Peut-on publier Céline ?

Louis-Ferdinand Céline, mort en 1961,  est considéré comme l’un des plus grands écrivains du vingtième siècle. Le problème est qu’il s’est également distingué par un antisémitisme d’une férocité rarement égalée. La maison d’édition Gallimard envisage ces temps-ci de rééditer trois de ses pamphlets anti-juifs parus entre 1937 et 1941. Cette initiative  a  déclenché de vives réactions dans des milieux assez divers, mais qui ont tous pour point commun de s’opposer à cette réédition, même si elle est accompagnée d’avertissements quant à la nature détestable du contenu.

Gallimard sera peut-être sensible aux protestations contre son projet, mais un autre éditeur pourrait tôt ou tard s’en charger. La vraie question qui se pose à ce stade est de déterminer où se situe la sagesse, entre publier ou ne pas publier les écrits antisémites de Céline.

D’abord, il faut savoir que cette prose est disponible sur Internet, le plus souvent sans mise en garde. Ensuite, il faut se demander pourquoi Céline serait l’objet d’un traitement différent que celui dont bénéficient d’autres auteurs antisémites, qui touchent souvent un public autrement plus important que celui de Céline.

Liste non exhaustive de la littérature antisémite disponible en librairie : « La France Juive » de Drumont, « Les Juifs et leurs Mensonges » de Luther, « Le judaïsme dans la musique » de Wagner « Mein Kampf » de Hitler, « Les Protocoles des Sages de Sion », sans oublier Charles Fourier qui écrivait que « Les juifs ne firent aucun pas dans les sciences et les arts, et qui ne se signalèrent que par un exercice habituel de crimes et de brutalités» .

La censure ne fait pas partie des pratiques d’une démocratie digne de ce nom, qu’elle soit le fait de l’Etat ou de groupes de pression, qui, aussi bien intentionnées soient-ils, risquent de faire plus de mal que de bien.

Il ne faut pas s’opposer à ce que Gallimard publie Céline, tout en exigeant que l’éditeur fasse œuvre de pédagogie, et démontre ce que c’est qu’un artiste qui est capable du meilleur comme du pire.

Sidération collective à propos de Trump et Jérusalem.

Il est difficile de comprendre la sidération collective en réaction à la déclaration de Trump concernant Jérusalem, alors que ce n’est ni plus ni moins que la réalisation d’une de ses promesses électorales. Il semble que les opinions publiques soient tellement habituées à ce que les promesses électorales soient violées que pour une fois qu’elles ne le sont pas il y a comme un réflexe pavlovien pour s’en étonner.

Quant au plaisir que cela fait aux israéliens, là encore, pourquoi s’en étonner ? La quasi-totalité de l’échiquier politique s’en est réjouie. Est-on extrémiste parce que l’on se réjouit de ce que la première puissance au monde, qui en plus se considère comme allié privilégié d’Israël, reconnaisse que Jérusalem en est la capitale ? Depuis les origines du sionisme, Israël a veillé à s’assurer de la légitimité internationale. La Déclaration Balfour, la Conférence de San-Remo, la Commission Peel, la Résolution de des Nations-Unies appelant à la partition de la Palestine, la Proclamation de l’Indépendance et l’admission à l’ONU témoignent d’une incontestable continuité, même si celle-ci est contestée malgré tout par de mauvais coucheurs que le succès d’Israël indispose.

Les Etats-Unis d’Amérique viennent de franchir un pas de plus dans cette direction. Par ailleurs cela ne compromet en rien le processus de paix, parce que Trump n’a pas indiqué où serait installée l’ambassade. Il est d’ailleurs dommage qu’il n’ait pas choisi de le faire à Jérusalem – Ouest, parce qu’on aurait vu à ce moment-là que les Palestiniens ne l’auraient pas admis non plus, pas plus qu’ils n’admettent que Tel-Aviv se trouve dans une Etat juif.

Paris capitale de la France ?

Quoi que l’on pense de la déclaration de Trump concernant Jérusalem, suggérer que cela pourrait avoir pour effet d’alimenter la terreur islamiste est une (mauvaise) plaisanterie. Il est établi depuis belle lurette que toute tentative d’amadouer les terroristes produit l’effet inverse. Cela leur donne l’impression qu’ils gagnent du terrain, ce qui fait qu’ils s’enhardissent au lieu de se calmer.
 
Le précédent de Charlie-Hebdo est frappant : après l’incendie de ses locaux en 2011, les bien-pensants de France se sont fendu de quelques bonnes paroles, mais aucune mesure radicale (au sens étymologique du terme) n’a été prise contre les milieux en cause.
 
On connaît la suite, alors pourraient se poser les questions suivantes : aurait-il mieux valu fermer l’école « Ozar Hatorah » à Toulouse pour éviter que des enfants ne soient liquidés à bout portant ? Aurait-il mieux valu ne pas enrôler de Musulmans dans l’armée française pour éviter qu’ils ne soient exterminés au nom de la Sharia ? Aurait-il mieux valu interdire à Charlie-Hebdo le blasphème pour éviter que ses collaborateurs ne se fassent descendre? Aurait-il mieux valu fermer les magasins juifs pour éviter que ses clients ne se fassent massacrer à « l’Hyper Cacher » ?
 
Dans le même ordre d’idées, aurait-il mieux valu que Trump ne reconnaisse pas Jérusalem comme capitale d’Israël pour éviter d’indisposer ses ennemis? Cette question est aussi indigne que les précédentes. Aucune d’elles n’a à être posée. Ce sont des non-questions.
 
Le calendrier a parfois des hasards qui ressemblent à des clins d’œil : Macron a désapprouvé l’initiative de Trump, ce qui était prévisible, mais ce qui l’était moins était qu’il s’exprimerait à partir du Qatar, Etat ennemi d’Israël, théocratie où on n’a jamais entendu parler des droits de l’homme, dictature proche de l’Iran, Emirat que le monde arabe lui-même accuse de soutenir le terrorisme. C’est tout en vendant des machines à tuer au Qatar que Macron condamnait Israël, seule démocratie, seul havre de paix dans ce Moyen-Orient disloqué, confus et ensanglanté.
 
Trump s’est fait élire comme il a mené ses affaires, c’est-à-dire sans idéologie autre que le culte de soi-même. Mais son prédécesseur Obama, technocrate à la belle allure, sympathique, policé, affable et doué du sens de l’humour, est aussi un dangereux beau parleur. Il a échoué sur toute la ligne dans sa politique étrangère, est coupable de la montée en puissance économique et militaire de l’Iran, et a donné le feu vert à la Syrie pour commettre l’un des plus épouvantable massacre de notre époque en laissant son dictateur franchir les lignes rouges que lui-même avait décrétées. Nul ne sait si Obama dort bien, mais de nos jours des milliers de victimes syriennes sont soignées dans les hôpitaux israéliens en toute discrétion, parce qu’il est un peu embarrassant de soigner en Israël des ennemis d’Israël avec de l’argent du contribuable israélien. Qui, entre Obama et Israël mérite le prix Nobel de la Paix ?
 
Les réactions de la presse française laissent pantois. La plupart des commentateurs sont soit ignares soit de mauvaise foi quand ils parlent du droit international. De quel droit international parlent-ils ? De la Sharia ?
 
La Résolution 181 de l’ONU suggérait en 1947 un partage de la Palestine en deux Etats, l’un juif et l’autre arabe, et un statut international pour Jérusalem. Les Juifs ont accepté, les Arabes ont déclaré la guerre, et la Légion Arabe a chassé les Juifs de Jérusalem pour l’annexer à la Jordanie.
 
Les Juifs se sont contentés de ce statu quo jusqu’à ce qu’en juin 1967 les Jordaniens tentent à nouveau d’envahir Israël pour jeter les Juifs à la mer. A noter qu’entre 1948 et 1967 aucun juif, israélien ou pas, n’avait le droit de visiter les lieux saints de Jérusalem. Ou, quand, comment et sur quels textes se basent les journaleux de Paris pour décréter que Jérusalem n’est pas la capitale d’Israël ? C’est à pleurer, d’autant que Trump s’est gardé de préciser quand son ambassade déménagerait ou dans quel quartier. Tout ce qu’il a dit était que Jérusalem était la capitale d’Israël.
 
