Israël et les colons de Cisjordanie

L’occupation de la Cisjordanie constitue une impasse éthique et politique pour Israël parce qu’il y a là une population de plusieurs millions d’habitants qui ne sont ni israéliens ni étrangers, mais dont Israël est néanmoins responsable, à la fois moralement et juridiquement.

Israël se veut un Etat Juif et démocratique, or si la Cisjordanie reste indéfiniment sous contrôle israélien cela posera à terme un dilemme lancinant: soit les palestiniens deviennent citoyens israéliens, et alors c’en est fini de l’Etat Juif, soit ils ne le deviennent pas, et alors c’en est fini de l’Etat démocratique.

Israël devra donc finir par se délester de la responsabilité d’administrer le peuple palestinien, et devra convenir avec lui de frontières sûres et reconnues. Ni le caractère juif ni le caractère démocratique de l’Etat d’Israël ne sont pensables sans cette sécurité élémentaire à laquelle tout Etat souverain a droit.

C’est sur base du refus arabe de reconnaître le droit d’Israël à l’existence que fut mise en œuvre la colonisation de la Cisjordanie. Cette politique, initiée par la gauche israélienne et endossée par la droite nationaliste avait pour objectif de modeler Israël de manière à ce que ses frontières fassent sens, celles prévalant avant la Guerre des Six-jours de 1967 n’étant qu’une ligne d’armistice pour contenir les tentatives arabes de rayer Israël de la carte.

Beaucoup d’observateurs, parmi lesquels des amis d’Israël, s’inquiètent de la colonisation rampante de la Cisjordanie et craignent que les faits accomplis sur le terrain ne compromettent les chances d’un règlement. A cela on ne peut qu’opposer que l’Etat d’Israël a démontré à de multiples reprises qu’il était prêt à se replier quand il s’agissait de parier sur l’avenir. Contrairement aux idées reçues, Israël n’a cessé de rétrécir depuis des décennies. Les retraits du Sinaï, du Liban et de Gaza en témoignent.

Quand les responsables politiques israéliens déclarent au plus haut niveau qu’ils sont prêts à faire des concessions douloureuses en échange de la paix, ce n’est pas un vain mot. Leur main tendue ne se résume pas à des discours à la Knesset, au Congrès américain ou à l’ONU.

Il y a plus de dix ans le vice-premier ministre israélien Haïm Ramon avait proposé une loi d’indemnisation visant à rapatrier 80.000 juifs établis au cœur de la Cisjordanie, soit dix fois le nombre que le gouvernement israélien a expulsé de Gaza en 2005. Le plan Ramon consistait aussi à convertir la barrière de séparation entre Israël et la Cisjordanie en frontière définitive avec la Palestine. Les 250.000 colons établis sur 5% du territoire de Cisjordanie à l’Est de la frontière de 1967 seraient intégrés à Israël en échange de l’équivalent en territoires israéliens inhabités. La plupart des quartiers arabes de Jérusalem comptant 200.000 habitants iraient à la Palestine, avec des arrangements spéciaux concernant les lieux saints. Quant aux réfugiés arabes de 1948 et leurs descendants, ils pourraient recommencer une nouvelle vie en Palestine.

Au lieu de cela les leaders palestiniens actuels exigent comme condition préalable aux négociations une évacuation de toutes les colonies de Cisjordanie, sans jamais concéder que celles-ci sont un effet du conflit, et non pas sa cause. Pourtant personne ne peut nier que si les arabes n’avaient pas tenté de liquider Israël il n’y aurait jamais eu la moindre colonie en territoire palestinien.

En conclusion, l’état des lieux de la Palestine s’établit comme suit: un mini-Etat islamique à Gaza sous la botte d’une organisation terroriste, et une Autorité Palestinienne en Cisjordanie qui se dit modérée mais qui ne veut pas entendre parler d’un Etat Juif, et refuse de négocier.

Le partage de la Palestine et la Commission Peel

En 1937 la Palestine était occupée par les britanniques, qui suite au démantèlement de l’Empire Ottoman avait reçu mandat de la Communauté Internationale d’administrer le pays jusqu’à ce qu’il se dote d’institutions qui le rende capable d’accéder à l’indépendance.

