Réponse à Eytan à propos de Leibowitz

Accuser Yeshayahu Leibowitz d’incohérence ou de provocation est, bien souvent, une manière d’éluder le véritable débat d’idées. Il est plus fécond de s’attaquer à des points précis et de tenter de les réfuter. La difficulté tient à ce que nombre de ses contradicteurs s’y perdent, confondant foi et raison, ou opposant l’émotion à l’argumentation.

La force intellectuelle de Leibowitz réside dans une logique imperturbable. Certes, il lui est arrivé de se laisser aller à des écarts de langage difficilement justifiables ; mais, en d’autres occasions, ses formules ont fait mouche, précisément parce qu’elles mettaient en lumière des réalités dérangeantes.

Dans son cycle consacré au « Guide des Égarés » de Moïse Maïmonide, l’un de ses élèves défend l’idée d’une intervention divine en soulignant que « l’historiographie de la Torah nous enseigne que la Providence veille de manière spécifique sur le destin du peuple juif ».

Réponse de Leibowitz : « Pour ma part, la Torah m’apprend que Jéroboam ben Yoash, le plus conquérant des rois, l’un des plus aguerris qu’Israël ait connus — lui qui “rétablit la frontière d’Israël depuis Hamat jusqu’à la mer de la Plaine” et dont “les victoires permirent de restituer Damas à Israël” (Melakhim II, chap. 14) — fut aussi un mécréant qui précipita le peuple dans le péché, sans que cela l’empêche de prospérer durant quarante-deux années de règne. À l’inverse, je lis également que Josias ben Amon, seul roi véritablement vertueux (צדיק), qui préserva le judaïsme et la Torah, servit Dieu de toute son âme et extirpa l’idolâtrie, fut assassiné à trente-neuf ans, entraînant avec lui l’asservissement d’Israël. Voilà l’historiographie que je trouve dans la Torah ; et, pour ma part, je ne parviens nullement à comprendre comment vous en déduisez un quelconque lien entre l’histoire et la foi. »

Le « Guide des Égarés » ne figure pas à proprement parler dans la bibliographie du judaïsme orthodoxe — pour des raisons analogues à celles qui expliquent la méfiance de ces milieux à l’égard de Leibowitz. Vous le reconnaissez vous-même, ce qui tend à montrer qu’il existe bien une continuité entre Maïmonide et Leibowitz. Le « Guide des Égarés », que vous tenez pour quantité négligeable et dont vous affirmez qu’il « n’intéresse que les milieux académiques », comme s’il s’agissait d’une anomalie, fut pourtant rédigé à l’âge de la pleine maturité intellectuelle de Maïmonide, au moment où celui-ci avait assimilé l’essentiel du savoir philosophique, religieux et scientifique de son temps. Il en constitue l’aboutissement — à la lumière duquel l’ensemble de son œuvre antérieure prend sens.

Certains ouvrages de Maïmonide furent brûlés en place publique après sa mort ; mais cela en dit davantage sur les incendiaires que sur les textes eux-mêmes. Comme l’écrivait Heinrich Heine : « Là où l’on brûle des livres, on finit tôt ou tard par brûler des hommes. »

Les grandes figures que vous invoquez à propos de la Kabbale sont toutes postérieures de plusieurs siècles à la clôture du Talmud. On affirme volontiers que la tradition mystique remonte à la création du monde ; il n’en demeure pas moins que les Tannaïm, tout comme Maïmonide, s’en sont fort bien passés.

Tout, dans la Torah, relève de l’interprétation ; mais si l’on considère la Révélation comme un fait historique, alors l’honnêteté intellectuelle exige que l’on mobilise les mêmes outils que pour établir n’importe quel autre événement.

La question du sens des commandements est, à cet égard, centrale. S’ils sont accomplis en vue d’obtenir quelque chose, on se rapproche alors du paganisme, qui, depuis l’aube de l’humanité, consiste à amadouer les dieux pour obtenir une vie favorable. Dans le judaïsme, cela correspond à ce que l’on appelle « emouna lo lishma » (une foi intéressée). La Halakha ne la proscrit pas, car les Sages estimaient qu’une telle foi pouvait conduire à la « emouna lishma » (la foi pour elle-même).

לעולם יעסוק אדם בתורה ובמצווה, אפילו שלא לשמה, שמתוך שלא לשמה — בא לשמה

A quoi sert la pensée de Yeshayahu Leibowitz ?