On n’est pas d’accord au Quai d’Orsay ? Qu’ils aillent s’installer à Vichy, capitale de la France de Pétain.

Jean-Luc Mélenchon et ses antisémites

Jean-Luc Mélenchon, leader du mouvement « La France insoumise », n’a pas jugé utile de suspendre sa campagne électorale lors du massacre d’enfants juifs à Toulouse en 2012, probablement par peur d’indisposer ses amis islamo-gauchistes.

Mélenchon a été accusé d’antisémitisme en 2013 par ses amis socialistes suite à des propos tenus contre Pierre Moscovici, alors Juif Ministre de l’Economie, Ministre juif de l’Economie, ou Ministre de l’Economie juive, on ne se sait plus bien.

Mélenchon vouait une admiration, et même un amour inconditionnel, à Hugo Chavez, président antisémite du Venezuela, allié à Ahmadinejad, ce leader iranien qui voulait rayer Israël de la carte et qui organisait des concours de caricatures anti-juives.

Danièle Obono, amie de Mélenchon et députée de « La France insoumise », exige de venir en Israël pour réconforter ce brave Marouane Barghouti, inoffensif palestinien incarcéré pour deux fois rien, n’ayant en tout et pour tout assassiné que quelques Juifs et un chrétien.

Au cours d’une grande émission politique de France 2 cette semaine, Mélenchon qualifiait Danièle Obono d’antisémite, histoire de montrer à quel point il avait de l’estime pour elle. Peu après il s’est rétracté, laissant entendre qu’il avait commis un lapsus. Mais que pense vraiment Mélenchon ? Ce qu’il voulait dire ? Ou ce qu’il a dit.

Israël et la question de l’athéisme

La plupart des pères fondateurs du sionisme étaient athées, ou du moins agnostiques. Jabotinsky, Ben-Gourion Ahad Ha’am, Bialik et d’autres penseurs du sionisme étaient imprégnés de pensée juive mais aucun d’eux ne souhaitait de théocratie, et étaient même souvent même opposés à la religion, tout en étant férus de judaïsme. Herzl quant à lui était un Juif assimilé qui a même préconisé une conversion massive des Juifs sous les auspices du Vatican pour mettre fin à l’antisémitisme.

L’establishment rabbinique a pour sa part longtemps été essentiellement hostile au projet d’un Etat juif, et une partie non négligeable des Juifs orthodoxes d’aujourd’hui l’est d’ailleurs toujours, justement parce que ceux-là ne considèrent pas Israël comme un Etat juif au sens religieux du terme, ce en quoi ils n’ont pas tort. Mais d’une manière générale l’histoire du sionisme n’est pas un épisode religieux, mais bien le mouvement de libération nationale d’un peuple, comme il y en a eu d’autres au cours du vingtième siècle.

Beaucoup d’athées tiennent à Israël pour des raisons historiques, culturelles, familiales ou affectives. Il serait donc contre-nature pour eux de se détourner d’Israël ou de lui être indifférent du seul fait d’être athée.

Ceci dit la question de savoir si la pérennité d’Israël peut uniquement reposer sur l’idée de nation est une question ouverte, et dépasse d’ailleurs le cas d’Israël. Après tout les nations européennes sont de culture chrétienne mais leur spécificité repose sur des narratifs historiques, et non pas sur la religion.

Ce qui est vrai c’est que l’époque de l’Etat-nation est peut-être révolue parce que l’air du temps pousse plutôt à l’individualisme qu’au projet collectif. La question est de savoir si la pensée juive est assez puissante du point de vue spirituel pour survivre – ou remplacer – la religion qui lui est traditionnellement associée.

Rien n’est moins sûr, mais en fin de compte cela dépend des gens. S’il y en a suffisamment pour vouloir préserver un Etat à caractère juif, mais dissocié de la religion, alors c’est envisageable. Sinon Israël perdra son identité et ne sera, au mieux, qu’un Etat occidental parmi d’autres. Il se fondra dans ce cas-là dans le « village global » et la pensée juive rejoindra la mythologie grecque à l’Université et dans les musées. La religion juive en tant que telle survivra sans doute en Diaspora, mais cela ne concernera pas – par définition –  les athées.

Le scandale Tariq Ramadan

Le scandale Tariq Ramadan n’est pas fait pour conforter l’image d’Edgar Morin, ce penseur juif qui a cessé de réfléchir par haine de soi. Il aurait été préférable que Ramadan tombe sur ses idées plutôt que sur son comportement avec les femmes.

Ce qui est agaçant c’est qu’il a fallu attendre ce scandale pour s’apercevoir que Ramadan était infréquentable. Un élémentaire bon sens aurait pourtant suffi pour trouver que Morin se fourvoyait en accordant du crédit à cet islamiste, compagnon de route du Hamas et petit-fils du fondateur des Frères Musulmans auquel il a consacré une thèse dithyrambique. Sans parler de sa chaire bidon, qui n’est autre qu’une excroissance en dollars du Qatar, cette belle démocratie, en plein milieu d’Oxford.

Morin expliquait cette semaine que Ramadan avait assuré à Madame Morin qu’il était toujours correct avec les femmes. Dont acte. C’est probablement sur base de cela que Morin a déduit que Ramadan devait aussi être correct avec les Juifs. Le problème c’est que Ramadan avait omis de mentionner que les femmes qui se maquillaient et qui n’étaient pas voilées devaient être considérées comme des putes, conformément à sa vision du monde. A chacun ses principes, mais quand bien même cela serait, je ne vois pas en quoi les putes n’auraient pas droit au même respect que n’importe quel autre être humain, mais c’est un autre débat.

Tariq Ramadan n’a peut-être jamais tué personne, mais c’était également le cas de nombreux prédicateurs nazis. Sa chute fait penser au Chicago d’antan: échappant à la justice en tant que gangster, Al Capone a fini par trébucher sur une minable fraude fiscale.

Quand la presse se prend pour l’opposition

Dans le paysage politique israélien, les relations entre les médias, le pouvoir judiciaire et le Premier ministre Benjamin Netanyahu constituent un objet d’analyse révélateur des tensions qui traversent la démocratie israélienne. Depuis plusieurs années, une large partie de la presse semble engagée dans une couverture particulièrement critique du chef du gouvernement, en insistant sur les enquêtes judiciaires en cours à son encontre. L’argument fréquemment avancé est que ces procédures compromettent sa capacité à gouverner, et qu’il conviendrait, dans l’intérêt des institutions, qu’il se retire.

Mais derrière ce discours se dessine une stratégie politique plus large. En l’absence d’une majorité électorale stable pour le renverser par les voies traditionnelles du suffrage, certains de ses opposants investissent l’arène judiciaire comme substitut à la défaite dans les urnes. Cela se traduit par une attention constante portée à sa vie publique et privée, dans le but explicite de trouver matière à lancer de nouvelles investigations. Une fois celles-ci engagées, leur traitement médiatique amplifie la pression, créant un climat propice à la délégitimation.

Les journalistes engagés dans cette dynamique soutiennent généralement qu’ils se contentent d’exercer leur rôle d’informateurs. Or, dans certains cas, les mêmes acteurs semblent à l’origine des révélations qui déclenchent les enquêtes, avant d’en orchestrer la médiatisation. Cela pose la question du chevauchement entre information, influence et initiative judiciaire — un glissement problématique dans une démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs.

Le rôle de la justice elle-même n’échappe pas à la critique : les fuites issues des procédures en cours sont fréquentes, relayées en temps réel dans les médias, ce qui alimente une perception d’hostilité coordonnée, voire de connivence. Cette synchronisation entre certaines sphères médiatiques et judiciaires donne l’impression qu’un objectif politique — l’éviction du Premier ministre — pourrait être poursuivi par des moyens extra-électoraux.

Il ne s’agit pas de nier que des procédures judiciaires puissent affecter la légitimité d’un dirigeant en exercice, ni que la presse doive se taire face à des soupçons fondés. Mais il convient de rappeler qu’une enquête ne constitue ni une preuve ni un jugement. Subordonner le mandat d’un élu au simple fait qu’il soit l’objet d’investigations reviendrait à fragiliser dangereusement le principe de souveraineté populaire. La démocratie suppose que ce soit le peuple — et non les médias ni les juges — qui décide de la légitimité d’un gouvernement, sauf condamnation judiciaire formelle.