Il y avait en Palestine à cette époque quatre cent mille juifs et un million d’arabes. Sous la pression d’une flambée de violence entre les deux communautés, les britanniques formèrent une commission présidée par Lord William Peel, personnalité politique expérimentée, pour la charger d’examiner le conflit et faire des recommandations. Les conclusions de la Commission Peel furent déposées quelques mois plus tard, préconisant le partage de la Palestine en deux Etats, l’un juif et l’autre arabe. Ci-dessous la synthèse de quelques unes des idées maîtresses formulées par la Commission Peel en juillet 1937:

La Communauté Juive de Palestine est une réalité sur le terrain. Cette population a engendré des développements politiques, sociaux et économiques considérables et a permis l’émergence de centres urbains et industriels en Palestine. Les terres cultivées par les juifs étaient essentiellement des dunes ou des marais avant d’être mises en valeur par eux.

Le contraste entre le caractère démocratique et occidental de la Communauté Juive de Palestine comparé à celui de la communauté arabe est frappant. Il ne peut en aucun cas être question de fusion ou d’assimilation entre ces deux cultures. L’écart est énorme de tous points de vue, et continuera à grandir quoi que l’on fasse.

Les systèmes d’éducation juifs et arabes sont très différents. Les juifs ont une Université de grande qualité et les arabes n’en ont pas du tout.

Un conflit incoercible existe entre les deux communautés. Leurs aspirations sont incompatibles. Les arabes rêvent de revivre leur Age d’Or, et les juifs désirent déployer leur savoir-faire dans le cadre d’une souveraineté nationale.

Le Mandat Britannique consistant à administrer concurremment les deux communautés est devenu impossible. Sa mission ne peut être menée à bonne fin tant que le conflit entre juifs et arabes n’est pas réglé.

Les arabes de Palestine pourraient évoluer vers un gouvernement sur le modèle de l’Iraq ou de la Syrie. Les juifs quant à eux sont capables de se gouverner comme n’importe quelle société européenne avancée. Maintenir sous statut de colonie une société démocratique et éduquée telle que la Communauté Juive de Palestine serait irresponsable et malsain.

Le mal est si profond que le seul espoir de pacification entre juifs et arabes repose sur une intervention chirurgicale, c’est-à-dire une partition de la Palestine. Le problème ne peut être résolu en donnant à la fois aux juifs et aux arabes tout ce qu’ils désirent. Chaque communauté devra se satisfaire d’une partie de la Palestine parce qu’il serait injuste d’exiger que les uns soient soumis aux autres.

Le principe de la partition devra être basé sur la réalité démographique du moment. Dans certains cas il sera nécessaire de faire des échanges de territoires, et peut-être des échanges de population.

La partition signifie que chaque côté obtiendra ce qu’il considère comme le plus important, de telle sorte que les uns et les autres pourront se développer conformément à leurs aspirations et traditions. Les arabes pourront interagir d’égal à égal avec leurs pairs du Moyen Orient, et les juifs auront un Etat qui réalisera les espoirs du sionisme.

On ne peut qu’être atterré en constatant à quel point les éléments du conflit israélo-palestinien et ses solutions étaient déjà présents en 1937. Le rapport de la Commission Peel démontre en outre que l’avènement de l’Etat d’Israël est sans rapport avec la Shoah, mais que la Deuxième Guerre Mondiale a au contraire retardé l’avènement de l’Etat d’Israël, dont les institutions étaient prêtes depuis longtemps. Les années 1940-1945 furent un cataclysme qui a mis l’Histoire entre parenthèses, après quoi elle s’est remise en marche.

Les solutions proposées par la Commission Peel étaient toutes proportions gardées proches de celles auxquelles aspire Israël depuis les origines du projet sioniste. Il est terrible de se dire que sans l’intransigeance arabe non seulement le conflit israélo-palestinien aurait pu s’éteindre en 1937, mais qu’Israéliens et palestiniens vivraient aujourd’hui en bonne entente, et que des millions de juifs dont personne ne voulait en Europe auraient échappé aux nazis.

Le rapport Peel n’a rien perdu de son actualité sur le fond. Il n’est pas trop tard pour les principaux intéressés de le lire.

Le peuple juif et le chiffre 1027

Le professeur Dellapergola de l’Université hébraïque de Jérusalem est un chercheur qui étudie depuis de nombreuses années la démographie du peuple juif et sa répartition dans le monde. D’après ses travaux il y aurait à peu près 13.3 millions de juifs, dont six millions en Israël.

Le professeur Dellapergola jouit d’un prestige international. Il s’appuie sur une immense érudition et de nombreuses années de recherches. Nul ne peut contester le sérieux de ce rigoureux universitaire.
Mais comme tout scientifique digne de ce nom, le professeur Dellapergola va peut-être devoir remettre en question ses travaux à la lumière de l’échange de prisonniers récemment effectué entre le Hamas et Israël.