On a tendance à qualifier Yeshayahu Leibowitz de philosophe. Pourtant, lorsqu’il s’agissait de judaïsme, il se bornait à enseigner une méthode, sans prétendre formuler des concepts ni innover de quelque manière que ce soit. C’est précisément ce qui rend sa doctrine si difficile à réfuter. À ses contradicteurs, il rappelait que rien de ce qu’il avançait n’était nouveau, et les confondait avec une virtuosité éblouissante, en puisant dans les sources les plus traditionnelles du Talmud.

Son maître à penser était Moïse Maïmonide, généralement tenu pour le plus grand penseur juif depuis l’Antiquité ; c’est donc à travers cette filiation qu’il convient d’appréhender Leibowitz. Les faiblesses que l’on peut déceler chez lui en matière de judaïsme ne sont, au fond, que celles de Maïmonide lui-même.

Il importe de comprendre qu’au Moyen Âge coexistaient deux grands courants de la pensée juive qui, sans conduire à un schisme, n’en étaient pas moins très éloignés sur le plan conceptuel.

D’un côté, Yehuda Halevi, père spirituel du sionisme religieux, relayé plus tard par le Abraham Isaac Kook ; de l’autre, Maïmonide, dont Leibowitz se réclame. Tandis que le Rav Kook était un mystique imprégné de Kabbale, Leibowitz considérait celle-ci comme une intrusion de l’idolâtrie dans le judaïsme. Maïmonide, qui n’a pas connu l’essor de la Kabbale — amorcé seulement vers le XIIᵉ siècle —, ne l’aurait probablement jamais avalisée, fidèle qu’il était à un rationalisme rigoureux.

Certains s’interrogent : à quoi peut bien servir une pensée qui ne propose aucune réponse aux questions existentielles du présent ? À cela, Leibowitz aurait sans doute répondu que la question elle-même est dépourvue de sens dans le cadre du judaïsme. Il ne faut pas attendre de Dieu des réponses aux interrogations du passé, du présent ou de l’avenir. Espérer qu’Il résolve nos problèmes existentiels revient à supposer que Dieu doit servir à quelque chose, alors que, dans le judaïsme, c’est l’homme qui doit Le servir.

Leibowitz aimait dire que Dieu n’est ni un service de santé ni un parti politique. À un rescapé de la Shoah qui lui confiait avoir cessé de croire après la guerre, il rétorquait qu’avant la guerre déjà, il ne croyait pas en Dieu, mais seulement en l’aide de Dieu — ce qui n’est pas la même chose.

Quelle est la signification profonde du premier verset de la Torah : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » ? Selon Leibowitz, la seule chose que l’on puisse déduire de cette formulation énigmatique est que Dieu ne fait pas partie du monde, puisqu’Il était avant que le monde ne fût (אדון עולם אשר מלך בטרם כל יציר נברא).

Cela signifie que, même si l’on admet que tout procède de Dieu, le monde tel que nous le connaissons n’obéit qu’aux lois de la nature. C’est là, selon Maïmonide, la Providence universelle. Quant à la Providence individuelle, elle réside dans le libre arbitre : contrairement à tout ce que nous connaissons dans le cosmos, l’homme possède cette faculté incompréhensible de vouloir, reflet de l’image divine (צלם אלוהים).

Croire que Dieu intervient dans la nature ou dans l’histoire constitue une impasse logique et confine à la superstition. Leibowitz insistait sur le fait que n’importe quel esprit raisonnable peut constater l’absence de corrélation entre la pratique religieuse et ce qui advient — à nous-mêmes, à nos proches, à nos ennemis ou au monde en général (צדיק ורע לו, רשע וטוב לו).

Rien de tout cela n’enlève à la valeur de l’impressionnant corpus du judaïsme. Ce monument d’intelligence, édifié au fil des millénaires par nos Anciens, constitue la colonne vertébrale et la raison d’être du peuple juif. Œuvre humaine destinée aux hommes, il doit continuer à être enseigné et enrichi pour que vive ce peuple. C’est d’ailleurs ce à quoi Leibowitz consacra toute sa vie, tout en sachant que les 613 commandements de la Torah n’ont aucun rapport avec la marche du monde — dont il pensait que seule la science pouvait percer certains secrets (עולם כמנהגו נוהג).

La conception leibowitzienne de la religion est sans doute la seule acceptable pour un esprit rationnel, par opposition à toute construction intellectuelle reposant sur la Révélation comme fait historique — ce qu’aucun système de pensée ne saurait véritablement intégrer.

L’enseignement de Leibowitz, comme celui de Maïmonide, a consisté à restituer à Dieu sa véritable place : celle de la transcendance, donc hors du monde. Dès lors, répondre à la question « à quoi sert la pensée de Yeshayahu Leibowitz ? » revient à dire qu’elle sert à penser.

