Affaire Livnat : un accident, une disparition

Un accident de la circulation qui aurait pu passer pour banal, n’eût été l’implication de Limor Livnat : ancienne ministre et députée, femme de pouvoir, figure publique rompue à l’exercice des responsabilités.

Un jour, au volant de sa voiture, elle accroche une remorque garée près du trottoir. Ensuite, elle recule brutalement, tant et si bien qu’elle emboutit un véhicule derrière elle et en blesse la conductrice. Livnat redémarre en trombe et se fond dans la circulation. Elle se lance alors dans une course folle, percutant plusieurs autres véhicules, jusqu’à ce que sa propre voiture soit anéantie. Elle ne se donne pas la peine de vérifier l’état des véhicules endommagés, ni de communiquer avec leurs propriétaires.

La conductrice blessée porte plainte le jour même de l’accident, mais l’affaire ne sera révélée par la presse que deux ans plus tard — fait surprenant, compte tenu de la notoriété de Livnat. Les faits donnent lieu à une série d’accusations graves : conduite dangereuse, délit de fuite, blessures par négligence, mise en danger de la vie d’autrui, et non-assistance à personne en danger. Des infractions que la loi ne prend pas à la légère — surtout lorsqu’elles sont commises par une personnalité publique. La procédure se déroule lentement, prudemment, en coulisses. Aux dernières nouvelles, Livnat aspire à un isskat tiyoun — un accord de plaider-coupable.

La victime est infirmière de profession. Gravement blessée à la main, elle a subi des interventions chirurgicales complexes, qui ont échoué à lui rendre une pleine mobilité. Elle souffre de douleurs liées à des séquelles irréversibles, et a été contrainte d’abandonner son travail. Lors d’une interview télévisée, elle a indiqué que Livnat ne l’a jamais contactée depuis l’accident, ni pour s’enquérir de son état, ni pour lui présenter des excuses.

On pourrait voir dans l’attitude de Livnat le symptôme d’un sentiment d’impunité bien ancré dans certaines sphères du pouvoir. Mais cette hypothèse n’élucide pas le mystère de son comportement. Fuir ainsi, à visage découvert, en pleine ville, en plein jour, sous l’œil de témoins et de caméras, demeure incompréhensible pour une personne en possession de ses moyens. Voulait-elle à tout prix éviter qu’on la voie dans un état compromettant ?

Politiquement, cette affaire éclate dans un climat de méfiance généralisée envers les élites. Ce type de scandale est d’autant plus corrosif qu’il touche une ancienne ministre de l’Éducation, chargée naguère de transmettre les valeurs de civisme et de responsabilité aux générations futures. Que reste-t-il de cette fonction symbolique, lorsque celle qui l’a incarnée agit en contradiction flagrante avec les principes les plus élémentaires de la morale publique ? Il ne s’agit plus simplement d’une faute personnelle, mais d’un manquement politique au sens fort, dans ce qu’il révèle du lien brisé entre ceux qui détiennent le pouvoir et le peuple.

Reste enfin la dimension existentielle. Cette affaire révèle la fragilité humaine face à la dissonance entre ce que l’on a été — une personne respectée, visible, crainte peut-être — et ce que l’on est devenu : un individu seul, désemparé, confronté à sa propre faillibilité. La voiture, dans ce récit, devient un double symbolique : instrument de contrôle, de puissance, de vitesse — et soudain, lieu du chaos, de l’impuissance, du désordre intérieur. On ne fuit pas seulement les conséquences : on fuit l’image de soi en train de se disloquer.

 La famine introuvable à Gaza : essai sur une désinformation humanitaire.

Depuis plusieurs mois, une accusation grave circule avec une régularité mécanique : Israël affamerait la population civile de Gaza. Cette accusation, reprise en boucle par des médias occidentaux, relayée sans nuance par des ONG comme Amnesty International, Médecins Sans Frontières, Oxfam ou encore Save the Children, et amplifiée par des agences onusiennes, prétend que l’État hébreu serait coupable de provoquer une famine de masse, voire d’exercer une forme de « génocide par la faim ». Or, lorsqu’on examine les faits, les chiffres, les sources et les mécanismes de cette rhétorique  on découvre non seulement les déformations, mais aussi une stratégie de désinformation, dans laquelle certaines organisations censées défendre le droit humanitaire jouent un rôle de caisse de résonance idéologique. À la pointe de cette critique, la juriste britannique Natasha Hausdorff, membre de UK Lawyers for Israel et spécialiste du droit international, démonte pièce par pièce ce narratif , et révèle comment la machine internationale du mensonge humanitaire s’emploie à fabriquer une réalité de toutes pièces¹.