La séquence politique récente en Israël montre que la pression médiatique exercée sur Netanyahu atteint parfois des niveaux difficilement justifiables. Certaines critiques ne portent plus sur ses actes, mais sur ceux de personnes de son entourage. L’idée même d’une présomption d’innocence semble parfois remise en question : un député a pu récemment affirmer que le Premier ministre devait être présumé coupable jusqu’à preuve du contraire — un renversement préoccupant des principes fondamentaux du droit.

Ce climat de polarisation extrême a paradoxalement pu renforcer Netanyahu auprès d’une partie de l’opinion, qui voit en lui la cible d’un système médiatico-judiciaire agissant en dehors du cadre démocratique. Lors des dernières élections, malgré l’hostilité manifeste d’une majorité de titres de presse, une partie significative de l’électorat a renouvelé sa confiance au Premier ministre, exprimant peut-être aussi, à travers lui, une défiance envers certaines élites médiatiques.

Ce phénomène invite à une réflexion plus large : comment garantir à la fois la liberté de la presse, l’indépendance de la justice et la souveraineté du suffrage populaire, sans que l’un ne prenne le pas de manière déstabilisante sur les autres ?

La journaliste se trompe-t-elle ?

Le « Times of Israel » a récemment publié un article avec pour titre « Un amendement peu remarqué du droit fiscal a-t-il transformé Israël en paradis pour les criminels ? ».

Il s’agit d’une analyse par la journaliste Simona Weinglass du panier d’avantages dont bénéficient les Olim Hadashim[1].

Le titre de l’article est accrocheur et perfide. Le point d’interrogation censé donner une apparence de neutralité au propos n’y change rien. C’est un procédé consistant à médire de manière subliminale.

Par ailleurs, l’on peut se demander quel instrument de mesure la journaliste applique pour estimer que l’amendement en question a été « peu remarqué ».

Il suffit de faire une recherche minimale dans la presse de l’époque pour découvrir qu’il a au contraire fait l’objet de beaucoup de publicité et suscité de nombreux commentaires.

Sur la première page on lit « En 2008, la Knesset a adopté un amendement exemptant les nouveaux immigrants de payer des impôts sur les revenus étrangers, dans le but d’encourager l’Alyah. »

Le lecteur non averti en déduira que cette exemption date de 2008, or il n’en est rien. Il ne s’agit pas d’un nouveau train de mesures, mais bien d’une mise à jour de dispositions existantes liées à la « Loi du Retour ».

C’est ainsi que le Ministère de l’immigration et de l’Absorption a décidé en 2008 d’allonger une exemption existante depuis de nombreuses années, qui passe ainsi de cinq à dix ans.

Cette exemption, ainsi que d’autres stimuli, s’applique désormais aux Israéliens revenant au pays après une absence prolongée aussi bien qu’aux Olim. A cela il faut ajouter la dispense de déclaration de revenus étrangers, la gratuité de l’Oulpan[2], le régime de taxation à l’achat d’un véhicule et d’autres prérogatives du même ordre.

Plus loin dans l’article un économiste relève que « l’idée était d’encourager l’Alyah des personnes riches en transformant Israël en paradis fiscal ». C’est faux. Le fait d’accorder des avantages ponctuels et limités dans le temps à des Olim n’est en rien un critère de paradis fiscal.

Qu’il y ait des Olim qui abusent de la loi en exploitant ses failles est possible, mais ne la rend pas illégitime : c’est une faiblesse inhérente à tout subside étatique dans n’importe quel domaine et dans n’importe quel pays.

D’une manière générale, les Etats qui tentent d’attirer des personnes privées ou des sociétés au moyen d’avantages fiscaux n’enfreignent en rien le droit international.

Plus loin encore on apprend qu’un professeur de droit fiscal condamne les exemptions dont jouissent les Olim en arguant qu’ils « viennent en Israël pour pouvoir échapper à l’impôt d’autres pays ». On ne voit pas sur quoi cette affirmation se base.

Des Olim qui auraient des obligations fiscales où un contentieux dans leur pays d’origine restent comptables de la période qui précède leur Alyah.

Qu’ils continuent à avoir une activité professionnelle en dehors d’Israël ou en Israël même, ils sont et restent des contribuables comme les autres.

Quant à l’efficacité des privilèges liés à la « Loi du Retour », l’article ne conclue ni dans un sens ni dans l’autre, mais ce qu’il faut retenir c’est que ces dispositions sont dans le droit fil de la politique de l’Agence Juive depuis sa création, qui est d’encourager l’Alyah de tous les Juifs, même celle des riches.

[1] Nouveaux immigrants bénéficiant du régime de la « Loi du Retour » votée par la Knesset en 1950

[2] Système d’enseignement de l’hébreu aux immigrants

L’ONU et la colonisation de la Judée-Samarie

La Résolution 2334 de l’ONU condamnant la colonisation de la Judée-Samarie  par Israël est conforme à la position traditionnelle des Etats membres. Ce qui est nouveau, c’est la décision des Etats-Unis de ne pas y opposer de veto. C’est un geste bête, méchant et lâche du Président Obama, qui a eu pour effet de faire basculer la presque totalité de l’opinion publique israélienne dans un même dégoût.

L’année dernière l’ONU a adopté vingt Résolutions contre Israël, et prononcé trois condamnations contre le reste du monde.  Les membres du Conseil de Sécurité font ainsi de l’antisémitisme sans le savoir, tout comme ce Monsieur Jourdain du « Bourgeois Gentilhomme » qui parlait en prose, lui aussi sans le savoir.

Le coup bas d’Obama en fin de règne était inévitable, parce que la vérité est qu’il a été hostile à Israël dès sa prise de fonction. La stupidité de ce geste n’est cependant pas exceptionnelle, étant donné que beaucoup d’observateurs avertis s’accordent pour qualifier Obama comme ayant été le Président comme le plus incompétent que l’Amérique ait jamais connu en matière de politique étrangère.

Poser qu’Israël viole le droit international en construisant sur des terres domaniales ayant appartenu à l’Empire turc et occupées ensuite par les Britanniques est une absurdité.

Israël est en faveur de la création d’un Etat palestinien à ses côtés – et non pas à sa place – mais il n’existe aucun document sur lequel on puisse se baser objectivement pour délimiter où s’arrête Israël et où commence la Palestine.  Israël ne déterminera donc ses frontières qu’en concertation avec ses voisins, et avec personne d’autre, fût-ce l’ONU.

Les voisins d’Israël sont – entre autres – le Hezbollah et le Hamas, tous deux financés et armés par l’Iran et ayant pour vocation de détruire Israël.  L’Autorité palestinienne quant à elle est amorphe, et bien qu’ayant la possibilité de négocier avec Israël, elle s’y refuse. Même quand Obama a imposé à Israël de geler la colonisation en 2013 l’Autorité palestinienne s’est défilée.

C’est ainsi que la frange la plus radicale du côté israélien s’engouffre dans le vide juridique concernant les frontières de la Palestine, ce qui est – littéralement – de bonne guerre quand il n’y pas à qui parler de l’autre côté.

Les implantations  israéliennes constituent une arme de guerre comme une autre. Personne ne peut nier que la colonisation du Sinaï a été décisive pour emmener l’Egypte à signer un traité de paix avec Israël. En maintenant le Sinaï comme monnaie d’échange jusqu’à ce moment historique Israël n’a fait que faire preuve de bon sens.

Cependant la stratégie des territoires occupés comme monnaie d’échange n’est pas efficace contre ceux qui nient le droit à l’existence d’Israël . Pour eux il n’y aucune différence entre les implantations le long de la ligne verte, les colonisations sauvages, et Tel Aviv ou Haïfa. C’est pour cela que ni le retrait du Liban ni celui de Gaza n’ont pu créer de climat favorable à la paix.

La Résolution 2334 est scélérate parce qu’elle fait l’impasse sur la doctrine de destruction d’Israël par ses ennemis. L’Unesco a d’ailleurs récemment abondé dans ce sens en adoptant un texte qui nie tout lien entre le peuple  juif et Jérusalem.

Le fil conducteur entre le texte de l’Unesco et la Résolution 2334 de l’ONU saute aux yeux: il s’agit de dénier au peuple Juif le droit à la souveraineté en réécrivant l’Histoire.