Cette affaire a consisté à libérer au bout de cinq ans de tractations l’otage israélien Guilad Shalit, ceci contre 1027 criminels appartenant à divers groupes terroristes. De nombreuses personnalités à travers le monde se sont félicitées de ce dénouement, jugeant que malgré le déséquilibre apparent de la transaction, Israël aussi bien que le Hamas y trouvait son compte.

La logique de ce compte n’apparait pas de prime abord aux esprits non-avertis, mais il suffit d’y consacrer un peu de réflexion pour y voir plus clair. Au départ du raisonnement il faut poser que la vie de Guilad Shalit vaut selon ses geôliers celle de 1027 protégés du Hamas ou d’autres organisations du même acabit. Il faut donc actualiser le chiffre de 13.3 millions de juifs recensés par le professeur Dellapergola en le multipliant par 1027, ce qui donne 13.659.100.000 âmes. Même en arrondissant vers le bas pour anticiper une marge d’erreur toujours possible, on arrive néanmoins au chiffre impressionnant de treize milliards de juifs à travers le monde.

Partant de la démographie on peut étendre ce raisonnement à la géographie. Strictement parlant la superficie d’Israël équivaut à trois départements français, mais en multipliant cela par 1027 on arrive à 22.667.944 kilomètres carrés, ce qui en fait le plus grand pays de la planète.

Riche de l’enseignement de l’affaire Shalit et au moyen du paramètre emblématique que constitue désormais le chiffre 1027, nous disposons maintenant d’un puissant outil de référence à opposer aux négationnistes impénitents qui campent sur leur incrédulité. Il suffit de leur expliquer que les six millions de victimes juives de la Shoah ne représentaient qu’une infime partie du peuple juif, et qu’il convient donc de remettre les choses en perspective pour comprendre comment un massacre de cette ampleur a été possible.

C’est aussi à la lumière de l’affaire Shalit et du paramètre 1027 que l’on comprend comment il se fait que près d’un prix Nobel sur trois soit attribué à des juifs. En réalité c’est bien la moindre des choses que l’on peut attendre de treize milliards de cerveaux.

Après tout il n’y a rien d’étonnant à ce que le plus ancien peuple du monde soit aussi le plus grand. La question juive, autrefois si énigmatique, est devenue simple à démêler: il suffit à l’avenir de penser à Guilad Shalit et au chiffre 1027.

Israël ou la leçon de solidarité

Le soldat israélien Guilad Shalit a été libéré en échange de 1027 prisonniers palestiniens. Ce dénouement marque le début d’une nouvelle réflexion du côté d’Israël en ce qui concerne l’attitude à adopter à l’avenir en cas de prise d’otage. Certains reprochent au gouvernement de n’avoir pas agi plus vite, arguant que s’il était disposé à payer le prix qu’exigeait le Hamas il aurait pu écourter le calvaire de Guilad Shalit et de ses proches. En réalité le Hamas a assoupli sa position au fil du temps, et il s’agissait surtout pour Israël de se convaincre qu’une opération militaire n’était pas envisageable.

En 1972 un avion de la Sabena était capturé par des terroristes qui avaient réussi à embarquer avec des armes et des explosifs. Une fois l’appareil posé sur le tarmac de l’aéroport de Tel-Aviv, les preneurs d’otages ont exigé la libération d’un grand nombre de terroristes détenus en Israël. Le gouvernement a fait mine d’étudier la question, mais au bout d’une journée éprouvante un commando a donné l’assaut, maîtrisé ou tué les terroristes, et libéré les passagers. Parmi ces commandos, Ehud Barak et Benjamin Netanyahu.

Quatre décennies plus tard les mêmes Netanyahu et Barak font partie du gouvernement qui a décidé de céder au chantage du Hamas. S’ils ont déterminé qu’une opération militaire était trop risquée, cela doit avoir été la mort dans l’âme, mais avec la certitude qu’il n’y avait pas d’autre issue. Personne mieux que ces deux ex-commandos n’étaient à même d’évaluer toutes les options à leur juste mesure.

Le Premier Ministre a hérité le dossier Shalit du gouvernement précédent, qui avait déjà commencé à négocier indirectement avec le Hamas. Il n’était pas tenu de suivre la même ligne, mais s’il la rejetait il condamnait probablement Guilad Shalit à mort du fait que ses geôliers auraient estimé qu’Israël rejetait le principe même de la négociation et préparaient une opération militaire.

Le fait que les preneurs de décision israéliens aient cédé au chantage cette fois-ci ne signifie pas que c’est une politique à laquelle ils sont tenus. Chaque cas nécessite une approche spécifique. Il peut y avoir des prises d’otages en Israël ou à l’étranger, les otages peuvent être civils ou militaires, il peut y avoir une urgence, etc..Il est difficile de déterminer une stratégie qui anticiperait tous les cas de figure.