Ce n’est pas rien.

La journaliste se trompe-t-elle ?

Le « Times of Israel » a récemment publié un article avec pour titre « Un amendement peu remarqué du droit fiscal a-t-il transformé Israël en paradis pour les criminels ? ».

Il s’agit d’une analyse par la journaliste Simona Weinglass du panier d’avantages dont bénéficient les Olim Hadashim[1].

Le titre de l’article est accrocheur et perfide. Le point d’interrogation censé donner une apparence de neutralité au propos n’y change rien. C’est un procédé consistant à médire de manière subliminale.

Par ailleurs, l’on peut se demander quel instrument de mesure la journaliste applique pour estimer que l’amendement en question a été « peu remarqué ».

Il suffit de faire une recherche minimale dans la presse de l’époque pour découvrir qu’il a au contraire fait l’objet de beaucoup de publicité et suscité de nombreux commentaires.

Sur la première page on lit « En 2008, la Knesset a adopté un amendement exemptant les nouveaux immigrants de payer des impôts sur les revenus étrangers, dans le but d’encourager l’Alyah. »

Le lecteur non averti en déduira que cette exemption date de 2008, or il n’en est rien. Il ne s’agit pas d’un nouveau train de mesures, mais bien d’une mise à jour de dispositions existantes liées à la « Loi du Retour ».

C’est ainsi que le Ministère de l’immigration et de l’Absorption a décidé en 2008 d’allonger une exemption existante depuis de nombreuses années, qui passe ainsi de cinq à dix ans.

Cette exemption, ainsi que d’autres stimuli, s’applique désormais aux Israéliens revenant au pays après une absence prolongée aussi bien qu’aux Olim. A cela il faut ajouter la dispense de déclaration de revenus étrangers, la gratuité de l’Oulpan[2], le régime de taxation à l’achat d’un véhicule et d’autres prérogatives du même ordre.

Plus loin dans l’article un économiste relève que « l’idée était d’encourager l’Alyah des personnes riches en transformant Israël en paradis fiscal ». C’est faux. Le fait d’accorder des avantages ponctuels et limités dans le temps à des Olim n’est en rien un critère de paradis fiscal.

Qu’il y ait des Olim qui abusent de la loi en exploitant ses failles est possible, mais ne la rend pas illégitime : c’est une faiblesse inhérente à tout subside étatique dans n’importe quel domaine et dans n’importe quel pays.

D’une manière générale, les Etats qui tentent d’attirer des personnes privées ou des sociétés au moyen d’avantages fiscaux n’enfreignent en rien le droit international.

Plus loin encore on apprend qu’un professeur de droit fiscal condamne les exemptions dont jouissent les Olim en arguant qu’ils « viennent en Israël pour pouvoir échapper à l’impôt d’autres pays ». On ne voit pas sur quoi cette affirmation se base.

Des Olim qui auraient des obligations fiscales où un contentieux dans leur pays d’origine restent comptables de la période qui précède leur Alyah.

Qu’ils continuent à avoir une activité professionnelle en dehors d’Israël ou en Israël même, ils sont et restent des contribuables comme les autres.

Quant à l’efficacité des privilèges liés à la « Loi du Retour », l’article ne conclue ni dans un sens ni dans l’autre, mais ce qu’il faut retenir c’est que ces dispositions sont dans le droit fil de la politique de l’Agence Juive depuis sa création, qui est d’encourager l’Alyah de tous les Juifs, même celle des riches.

[1] Nouveaux immigrants bénéficiant du régime de la « Loi du Retour » votée par la Knesset en 1950

[2] Système d’enseignement de l’hébreu aux immigrants

L’ONU et la colonisation de la Judée-Samarie

La Résolution 2334 de l’ONU condamnant la colonisation de la Judée-Samarie  par Israël est conforme à la position traditionnelle des Etats membres. Ce qui est nouveau, c’est la décision des Etats-Unis de ne pas y opposer de veto. C’est un geste bête, méchant et lâche du Président Obama, qui a eu pour effet de faire basculer la presque totalité de l’opinion publique israélienne dans un même dégoût.

L’année dernière l’ONU a adopté vingt Résolutions contre Israël, et prononcé trois condamnations contre le reste du monde.  Les membres du Conseil de Sécurité font ainsi de l’antisémitisme sans le savoir, tout comme ce Monsieur Jourdain du « Bourgeois Gentilhomme » qui parlait en prose, lui aussi sans le savoir.

Le coup bas d’Obama en fin de règne était inévitable, parce que la vérité est qu’il a été hostile à Israël dès sa prise de fonction. La stupidité de ce geste n’est cependant pas exceptionnelle, étant donné que beaucoup d’observateurs avertis s’accordent pour qualifier Obama comme ayant été le Président comme le plus incompétent que l’Amérique ait jamais connu en matière de politique étrangère.