Ury Avnery et les “Trois Non” de Khartoum

Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien aujourd’hui âgé de 93 ans. Il a récemment publié sa biographie, qui couvre donc l’Histoire d’Israël sur près d’un siècle.

Ci-dessous un passage où il évoque la réunion d’urgence de la Ligue Arabe à Khartoum en 1967 suite à la Guerre des Six-Jours.

Tome II, page 120.

Fin août 1967, le gouvernement israélien reçut un cadeau inespéré. Les leaders du monde arabe –Rois, Princes et Présidents – se réunirent à Khartoum, capitale du Soudan, et décrétèrent les fameux « Trois Non » : Non à la paix avec Israël, Non à la reconnaissance d’Israël, Non à la négociation avec Israël. Cela procura un prétexte légitime à Israël pour ne pas ouvrir de négociation, ni pour rendre les territoires conquis. Qu’est-ce qui mena les leaders arabes à une conduite d’une stupidité aussi monumentale ? Pour saisir cela il faut prendre en compte le fond psychologique : cette guerre leur avait infligé une défaite tellement cuisante que l’humiliation en était insoutenable, et leur pouvoir commençait à vaciller dangereusement. Il leur sembla qu’une démonstration d’orgueil national, fût-elle artificielle et sans substance, rétablirait leur prestige. 

Ce passage est caractéristique de la déconnexion mentale d’idéologues comme Avnery qui, quand la réalité ne leur convient pas, échouent dans un déni qui a au moins pour eux l’avantage d’être politiquement correct. Qu’était censé faire Israël après avoir repoussé les armées arabes qui s’apprêtaient à rayer le pays de la carte ?

S’excuser de s’être défendu ?

Personne ne peut nier que le monde arabe n’a eu de cesse que de chercher à liquider Israël dès sa création. Plus de vingt nations se sont liguées à l’époque pour l’éliminer par tous les moyens : guerre, terrorisme ou asphyxie économique. Ces dictatures ou théocraties comptaient – et comptent encore toujours – parmi les plus sanguinaires, les plus arriérées et les plus cruelles du monde.

Elles affamèrent leurs peuples pour consacrer leurs ressources à une folle course aux armes entre 1947 et 1967 afin de réaliser leur fantasme de Solution Finale de la question juive au Moyen-Orient. Elles empruntèrent à la tradition antisémite les clichés les plus éculés afin de donner à leurs enfants le goût du sang juif dès l’âge de raison. Tout cela pour aboutir au Jour J de la liquidation d’Israël prévue pour juin 1967. Ce fut la Guerre des Six-Jours.

La coalition arabe ouvrit les hostilités après une longue et méticuleuse préparation, alimentée par la conviction profonde de mener une guerre sainte. Ahmed Choukeiry, leader de l’OLP à l’époque, fut dans les semaines précédant la Guerre des Six-Jours, porté en triomphe dans les capitales arabes aux cris de « les Juifs à la mer » vociférés par des foules en délire.

Après cela, après que le monde arabe eut subi une défaite militaire sans précédent dans l’histoire moderne, après seulement six jours de combats, après des dizaines de milliers de soldats arabes fauchés en pleine jeunesse par la folie de leurs dirigeants, après les « Trois Non » de Khartoum, après que ces potentats réunis en conclave eussent juré devant le monde entier qu’ils étaient déterminés à continuer la lutte contre Israël quoi qu’il arrive, Ury Avnery en arrive – en dépit du bon sens – à estimer que c’était Israël qui ne voulait ni la paix ni rendre les territoires conquis.

C’est ainsi, que selon lui, les « Trois Non » constituèrent un « cadeau » pour Israël, qui pouvait donc continuer à guerroyer contre les Arabes la conscience tranquille.

Le fait qu’Israël ait accepté de rendre le Sinaï à l’Egypte contre la simple reconnaissance de son droit à l’existence ne semble pas avoir ébranlé la conviction d’Avnery que c’était Israël le fauteur de guerre.

Il est vrai que cela correspond aux divagations de ses acolytes qui à Paris, à Londres ou ailleurs portent et colportent la détestation d’Israël.

Avnery fut un temps le seul député de son parti à la Knesset. Un contre cent-vingt, aimait-il à dire. Seul contre tous, donc.

Encore heureux.

Ury Avnery et les Juifs orientaux

Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien âgé de 93 ans. Il a récemment publié sa biographie, qui couvre donc l’Histoire d’Israël sur près d’un siècle.

Dans un passage où il évoque les Israéliens originaires du monde arabe, il s’interroge sur leur orientation politique, majoritairement à droite.

Page 444, tome I

“L’adhésion de la communauté juive orientale au camp nationaliste anti-arabe était pour moi incompréhensible. Le sort des Juifs du monde musulman avait été infiniment meilleur que celui de leurs frères de l’Europe chrétienne. Ils n’avaient rien vécu de comparable à l’Inquisition, à l’expulsion d’Angleterre ou d’ailleurs, aux massacres des Croisés, aux pogroms d’Europe de l’Est, sans parler de la Shoah.”

Avnery estime que les Israéliens d’origine orientale se sont trompés en ralliant la droite, mais il ne se pose à aucun moment la question de savoir si lui, ashkénaze allemand, a légitimité à penser à leur place.

La même question se pose d’ailleurs pour les immigrants d’URSS, qui se situent eux aussi massivement à droite de l’échiquier politique. Faut-il s’étonner qu’ils aient développé une détestation viscérale de tout ce qui ressemble à la gauche après avoir été persécutés en tant que Juifs dans la patrie même du socialisme ?

Il est vrai, les Juifs orientaux n’ont pas eu un sort aussi apocalyptique que ceux du monde chrétien, mais en déduire qu’ils n’avaient pas de raison d’en vouloir aux régimes arabes est une contre-vérité.

Au Moyen-âge, le statut de « dhimmi » leur interdisait de posséder des armes, de témoigner au tribunal ou  de monter à cheval. Ils devaient porter des signes distinctifs, étaient assujettis à une taxe spéciale et leurs habitations devaient être plus basses que celles des musulmans.

Au Yémen, les Juifs avaient pour tâche de vider les fosses d’aisance et de dégager les cadavres d’animaux.

Une grande partie de tout cela n’était plus d’application au 20e siècle, mais cette humiliation est restée ancrée dans la mémoire collective des Juifs d’Orient. Ce n’est qu’en ayant ce passé de “dhimmi” à l’esprit que l’on arrive à comprendre comment près d’un million de Juifs ont pu disparaître du monde arabe en moins d’une décennie.

La manière dont ils ont été chassés diffère d’une région à l’autre, mais le dénominateur commun est un antisémitisme remontant à l’époque du Prophète. Celui-ci avait voulu rallier les Juifs à l’islam, mais il s’est retourné contre eux quand il a compris qu’il n’y parviendrait pas.

Des communautés juives vivant depuis des temps immémoriaux en terre arabe ont été traquées, expulsées ou éliminées d’une manière ou d’une autre après la création de l’Etat d’Israël.

A noter qu’ils n’ont jamais bénéficié du statut de réfugiés de l’ONU, contrairement aux Palestiniens qui le conservent d’une génération à l’autre.

Clinton ou la sanction des élites

La victoire de Trump sur Clinton est encore plus invraisemblable qu’il n’y paraît, pour autant qu’on ne se limite pas au strict décompte des voix. Après tout les deux protagonistes se sont départagés les électeurs à peu près à égalité, et Clinton a même eu légèrement plus de voix que son rival, qui l’a néanmoins remporté grâce à ce système électoral qui ne repose pas sur la proportionnelle intégrale.

Sur 200 organes de presse, 194 étaient opposés à Trump. Le budget dont il disposait était la moitié de celui de Clinton. Celle-ci avait des milliers de militants rémunérés faisant du porte-à-porte jusqu’à la dernière minute. La quasi-totalité de Hollywood, de l’intelligentsia et des milieux artistiques la soutenaient, et certaines des vedettes les plus populaires au monde apparaissaient à ses meetings sur le podium à côté d’elle.

Elle avait le soutien indéfectible de son ex-président de mari et d’un président en exercice. Les deux se sont démenés sans compter, aux frais du contribuable en ce qui concerne Obama.