L’opinion publique israélienne est majoritairement en faveur de la décision de gouvernement, mais craint en même temps que parmi les terroristes libérés certains renouent avec la violence. Mais qu’il y ait plus de terroristes en circulation après cet épisode n’est qu’un facteur parmi d’autres concernant la sécurité, parce qu’il y a aussi la manière dont Israël se protège. Par exemple, la barrière de séparation entre la Cisjordanie et Israël a démontré qu’on pouvait faire baisser le nombre d’attentats de manière significative bien que le nombre de terroristes potentiels n’ait pas diminué.

Il y a un aspect important qui plaide en faveur de l’échange d’un seul otage contre plus de mille criminels quand on considère le formidable ballon d’oxygène moral que la libération de Guilad Shalit donne à Tsahal, l’Armée de Défense d’Israël. Les centaines de milliers de soldats qui servent le pays sont extrêmement sensibles à cette image d’une nation qui ne les abandonne jamais et qui est prête à prendre tous les risques pour les sauver.
Des terroristes remis en liberté, donc, mais une armée entière qui retrouve son souffle à la vue du sourire d’un Guilad Shalit amaigri, intimidé, mais bien vivant.

Guilad Shalit ou la conscience d’Israël

Israël a décidé de libérer plus de mille prisonniers palestiniens en échange de Guilad Shalit, le soldat kidnappé il y a cinq ans le long de la frontière avec Gaza lors d’une patrouille de routine. Parmi les détenus à libérer il y en a 450 qui ont été condamnés pour assassinat au moyen d’attentats à la bombe, de tirs à bout portant, de monstruosités à l’arme blanche ou à mains nues. Ces terroristes ont tué ou grièvement blessé des milliers de civils dont l’unique crime était de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

C’est le cœur lourd que le gouvernement israélien a décidé de procéder à l’échange d’un seul innocent contre mille criminels. Tout le monde en Israël était bien entendu en faveur d’une initiative pour libérer Guilad Shalit, mais il y avait des divergences profondes quant à la manière dont il convenait de s’y prendre. Le sentiment de ceux qui s’opposaient à l’échange était qu’ils jugeaient inévitable que certains terroristes récidivent.
Il est difficile de déterminer si la décision du gouvernement est populaire ou pas. Certains israéliens pensent qu’il ne faut jamais céder au chantage, et qu’il est toujours préférable de tenter une opération militaire, quitte à mettre l’otage en péril. D’autres pensent qu’il aurait fallu éliminer des responsables du Hamas jusqu’à ce que celui-ci libère l’otage. D’autres encore pensent qu’il aurait fallu accentuer le blocus de Gaza ou exercer des pressions sur les terroristes emprisonnés en Israël.

L’opinion publique israélienne est ambivalente par rapport à la manière dont le gouvernement a géré l’affaire Shalit. Chacun y va de son commentaire, parce que chacun a des proches dans cette armée véritablement populaire dans tous les sens du terme.

Beaucoup d’israéliens considèrent maintenant que d’une certaine manière ils ont perdu la partie, mais pensent en même temps que c’est l’honneur d’Israël que de relâcher des assassins en échange de la vie d’un de ses fils. Cela signifie que chacun prend sur soi une part du risque que cela implique.

Nul doute que d’autres options ont été envisagées jusqu’à ce que les responsables israéliens concluent qu’aucune d’entre elles n’était raisonnable. Le Premier Ministre ainsi que de nombreux membres de son gouvernement ont longtemps refusé de céder au chantage, mais cet épisode démontre une fois de plus que quand il y a une véritable offre sur la table, fût-elle déposée par le plus barbare de ses ennemis, Israël sait parier sur l’avenir. Cela ne signifie pas que tous les gouvernements se valent, mais que dans une authentique démocratie comme Israël le gouvernement ne fait jamais qu’exprimer la volonté du peuple.

Les oubliés du conflit israélo-palestinien

Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur la question de savoir pourquoi ce conflit dure si longtemps. Ils pensent – à raison – que les paramètres d’un éventuel arrangement doivent être connus. Il se peut qu’Israël n’ait pas exploité de manière optimale certaines fenêtres d’opportunités, mais l’impasse semble globalement du côté palestinien.