Tout d’abord, il convient de rappeler que la famine, au sens propre, ne se déclare pas en silence. Une véritable famine — comme celles qui ont frappé l’Éthiopie dans les années 1980 ou le Yémen plus récemment — se traduit par une multiplication rapide des décès dus à la malnutrition sévère, par la présence massive d’enfants décharnés, par la saturation des hôpitaux, par la disparition des stocks alimentaires élémentaires, par des scènes insoutenables que même les journalistes les plus aguerris ne peuvent ignorer. Or, dans le cas de Gaza, malgré les alertes lancées à intervalle régulier depuis l’automne 2023, aucun reportage crédible ne montre une telle situation. Aucun médecin indépendant ne témoigne d’un afflux de cadavres d’enfants morts de faim. Aucune organisation neutre n’a pu produire une enquête sérieuse, fondée sur des données vérifiables, documentant l’apparition d’une famine. On assiste plutôt à une inflation de rapports fondés sur des hypothèses, des extrapolations ou des déclarations anonymes attribuées à des « travailleurs humanitaires sur le terrain ». L’écart entre le discours et les faits, entre le récit et la réalité, est considérable².

Natasha Hausdorff insiste : ce système repose sur une inversion de la charge de la preuve. Ce n’est plus aux accusateurs de démontrer que la famine existe, mais à Israël de prouver qu’elle n’existe pas. Or, cette inversion permet de faire passer des récits pour des faits et des impressions pour des réalités. Plus grave encore, elle s’appuie sur des chiffres produits ou validés par le Hamas lui-même, ou par des agences travaillant en collaboration avec lui. Le ministère de la santé du Hamas, qui contrôle l’ensemble de la chaîne de l’information à Gaza, fournit des bilans quotidiens qui sont acceptés sans la moindre vérification critique par les Nations unies, puis repris tels quels par les médias³. C’est un circuit fermé, dans lequel des données invérifiables deviennent des vérités officielles. La déclaration de la FAO et de l’UNICEF en mars 2024, qui évoquait la mort par faim de plusieurs enfants dans le nord de Gaza, en est un exemple frappant : ni les noms, ni les lieux, ni les causes médicales de ces décès n’ont été confirmés⁴. Et lorsque l’on demande des précisions, les agences se retranchent derrière « le manque d’accès humanitaire » — qui leur permet de parler sans jamais avoir à prouver.

Pourtant, ce manque d’accès n’est pas du fait d’Israël. Chaque jour, des centaines de camions d’aide humanitaire sont autorisés à entrer dans Gaza par les points de passage de Kerem Shalom et Rafah. Israël travaille en coordination avec les États-Unis, l’Égypte, les Émirats arabes unis et d’autres acteurs régionaux pour acheminer des vivres, du carburant, des médicaments, de l’eau potable, du lait infantile. Ce que les ONG ne disent pas, c’est que cette aide est détournée, accaparée ou même revendue par le Hamas⁵. Plusieurs journalistes arabes, y compris du monde musulman, ont documenté l’existence d’un marché noir du pain, du riz et du sucre, organisé par les hommes de main du Hamas⁶. Des entrepôts pleins à ras bords sont parfois découverts à quelques centaines de mètres seulement de zones prétendument affamées. Hausdorff note que le Hamas a intérêt à maintenir un niveau élevé de souffrance visible : il s’agit d’un levier de pression politique et médiatique sur Israël. Le peuple de Gaza est ainsi pris en otage par ceux qui prétendent le représenter. La véritable stratégie de la famine, c’est le Hamas qui l’exerce contre sa propre population, en créant artificiellement des pénuries.

