Sam Harris, philosophe de la conscience.

Sam Harris est un auteur et philosophe spécialisé dans les neurosciences. Il est connu pour son athéisme militant. Il est régulièrement invité à Oxford, Cambridge, Harvard, Caltech, UC Berkeley et Stanford. Ci-dessous quelques unes de ses réflexions à propos de la conscience (« Pour une spiritualité sans religion » © Éditions Almora, septembre 2017)

« La question de savoir comment la conscience est reliée au monde physique reste, comme chacun sait, sans réponse. Il y a des raisons de croire qu’elle émerge sur la base d’un traitement de l’information dans des systèmes complexes comme un cerveau humain, parce que, quand nous regardons l’univers, nous voyons qu’il est rempli de structures plus simples, comme les étoiles, et de processus, comme la fusion nucléaire, qui n’offrent aucun signe extérieur de conscience. Mais nos intuitions ici peuvent ne pas valoir grand-chose. Après tout, comment le soleil apparaîtrait-il s’il était conscient ? Peut-être exactement comme il le fait maintenant. (Vous attendriez-vous à ce qu’il parle ?)

Et cependant, d’une certaine manière, il semble bien moins vraisemblable de croire que les étoiles soient conscientes et muettes plutôt qu’elles n’aient pas du tout de vie intérieure. Quelle que soit la relation ultime entre la conscience et la matière, à peu près tout le monde conviendra, qu’à un certain point, dans le développement des organismes complexes comme nous-mêmes, la conscience semble émerger. Cette émergence ne dépend pas d’un changement de matériaux, car vous et moi sommes construits des mêmes atomes qu’une fougère ou qu’un sandwich au jambon. C’est indubitablement un des plus profonds mystères qu’il nous est donné d’observer.

C’est sûrement un signe de progrès intellectuel qu’une discussion sur la conscience n’ait plus besoin de commencer par un débat concernant son existence. Dire que la conscience puisse seulement sembler exister, depuis l’intérieur, revient à admettre son existence sans réserve – car à partir du moment où une chose semble exister de quelque manière que ce soit, c’est cela qui est la conscience.

Même si je suis un cerveau dans une cuve en cet instant – et que tous mes souvenirs sont faux, et que toutes mes perceptions sont celles d’un monde qui n’existe pas – le fait que j’ai une expérience est indiscutable (pour moi, du moins). C’est tout ce qui m’est demandé (ou à un autre être sensible quel qu’il soit) pour établir pleinement la réalité de la conscience. La conscience est la seule chose dans cet univers qui ne puisse pas être une illusion.

Si nous n’étions pas déjà débordants de conscience nous-mêmes, il n’y aurait pour nous aucune preuve de son existence dans l’univers – et nous n’aurions aucune idée des nombreux états d’expérience auxquels elle donne naissance. La seule preuve que cela fait quelque chose d’être vous en ce moment est le fait (qui n’est évident que pour vous) que cela fait quelque chose d’être vous. Quelle que soit la manière dont nous proposons d’expliquer l’émergence de la conscience – que ce soit en des termes biologiques, fonctionnels, computationnels ou autres – nous sommes véritablement convaincus de ceci : d’abord il y a un monde physique, inconscient et bouillonnant d’événements non perçus ; ensuite, en vertu d’une certaine propriété ou d’un certain processus physique, la conscience elle-même jaillit, ou arrive chancelante, à l’être. Cette idée ne me semble pas simplement étrange mais complètement mystérieuse.

Affirmer que la conscience est survenue à un certain moment dans l’évolution de la vie, et qu’elle résulte d’un arrangement spécifique de neurones s’activant en concert dans un cerveau individuel, ne nous donne pas le moindre indice de la manière dont elle pourrait émerger de processus inconscients, même en principe.

La conscience pourrait très bien être le produit légitime d’un traitement d’informations inconscient. Mais je ne sais pas ce que cette phrase veut réellement dire – et je ne pense pas que quelqu’un d’autre le sache non plus..

La conscience est aussi ce qui donne à nos vies une dimension morale. Sans conscience, nous n’aurions aucune raison de nous demander comment nous devons nous comporter envers les autres êtres humains, et nous ne pourrions pas non plus nous soucier de la manière dont nous avons été traités en retour.

