée pendue dans sa cage d’escalier.  

Deux amies

J’avais fait la connaissance de Vanessa à une époque où elle était éditrice d’un magazine spécialisé dans le vin.  Après quelques brefs instants mousseux entre nous elle avait décidé de mettre fins à nos corps-à-corps mais nous étions restés amis. C’était une anglaise qui s’était trompée de mari en épousant un italien rencontré en vacances. Elle avait fini par s’en délester pour le remplacer par Amedeo italien également mais notablement plus frais.

J’ai retrouvé Vanessa quelques années plus tard quand je me suis installé à Rome. Elle avait une amie qui s’appelait Allegra de laquelle elle était inséparable. On aurait dit des sœurs jumelles. Il était hors de question de voir l’une sans l’autre. Elles avaient leur monde propre. Toute personne qui s’intéressait à l’une devait obligatoirement souffrir l’autre.

La présence d’Allegra était indépassable mais cela ne me dérangeait pas parce qu’elle avait de quoi plaire. C’était une jeune femme pulpeuse volubile rieuse ironique cultivée rapide délurée brillante buveuse séduisante rayonnante la quarantaine célibataire et sans enfants.

Un soir qu’elles sont toutes deux en visite chez moi Allegra me dit qu’elle connait quelqu’un qui habite dans mon immeuble. Elle l’appelle et l’invite à nous rejoindre pour prendre un verre. Elle ne prend pas un verre mais dix et puis s’éclipse avec lui chez lui. Une heure plus tard elle revient en titubant hagarde sa robe déchirée un sein à l’air et raconte qu’elle s’est laissée caresser mais que comme elle a en ce moment une relation stable elle ne veut pas aller avec d’autres hommes au-delà de certaines caresses. L’homme en question ne l’a pas manifestement pas entendu de cette oreille ce qui a dégénéré en pugilat et explique la robe d’Allegra déchirée et son retour intempestif.

Quelques semaines plus tard Vanessa m’appelle pour me convoquer d’un ton grave mais sans me dire de quoi il s’agit. Je lui fixe rendez-vous dans un de nos restaurants favoris. J’arrive alors qu’elle est déjà attablée  avec  une bouteille de vin à moitié vide devant elle. Elle me dit puis je te poser une question dont je suis certaine que tu as la réponse.  J’essaie de donner à l’échange un tour enjoué mais rien n’y fait. Elle hausse le ton et m’assène  as-tu couché avec Allegra ou as-tu eu des relations sexuelles avec elle sous quelque forme que ce soit. Je dis non je n’ai jamais couché avec ton amie Allegra ni jamais eu le moindre épisode ambigu avec elle.  Je ne l’ai d’ailleurs jamais rencontrée en dehors de ta présence.  Vanessa enchaîne et raconte:

La semaine dernière j’ai été appelée à l’hôpital ou Allegra avait été admise aux urgences. Elle n’a aucun proche en Italie alors affolée je me rends à son chevet et la trouve branchée à toutes sortes d’appareils mais éveillée et lucide. Le médecin de service me dit qu’elle a tenté de se suicider en avalant moultes Xanax et une quantité impressionnante d’alcool. Il ne sait pas qui a donné l’alerte mais il pense que c’est elle-même. Allegra prend alors la parole et me raconte d’une voix cassée sa mésaventure. Elle a rencontré dans un bar un homme avec lequel elle a commencé à flirter. A un moment donné elle est descendue aux toilettes mais l’homme en question l’a suivie et a tenté de la violer. Au bout d’une brève empoignade elle a réussi à se dégager et est rentrée chez elle où elle a décidé de mettre fin à ses jours. Alors qu’elle finit de me raconter l’incident le médecin entrebâille la porte et me demande d’un air confidentiel de sortir de la chambre pour me parler. Il me dit qu’il vient de recevoir le bilan médical d’Allegra mais qu’il n’y a aucune trace de Xanax ni de drogue mais seulement un taux d’alcool qui n’a rien d’alarmant.  Bref qu’elle peut rentrer chez elle.