Il faut d’ailleurs ajouter un élément essentiel, occulté par les accusations médiatiques : même dans les périodes où Israël a suspendu ou réduit le flux de l’aide humanitaire — notamment pour des raisons de sécurité, à la suite d’attaques contre ses propres convois ou infrastructures — cette suspension n’a jamais provoqué de rupture d’approvisionnement pour la population civile. Et pour cause : les mois précédents avaient vu passer des milliers de camions chargés de vivres, de farine, de denrées non périssables et de matériel médical. Les quantités livrées dépassaient largement les besoins quotidiens de la population. De nombreuses sources, y compris américaines, ont confirmé que ces livraisons massives ont permis de constituer des stocks importants, entreposés par le Hamas dans des hangars sécurisés — non pas pour les distribuer à la population, mais pour les écouler au compte-goutte, dans un marché contrôlé par l’organisation⁷. L’existence de ces réserves démontre que la soi-disant famine ne résulte pas d’une disette, mais d’une gestion criminelle de l’aide par une entité terroriste qui instrumentalise la faim pour renforcer son contrôle.

Il serait naïf de croire que ces dérives sont purement techniques ou qu’elles relèvent de l’improvisation conjoncturelle. Ce qui se joue ici est plus profond : une configuration idéologique, fondée sur des archétypes anciens, où l’on retrouve la vieille figure du Juif affameur, cruel, sans pitié, accusé de s’enrichir ou de se nourrir sur la souffrance des innocents. Les accusations de famine provoquée par Israël s’inscrivent dans cette continuité symbolique. Elles réveillent les mythes médiévaux du meurtre rituel, selon lesquels les Juifs tuaient des enfants chrétiens pour en recueillir le sang, prétendument utilisé dans la fabrication du pain azyme. Ce fantasme, répandu en Europe dès le XIIe siècle, a justifié d’innombrables pogroms. Aujourd’hui, il ressurgit sous une forme actualisée: on ne parle plus de sang dans le pain, mais de malnutrition, de bébés palestiniens affamés, d’enfants privés de lait par la faute d’Israël.

Cette rhétorique s’active dans les profondeurs d’un imaginaire collectif où le Juif est l’oppresseur même quand il est attaqué. Dans ce dispositif, les ONG prétendument neutres jouent un rôle central. Certaines d’entre elles, comme Amnesty International, ont des biais persistants contre Israël, font silence sur les crimes du Hamas et rechignent à nommer le terrorisme islamiste pour ce qu’il est. L’UNRWA est allée plus loin encore en intégrant dans ses rangs des collaborateurs du Hamas, et en conservant dans ses écoles des manuels niant l’existence d’Israël et glorifiant la « résistance armée »¹¹. L’indignation sélective dont ces institutions font preuve — promptes à dénoncer une famine imaginaire, mais silencieuses sur les otages israéliens, sur les viols du 7 octobre ou sur la terreur imposée par le Hamas à sa propre population — en dit long sur la nature idéologique du système.

Cette attitude relève d’une forme de préjugé moral structurel. Dans la nouvelle grammaire des droits de l’homme, Israël est le seul État juif au monde, donc le seul coupable possible, et les Palestiniens, en tant que peuple perçu comme opprimé, ont tous les droits. C’est pourquoi le récit de la « famine à Gaza » séduit de chancelleries, d’universitaires, d’activistes : il permet de rejouer, dans un langage contemporain, un vieux scénario accusatoire, qui inverse les rôles et fait des descendants des persécutés les nouveaux bourreaux. Il s’agit là  d’un ressort idéologique puissant, qui dépasse les frontières politiques et qui contamine le discours humanitaire lui-même.

Il est d’ailleurs significatif que les accusations de famine s’accompagnent, de plus en plus souvent, d’un usage abusif du mot « génocide ». Or, là encore, il s’agit d’une inversion intégrale des responsabilités. Le seul génocide avéré dans cette séquence de guerre est celui que le Hamas a tenté de déclencher le 7 octobre 2023 : massacre méthodique de civils, viols collectifs, incendies, meurtres de masse à l’arme blanche, assassinat d’enfants, prise d’otages. Ces crimes relèvent explicitement de la définition du génocide telle que formulée par la Convention de 1948. Et pourtant, dans un renversement moral vertigineux, c’est l’État attaqué, Israël, qui se trouve accusé d’extermination.