Si rien n’est réel à moins d’être observé, la conscience ne peut pas surgir d’événements électrochimiques dans les cerveaux d’animaux comme les nôtres ; elle doit plutôt faire partie du tissu même de la réalité.

Toute tentative pour comprendre la conscience en termes d’activité cérébrale établit simplement une corrélation entre la capacité d’une personne à décrire une expérience (démontrant ainsi qu’elle en est consciente) et des états spécifiques de son cerveau. Alors que de telles corrélations peuvent constituer une neuroscience fascinante, elles ne nous rapprochent absolument pas de l’explication de l’émergence de la conscience elle-même.

Le moment arrivera presque certainement où nous construirons un robot dont l’expressivité faciale, le ton de voix, et la flexibilité de pensée nous amèneront à nous demander si oui ou non il est conscient. Le robot pourrait même déclarer être conscient et être prêt à participer aux expériences que nous faisons maintenant sur les êtres humains, nous permettant de corréler ses réponses à des stimuli avec des changements dans son « cerveau ». Il semble clair, cependant, à moins que nous puissions faire plus que ceci, que nous ne saurons jamais si « cela fait quelque chose d’être une telle machine ».

Nous ne dirons jamais d’une chose qui ne mange pas, qui n’excrète pas, qui ne grandit pas, qui ne se reproduit pas, qu’elle pourrait être « vivante ». Elle pourrait, cependant, être consciente. Est-ce qu’une neuroscience adulte pourrait néanmoins offrir une explication correcte de la conscience en termes de processus cérébraux sous-jacents ? Encore une fois, il n’y a rien concernant le cerveau, quel que soit le niveau auquel on l’étudie, qui suggère qu’il puisse recéler de la conscience – en dehors du fait que nous faisons directement l’expérience de la conscience et que nous avons relié beaucoup de ses contenus, ou leur absence, avec des processus se passant dans nos cerveaux. Rien »

 

La conscience, mythe ou réalité.

En étalant du phosphore sur un grattoir et du chlorate de potassium sur une tige, ces éléments se combinent pour s’enflammer lors d’un frottement. Le phénomène est connu en chimie, mais se pose alors la question de savoir si l’allumette a conscience de ce qui lui arrive. Si c’est le cas, rien n’indique que cette conscience ait quelque chose à voir avec le phosphore, le chlorate de potassium, la tige ou le grattoir. Décréter que la conscience de l’allumette se trouve dans sa tête ou à l’autre bout, ou ailleurs au niveau quantique est une question ouverte. Il se peut que l’allumette n’ait pas de conscience du tout, mais si elle en a, estimer qu’on finira par la découvrir en analysant la mise à feu de l’allumette est une erreur méthodologique. Ce qui est sûr, en tous cas, c’est que l’allumette n’a pas de cerveau, mais cela n’implique en rien qu’elle n’ait pas de conscience. L’animisme, idée aussi vieille que l’humanité, repose sur une intuition selon laquelle il y aurait de la conscience partout et dans tout, mais c’est un autre débat.

Le cerveau est le centre névralgique des informations provenant du corps. Cela n’implique pas d’assigner le siège de la conscience humaine également dans le cerveau. Par analogie avec l’ordinateur, le cerveau accumule de la mémoire au moyen d’un logiciel qui lui est propre. Le corps collecte des informations, les transmet au cerveau qui les gère au moyen de mécanismes chimiques et électriques. L’ordinateur tel que nous le connaissons fonctionne sur base du tandem mémoire/processeur, et nulle conscience ne fait partie du mécanisme. La conscience ( le « je ») n’existe donc pas dans l’ordinateur, aussi puissant soit-il.

C’est à ce stade que la physique confine à la métaphysique, parce que se pose la question du déterminisme : si l’on adopte l’idée en vertu de laquelle la conscience serait un phénomène apparaissant à un certain stade de complexité du cerveau, et que ce que nous appelons « conscience » ne serait que le résultat d’algorithmes, cela revient à poser que la conscience n’existe pas.

La question philosophique est donc incontournable à ce stade, parce qu’envisager que nous pourrions être déterminés comme une allumette serait mettre en cause la notion de liberté. C’est un paradoxe déjà relevé par Kant : même si nous sommes déterminés nous sommes incapables de penser cela de nous-mêmes.