Clinton avait le support du parti Démocrate, son parti depuis toujours, alors que Trump, naguère membre du parti démocrate lui-même et aficionado de Clinton, n’a rallié le parti républicain qu’en 2012. Il s’est même vu désavoué en pleine campagne électorale par des figures historiques du parti tels que les ex-présidents Bush et autres républicains notoires qui ont tenté de torpiller sa candidature.

La plupart des instituts de sondages étaient tendancieux et ont essayé d’induire le public en erreur. Quelques heures avant les éléctions le New York Times titrait “Hillary Clinton a 85 % de chances de gagner“. Etc… Et pourtant…

Quand en 2002 il a fallu choisir en France entre Le Pen et Chirac pour l’élection présidentielle, beaucoup d’électeurs on dit qu’ils iraient voter Chirac “en se bouchant le nez”. C’est probablement de cette manière que certains électeurs ont voté pour Clinton. Mais ce qui est exaspérant en Amérique comme ailleurs dans le monde libre, c’est que les bien-pensants choisissent de refouler la poussière sous le tapis au lieu de prendre acte du réel.

Obama a d’ailleurs fait une sorte de mea culpa en commentant la défaite de Clinton : “nous n’avons pas voulu voir ni entendre certaines choses”. Cela sous-entend qu’il aurait aussi du dire certaines choses. Par exemple que la porosité des frontières et l’immigration illégale est encouragée par les élites parce que cela arrange les riches mais dérange les pauvres, exactement comme en Europe.

Lors de la campagne électorale de 1952 le candidat Eisenhower eut ce mot pour discréditer Nixon : “Achèteriez-vous une voiture d’occasion chez cet homme ?” Certains électeurs traditionnels du parti républicain ont repris cela à leur compte pour se détourner de Trump.

Trump a pour lui de ne pas prétendre faire d’idéologie, au lieu de quoi il dit préférer se servir de son bon sens. Certains courants peu recommandables lui ont donné leur appui, mais à cela l’on peut répliquer qu’il est sidérant d’entendre les gens se plaindre de ce que les politiques soient « tous pourris »“, que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient », et que ces promesses ne sont donc jamais tenues… sauf quand il s’agit de Trump, dont il faut soudain croire qu’il fera ce qu’il a promis. C’est pourtant simple : pour gagner les élections la recette de Trump est qu’il ne faut pas mentir plus que l’adversaire, mais mieux.

“Les Etats n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts” disait de Gaulle. Cela s’applique évidemment aux relations israélo-américaines, dont la tendance de fond est favorable à Israël depuis des décennies.

Cela n’a pas toujours été le cas, et il fut même une époque où la France était plus proche d’Israël que l’Amérique, jusqu’à ce que de Gaulle estime qu’il valait mieux vendre son âme aux rois du pétrole que de se solidariser avec les Juifs.

Obama, qui est un idéologue qui se fiche du réel, a fait tout ce qu’il pouvait pour nuire à Israël mais sans y réussir vraiment, parce que son pouvoir était limité par les puissants garde-fous de la démocratie américaine. Trump ne peut donc pas être pire qu’Obama de ce point de vue-là, et a même des chances d’être meilleur, parce que c’est l’intérêt bien compris des Etats-Unis.

Le bilan d’Obama en politique intérieure est débattable, mais il y a quasi-unanimité pour estimer que sa politique étrangère à été catastrophique. Les yeux doux qu’il a fait aux régimes arabes n’ont servi à rien, et l’Amérique est détestée plus que jamais par eux, même plus que sous Bush, ce qui n’est pas peu dire. Obama a voulu s’en consoler en flirtant avec l’Iran, et voilà que l’Iran le hait encore plus que les Arabes.

Quoi qu’il en soit, l’ère Obama est révolue grâce à Hillary Clinton. C’est peut-être ce que l’Histoire retiendra d’elle.

Uri Avnery ou l’art de se tromper

Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien âgé de 93 ans.  Il a récemment publié sa biographie, qui couvre donc l’Histoire d’Israël sur près d’un siècle. Cet énergique intellectuel a été de tous les combats d’Israël, depuis l’adhésion à l’Irgoun jusqu’à son militantisme pacifiste, en passant par le journalisme d’investigation et ses mandats de député à la Knesset. Ce qui est intéressant c’est qu’en essayant de démontrer le bien-fondé de ses convictions il nous donne l’occasion de les réfuter au moyen de son propre récit. Cet homme reste actif malgré son grand âge, mais ce qui est plus actuel c’est que ses idées persistent chez une partie de la gauche israélienne.

Page 188:

“Israël se situe en Asie. Notre espace naturel est arabo-musulman. Notre culture immémoriale est sémite et nous parlons une langue intimement liée à l’arabe, qui est à des années-lumière des langues européennes. J’avais la conviction que notre avenir était liée aux arabes et au continent Afro-asiatique. Si nous décidions de nous définir dans cet espace comme une bouture, comme une greffe sur un corps étranger, ce serait une calamité. Plus de soixante ans se sont écoulés depuis, mais je n’ai pas changé d’avis.”

Cette vision est une belle illustration de négation du réel. Quand le réel ne nous convient pas alors remplacons-le par une fiction, et alors tout redevient cohérent.

Dire que la culture immémoriale du Yishouv  était sémite est un outrage à l’Histoire. Pratiquement tous les pères fondateurs du sionisme étaient Ashkénazes, ainsi que la majorité des pionniers. Avnery parle l’hébreu avec un accent allemand, pratique l’anglais, est féru de littérature occidentale mais ne parle pas l’arabe. La culture britannique est d’ailleurs plus proche de son coeur que toute autre, et son rêve aurait été d’être gentleman anglais. Il s’est certes intéressé aux différentes ethnies de Palestine, mais indépendamment des sympathies qu’il ait pu éprouver à leur égard il n’a rien de commun avec le monde arabe. Contrairement aux aspirations personnelles d’Avnery, il faut garder à l’esprit que l’Etat d’Israël s’est dès le départ voulu une démocratie à l’occidentale, une nation de tradition juive, mais aussi héritière du Siècle des Lumières.

Que voulait donc Avnery ?

Qu’Israël se fonde dans un Moyen-Orient imaginaire au lieu de prendre acte de la réalité sur le terrain? Fallait-il que la nation israélienne en formation  qu’était le Yishouv se calque à tout prix sur ses voisins dans le seul but de s’intégrer? Renoncer à la démocratie,  à l’Etat de droit,  à l’égalité entre femmes et hommes,  à la liberté d’expression, au respect des cultes, à la protection sociale, au système de santé, à la libre circulation? Fallait-il qu’Israël laisse derrière soi ces acquis de la modernité au nom d’un hypothétique apaisement avec le monde arabo-musulman,  qui n’aurait d’ailleurs probablement jamais eu lieu si l’on considère le marasme d’alors qui n’a fait qu’empirer depuis? C’est cela que voulait Avnery ? Eviter la guerre entre Israël et ses voisins mais être mêlé aux conflits entre Arabes? S’allier aux Hachémites contre les Palestiniens ou aux Palestiniens contre les Hachémites? à l’Iraq contre l’Iran ou à l’Iran contre l’Iraq, à la Syrie contre le Liban ou au Liban contre la Syrie ? Aux Chrétiens contre les Musulmans ou aux Musulmans contre les Chrétiens? Aux Chiites contre les Sunnites aux Sunnites contre les Chiites ? Etc..?

Page 193

“C’est ainsi que cinq ou six ans avant l’avènement de l’Etat d’Israël j’en vins à conclure que celui-ci ne pourra se maintenir et se développer autrement qu’en faisant partie intégrante d’une entité régionale plus large.”

L’Histoire a démenti la prédiction d’Avnery sur toute la ligne. 67 ans après la Déclaration d’indépendance Israël est une démocratie certes perfectible, mais infiniment plus avancée que toutes les nations qui l’entourent. Contrairement à la prophétie d’Avnery, Israël s’est maintenu et développé sur tous les plans de manière exceptionnelle, alors que ses voisins se sont enfoncés dans un marasme dont on ne voit pas la fin. L’on pourrait opposer à cela qu’Israël a du faire face à des guerres à répétition, mais le fait est que ses voisins n’ont cessé de guerroyer entre eux ou d’être déchirés par la guerre civile, sans aucun lien avec le conflit israélo-arabe. Il faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour estimer que si Israël avait été lié de manière organique à ses voisins il aurait échappé à l’embrasement de la région. Il est beaucoup plus logique de conclure que c’est justement parce qu’Israël relève d’un autre culture, d’une autre civilisation et d’autres alliances qu’il n’a pas été entraîné dans le chaos du Moyen-Orient.