Mais l’instrumentalisation du mot « génocide » ne repose pas uniquement sur la falsification des intentions ; elle s’appuie aussi sur une fabrication délibérée de la souffrance. En organisant la pénurie alimentaire, en accaparant les stocks, en empêchant les livraisons, en attaquant les convois, le Hamas participe activement à une stratégie de famine dirigée contre sa propre population, dans le but explicite de nourrir la machine accusatoire. Il ne cherche pas à sauver des vies à Gaza, mais à en sacrifier suffisamment pour construire un récit d’extermination. Le génocide dont il est question n’est pas commis par Israël contre les Gazaouis, mais bien par le Hamas contre les Gazaouis, pour faire condamner Israël aux yeux du monde.

Ce n’est pas nier les souffrances des gazaouis que de dénoncer ce mensonge. C’est au contraire leur rendre justice que de refuser que leur misère soit exploitée à des fins idéologiques. La compassion ne doit pas aveugler le jugement. En reprenant à leur compte des récits non vérifiés, certains journalistes, diplomates et responsables humanitaires deviennent les relais d’une guerre de l’information qui vise moins à soulager les victimes qu’à désigner un coupable commode. Israël, dans cette mise en scène, est sommé de répondre non à ce qu’il fait, mais à ce que l’on dit qu’il fait.

Le courage de figures comme Natasha Hausdorff consiste à briser ce consensus de façade. En rappelant le droit, en exigeant des preuves, en appelant à la lucidité face aux distorsions de langage, elle remet de la rationalité dans un débat saturé d’émotion. Accuser Israël de provoquer une famine, sans documents ni constatations sur le terrain, revient à faire de l’accusation elle-même un instrument de guerre. Cette guerre ne se joue pas seulement sur les champs de bataille : elle se joue aussi dans les têtes, dans les forums internationaux, dans les colonnes des journaux. Et c’est une guerre où les mots, plus que les armes, peuvent tuer une légitimité.

Notes

  1. GB News, Natasha Hausdorff, 18 mars 2024 : « There is no famine in Gaza, the narrative is a lie. »
  2. Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET), rapport d’avril 2024.
  3. NGO Monitor, mars 2024 : « Hamas Health Ministry Data Unverifiable and Unreliable ».
  4. FAO–UNICEF–WFP, communiqué du 18 mars 2024.
  5. Coordination of Government Activities in the Territories (COGAT) : https://www.cogat.mod.gov.il
  6. Sky News Arabia, reportage du 4 avril 2024.
  7. The Jewish Chronicle, Natasha Hausdorff, 26 mars 2024 ; USAID, rapport d’avril 2024.
  8. UN Watch, rapport de février 2022 sur Amnesty.
  9. Philippe Karsenty, dossier Al-Dura, 2000–2008.
  10. Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, août 2014.
  11. Center for Near East Policy Research, janvier 2024 ; Wall Street Journal, 29 janvier 2024.

Quand la presse se prend pour l’opposition

Dans le paysage politique israélien, les relations entre les médias, le pouvoir judiciaire et le Premier ministre Benjamin Netanyahu constituent un objet d’analyse révélateur des tensions qui traversent la démocratie israélienne. Depuis plusieurs années, une large partie de la presse semble engagée dans une couverture particulièrement critique du chef du gouvernement, en insistant sur les enquêtes judiciaires en cours à son encontre. L’argument fréquemment avancé est que ces procédures compromettent sa capacité à gouverner, et qu’il conviendrait, dans l’intérêt des institutions, qu’il se retire.

Mais derrière ce discours se dessine une stratégie politique plus large. En l’absence d’une majorité électorale stable pour le renverser par les voies traditionnelles du suffrage, certains de ses opposants investissent l’arène judiciaire comme substitut à la défaite dans les urnes. Cela se traduit par une attention constante portée à sa vie publique et privée, dans le but explicite de trouver matière à lancer de nouvelles investigations. Une fois celles-ci engagées, leur traitement médiatique amplifie la pression, créant un climat propice à la délégitimation.

Les journalistes engagés dans cette dynamique soutiennent généralement qu’ils se contentent d’exercer leur rôle d’informateurs. Or, dans certains cas, les mêmes acteurs semblent à l’origine des révélations qui déclenchent les enquêtes, avant d’en orchestrer la médiatisation. Cela pose la question du chevauchement entre information, influence et initiative judiciaire — un glissement problématique dans une démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs.