En retournant dans la chambre d’Allegra je la surprends en train d’envoyer un texto.  J’ai le temps d’entrevoir sur l’écran de son téléphone la photo de mon compagnon Amadeo. Je lui demande pourquoi elle lui écrit.  Elle me dit d’un air confus qu’elle veut le tranquilliser mais cela ne me convainc pas parce que je ne vois pas en quoi elle se sent tenue de tranquilliser mon compagnon alors que je suis la seule à la savoir hospitalisée.  Je me précipite sur elle pour saisir son téléphone et m’enfuis en courant de toutes mes forces. Une fois dans ma voiture je découvre d’innombrables  messages d’un érotisme torride entre Allegra  et  Amadeo. Je suis détruite mais je retourne chez Allegra dans sa chambre d’hôpital et  je lui restitue son téléphone sans faire d’esclandre. Rassérénée elle s’explique sur sa liaison avec Amedeo et me promet de renoncer à lui.  Après l’avoir écoutée avec attention je me penche sur elle pour la remercier de sa franchise.  Ensuite je prends son cou en tenaille et maintiens ma prise jusqu’à ce qu’elle rende son dernier souffle. C’était ma meilleure amie”

Le plan de paix Trump

Le « plan Trump » consiste à acter que la ligne d’armistice de 1949 ne peut en aucun cas être considérée comme une frontière d’Israël, et qu’un éventuel Etat palestinien ne pourra disposer ni d’une armée, ni du contrôle de ses frontières, ni de son espace aérien aussi longtemps que le leadership palestinien sera déterminé à détruire Israël.

Il ne reste pour Israël qu’à prendre des mesures unilatérales, or c’est cela que les Etats-Unis ont compris. On peut penser ce que l’on veut de la coiffure du Président Trump, mais depuis qu’il est au pouvoir il a fait un sans-faute en ce qui concerne Israël.

La région d’Israël surnommée « le Petit Triangle » est peuplé de 260.000 arabes israéliens. Ceux-ci sont majoritairement hostiles à Israël en tant qu’Etat sioniste. Ils possèdent leur système d’éducation en langue arabe, sont solidaires des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, refusent de faire le service militaire tout comme le service civil, arborent le drapeau palestinien à toute occasion, ne respectent pas l’hymne national israélien, soutiennent la création d’un Etat palestinien et commémorent l’indépendance d’Israël sous le signe du deuil.

Mais en apprenant que le « plan Trump » prévoyait d’inclure « le petit triangle » dans la future Palestine et de commuer leur citoyenneté israélienne en citoyenneté palestinienne, ils ont été pris d’une rage folle et ont manifesté pour clamer qu’en aucun cas ils ne voulaient pour eux de cette Palestine qui semblait pourtant jusqu’à la semaine dernière incarner leur rêve le plus fou.

Le grand-Rabbin de France et la loi Avia

Haïm Korsia, grand rabbin de France, exprime dans un article paru dans « Times of Israel » sa déception de ce que la loi proposée par la députée Laetitia Avia contre les dérapages des réseaux sociaux ait été recalée par le Conseil Constitutionnel. Il estime que la violence des échanges sur Internet « a atteint des paroxysmes et des surenchères intolérables ».

Pour mémoire, ce projet de loi faisait obligation aux opérateurs des réseaux sociaux de retirer sous vingt-quatre heures tout propos haineux. Au cas où cette loi aurait été adoptée il n’aurait donc plus été nécessaire de porter l’affaire devant les tribunaux. Les opérateurs devenaient juges en la matière et pouvaient retirer de tels propos à leur seule discrétion.

Quand l’on fait observer à Korsia qu’il n’existe pas de définition de « propos haineux », il objecte que c’est « indéfinissable comme la beauté ou le charme, que l’on reconnaît pourtant immanquablement et sous les cultures les plus différentes, quand on y est exposé. A-t-on besoin d’une définition juridique et universelle de la beauté ? »

Cette explication venant d’un homme pourtant cultivé est d’un obscurantisme confondant. Il va donc de soi pour Korsia que ce qui est beau, charmant ou haineux fait l’objet d’un consensus tellement universel qu’il serait vain d’en discuter. L’on comprend que dans ces conditions il estime que n’importe quel réseau social est compétent pour trancher en la matière.

