Obama ou la vacance du pouvoir

Le Président des Etats-Unis a du pouvoir, mais tout comme dans d’autres démocraties sa marge de manœuvre est limitée par les médias, l’inertie des institutions et la dynamique d’une société complexe et mondialisée. Il est donc difficile pour l’opinion publique de se faire une idée globale du bien-fondé de sa politique intérieure ou extérieure. Reste la perception que l’on acquiert à travers les apparitions, la personnalité et le charisme du Président.

Barack Obama a commis toutes les erreurs imaginables concernant ce qu’il présentait comme sa doctrine lors de sa campagne électorale. Dernièrement il a encore atteint un sommet de dilettantisme en critiquant ouvertement l’agence de cotation qui a réduit la cote de crédit des Etats-Unis et qui a fait baisser Wall Street. Il a étayé son opinion en se référant au milliardaire Warren Buffet qu’il présentait comme omniscient. Cela n’a visiblement pas convaincu les millions américains qui l’écoutaient, parce qu’à peine son allocution terminée les marchés sont repartis à la baisse de plus belle.

La quinzaine précédente Obama avait donné l’image d’un leader aux abois face à la question du plafond de la dette de l’Etat. Il a laissé entendre que son pays, le plus riche et le plus puissant de la planète, pourrait être en cessation de paiement sous peu. L’argument est absurde quand on sait que l’Amérique connaît un régime fiscal clément et qu’elle dispose de moyens et d’outils financiers suffisamment solides pour assurer sa solvabilité, ce qui fait qu’agiter le spectre d’un défaut de paiement est inepte, et relève d’une démagogie digne d’une république bananière.

En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien Obama est parvenu à indisposer à peu-près tous les intéressés. Quand il a commencé à faire ses visites d’Etat il a choisi avant tout d’honorer le Président Moubarak, aujourd’hui considéré comme criminel par son peuple, et de présenter sa vision du conflit israélo-palestinien à l’Université du Caire plutôt qu’à celle de Jérusalem. Lors de son discours il a par ailleurs fait une association d’idées douteuse en énumérant dans un même souffle la Shoah et le problème palestinien. Il a ensuite rendu visite à une série de pays de la région, mais a soigneusement évité Israël, la seule démocratie du Moyen-Orient, le seul pays auquel la nation américaine puisse s’identifier, et son allié le plus sûr.

Obama a rejeté les propositions de Netanyahu concernant le règlement du conflit israélo- palestiniens, mais quand Netanyahu les a réitérés devant les Congrès américain il a été ovationné avec un enthousiasme sans précédent par la totalité des représentants. A la suite de cela Obama s’est retrouvé isolé de son propre parti et s’est empressé d’ajuster le tir en se justifiant d’une manière confuse.

Obama a fait pression sur le gouvernement israélien pour qu’il gèle les constructions en Cisjordanie durant dix mois en échange d’une promesse d’un face-à-face entre Netanyahu et Mahmoud Abbas. Celui-ci a attendu neuf mois avant de se manifester, et cela uniquement pour dire que dix mois ce n’était pas suffisant, déclarant que le Président des Etats-Unis était monté avec lui sur un arbre, et puis qu’Obama en était redescendu tout seul en emportant l’échelle. Ceci dit il faut reconnaître qu’Obama a au moins réussi à démontrer que les implantations israéliennes n’avaient aucun rapport avec le conflit, et qu’arrêter les constructions en Cisjordanie ne servait strictement à rien, puisque que les palestiniens refusaient de négocier autre chose que la liquidation de l’Etat d’Israël.

Obama ne donne jamais l’impression d’avoir une vision, mais plutôt de se laisser porter par les évènements. Cet homme est un technocrate sans inspiration. Il n’est ni utile ni nuisible, mais inexistant.

L’été israélien n’est pas le printemps arabe

Le mouvement social qui se déroule en Israël est paradoxalement la conséquence de sa bonne santé économique. Israël a traversé la crise financière de 2008 mieux que la plupart des pays développés et connaît une croissance vigoureuse depuis plusieurs années. Le chômage est au plus bas, la monnaie parmi les plus solides du monde, les caisses de l’Etat sont remplies et les entreprises tournent à plein rendement. Bien qu’aucun des observateurs traditionnels n’ait prévu le mouvement de protestation, il arrive à point nommé pour les classes moyennes en particulier, qui sentent que le moment est bien choisi pour réclamer plus de justice sociale.

C’est la crise du logement qui a déclenché le mouvement. Les prix de l’immobilier flambent, mais le niveau des salaires est tellement bas que même un couple de diplômés universitaires ne dispose pas de suffisamment de moyens pour acquérir un modeste trois-pièces à crédit. Le coût de la vie ne cesse d’augmenter et les chaines de distribution semblent fixer les prix de manière arbitraire, si bien qu’on a l’impression que la concurrence est absente.

Le style du mouvement est bon enfant, et tout en protestant les manifestants expriment leur attachement au pays, leur joie d’y vivre et leur intention de s’y épanouir. Ce que ce mouvement a de particulier comparé à ce qu’on a l’habitude d’observer dans les pays occidentaux, c’est qu’il n’est dirigé contre personne. Les sondages révèlent que 87 % de la population soutiennent le mouvement. On pourrait penser que dans ces conditions c’est le gouvernement qui est visé, mais ce n’est pas le cas non plus. L’opinion publique est consciente que la cherté de l’immobilier et le pouvoir exorbitant des cartels sont le résultat d’une politique vieille de plusieurs décennies. Qui plus est, le gouvernement est d’accord avec les manifestants, et le Président de L’Etat a reçu une délégation du mouvement pour la féliciter de son initiative et lui exprimer son soutien.

Les manifestants ont installé leurs innombrables tentes en plein Tel-Aviv et dans une douzaine d’autres villes, et campent depuis quelques semaines. Ils sont bien organisés, ont improvisé des tribunes pour les orateurs, mais aussi pour des artistes qui se produisent à titre gracieux. Il y des garderies d’enfants, des cuisines de fortune, des centres de presse, des écrans géants et un courant humain permanent de militants qui interpellent les passants pour leur expliquer leurs revendications. Il n’y aucun signe de violence, et la police n’est visible nulle part. Il y a quelques jours plus de trois-cent mille manifestants ont défilé dans les artères principales de Tel-Aviv sans provoquer le moindre incident.

Ce mouvement éminemment politique n’a aucun lien avec la vie politicienne. Toutes les sensibilités sont présentes, mais aucune ne se manifeste en tant que telle. Bien au contraire, les slogans qui fleurissent dans cette kermesse ont comme point commun de ne se référer à aucune idéologie quelle qu’elle soit.

Certains veulent voir dans ce mouvement une analogie avec les évènements qui agitent le monde arabe. Mais l’été d’Israël est fondamentalement différent du printemps arabe. Il ne s’agit pas ici de revendiquer la démocratie, mais au contraire de l’exercer.