Le rôle de la justice elle-même n’échappe pas à la critique : les fuites issues des procédures en cours sont fréquentes, relayées en temps réel dans les médias, ce qui alimente une perception d’hostilité coordonnée, voire de connivence. Cette synchronisation entre certaines sphères médiatiques et judiciaires donne l’impression qu’un objectif politique — l’éviction du Premier ministre — pourrait être poursuivi par des moyens extra-électoraux.

Il ne s’agit pas de nier que des procédures judiciaires puissent affecter la légitimité d’un dirigeant en exercice, ni que la presse doive se taire face à des soupçons fondés. Mais il convient de rappeler qu’une enquête ne constitue ni une preuve ni un jugement. Subordonner le mandat d’un élu au simple fait qu’il soit l’objet d’investigations reviendrait à fragiliser dangereusement le principe de souveraineté populaire. La démocratie suppose que ce soit le peuple — et non les médias ni les juges — qui décide de la légitimité d’un gouvernement, sauf condamnation judiciaire formelle.

La séquence politique récente en Israël montre que la pression médiatique exercée sur Netanyahu atteint parfois des niveaux difficilement justifiables. Certaines critiques ne portent plus sur ses actes, mais sur ceux de personnes de son entourage. L’idée même d’une présomption d’innocence semble parfois remise en question : un député a pu récemment affirmer que le Premier ministre devait être présumé coupable jusqu’à preuve du contraire — un renversement préoccupant des principes fondamentaux du droit.

Ce climat de polarisation extrême a paradoxalement pu renforcer Netanyahu auprès d’une partie de l’opinion, qui voit en lui la cible d’un système médiatico-judiciaire agissant en dehors du cadre démocratique. Lors des dernières élections, malgré l’hostilité manifeste d’une majorité de titres de presse, une partie significative de l’électorat a renouvelé sa confiance au Premier ministre, exprimant peut-être aussi, à travers lui, une défiance envers certaines élites médiatiques.

Ce phénomène invite à une réflexion plus large : comment garantir à la fois la liberté de la presse, l’indépendance de la justice et la souveraineté du suffrage populaire, sans que l’un ne prenne le pas de manière déstabilisante sur les autres ?

L’AFP ou la culture du mensonge

Il y a une semaine, par une belle soirée d’été, deux terroristes abattaient froidement de paisibles citadins venus prendre l’air sur des terrasses de café à Tel-Aviv. l’Agence France Presse (AFP), reprise par la quasi-totalité des médias français, relataient la tragédie  au moyen d’une dépêche que chacun qui s’intéresse au conflit israélo-palestinien devrait apprendre par cœur. Ce cas d’école de la propagande anti-israélienne est une fascinante illustration de la collaboration entre certains médias et les ennemis d’Israël. En voici la teneur:

Tel-Aviv : une fusillade près du QG de l’armée fait quatre morts.

Quatre personnes ont été tuées mercredi 8 juin dans une fusillade en face du ministère de la Défense et le QG de l’armée israélienne à Tel-Aviv. Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café, la police locale parlant d’une “attaque terroriste”.

En analysant ce texte mot à mot il est facile d’en discerner la malveillance. Ce tissu de contrevérités et de fabrications démontre sans aucun doute possible l’intention de l’AFP de nuire à Israël.

Une fusillade: Ce n’était pas une fusillade, mais une mise à mort délibérée de civils innocents. En qualifiant ce massacre de “fusillade” L’AFP escomptait  que le lecteur se le représente comme un tir croisé entre camps ennemis. En réalité il n’y a eu là nulle fusillade, mais bien des tueurs déterminés à massacrer un maximum de badauds à bout portant.

Près du QG de l’armée: Les menteurs de service de l’AFP caractérisaient l’incident comme acte de guerre en insinuant que c’était le QG l’Armée qui était visé. En fait ce QG n’avait rien à voir avec cette affaire, et les meurtriers ne s’y sont intéressés à aucun moment. Toutes les vidéos montrent que dès leur arrivée dans le secteur ils se sont dirigés d’un pas ferme vers les terrasses de café.

Quatre personnes ont été tuées. L’AFP voulait faire accroire que les victimes étaient des dommages collatéraux, puisque la dépêche dépeignait le bain de sang comme un affrontement entre palestiniens et la puissante armée israélienne.

 Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café: L’AFP voulait donner l’impression que cet épisode était un dénouement regrettable d’une bataille qui aurait débordé sur des civils alors que la cible initiale était militaire.