La biographie d’Ury Avnery est certes l’histoire d’un homme de bonne volonté, mais qui s’est beaucoup trompé. Nul mieux que lui-même n’aurait pu le démontrer .

Socialisme et antisémitisme

Le Parti travailliste britannique a récemment été secoué par des révélations alarmantes : l’antisémitisme en son sein semble bien plus profond et répandu qu’on ne l’imaginait.

Environ cinquante militants ont été exclus pour des propos antisémites ou anti-israéliens. Il faut saluer la volonté du parti de s’attaquer à ce fléau, mais une question subsiste : s’agit-il d’excès isolés, dus à des individus en quête de notoriété, ou bien d’une orientation politique plus large, exploitant ces discours radicaux pour galvaniser une gauche en perte de repères.

Jeremy Corbyn, alors leader du Parti travailliste, affirme être anti-sioniste mais non antisémite. Pourtant, cette distinction peine à convaincre. Ses prises de position et fréquentations – soutien affiché au Hezbollah et au Hamas, défense d’un vicaire radié pour propos antisémites, appui à un négationniste notoire [1], ou encore invitation au Parlement d’un prédicateur islamiste [2] relayant des accusations médiévales contre les Juifs – jettent un sérieux doute sur ses convictions profondes.

L’antisémitisme semble désormais structurel dans certains segments du Parti. Naz Shah, députée, a comparé Israël à l’Allemagne nazie et assimilé le sionisme à Al-Qaïda. Ken Livingstone, ancien maire de Londres, a prétendu qu’Hitler était « sioniste avant de devenir fou ». Khadim Hussain, maire de Bradford, suggère qu’Israël aurait créé Daech pour manipuler l’Occident. D’autres militants, comme Vicki Kirby ou Benazir Lasharie, ont multiplié les propos haineux à l’égard des Juifs, allant jusqu’à publier des caricatures antisémites ou à exprimer une admiration malsaine pour Hitler.

Cette liste n’est pas exhaustive mais illustre l’ampleur du phénomène dans un parti qui fut pourtant l’un des piliers de l’Internationale socialiste – à laquelle appartient aussi le Fatah.

Et qu’en est-il de la gauche française ? L’extrême gauche ne dissimule plus son instrumentalisation de l’antisémitisme, utilisé comme ciment idéologique entre militants radicaux et islamistes animés d’une haine envers les Juifs. Comme le souligne Pierre-André Taguieff dans Une France antijuive ?, les manifestations à caractère antisémite ont souvent réuni des franges de l’extrême gauche (NPA, Front de gauche…) et des islamistes de diverses obédiences.

Quant à la gauche traditionnelle, certains de ses représentants ont pris position en faveur du Hamas, au nom d’un prétendu soutien humanitaire à Gaza, fermant les yeux sur la nature autoritaire de ce régime. Stéphane Hessel, figure emblématique de cette gauche morale, a crié « Israël assassin ! » lors d’une manifestation pro-Hamas en janvier 2009, sans sembler troublé par la virulence antisémite de certains slogans environnants.

Le cas d’Edgar Morin est révélateur. Dans son ouvrage Autocritique, il admet qu’en 1940, il pensait que le salut de 40 millions de Français valait bien celui de 500 000 Juifs, et se disait prêt à accepter leur sacrifice si l’Histoire l’exigeait. Une déclaration glaçante, surtout venant d’un intellectuel juif se réclamant de la gauche.

Qu’elle soit sociale-démocrate ou radicale, la gauche est aujourd’hui tentée par une vieille dérive : utiliser l’antisémitisme comme levier de mobilisation populaire. Une logique de type stalinien, dans laquelle les Juifs servent de variable d’ajustement, sacrifiés pour retarder l’effondrement idéologique d’un mouvement qui, à force de ne plus savoir où il va, se déleste de ses principes.

[1] Ecrivain britannique, blogueur et activiste politique juif et antisémite.

[2] Raed Salah.

[3] Emblème nazi.

[4] Sociologue, politologue et historien français.

Le chef de l’opposition israélienne à Paris

Avoda, le Parti travailliste israélien affilié à l’Internationale socialiste, a longtemps été un pilier de la gauche sioniste. Il a servi de cadre idéologique à des figures historiques telles que David Ben Gourion ou Itzhak Rabin, artisan des accords d’Oslo. Aujourd’hui dirigé par Itzhak Herzog, ce parti continue d’incarner une alternative au gouvernement en place, même si les différences d’approche sur les grandes questions stratégiques se sont estompées au fil du temps.

À l’occasion d’une visite officielle en France, où il a été reçu par le président François Hollande, Herzog a tenu à clarifier sa position sur le conflit israélo-palestinien. Il a déclaré : « La tentative de créer un État palestinien aujourd’hui est irréaliste. Un État palestinien ne peut être édifié maintenant, car les Palestiniens ne disposent pas d’un leadership capable de contrôler l’ensemble de leurs territoires et de porter un tel projet. »

Cette déclaration est loin d’être anodine. Elle suggère que le consensus sur la solution à deux États, s’il existe sur le papier, ne résiste pas à l’épreuve des faits sur le terrain. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le clivage entre la droite israélienne et l’opposition de gauche n’est pas tant idéologique qu’opérationnel : tous deux partagent désormais un scepticisme profond quant à la faisabilité immédiate d’un État palestinien.

Herzog ne fait donc que constater une réalité politique : l’Autorité palestinienne, affaiblie, ne contrôle plus Gaza et peine à affirmer son autorité en Cisjordanie. Son président, Mahmoud Abbas, est accusé de manquer de vision stratégique et d’user d’un immobilisme tactique — refusant des négociations directes tout en comptant sur une pression internationale accrue sur Israël.

Ce constat rejoint une inquiétude plus large : l’absence de leadership palestinien disposé à engager un compromis historique. Car une paix durable suppose non seulement la reconnaissance mutuelle mais aussi la capacité politique de faire accepter les concessions nécessaires. En l’état, aucun acteur palestinien ne semble en mesure d’assumer une telle responsabilité face à son peuple.

Il serait toutefois erroné de penser que l’opinion israélienne se satisfait du statu quo. Depuis des années, les sondages indiquent qu’une majorité d’Israéliens accepteraient la fin de l’occupation en échange de garanties sécuritaires solides et de la reconnaissance d’Israël comme État juif. Mais cette majorité lucide ne se laissera pas convaincre par des slogans : elle exige une paix concrète, pas une paix de façade.

Certes, le gouvernement israélien et l’opposition affichent leur soutien à la solution des deux États. Mais ce soutien reste conditionnel : il suppose un partenaire crédible en face. Or, cette condition n’est pas remplie à ce jour. Le Hamas à Gaza, l’influence croissante de l’Iran et la fragmentation politique palestinienne contribuent à un climat où toute initiative sérieuse semble vouée à l’échec.

Dans ce contexte, les pressions internationales — notamment européennes — pour relancer un processus de paix paraissent souvent déconnectées de la réalité. Promouvoir la formule « deux États pour deux peuples » sans se demander si les deux peuples y adhèrent réellement revient à ignorer l’asymétrie actuelle des volontés.

Depuis 1947, le refus de partager la terre entre Juifs et Arabes est un point de blocage récurrent. Aujourd’hui encore, une frange significative de la direction palestinienne continue de rejeter le principe même d’un État juif. Elle privilégie la stratégie du conflit prolongé et du combat symbolique à l’ONU, plutôt que l’édification laborieuse d’un État viable aux côtés d’Israël.

En définitive, toute avancée vers la paix suppose de regarder les faits en face. Il ne suffit pas qu’Israël soit prêt à faire des concessions ; encore faut-il que son interlocuteur veuille, et puisse, en faire aussi. En l’absence de cette volonté, les appels extérieurs resteront des incantations, et la paix, une idée suspendue.

Gaza et Molenbeek, même combat.

Le monde découvre avec stupeur l’existence de Molenbeek, cette obscure commune de l’agglomération bruxelloise devenue sanctuaire islamiste et repaire d’assassins. Il est vrai qu’après les attentats de Paris les autorités belges sont intervenues de manière musclée, mais le rôle des forces de l’ordre est comparable à celui des pompiers: on les appelle généralement quand l’incendie s’est déjà déclaré, c’est-à-dire trop tard.

