Elias Sanbar ou l’arme du déni

Elias Sanbar est un historien, poète et essayiste palestinien, aujourd’hui ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco. Médiapart a récemment publié un entretien entre lui et Edwy Plenel, dans le sillage de la « Marche du retour » organisée par le Hamas à Gaza pour commémorer la Naqba. Sanbar y défend avec passion la cause palestinienne, mais son zèle l’entraîne trop souvent à des approximations, voire à des contre-vérités qui brouillent l’histoire plus qu’elles ne l’éclairent.

Il qualifie de « massacre » la riposte de l’armée israélienne et parle même de « crime de guerre ». Pourtant, il reconnaît lui-même que cinquante des soixante morts appartenaient au Hamas et avaient été envoyés pour franchir la frontière israélienne et y semer la mort. Autrement dit, il admet qu’il s’agissait bien d’une opération suicidaire. Les autres victimes n’étaient pas de simples passants : certains étaient complices, d’autres des boucliers humains. Quant aux enfants présents sur ce champ de bataille, c’est aux adultes qui les y ont emmenés qu’il faut imputer la responsabilité.

Selon Sanbar, 1948 ne fut pas une « occupation » mais une « disparition » de la Palestine, qu’« on » aurait prétendu rayer de la carte. Mais qui est ce « on » ? En réalité, la résolution 181 de l’ONU proposait le partage du territoire en deux États, l’un juif et l’autre arabe. Les Juifs l’acceptèrent et proclamèrent Israël, tandis que les dirigeants arabes refusèrent et se lancèrent dans une guerre qu’ils perdirent. La Transjordanie annexa alors la Cisjordanie, privant les Palestiniens d’un État qui leur était destiné. En 1967 encore, la Jordanie attaqua Israël, non pour créer une Palestine, mais pour accroître son propre territoire.

Sanbar affirme par ailleurs que la disparition de pays comme la Syrie, l’Irak ou le Yémen relèverait d’un vaste « processus criminel ». Mais quel rapport établir avec Israël ? En quoi les Juifs seraient-ils responsables des guerres confessionnelles, des luttes internes, des rivalités qui déchirent le monde arabe ? Ici, l’argument vire à la projection : il attribue à Israël des drames dont les causes lui sont totalement étrangères.

S’agissant des réfugiés, Sanbar soutient que l’exil palestinien n’a pas été un dépaysement puisque langue et culture étaient communes avec les pays d’accueil. Mais alors, pourquoi ces pays arabes n’ont-ils pas accueilli plus fraternellement leurs frères ? Pourquoi les ont-ils confinés dans des camps, privés de nationalité, exclus de certains métiers, comme en décida le sommet de Khartoum en 1967 ? Dans l’histoire moderne, des dizaines de millions de réfugiés ont fini par être intégrés ailleurs. Seuls les Palestiniens demeurent prisonniers de ce statut, entretenu par des régimes qui haïssent Israël davantage qu’ils n’aiment les Palestiniens. Dans le même temps, près d’un million de Juifs furent spoliés et chassés du monde arabe, sans jamais bénéficier d’un statut comparable.

Sanbar reproche encore au plan de partage de 1947 d’avoir attribué 55 % des terres aux Juifs et d’avoir placé Jérusalem sous régime international. Mais la Palestine était alors sous mandat britannique : il ne s’agissait pas de céder la terre d’un peuple à un autre, mais de partager un territoire afin que deux peuples puissent y vivre côte à côte. Les Juifs acceptèrent, y compris l’internationalisation de Jérusalem. Ce furent les Jordaniens qui, après 1948, annexèrent la vieille ville et l’interdirent aux Juifs.

Il rappelle aussi qu’un délégué palestinien avait proposé une alternative : égalité des droits entre Juifs et Arabes présents, mais arrêt complet de l’immigration juive. L’idée paraît illusoire. Israël est aujourd’hui une démocratie où tous les citoyens jouissent des mêmes droits, et l’histoire a montré qu’il n’était pas vrai que le pays ne pouvait supporter un afflux de population. Depuis 1948, sa population a décuplé et son économie a prospéré au point de rivaliser avec celles des nations développées.

Sanbar imagine encore qu’Arafat, par intelligence politique, aurait accepté le partage en pariant sur l’évolution démographique. Mais tout laisse penser qu’Arafat n’a jamais réellement voulu mettre un terme au conflit, fidèle à l’adage selon lequel les Palestiniens ne ratent jamais une occasion de rater une occasion. Les échecs du plan Clinton et d’autres initiatives de paix en sont la preuve.