La police locale parlant d’une “attaque terroriste”: En mettant le vocable “attaque terroriste” entre guillemets l’AFP signalait qu’elle ne considérait pas cette information comme digne de foi. En réalité le Shabak (Services de Sécurité Intérieure) a immédiatement et formellement identifié les tireurs  comme étant des islamistes venus sur place avec pour seul objectif d’assassiner des Juifs.

En fait il se peut que l’AFP ne cherche peut-être que le bien d’Israël en nous faisant partager sa vision du conflit avec les palestiniens.  La moindre des choses est donc de lui rendre la politesse en lui expliquant comment mettre fin au terrorisme en France:  Il suffirait d’interdire aux femmes de voter, de lapider les homosexuels, de fermer les théâtres, de museler la presse, d’abroger la loi sur la laïcité et de laisser l’Iran exterminer Israël, et tout ira bien.

La France après Charlie-Hebdo

Au cours d’un sublime assaut, de valeureux moudjahidines [1] sont venus à bout des infidèles de Charlie- Hebdo retranchés dans leurs bureaux et armés de crayons, de feutres et de planches à dessiner.

Quarante-huit heures plus tard, d’autres moudjahidines se sont retrouvés piégés dans une superette casher sous la menace d’un bébé juif qui les tenait en respect.

Le tout s’est bien terminé pour un de ces dévots d’Allah, qui après avoir noyé quatre Juifs dans un bain de sang a lâchement été abattu par des commandos de la République. Il coule désormais des jours heureux au Paradis des guerriers du Coran.

Bien que ces intrépides résistants aient atteint leurs objectifs, Le MDF (Mouvement Djihadiste de France) s’apprête à porter plainte auprès de la Cour Internationale de Justice à La Haye.

Leurs dirigeants estiment en effet que la France s’en est prise aux guérilleros islamistes en les traquant de manière disproportionnée, en violation flagrante de la Convention de Genève relative aux lois de la guerre.

Le Ministre de l’intérieur a mobilisé des dizaines de milliers d’hommes équipés d’engins de mort, et lancé des véhicules blindés contre une poignée de héros ne se réclamant en tout et pour tout que de la Guerre Sainte. Pour mémoire, tout ce que l’on peut leur reprocher c’est de vouloir couper la tête à ceux qui ont une vision du monde différente de la leur.

Les responsables israéliens estiment qu’il est du devoir du monde libre d’intervenir. L’opinion publique israélienne presse en effet les autorités de Jérusalem d’alerter le Conseil de Sécurité de l’ONU et de soumettre une résolution autorisant l’envoi en France d’une force d’interposition entre les Djihadistes de Paris et la soldatesque française dont la brutalité dépasse l’imagination, que certains commentateurs n’hésitent pas à qualifier de nazis.

Les mots d’ordres du collectif  EFCO (En Finir avec la Civilisation Occidentale) préviennent que si la police s’avise de les empêcher d’exercer leur droit de terroriser ceux qui ne pensent pas comme eux, ils proclameront l’indépendance de la République Cynique de France et de Bagarre avec pour capitale Banlieue-les-Poubelles.

Une série de nations ont d’ores et déjà promis leur soutien à l’Etat islamique de France. Parmi ceux-ci la Talibanie, le Hamastan, le Royaume du Politiquement Correct et la République d’Ecologie, sans oublier le Gouvernement en Exil des Nostalgiques de Staline, avec à sa tête Don Quichotte de la Mélenchon.

Des personnalités israéliennes de premier plan font sous couvert d’anonymat part de leur inquiétude concernant la violation des droits des salafistes [2] de France. Il semble que dans divers endroits de la métropole  les forces de l’ordre tentent d’empêcher ces paisibles adeptes de l’islam radical d’appliquer la Charia.

Des sources proches du ministre israélien des Affaires étrangères rapportent que celui-ci aurait exprimé à son homologue français sa préoccupation concernant le comportement des autorités françaises.

Il lui aurait reproché d’avoir perdu toute empathie envers les ennemis de la France et l’aurait exhorté à faire un compromis historique avec la FICT (Fédération Islamiste des Coupeurs de Têtes).

Vivement ému par la sauvagerie des forces de l’ordre françaises, le Parlement israélien a décider de faire passer en urgence une loi permettant à tout djihadiste français de porter plainte à la Cour Suprême d’Israël.

