Israël et le problème iranien

La problématique de la prolifération nucléaire remonte à 1945, lorsque les États-Unis ont utilisé la bombe atomique pour mettre un terme à la guerre contre le Japon. Cette décision reposait sur une macabre comptabilité : frapper Hiroshima et Nagasaki causerait, pensait-on, moins de morts qu’une guerre conventionnelle prolongée. Le problème soulevé par ce choix, au regard du droit de la guerre, n’était cependant pas propre au nucléaire : les Alliés avaient déjà fait fi des considérations humanitaires lors des bombardements massifs de villes allemandes.

Dans un premier temps, l’opinion perçut la Bombe comme l’arme la plus redoutable jamais conçue, mais aussi comme une conséquence somme toute logique de l’évolution technologique, parallèle aux autres avancées du XXe siècle. Ce n’est que plus tard que le monde prit conscience d’une nouveauté radicale : pour la première fois dans l’histoire, une guerre pouvait anéantir tous ses protagonistes, quel que soit celui qui frappait le premier. L’idée même de vainqueur devenait caduque.

C’est sur cette prise de conscience que s’est fondée la doctrine de la dissuasion nucléaire, dite « équilibre de la Terreur », durant la Guerre froide. Ce principe a permis d’éviter l’emploi de l’arme atomique, même au plus fort des tensions entre le bloc soviétique et l’Occident, malgré un accroissement colossal des arsenaux.

Aujourd’hui, la prolifération nucléaire se poursuit, portée par la volonté de certains États d’accéder à ce pouvoir stratégique. Tant qu’aucun consensus crédible en faveur d’un désarmement mondial ne se dessine, le monde reste suspendu à un nouvel équilibre instable, comptant sur le fait que les armes demeurent entre des mains supposées responsables.

L’Iran est soupçonné de développer la bombe atomique. On peut le regretter, mais il serait naïf de croire qu’une technologie, quelle qu’elle soit, puisse indéfiniment rester l’apanage d’un petit nombre. Téhéran possède les ressources nécessaires à l’acquisition du savoir-faire nucléaire, et les matériaux comme les compétences circulent sans frontières, pour peu qu’un client soit prêt à en payer le prix.

Parallèlement, l’Iran affiche depuis plusieurs années un antisionisme virulent. Le président Ahmadinejad a multiplié les déclarations appelant à « rayer Israël de la carte ». Ceux qui persistent à dissocier antisionisme et antisémitisme devraient trouver matière à réflexion dans cette rhétorique, qui s’appuie sur les Protocoles des Sages de Sion, le négationnisme de la Shoah, des concours de caricatures antisémites et une propagande sur la prétendue conspiration juive mondiale.

Ce recours à la haine des juifs n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans une tradition historique où l’hostilité aux juifs a servi de levier pour galvaniser les masses : Inquisition, nazisme, stalinisme, islamisme — tous ont su tirer parti de cet instrument de mobilisation.

Les dirigeants iraniens savent qu’une attaque entraînerait leur propre anéantissement, Israël disposant, selon de nombreuses sources, d’un arsenal nucléaire bien plus puissant. Les véritables cibles sont ailleurs : les champs pétrolifères du Moyen-Orient, notamment en Arabie saoudite, dont les détenteurs sont dénués de capacité de riposte nucléaire. Une telle attaque viserait indirectement aussi les États-Unis, en les privant d’une source majeure d’approvisionnement énergétique.

La diplomatie israélienne agit aujourd’hui non seulement pour sa propre sécurité, mais aussi pour alerter la communauté internationale. Car la haine d’Israël brandie par Téhéran est peut-être un écran de fumée. On se souvient de Saddam Hussein, qui, en 1990, bombarda Israël sans lien direct avec l’invasion du Koweït, pour détourner l’attention.

La construction de la bombe iranienne peut sans doute être retardée par des sanctions ou des frappes ciblées sur les sites nucléaires. Mais une solution durable passe par un changement de régime. L’Occident doit soutenir, de façon résolue mais non nécessairement violente, les forces d’opposition iraniennes, qui se sont déjà exprimées avec force, mais sans obtenir de résultat durable.

Israël, de son côté, doit rester vigilant. Son histoire, depuis sa fondation, lui a appris qu’il ne peut se permettre de perdre une seule guerre. Cette vérité s’applique avec une acuité particulière face à l’Iran. Cela ne signifie pas qu’Israël doive assumer seul une responsabilité qui incombe d’abord à ses voisins régionaux, et ensuite à l’ensemble du monde libre.

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