Mais quand bien même il serait possible de se mettre d’accord sur ce que sont des propos haineux, au nom de quoi justifierait-on de les retirer ? Depuis quand est-il interdit de haïr ? Quelqu’un qui publierait par exemple une phrase du genre « je hais Hitler » devrait-il être censuré ?

Korsia s’insurge par ailleurs contre ce qu’il dénonce comme un « double standard », qui fait que le racisme et l’antisémitisme en ligne ne jouirait pas « de la même attention et détermination que la pédopornographie ou l’apologie du terrorisme ». C’est évidemment une contrevérité, parce que le racisme et l’antisémitisme – en ligne ou ailleurs – tout comme la pédopornographie et l’apologie du terrorisme, constituent des infractions pénales, donc nul besoin de Loi Avia.

Korsia est un homme respectable, mais ses idées ne sont pas toujours lumineuses. En 2004, il a voulu inviter l’antisémite Dieudonné à Auschwitz, mais il en a été dissuadé par Joseph Sitruk, grand-rabbin de France à l’époque. Maintenant Korsia veut s’attaquer à liberté d’expression, ce qui ne laisse pas de surprendre chez ce guide spirituel qui se veut pourtant moderne.

Le journal Haaretz et la liberté d’expression

Jordan Peterson est un psychologue clinicien, actuellement professeur à l’Université de Toronto après avoir enseigné à Harvard. Cet intellectuel a une notoriété mondiale pour ses travaux sur la postmodernité, qu’il définit comme avatar du marxisme.

Le journal Haaretz publie un article de l’historien suédois Mikael Nilsson, qui comme certains intellectuels de gauche mais de tradition chrétienne aiment les Juifs surtout quand ils sont morts. C’est sans doute dû à cette charmante inclination que Nilsson qualifie Peterson de révisionniste, d’antisémite et d’admirateur d’Hitler.

Il conteste l’analyse de Peterson du nazisme, parce que d’après lui on ne peut rien en dire d’autre que de l’attribuer au Mal Absolu. Tout historien normalement constitué sait pourtant qu’après la défaite de l’Allemagne en 1918 le Traité de Versailles lui a imposé des conditions extrêmes et humiliantes, provoquant une crise économique et un ressentiment durable dans les couches populaires, ouvrant la voie au fascisme.

Mais la mauvaise foi et la violence inouïe de Nilsson n’est pas due à un désaccord entre universitaires sur un point d’Histoire. Il s’agit d’autre chose. Refuser tout débat concernant l’origine des crimes nazis escamote du même coup celui des crimes communistes. L’explication en est que pour Nilsson, comme pour beaucoup d’incurables marxistes, la différence entre nazisme et communisme réside dans l’intention, et non pas dans les faits.

Il est vrai que les faits sont toujours dérangeants pour les idéologues. Comme dit le philosophe Michel Onfray, quand l’idéologie ne coïncide pas avec le réel, c’est le réel qui a tort. Il semble donc que les millions de victimes de la folie meurtrière du communisme ne sont pour Nilsson qu’un détail de l’Histoire, comme dirait l’autre.

Un des thèmes qu’étudie Peterson consiste à se poser la question de savoir pourquoi l’on enseigne si parcimonieusement dans le monde académique ce que fut la monstruosité du communisme tout au long du vingtième siècle. La politologue Hannah Arendt avait pourtant mis en lumière dès les années 1950 l’équivalence entre fascisme et communisme. Cela avait causé une vive polémique, dont Nilsson prend le relais aujourd’hui. Pour lui les crimes communistes ont un sens. Celui de l’Histoire.

C’est ce même délire qui donne aujourd’hui bonne conscience à la gauche extrême qui entend ressusciter le communisme sous forme postmoderne.

Ce genre d’article justifie la liberté d’expression. Si on l’interdisait on ne saurait pas que Haaretz en arrive à publier un texte à mon avis indigne, eu égard au rang de ce journal dans le monde de la presse.