Dès que la nouvelle a été connue, de nombreuses personnalités françaises ont annulé des voyages hors de l’Hexagone par crainte d’être exposés à des mandats d’arrêts internationaux émis par des tribunaux israéliens.

Israël est un ami traditionnel de la France, mais cette amitié ne doit pas tolérer une répression disproportionnée contre une poignée d’islamistes dont la seule aspiration est d’éliminer tout ce qui ne lui ressemble pas et de rendre caduque la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

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[1] Combattants d’une armée islamiste

[2] Mouvement musulman fondamentaliste

La leçon de Dieudonné

L’humoriste Dieudonné a fait de l’antisémitisme son fonds de commerce. Cela soulève l’indignation des uns et l’enthousiasme des autres, mais laisse de moins en moins de monde indifférent, ce qui de son point de vue constitue un succès. Il est vrai que la justice donne suite aux plaintes dont il fait l’objet et que les autorités condamnent ses propos racistes, mais dans une démocratie il y a peu d’instruments juridiques susceptibles de faire barrage à la mauvaise foi de quelqu’un qui abuse de la liberté d’expression. Le résultat est qu’alors qu’il apparaît que les amendes infligées à Dieudonné n’ont  jamais été acquittées, chacun de ses passages au tribunal constitue une publicité plus efficace que n’importe quelle campagne de relations publiques.

Quand il s’agit de réagir à l’infamie de Dieudonné on est confronté à un dilemme: faut-il la dénoncer, ou faut-il au contraire l’ignorer afin de ne pas servir de caisse de résonnance. Les institutions qui lui font procès sont bien entendu dans leur rôle, mais il est illusoire de penser que c’est un moyen de le faire taire. Et quand bien même elles y réussiraient, nul doute qu’un autre Dieudonné prendrait le relais pour exploiter le filon de la haine antijuive.

Le problème n’est donc pas Dieudonné, mais l’antisémitisme, et ce serait faire trop d’honneur à cet individu que de lui attribuer le moindre rôle dans sa résurgence. Tout au plus fait-il la démonstration que l’antisémitisme se porte bien, et qu’une partie non négligeable de la société n’y voit aucun mal. Le public qui le soutient n’est ni marginal ni insignifiant; il est au contraire très signifiant, parce que ce sont les enfants spirituels des meutes qui stigmatisaient les juifs lors de l’affaire Dreyfus.  Dieudonné est donc plutôt un révélateur qu’un prosélyte. Pour dire les chose simplement, il dit peut-être tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Albert Memmi[1] a beaucoup écrit sur la condition juive.  Après la Shoah, et en dépit de la défaite du nazisme, il posait dès les années 1950 un diagnostic cinglant: “L’expérience nous a trop souvent appris  qu’il n’y a pas de risque négligeable pour nous, que tout peut devenir possible. Que tous les non-juifs participent d’une société qui rend invivable la vie du Juif en tant que Juif, oui, cela je le sens et le pense. Etre juif, c’est d’abord ce fait global: c’est d’abord se trouver mis en question, se sentir en permanente accusation, explicite ou implicite, claire ou confuse”.

Homme de gauche et homme de cœur, Albert Memmi avait dans un premier temps pris de la distance par rapport à ses origines, mais pour y revenir plus tard avec force. Après avoir pensé que l’universalisme, le socialisme et la modernité entraîneraient la fin de l’antisémitisme, il finit par conclure que la résolution de la question juive devait trouver une expression plus concrète: “si le Juif ne se reprend pas comme peuple, il restera nécessairement minoritaire et séparé, menacé et périodiquement exterminé. S’il ne se défend pas comme peuple, il restera soumis a la bonne volonté des autres, c’est-à-dire aux fluctuations de leur humeur, plus souvent méchante que bienveillante, condamné à leur servir de souffre-douleur trop commode, d’exutoire à leurs difficultés économiques et politiques, à vivre dans l’ambigüité et la ruse, le déchirement et la peur. II faut maintenant faire un pas de plus, qui me parait s’imposer avec la même évidence : puisqu’un peuple ne saurait, aujourd’hui encore, vivre et se déterminer librement sinon que comme nation, il faut faire des Juifs une nation. En bref, la libération particulière des Juifs s’appelle une libération nationale, et, depuis dix ans cette libération nationale du Juif s’appelle l’Etat d’Israël.”