פונדקאות לכולם במדינת ישראל

פונדקאות  היא נשיאת עובר על ידי אישה עד ללידת התינוק על מנת להעבירו לצד שלישי. לפונדקאית אין זכויות וגם לא חובות כלפי הילד שעתיד לבוא לעולם. ברגע שהיא יולדת, היא מעבירה את התינוק להורים המיועדים על פי תנאים שסוכמו מראש בחוזה

הפונדקאות אושרה בישראל בשנת 1996 עבור זוגות הטרוסקסואלים, וזמן קצר לאחר מכן תוקנה לטובת נשים רווקות. אולם בהתחשב בכך שהחוק עדיין היווה אפלייה, בית המשפט הגבוה לצדק הרחיב אותו בסופו של דבר,בשנת 2018 , גם לזוגות חד-מיניים ולרווקים

אך עצם חקיקה בנושא הפונדקאות אינה הגיונית מכיוון שלא משפטנים ולא מדענים, אינם כשירים לפתור שאלות אתיות. תפקיד השלטון הוא לאזן את יחסי גומלין בין האזרחים, ולא לקבוע ערכים. לכן עדיף שהמדינה לא תתערב בחופש האונטולוגי של בני אדם

בנוגע לפונדקאות, השאלה היא האם היא זכות במובן « משפט הטבע ». « משפט הטבע » ,שגם  מכונה « החוק הטבעי » או « הזכות הטבעית », הוא מושג פילוסופי הקובע שלכל בן אנוש יש זכויות טבעיות נצחיות בעצם שייכותו לאנושות. למשל לכל אדם יש זכות לחיים, לבריאות ולחופש

התומכים בפונדקאות טוענים שזכותו של כול אדם להיות הורה מכוח החוק הטבעי

נשים פונדקאיות טוענות שזכותן לשאת עובר זר הינה מכוח החוק הטבעי לנצל את גופן על פי החלטתן

אך באותה רוח חל החוק הטבעי גם על ילדים שמגיעים לעולם על ידי פונדקאות. היות וקולם לא נשמע במועד הולדתם הרי שהם עשויים לבקש הבהרה מאוחר יותר, ויהיה מוצדק לשאול את השאלות הבאות:

האם זה אתי  לשלול בכוונה תחילה  את זכותו הטבעי של הילד לבנות את זהותו בהתאם למוצאו הגנטי, קשריו המשפחתיים ושורשיו התרבותיים?

האם זה אתי  לשלול בכוונה תחילה את זכותו הטבעי של הילד לגדול על ידי זוג המורכב מאישה וגבר?

במילים אחרות,  האם הפונדקאות בכללותה היא אתית?

Déterminisme

La question du  déterminisme est difficile à cerner, mais suscite des réflexions riches d’enseignements. Il ne s’agit d’ailleurs peut-être pas seulement d’une question philosophique depuis que la physique moderne jette un trouble sur le principe même d’une chaîne de causalité dans la Nature.

Il y a trois réponses possibles à la question de savoir si nous, humains, sommes soumis au déterminisme:

  • Nous sommes déterminés.
  • Nous ne sommes pas déterminés.
  • Impossible de savoir si nous sommes déterminés ou pas.

Le déterminisme tel que pensé par Spinoza et par ses prédécesseurs stoïques (Sénèque, Marc Aurèle) pose que l’activité humaine n’est qu’un phénomène parmi d’autres, autrement dit qu’elle est matérielle et n’obéit qu’aux lois de la Nature. L’Univers ne serait dans ces conditions qu’une chaîne causale où tout, depuis le grain de sable jusqu’à l’esprit humain, est matériel. Le Cosmos ne serait que le produit d’algorithmes résolus par une combinaison de particules insécables comme le pensait déjà Démocrite[1].  Le monde de Spinoza est donc régi par un déterminisme absolu, et bien que du point de vue psychologique il soit difficile de s’y résoudre, l’accepter malgré tout peut selon lui conduire à la béatitude, contrairement aux stoïques qui avaient une vision tragique de l’existence. Spinoza estime que c’est paradoxalement en prenant conscience de son déterminisme que l’homme devient libre.  Concernant le libre arbitre, il dit que « ceux qui croient qu’ils peuvent parler, se taire, en un mot, agir, en vertu d’une libre décision de l’âme, c’est qu’ils rêvent les yeux ouverts »[2].

