Il ne faut pas pardonner au juge Goldstone

On ne peut que saluer la rétractation publique du juge Richard Goldstone dans une tribune publiée le 1er avril 2011 dans le Washington Post, où il revient sur les principales conclusions du rapport de la Mission d’enquête des Nations unies sur le conflit de Gaza, qu’il avait présidée en 2009. Ce rapport, commandité par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, accusait notamment Israël d’avoir délibérément visé des civils palestiniens pendant l’opération « Plomb durci » (27 décembre 2008 – 18 janvier 2009)【1】.

Pour mémoire, cette opération militaire visait à faire cesser les tirs incessants de roquettes lancées par le Hamas et d’autres factions armées depuis la bande de Gaza vers les localités du sud d’Israël, notamment Sdérot, Ashkelon et Beer Sheva. Plus de 8000 roquettes et obus avaient été tirés depuis 2001【2】, contraignant plus d’un million de civils israéliens à vivre sous alerte permanente, au rythme des sirènes et des abris anti-aériens.

Israël, à travers « Plomb durci », exerçait son droit souverain à la légitime défense, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies. L’armée israélienne est intervenue au sol dans la bande de Gaza pour neutraliser les infrastructures du Hamas, tout en mettant en œuvre des moyens considérables pour limiter les dommages collatéraux : appels téléphoniques, tracts, frappes préventives de toits (« knock on the roof ») et systèmes d’évacuation des civils【3】. Dans les cas où des pertes civiles ont été constatées, l’armée a systématiquement ouvert des enquêtes internes, plusieurs ayant abouti à des sanctions disciplinaires ou à des poursuites【4】.

Dans son mea culpa, le juge Goldstone écrit : « Si j’avais su alors ce que je sais maintenant, le rapport Goldstone aurait été un document différent »【5】. Il admet notamment que les enquêtes israéliennes ont montré que les civils n’étaient pas des cibles intentionnelles, contrairement aux accusations initiales du rapport. En revanche, souligne-t-il, « le Hamas n’a rien fait pour enquêter sur ses propres crimes, et poursuit les attaques délibérées contre des civils israéliens »【6】.

Il est important de souligner que les tirs de roquettes par le Hamas constituent des violations  du droit international humanitaire, en particulier des Conventions de Genève et de leurs Protocoles additionnels, qui interdisent de viser des civils. Le Hamas a d’ailleurs toujours revendiqué la légitimité de ces tirs contre Israël, ne cachant pas son intention d’atteindre les populations civiles【7】.

Chacun peut se tromper, fût-ce gravement, et certains égarements peuvent être pardonnés à titre personnel — à condition qu’ils soient suivis d’actes réparateurs. Le juge Goldstone, à ce jour, n’a pas entrepris de démarche concrète pour réparer les conséquences internationales désastreuses de son rapport, largement instrumentalisé par des campagnes antisionistes dans les enceintes internationales, notamment par l’OCI (Organisation de la coopération islamique) et des ONG hostiles à Israël.

En tant que figure publique, Richard Goldstone demeure comptable des fautes méthodologiques de sa mission. Il a accepté de présider une commission dont le mandat initial — imposé par la résolution S-9/1 du Conseil des droits de l’homme — présupposait la culpabilité d’Israël sans mentionner les attaques du Hamas【8】. Il est revenu sur ce mandat, mais trop tard, et le rapport final est resté marqué par un déséquilibre structurel. Son aveu, dans le Washington Post, d’avoir jugé sans connaître tous les faits, confirme a posteriori l’iniquité de la démarche.

L’Analyse critique du rapport Goldstone, publiée en 2010 dans la revue Controverses (n°14), avait dès l’origine mis en lumière les failles fondamentales de ce document : partialité du mandat, non-prise en compte du contexte sécuritaire, absence d’expertise militaire, négligence méthodologique, relativisation de la violence du Hamas et exploitation politique du rapport par des États non démocratiques【9】.

Ne pas pardonner au juge Goldstone en tant que personne publique signifie refuser qu’il exerce à nouveau une autorité dans le domaine du droit international humanitaire. Le précédent qu’il a créé est dangereux pour toutes les démocraties confrontées à des organisations terroristes hybrides — militarisées, soutenues par des États, dissimulées dans des zones civiles densément peuplées — et rendues ainsi difficilement combattables selon les normes classiques de la guerre.

Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer le sort réservé par le Hamas au soldat israélien Guilad Shalit, capturé en juin 2006 et détenu pendant plus de cinq ans sans contact avec l’extérieur, en violation du droit international humanitaire. Ni la Croix-Rouge ni aucun observateur neutre n’a pu lui rendre visite pendant sa captivité. Ce traitement est incompatible avec la moindre conception des droits de l’homme, même minimale.

Par son rapport initial, le juge Goldstone a tenté de délégitimer le droit d’Israël à se défendre contre une organisation terroriste déterminée à sa destruction.

On ne saurait lui pardonner.

Notes

  1. Richard Goldstone, “Reconsidering the Goldstone Report on Israel and war crimes,” Washington Post, 1er avril 2011.
  2. Israel Ministry of Foreign Affairs, “Rocket and mortar fire into Israel,” statistiques officielles (2001–2009).
  3. Amnesty International, “Israel/Gaza: Operation ‘Cast Lead’: 22 Days of Death and Destruction,” juillet 2009, bien que critique, documente certaines méthodes de précaution israéliennes.
  4. IDF Military Advocate General Reports (2010–2011), enquêtes internes publiées.
  5. Goldstone, Washington Post, ibid.
  6. Ibid.
  7. Charte du Hamas, 1988, articles 7, 13 et 15.
  8. Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Résolution S-9/1, janvier 2009.
  9. Revue Controverses, n°14, 2010 : « Analyse critique du rapport Goldstone » (accès : www.controverses.fr).

Translate