Enfin, Sanbar parle de « conquête de la Palestine par les troupes de Ben Gourion ». C’est oublier qu’en 1948, Israël proclamé conformément à l’ONU fut attaqué par une coalition d’États arabes – Irak, Égypte, Syrie, Liban, Transjordanie – dont l’objectif n’était pas la libération d’un territoire, mais l’anéantissement pur et simple du nouvel État et l’expulsion des Juifs.

Elias Sanbar a sans doute des intentions sincères, mais ses propos reposent trop souvent sur des déformations ou des omissions qui faussent la mémoire. Or ce n’est pas en travestissant l’histoire que l’on prépare l’avenir : c’est en la regardant en face, dans toute sa complexité, qu’un jour peut-être s’esquissera une issue au conflit.

L’attentat de Gaza

La presse européenne parle en majorité de « réaction disproportionnée »  de la part d’Israël à propos de ce qui s’est passé cette semaine à Gaza. La seule explication possible à cette ânerie est l’application de deux poids et deux mesures quand il s’agit d’Israël. Personne en France n’avait jugé  en 2012 la réaction de la police « disproportionnée »  quand le massacreur d’enfants juifs Mohammed Merah avait été localisé à Toulouse par des centaines d’agents mobilisés pour en venir à bout, sans d’ailleurs réussir à le capturer vivant.

Quand une organisation comme le Hamas, qui figure sur la liste des organisations terroristes  de l’Union Européenne, des Etats-Unis, du Canada, de l’Arabie Saoudite, de l’Egypte, des Emirats arabes unis et de Bahreïn, quand le Hamas, donc, mobilise ses tueurs  et « encourage » des milliers de civils à les couvrir lors d’une tentative d’ouvrir une brèche dans la frontière afin d’égorger des Juifs, cela s’appelle un attentat selon tous les critères conventionnels possibles.

Et le fait que ces kamikazes se lancent entourés d’une nuée de civils est une circonstance aggravante, parce que cela suppose une complicité assumée de la foule avec le terrorisme.  Tout ce qu’à fait Israël en l’occurrence a consisté à descendre une cinquantaine de Mohammed Merah pour contenir ce qui aurait pu tourner au pogrom.

Quand la presse anti-israélienne parle d’une « manifestation pacifique » cela relève d’une volonté politique de salir Israël et de se salir aussi soi-même pour se laver ensuite avec du pétrole. C’est l’exploitation cynique d’un cliché consistant à présenter Israël comme un régime n’hésitant pas à tirer sur de paisibles manifestants.

L’opération du Hamas visait à assassiner le plus de Juifs possibles une fois la frontière ébréchée, ce qui est d’ailleurs conforme à la charte de cette organisation. Ce danger-là était réel, d’autant plus que cela faisait des années que la population frontalière israélienne se plaignait de ce que les autorités ne fassent pas assez pour assurer sa sécurité. Elle a été entendue cette fois-ci et a pu vaquer à ses occupations pendant que Tsahal refoulait une horde déchaînée de fous-furieux islamistes.

La riposte d’Israël relève de la légitime défense. Malheureusement les faiseurs d’opinion en Europe n’ont pas encore enregistré que les Juifs y avaient droit.

La légitime défense d’Israël

Le concert d’indignation qui nous vient d’Europe par rapport à ce qui se passe à Gaza est un mélange de méchanceté, de bêtise et d’ignorance. Ces bien-pensants de Paris, de Londres ou d’ailleurs feignent d’ignorer que le Hamas et ses alliés n’ont qu’une idée en tête, qui est de massacrer autant de Juifs que possible, et ceci dans tous les cas de figure.

Lors de la deuxième intifada ils en ont tués ou estropiés plus de dix mille. Comme Gaza se trouve à un jet de pierre d’Israël les tueurs locaux essaient depuis des années de terroriser le sud d’Israël au moyens de roquettes ou en passant par des tunnels pour surgir au milieu d’agglomérations juives.

Leur problème est qu’Israël réussit à déjouer la plupart de ces tentatives, alors les tacticiens du Hamas ont mis en œuvre une arme qu’ils affectionnent tout particulièrement, à savoir celle des boucliers humains. Cela consiste à envoyer des dizaines de milliers de civils en direction de la clôture entre Gaza et Israël. Parmi cette masse se mêlent quelques centaines de terroristes équipés d’outils pour forcer un passage vers Israël au risque de leur vie. Ils n’arrivent  pas à leurs fins parce que Tsahal les empêche.

Cela s’appelle la légitime défense. Malheureusement les faiseurs d’opinion de l’Union Européenne n’ont pas encore enregistré que les Juifs y ont droit.

Translate