Si l’on considère la volonté humaine comme phénomène relevant d’un enchaînement de cause à effet produisant un comportement, c’est donc que l’homme n’est pas plus libre que la Terre n’est libre de tourner autour du Soleil. Mais, objecte Karl Popper[3], « Le déterminisme physique est une théorie telle que, si elle est vraie, il est impossible d’argumenter en sa faveur, puisqu’elle doit expliquer toutes nos réactions, y compris celles que nous tenons pour des raisons fondées sur des arguments, comme étant dues à des conditions physiques. »[4]. En d’autres termes, si nous sommes déterminés, nous ne pouvons pas le savoir, et si nous pensons que nous ne le sommes pas, c’est peut-être parce que nous sommes déterminés à penser ainsi.

L’homme a beau être prédisposé à une chose plutôt qu’à une autre, il peut s’interposer entre ses penchants et le passage à l’acte, et surmonter ainsi ses pulsions. C’est ce qui fait dire à Maïmonide que « même le caractère relève de la volonté. L’homme est responsable de lui-même et ne peut se retrancher derrière un quelconque déterminisme. En naissant, il est similaire à un animal et bien qu’il en diffère déjà par l’esprit, il n’est homme qu’en puissance et ne devient pleinement humain que dans la mesure où il transforme ce potentiel en réalité. »[5]

Sartre : « Tout homme qui invente un déterminisme est un homme de mauvaise foi ». On peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous[6] .

À la question de savoir si l’homme peut faire ce qu’il veut, Leibowitz répond que non seulement il peut faire ce qu’il veut, mais qu’il ne fait que ce qu’il veut.  En tant que neurobiologiste, il voit la pensée à l’œuvre au travers de l’activité cérébrale, mais juge le phénomène incompréhensible puisque la pensée ne dégage ni énergie ni matière, et ne laisse pas de trace. Il estime que le siège de la pensée n’est pas le cerveau, celui-ci n’étant qu’un relais entre le corps et l’esprit.

Yuval Harari, professeur d’Histoire à l’Université Hébraïque de Jérusalem note dans « Une brève histoire du futur  » que

« quand des trillions de molécules d’eau se meuvent dans tous les sens dans le ciel, on appelle cela de la pluie, mais cela ne suscite pas chez elle de conscience qui se dit “je me sens d’humeur pluvieuse”. Dans ces conditions, comment se fait-il que, quand des milliards de signaux électriques parcourent le cerveau dans tous les sens, il y ait une conscience qui se dit, par exemple, “je me sens en colère” ? La science n’a pas de réponse à cette question. »[7]

Ni les atomes ni les molécules ne veulent quoi que ce soit, dit Leibowitz, et leurs combinaisons, aussi complexes soient-elles, ne veulent rien non plus. Confronté à ce néant de conscience dans la Nature, l’on ne voit pas bien ce qui expliquerait une exception à la causalité universelle. Mais d’un autre côté l’être humain vit sa conscience comme une donnée empirique. Avant même qu’il ne sache qu’il y a un monde, l’homme pense, sent, éprouve. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’il se pose la question de savoir s’il y a un monde en dehors de lui-même, et si oui, ce qu’il peut en savoir. Cela signifie que le monde est en fait plus hypothétique que sa propre conscience, qui elle s’impose a priori. À l’inverse, l’homme peut aussi se dire que le monde est une certitude qui s’impose, et que par conséquent c’est sa conscience qui est hypothétique.

Finalement c’est la question de la conscience humaine qui fonde le débat sur  le déterminisme.  Mais comme c’est à la conscience de décider elle-même si elle existe ou n’existe pas, nous sommes confrontés à une impasse à la fois logique et tautologique.

[1] Philosophe grec mort en 370 av. J.-C.

[2] L’Éthique, Spinoza

[3] Philosophe des sciences d’origine juive, né en Autriche et mort en 1994 à Londres.

[4] « Of Clouds and Clocks », Karl Popper, 1966.

[5] Leibowitz, Entretiens à propos des Huit Chapitres de Maïmonide.