Dans un société démocratique, prévenir le terrorisme consiste à ne pas transiger sur certains principes. De ce point de vue l’Europe a failli en fermant les yeux sur l’islamisme, dont les objectifs sont pourtant clairs. Penser que Paris pouvait échapper à cette calamité est d’un coupable aveuglement.

Tous les musulmans ne sont pas islamistes, mais il n’en est pas moins vrai que tous les islamistes vivent comme des poissons dans l’eau parmi les musulmans. Il y a une espèce d’omerta qui tétanise ces populations, dont on ne distingue pas bien si elle repose sur une adhésion tacite, une complaisance criminelle ou une terreur indicible.

Il y a une sorte de schizophrénie en Europe à ne pas admettre que les forces islamistes qui appellent à liquider Israël sont les mêmes que celles qui mettent des salles de spectacles et des restaurants à feu et à sang à Paris.

Le grand public a pu croire que les attentats visant l’Hyper Casher ou Charlie-Hebdo signalaient ce qu’il fallait ne pas être pour se sentir en sécurité en France. Le grand public a pu le croire, mais les autorités sont impardonnables de l’avoir cru. Certains ont même cru bon de suggérer que ne plus porter de kippa et ne plus s’en prendre au Prophète rétablirait le calme. Ces jours-ci le gouvernement belge a même franchi un nouveau pallier: ne plus aller au cinéma, ni aux compétitions sportives, ni à l’école. Pour le moment il semble encore permis de respirer, mais allez savoir ce que les politiciens vont encore trouver avant d’aller à l’essentiel.

Nous savons depuis la Shoah que l’antisémitisme est le plus sûr indice d’une société qui perd ses repères. Aujourd’hui c’est l’antisionisme – avatar de l’antisémitisme – qui joue ce rôle. Le parti-pris antisioniste d’une majorité d’intellectuels et de journalistes en Europe est inquiétant non seulement pour Israël, mais pour le monde libre lui-même. Faire une différence entre le Hezbollah, le Hamas et l’Iran d’une part, et Daesh et Al Qaeda d’autre part n’a aucun sens, parce que l’islamisme est une idéologie qui n’a ni feu ni lieu. Son ennemi est le genre humain tout entier, ce qui inclut les terroristes eux-mêmes, qui considèrent la mort – celle des autres comme la leur – comme valeur suprême.

Si l’Europe ne prend pas la mesure de ce fléau, les choses n’en resteront pas là, parce que les Djihadistes ne savent que trop bien avec quelle facilité ils peuvent opérer dans un Etat de droit. C’est pour cela qu’il y va de l’intérêt de l’Europe que de soutenir l’Etat d’Israël et de cesser de le stigmatiser avec des directives bêtes et méchantes comme l’étiquetage de produits de Cisjordanie. Il n’est pas anodin de noter que les  responsables politiques français ont voté cette ignominie qui a englouti des fortunes en commissions spéciales et en consultants, alors qu’au même moment des Djihadistes s’apprêtaient à exterminer des Parisiens à la Kalachnikov.

Ces mêmes Djihadistes qui de Tel Aviv à Paris sèment la mort partout où il y a des vivants; qui non seulement prônent que la fin justifie les moyens, mais que les moyens sont en eux-mêmes une fin; qu’il s’agit moins pour eux de s’emparer du monde que de le quitter avec éclat; que le paradis au ciel vaut bien l’enfer sur terre.

l’Europe a le devoir de soutenir cette minuscule démocratie qu’est l’Etat d’Israël confronté à une guerre dont l’Europe n’entend que les bruits de bottes mais qui deviennent de plus en plus audibles. A bon entendeur salut.

Israël et Europe, même combat.

Lucy Aharish or Israel’s Pasionaria

Lucy Aharish is a symbol of paramount importance to Israel. This charismatic, eloquent, courageous and smart intellectual is a graduate of political science and journalism, and leads a brilliant career as a columnist in several media, among which I24 News. Her appearances fascinates viewers who often learn more from her about Israeli reality that from the versatile press where commentators  mainly compete between them with slogans.

When asked to define her identity, Aharish says she is an Israeli, a woman, an Arab and a Muslim, “in that order,” she emphasizes. But when compelled to respond more accurately she exclaims she is “neither an Arab nor a Jew. Neither Christian, nor Muslim nor Druze nor Buddhist nor Circassian. Neither left nor right. Neither religious nor secular. That she doesn’t want to see children kidnapped and murdered. That she doesn’t want to see children burnt to death. That she doesn’t want to hear sirens or see missiles launched … That she wants us to open our eyes to the rage and hatred that are eating us alive.”

Aharish’s tone, freshness and fervor is unprecedented in Israeli media. Despite the prejudices that could have hindered her way up, she managed to overcome them through years of work and perseverance. During her shows she challenges her guests with both disarming and insightful style, whether they are Hamas representatives, Jewish fundamentalists or prominent Americans. She does it in their native languages, which she masters to perfection.

Aharish stresses she represents herself only. She claims she is an Arab Muslim, but refuses to be locked into clichés. On the one hand, she vigorously slams Palestinian leaders’ strategy, which she deems a non-starter, but, on the other hand, she strongly criticizes the discrimination of Israeli Arabs.

Israel is home to this lady just like it is for millions of Arab and Jewish citizens. But Aharish is neither suicidal nor quixotic. She comes across flamboyantly on the Israeli public arena, she is talented and bright, so she is unlikely to let herself corner if she realizes that her struggle may lead to a dead end.

Aharish is under relentless attack by a certain right, a certain left and also from many Arabs. As she is a unique asset for Israeli society, it would be a considerable waste if she chose to leave Israel in order to get away from domestic hostility.

This does not take away that many Israelis admire her, support her and approve of her stance. If she decided to leave it would be a very bad sign for the Israeli democracy. This ambitious woman is far from having deployed her full potential, so if she nevertheless felt an urge to go abroad, it might be a good idea for the government to offer her the position of Israel’s ambassador at the United Nations.

Lucy Aharish ou la pasionaria d’Israël

Lucy Aharish est un symbole de première importance pour Israël. Diplômée de sciences politiques et de journalisme, cette jeune intellectuelle est charismatique, éloquente, courageuse et intelligente. Elle mène une brillante carrière de chroniqueuse dans plusieurs médias, dont I24 News. Ses interventions prennent les téléspectateurs aux tripes et nous apprend souvent plus sur la réalité israélienne que cette presse versatile où journalistes de tous bords se font concurrence à coups de slogans.

Quand on lui demande de définir son identité elle répond qu’elle est israélienne, femme, arabe et musulmane, “dans cet ordre”, précise-t-elle. Mais quand on la pousse dans ces retranchements, elle finit par s’écrier qu’elle “n’est ni arabe ni juive ni chrétienne ni musulmane ni druze ni bouddhiste ni circassienne ni de gauche ni de droite. Qu’elle en a assez de voir des enfants enlevés, assassinés ou brûlés vifs. Qu’elle ne veux plus entendre hurler des sirènes ni voir des missiles déchirer le ciel. Qu’il faut prendre conscience de cette rage et de cette haine qui est en train de nous détruire.”

Aharish a un ton, une fraîcheur et une intensité sans précédent dans le monde médiatique israélien. Malgré les préjugés qui auraient pu entraver son ascension, elle a réussi à s’imposer à force de persévérance. Lors de ses émissions elle interpelle avec un naturel désarmant et incisif aussi bien des représentants du Hamas que des fondamentalistes juifs que des personnalités américaines, le tout dans leurs langues respectives, qu’elle maitrise à la perfection.

Aharish prend soin de ne représenter qu’elle-même. C’est une arabe musulmane mais elle refuse de se laisser enfermer dans des clichés. D’une part elle ne craint pas de critiquer la politique des dirigeants palestiniens, dont elle estime qu’elle ne mène à rien, et d’autre part elle fustige la discrimination que subissent les arabes d’Israël.

Israël est la maison de cette femme sans peur et sans reproche, tout comme celle de ses millions de concitoyens arabes ou juifs. Mais Aharish n’est ni suicidaire ni donquichottesque. Elle évolue avec panache dans l’espace public israélien, mais c’est quelqu’un de talentueux et de brillant qui ne se laissera pas consumer si son combat mène à l’impasse.