Dans le même ordre d’idées, Hannah Arendt[2] disait au cours de la deuxième Guerre Mondiale que “quand on est attaqué en tant que Juif c’est en tant que Juif qu’il faut se défendre”. C’est pour cette raison qu’elle rêvait de constituer une armée juive, d’abord pour combattre les nazis, ensuite pour que les juifs se constituent en nation en Europe même, au sein d’une Confédération où la nation juive serait représentée en tant que membre à part entière dans un Parlement Européen. Pour Hannah Arendt le fait d’être juif signifiait d’abord et avant tout une appartenance politique et nationale.

Parallèlement à cette utopie, Hannah Arendt était une sioniste ardente, même si elle participait d’un courant qui ambitionnait de créer un Etat binational judéo-arabe: “les Juifs palestiniens savent ce qu’ils défendent  : leurs champs et leurs arbres, leurs maisons et leurs usines, leurs enfants et leurs femmes. Et il ne fait aucun doute qu’ils appartiennent à cette communauté, car nous sommes là-bas en vertu du droit et non de la tolérance. La Palestine et l’existence d’un foyer national juif constituent le grand espoir et la grande fierté des Juifs dans le monde entier”.

Albert Memmi estimait que la libération du peuple juif devait se faire en Israel et nulle part ailleurs: “la solution nationale découle d’abord d’une nécessite purement sociologique : les Juifs étant ce qu’ils sont, un peuple vivant, dispersé et toujours minoritaire, au milieu des autres, et, d’autre part, la majorité des peuples ne pouvant encore supporter la présence de minorités compactes parmi eux, il faut faire cesser cette relation. Puisqu’il est impossible au Juif de vivre pleinement parmi les autres, il faut ôter Ie Juif du milieu des autres.

Cependant Albert Memmi était conscient qu’Israël ne pouvait être une solution à court terme pour tous les juifs du monde, et qu’une partie d’entre eux seraient longtemps encore tributaires de ces nations qui, bon gré mal gré, les ont accueillis, et souvent adoptés. Les Juifs qui continueraient à habiter en Diaspora devaient donc faire preuve de la loyauté la plus absolue, la plus courtoise et la plus reconnaissante partout où ils étaient, mais en même temps ne jamais perdre de vue que l’objectif ultime était que la présence des Juifs hors de la nation juive doit changer de sens, et que la Diaspora doit cesser d’être une Diaspora.

Il  concluait son analyse en disant “je suis heureux d’avoir appartenu à la génération qui a compris où  se trouvait la libération du peuple juif, et qui l’a entrepriseAux générations suivantes de l’achever. Israël est dorénavant leur affaire. C’est notre seule issue, notre seule carte véritable, et notre dernière chance historique. Tout le reste est diversion. Seule la solution nationale peut exorciser notre figure d’ombre; seul Israël peut nous redonner épaisseur et vie : seule la libération d’un peuple peut fournir une chance véritable à sa culture”.

Les juifs du monde doivent être vigilants par rapport à l’antisémitisme au même titre que pour toute autre forme de racisme, et se comporter en citoyens responsables dans leur pays de résidence. Mais les juifs de la Diaspora spécifiquement menacés en tant que tels doivent avant tout réagir en soutenant Israël, parce que c’est là que se joue leur destin en tant que peuple, et que c’est là que se trouve leur ultime refuge. Ces juifs qui vivent en Diaspora mais qui désirent en même temps préserver le recours éventuel à la “Loi du Retour”[3], ont donc des devoirs envers Israël, parce que quel que soit le dynamisme  des institutions communautaires juives à travers le monde, celles-ci ne seraient plus d’aucun secours si Israël venait à disparaître.

C’est peut-être la meilleure manière de comprendre ce que Dieudonné essaie de nous dire.


[1] Ecrivain juif franco-tunisien. Les citations en italiques sont extraites de “Portrait d’un Juif”

[2] Ecrivaine et professeure de théorie politique. D’origine allemande mais naturalisée américaine après la Deuxième Guerre mondiale.  Les citations en italiques sont extraites de ses “Ecrits Juifs”

[3] Loi israélienne qui permet à chaque juif, à tout moment, de s’établir en Israël et de devenir instantanément citoyen à part entière

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