[6] Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme.

[7] Yuval Harari, Une brève histoire du futur, Albin Michel, 2015.

Le darwinisme selon Yeshayahu Leibowitz

Le darwinisme est la théorie de l’évolution du vivant telle qu’elle a été développée au 19ème siècle par le naturaliste et paléontologue Charles Darwin. Depuis cette théorisation initiale elle a connu des variantes, mais a fini par être adoptée par la quasi-totalité de la communauté scientifique sous la forme du néo-darwinisme.

Le chapitre traitant du darwinisme dans l’Encyclopédie Hébraïque[1] est de la main de Yeshayahu Leibowitz[2], tout comme la préface de « De l’origine des espèces »  de Darwin dans la version hébraïque. A la question « croyez-vous au darwinisme ? » Leibowitz répondait « Ce n’est pas que je croie à l’évolutionnisme, c’est que je le sais, exactement comme je sais qu’il y a un continent australien bien que je ne l’aie jamais vu[3] ».  

Chaque individu au sein d’une même espèce peut différer l’un de l’autre par la couleur, la structure, la physiologie, le comportement ou d’autres propriétés. Cette différenciation est particulièrement frappante chez les espèces sexuées, ou il n’y pas d’individus identiques sauf  chez les jumeaux monozygotes. C’est en sélectionnant les caractères héréditaires d’animaux domestiques et de végétaux de culture que les agriculteurs ont réussi à façonner leurs produits de manière à ce qu’ils correspondent à leurs exigences. Les chiens, par exemple, sont tous de la même espèce malgré les différences notables qui existent entre un pékinois et un Saint Bernard. C’est ainsi que Darwin est parvenu à déduire une loi de la Nature à partir de l’observation d’une activité humaine.

Dans la Nature les possibilités de reproduction dépassent de loin ce qui est nécessaire à la survie de l’espèce. Cependant les conditions d’explosion démographique sont rarement réunies parce que quand la nourriture ou l’espace vient à manquer, ce sont les individus les plus aptes à survivre qui l’emportent. Par exemple, des lapins surpris par un renard s’enfuiront dès son apparition, mais les plus lents seront rattrapés et dévorés. Leur lenteur relative ne sera donc pas transmise génétiquement, ce qui fait qu’au fil des générations les renards auront contribué à ce que les lapins courent de plus en vite, ce qui en retour peut affecter les renards eux-mêmes. C’est un des points de départ de la théorie de la « sélection naturelle ». Mais à partir de là le darwinisme a suscité des questions de plus en plus complexes, comme la mutation d’une espèce en une nouvelle espèce ou autres phénomènes biologiques telles que la question de savoir si des caractéristiques acquises peuvent être génétiquement transmissibles.

L’évolution des espèces est un fait qu’aucun biologiste ne peut ignorer. Des formes de vie d’aujourd’hui n’existaient pas naguère, et des formes de vie qui ont existé il y longtemps n’existent plus aujourd’hui. C’est une certitude. Cependant les théories évolutionnistes demeurent problématiques parce que nous ne comprenons toujours pas comment cela fonctionne au niveau génétique, et peut-être même que nous ne le comprendrons jamais si cela ressort de l’énigme de la vie elle-même.

Certains lycées n’incluent pas le darwinisme dans l’étude de la biologie, de la zoologie et de la botanique parce que des preneurs de décision du monde rabbinique  y voient une hérésie, bien que la documentation sur le darwinisme figure parmi les manuels scolaires. Cette situation est intolérable, parce qu’extraire de l’enseignement une matière aussi essentielle que la théorie de l’évolution est une tromperie et un outrage à l’institution scolaire.  Il est vrai que le darwinisme est une science qui a encore du chemin à parcourir, mais c’est à l’enseignant d’éclairer les élèves à propos de questions non résolues et aussi de les mettre en garde contre certaines déductions pseudo-philosophiques dérivées du darwinisme.