Elle constitue un atout unique pour la société israélienne, or ce serait un immense gâchis si d’aventure elle choisissait de s’expatrier pour échapper à l’hostilité de certains milieux. Elle est en effet la cible à la fois d’un certaine droite, d’une certaine gauche et de beaucoup d’arabes toutes tendances confondues.

Cela n’empêche pas de nombreux israéliens d’être subjugués lors de ses interventions publiques. Si un jour elle décidait de partir sous d’autres cieux ce serait très mauvais signe pour Israël. Cette femme ambitieuse est loin d’avoir déployé tout son potentiel, alors si malgré tout elle éprouvait le désir de s’éloigner alors ce serait peut-être une bonne idée de lui proposer le poste d’ambassadeur d’Israël à l’ONU.

Netanyahu et le Grand Mufti

Un orage médiatique s’est abattu ces derniers jours sur le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à la suite de ses propos tenus en anglais lors d’une conférence du Congrès sioniste à Jérusalem. En voici la traduction :

« Hitler n’avait pas l’intention d’exterminer les Juifs à cette époque [1]. Il voulait les expulser. Le Grand Mufti de Jérusalem [2] est allé voir Hitler pour lui dire : “Si vous les expulsez, ils iront tous là-bas [en Palestine].” Hitler lui demanda : “Que dois-je en faire alors ?” Le Grand Mufti répondit : “Brûlez-les.” »

Ces propos ont déclenché une  hystérie collective parmi journalistes, chroniqueurs, intellectuels de tous bords et historiens. Netanyahu a été accusé d’ignorance, de négationnisme, d’incitation à la haine, de minimisation des crimes nazis et d’opportunisme politique. La chancelière allemande elle-même s’est sentie obligée de rappeler que l’Allemagne portait bien la responsabilité de la Shoah.

Pourtant, peu ont pris la peine d’écouter ou de vérifier avec discernement les propos de Netanyahu. Il s’agissait en réalité d’une vérité historique accessible à tous.

Mohammed Amin al-Husseini fut Grand Mufti de Jérusalem de 1921 jusqu’à la création de l’État d’Israël en 1948. Proche des Frères musulmans, il prônait non seulement l’élimination des Juifs de Palestine, mais également celle des Juifs du monde entier. Considéré comme l’un des pères spirituels de l’islamisme radical contemporain, il est encore aujourd’hui tenu pour un héros national et une référence religieuse par de nombreux Palestiniens.

Dès l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933, le Grand Mufti manifesta son enthousiasme pour leur idéologie. Il devint l’un de leurs plus fervents collaborateurs dans le monde arabe [3]. En retour, il obtint le titre d’« Aryen d’honneur » et prêta allégeance à Hitler, déclarant :

« Les nations arabes sont convaincues que l’Allemagne remportera la guerre. Elles sont ses alliées naturelles, partageant les mêmes ennemis : les Anglais, les Juifs et les communistes. Elles sont prêtes à coopérer pleinement avec l’Allemagne, notamment en formant une légion arabe. »

Il mit cette promesse à exécution en créant une division arabe de la Waffen SS [4].

Lors du procès Eichmann [5], la philosophe Hannah Arendt nota que

« Les liens du Grand Mufti avec les nazis étaient notoires, car il espérait qu’ils l’aideraient à mettre en œuvre une variante de la Solution finale au Proche-Orient » [6].

Après la guerre, le Grand Mufti se réfugia à Paris, où il bénéficia de la complaisance des autorités françaises, malgré son statut de criminel de guerre recherché. Refusant de l’extrader, la France finit par le laisser s’échapper avec l’aide du Quai d’Orsay, qui lui procura un faux passeport [7].

Dieter Wisliceny, adjoint d’Eichmann, déclara au tribunal de Nuremberg que

« Le Grand Mufti avait à plusieurs reprises suggéré à Hitler, Ribbentrop et Himmler d’exterminer les Juifs, estimant que c’était la meilleure solution au problème palestinien » [8].

Depuis l’Allemagne, le Mufti multiplia les déclarations de soutien à la Solution finale [9] et, dans ses émissions radio à destination du monde arabe, appelait à

« Tuer les Juifs où qu’ils se trouvent, car telle est la volonté de Dieu. »

Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir en 1933, ils cherchaient à se débarrasser des Juifs, sans forcément imaginer alors l’ampleur génocidaire que prendrait leur politique une décennie plus tard. Ils pensaient qu’en rendant la vie impossible aux Juifs, ceux-ci finiraient par émigrer — comme lors de l’expulsion d’Espagne au XVe siècle.

Les lois de Nuremberg de 1935 institutionnalisèrent la persécution : exclusion de la fonction publique, radiation des professions libérales, boycott, interdiction d’accès aux lieux publics, pogroms.

Durant cette période, Eichmann fut chargé d’encourager l’émigration juive vers la Palestine, en lien avec certains cercles sionistes. En 1937, il effectua un voyage en Palestine pour étudier la faisabilité de cette solution, puis entreprit de l’accélérer, recevant les félicitations de sa hiérarchie pour son efficacité.

L’accord de la Haavara, signé en 1933 entre le régime nazi et la Fédération sioniste d’Allemagne, visait à faciliter le transfert de biens juifs vers la Palestine. Environ 50 000 Juifs émigrèrent grâce à ce dispositif, en vigueur jusqu’en 1942, date de la conférence de Wannsee.

En 1938, Eichmann rédigea un mémorandum pour promouvoir l’émigration hors d’Europe [11] et fut chargé d’élaborer un plan de déportation de quatre millions de Juifs à Madagascar. Ce projet, bien que très avancé sur le papier, échoua en raison du contrôle britannique de l’île.

Jusqu’en 1941, l’objectif nazi restait donc l’expulsion. Mais les Britanniques ayant fermé la porte de la Palestine avec le Livre blanc [14], et aucune autre puissance n’acceptant d’accueillir les réfugiés, les nazis adoptèrent progressivement l’idée que l’extermination serait la seule « solution finale ».

Dans ce contexte, la visite du Grand Mufti à Hitler exprime bien une inquiétude : l’arrivée massive de Juifs expulsés du Reich risquait de renforcer le Yishouv [13]. Il ne fut donc pas le déclencheur de la Solution finale, mais un acteur influent dans l’opposition à l’émigration juive vers la Palestine.

C’est ce que Netanyahu a tenté de rappeler : qu’au moment de cette rencontre en 1941, les nazis envisageaient encore l’expulsion plutôt que l’extermination. Son propos ne visait pas à réécrire l’histoire ni à exonérer Hitler, mais à souligner le rôle actif et idéologique du Grand Mufti dans l’antisémitisme exterminateur — un rôle trop souvent occulté.

Netanyahu a enfin voulu faire un parallèle entre cette idéologie fasciste et antisémite incarnée par le Mufti, et les courants islamistes violents qui nourrissent aujourd’hui encore l’hostilité radicale contre Israël, notamment au cœur de l’Intifada des couteaux.

Notes

[1] “Cette époque” renvoie à l’entrevue entre le Grand Mufti et Hitler en 1941. La plupart des commentateurs semblent avoir ignoré ce point. Sans cette précision la phrase de Netanyahu aurait eu un tout autre sens.

[2] Un mufti est un religieux musulman qui a l’autorité d’émettre des fatwas. Dans chaque État de l’Empire ottoman le Grand Mufti était la plus haute autorité religieuse du pays.

[3] Etude de Matthias Küntzel publiée dans Jewish Political Studies Review

[4] Organisation paramilitaire et policière nazie

[5] Criminel de guerre nazi responsable de la logistique de la Solution Finale

[6] Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal de Hannah Arendt

[7] Tsilla Hershco: Histoire d’une évasion [archive], Revue Controverses, n°1, mars 2006.

[8] Zvi Elpeleg, Hamufti Hagado 1989, p. 74,75

[9] Zvi Elpeleg, Through the Eyes of the Mufti: The Essays of Haj Amin

[10] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann

[11] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

[12] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

[13] Le Yishouv désigne la communauté juive en Palestine avant la création de l’État d’Israël.

[14] En mai 1939, alors que les Juifs sont persécutés par le Troisième Reich, les Britanniques leur réduit l’accès à la Palestine de manière draconienne.

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