Les dirigeants palestiniens dits « modérés » ne le sont que dans le sens où leur pragmatisme les conduit à accepter la réalité de l’Etat d’Israël, tout en la considérant comme temporaire. Cela signifie qu’en attendant qu’Israël disparaisse ils sont disposés à renoncer à la violence et à coopérer au plan économique. Cela permet aux palestiniens de développer leurs institutions et donne aux israéliens une sécurité relative.

Mais quand il s’agit d’envisager l’avenir, en d’autres mots d’établir un Etat palestinien indépendant, ces dirigeants sont tétanisés à l’idée de devoir apposer leur signature au bas d’un document stipulant que le conflit est terminé, et que les réfugiés palestiniens ainsi que leurs descendants doivent renoncer à s’établir en Israël.

Il est clair que pour Israël il ne sera jamais question d’admettre le retour de ces réfugiés, parce que cela constituerait un arrêt de mort pour l’Etat Juif. Sachant que cette question constitue une ligne rouge pour Israël, le leadership palestinien l’ignore délibérément afin de s’assurer de ne jamais aboutir à un accord. C’est donc la question des réfugiés palestiniens qui s’avère la plus insoluble de toutes. Mais en la mettant en perspective on s’aperçoit qu’il y a là une illusion d’optique, parce que tout le monde, ou presque, fait mine de croire que la guerre de 1948 n’a fait des réfugiés que d’un côté. Quand les intermédiaires les mieux intentionnés veulent s’interposer, ils feignent tous d’ignorer que la guerre israélo-arabe de 1948 a peut-être fait plus de réfugiés juifs que de réfugiés arabes. C’est ce qui ressort de travaux d’intellectuels tels que Shmuel Trigano, Nathan Weinstock ou Stanley Urman, Président de « Justice For Jews From Arab Countries« .

C’est à la lumière des recherches de ce dernier que l’on constate que la Communauté Internationale n’oppose jamais aux revendications palestiniennes l’évidence historique des réfugiés juifs forcés de fuir après 1948 le monde arabe où ils étaient établis parfois depuis plus longtemps que les arabes eux-mêmes.

Après la déclaration d’indépendance d’Israël, les juifs du monde arabes ont été arrêtés, torturés, expulsés, spoliés et parfois assassinés. Des décrets officiels ont été promulgués leur déniant les droits les plus élémentaires. Beaucoup furent expropriés et déchus de leur nationalité. Ce fut le cas notamment en Iraq, en Egypte et en Lybie. En Syrie ils ont été discriminés mais interdits d’émigration. Ces violations des droits de l’homme en écho à la création de l’Etat d’Israël n’ont jamais été prises en compte dans la recherche d’une solution au conflit.

Au total il y semble y avoir eu 850.000 juifs contraints à s’expatrier hors de dix pays arabes du seul fait de l’hostilité de ces régimes contre Israël. La plupart d’entre eux n’avaient aucun rapport avec le conflit, mais furent néanmoins persécutés parce que juifs. L’Etat d’Israël a intégré ceux qui en exprimé le souhait et leur a accordé la citoyenneté. Le monde arabe, en revanche, à l’exception de la Jordanie, a séquestré les réfugiés palestiniens dans des camps et les utilisent jusqu’à ce jour à des fins politiques.

Depuis sa création en 1968, la Commission des Droits de l’Homme des Nations-Unies a adopté 132 résolutions en faveur des réfugiés palestiniens, mais pas une seule en faveur des réfugiés juifs, pourtant victimes du même conflit. Il y eut de nombreuses tentatives pour attirer l’attention des Nations Unies sur leur sort, mais aucune n’a jamais abouti. Alors qu’il existe dix organisations qui s’occupent des réfugies palestiniens sous les auspices de l’ONU, pas une seule n’a été chargée de s’occuper des juifs.

La Résolution 242 des Nations-Unies stipule que les parties veilleront à une « solution juste du problème des réfugiés », ce qui implique qu’il n’y pas à distinguer entre arabes et juifs. Aucune des personnalités qui ont bien voulu offrir leurs bons offices n’a jamais pensé à souligner le fait que formulation de la Résolution 242 impliquait qu’il y avait des réfugiés des deux côtés.

Pourtant l’accord de paix avec l’Egypte de 1979, celui avec la Jordanie de 1988, la Conférence de Madrid de 1991, les accords d’Oslo de 1993 et la Feuille de Route de 2003 font toutes allusion aux réfugiés sans spécifier lesquels.

On pourrait se demander pourquoi l’Etat d’Israël lui-même n’avance cet argument que de manière discrète. La raison en est vraisemblablement qu’il veut tourner la page en posant que les souffrances des uns valent bien celle des autres, et que chacun doit panser ses blessures, et penser à aller de l’avant.