Mais se défiler ou faire silence à propos d’acquis scientifiques quels qu’ils soient relève de paresse intellectuelle et de bêtise. Cette attitude est nuisible au l’institution religieuse elle-même, parce qu’elle expose ses établissements à la risée. Cela risque de se retourner contre eux parce qu’il ne fait pas de doute que les élèves auront tôt ou tard accès aux sources en question, et qu’ils finiront par penser que la religion tente d’occulter ou de contrer la recherche scientifique. En plus il s’agit probablement d’une infraction au programme du Ministère de l’Education, qui exige d’inclure la théorie de l’évolution dans les examens de biologie[4].

 

[1] L’Encyclopédie universelle et hébraïque dont Yeshayahu Leibowitz a été le rédacteur en chef pendant vingt ans et a dirigé les 11 premiers tomes.

[2] Décédé en 1994.  Professeur de biochimie, philosophie, neuropsychologie, chimie organique et neurologie, moraliste et érudit de la pensée juive.

[3] Leibowitz lors d’une interview avec le journal Yediot Aharonot en 1993

[4] Extrait d’une lettre de Leibowitz au Ministère de l’Education.

Le hasard existe-t-il ?

Le hasard n’existe pasMême en physique quantique l’imprévisibilité des particules est contestée par certains physiciens[1] en ce sens qu’ils estiment que leur état semble aléatoire uniquement parce qu’il nous manque des paramètres, et que quand bien même nous exclurions cette hypothèse il se pourrait qu’il y en ait dont nous ignorons l’existence et qui échappent à l’expérimentation.

Un thème qui revient de manière récurrente dans les échanges entre scientifiques à propos du hasard est celui de l’ignorance des causes de ce qui arrive, ce qui les emmènent à définir le hasard comme processus  aléatoire. Selon cette définition l’on peut certes diminuer les incertitudes  dans une certaine mesure (améliorer par exemple les prévisions météorologiques), mais les causes profondes étant sans liens apparents et infiniment multiples il faut renoncer à en faire le tour.

Cette incertitude devient alors dans le langage courant synonyme de hasard, ce qui est en fait un abus de langage. En effet, même si les causes sont impossibles  à saisir ou même à théoriser, il n’en reste pas moins que ce sont des causes, et partant l’on ne peut qu’en déduire que rien n’aurait pu se produire autrement que ce qui s’est produit. Il ne s’agit donc pas de hasard. Dans ces conditions le monde serait totalement déterminé, et il n’y aurait pas de hasard, mais seulement une  inaptitude humaine à appréhender la globalité des causes.

Si la volonté humaine n’était qu’un effet de la causalité globale tout comme le mouvement des astres, alors nous pourrions trancher dans le sens du déterminisme de Spinoza. Mais selon Yeshayahu Leibowitz [2], la volonté humaine n’est pas l’effet d’une cause. Cette volonté est sans lien avec le monde et est détachée de tout. Du point de vue sémantique, vouloir est l’antithèse de déduire et ne répond à aucune logique. C’est cette aptitude singulière qui permet le libre arbitre.

Si l’on oppose le libre arbitre au déterminisme intégral, alors le postulat de Spinoza s’écroule. Si la volonté humaine est non-contingente comme l’enseigne Leibowitz, alors elle constitue bien une cause, mais pour le coup il s’agit d’une cause imprévisible par définition.

Cela signifie que dans ce cas il y aurait quelque chose d’interférant dans le cours de la Nature sous l’impulsion de la volonté humaine. En d’autres mots, qu’il y aurait deux mondes : celui de la matière régie par les lois de la Nature, et celui de l’esprit qui agirait sur cette même Nature, phénomène inconnaissable  mais qu’il serait justifié de qualifier de hasard du fait qu’il serait sans cause. Cela correspondrait  à l’intuition de la Torah comme quoi l’homme serait à l’image de Dieu, c’est à-dire cause de soi-même.

Nonobstant Spinoza, la nature humaine  est ainsi faite que la question du déterminisme ne peut avoir de réponse philosophique, parce que le simple fait que l’homme se pose cette question est en soi une réfutation du déterminisme intégral.

Dès lors que l’homme pense avoir une conscience, il ne peut faire autrement que de se penser libre. Et s’il est libre il a un effet sur le monde. Et s’il a un effet sur le monde c’est que le hasard existe.

[1] Einstein, entre autres.

[2] Penseur du judaïsme, philosophe et scientifique.

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A écouter sur France Culture: causerie sur le hasard menée par  le physicien Etienne Klein.

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