Poser qu’Israël viole le droit international en construisant sur des terres domaniales ayant appartenu à l’Empire turc et occupées ensuite par les Britanniques est une absurdité.

Israël est en faveur de la création d’un Etat palestinien à ses côtés – et non pas à sa place – mais il n’existe aucun document sur lequel on puisse se baser objectivement pour délimiter où s’arrête Israël et où commence la Palestine.  Israël ne déterminera donc ses frontières qu’en concertation avec ses voisins, et avec personne d’autre, fût-ce l’ONU.

Les voisins d’Israël sont – entre autres – le Hezbollah et le Hamas, tous deux financés et armés par l’Iran et ayant pour vocation de détruire Israël.  L’Autorité palestinienne quant à elle est amorphe, et bien qu’ayant la possibilité de négocier avec Israël, elle s’y refuse. Même quand Obama a imposé à Israël de geler la colonisation en 2013 l’Autorité palestinienne s’est défilée.

C’est ainsi que la frange la plus radicale du côté israélien s’engouffre dans le vide juridique concernant les frontières de la Palestine, ce qui est – littéralement – de bonne guerre quand il n’y pas à qui parler de l’autre côté.

Les implantations  israéliennes constituent une arme de guerre comme une autre. Personne ne peut nier que la colonisation du Sinaï a été décisive pour emmener l’Egypte à signer un traité de paix avec Israël. En maintenant le Sinaï comme monnaie d’échange jusqu’à ce moment historique Israël n’a fait que faire preuve de bon sens.

Cependant la stratégie des territoires occupés comme monnaie d’échange n’est pas efficace contre ceux qui nient le droit à l’existence d’Israël . Pour eux il n’y aucune différence entre les implantations le long de la ligne verte, les colonisations sauvages, et Tel Aviv ou Haïfa. C’est pour cela que ni le retrait du Liban ni celui de Gaza n’ont pu créer de climat favorable à la paix.

La Résolution 2334 est scélérate parce qu’elle fait l’impasse sur la doctrine de destruction d’Israël par ses ennemis. L’Unesco a d’ailleurs récemment abondé dans ce sens en adoptant un texte qui nie tout lien entre le peuple  juif et Jérusalem.

Le fil conducteur entre le texte de l’Unesco et la Résolution 2334 de l’ONU saute aux yeux: il s’agit de dénier au peuple Juif le droit à la souveraineté en réécrivant l’Histoire.

Ury Avnery et les “Trois Non” de Khartoum

Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien aujourd’hui âgé de 93 ans. Il a récemment publié sa biographie, qui couvre donc l’Histoire d’Israël sur près d’un siècle.

Ci-dessous un passage où il évoque la réunion d’urgence de la Ligue Arabe à Khartoum en 1967 suite à la Guerre des Six-Jours.

Tome II, page 120.

Fin août 1967, le gouvernement israélien reçut un cadeau inespéré. Les leaders du monde arabe –Rois, Princes et Présidents – se réunirent à Khartoum, capitale du Soudan, et décrétèrent les fameux « Trois Non » : Non à la paix avec Israël, Non à la reconnaissance d’Israël, Non à la négociation avec Israël. Cela procura un prétexte légitime à Israël pour ne pas ouvrir de négociation, ni pour rendre les territoires conquis. Qu’est-ce qui mena les leaders arabes à une conduite d’une stupidité aussi monumentale ? Pour saisir cela il faut prendre en compte le fond psychologique : cette guerre leur avait infligé une défaite tellement cuisante que l’humiliation en était insoutenable, et leur pouvoir commençait à vaciller dangereusement. Il leur sembla qu’une démonstration d’orgueil national, fût-elle artificielle et sans substance, rétablirait leur prestige. 

Ce passage est caractéristique de la déconnexion mentale d’idéologues comme Avnery qui, quand la réalité ne leur convient pas, échouent dans un déni qui a au moins pour eux l’avantage d’être politiquement correct. Qu’était censé faire Israël après avoir repoussé les armées arabes qui s’apprêtaient à rayer le pays de la carte ?

S’excuser de s’être défendu ?

Personne ne peut nier que le monde arabe n’a eu de cesse que de chercher à liquider Israël dès sa création. Plus de vingt nations se sont liguées à l’époque pour l’éliminer par tous les moyens : guerre, terrorisme ou asphyxie économique. Ces dictatures ou théocraties comptaient – et comptent encore toujours – parmi les plus sanguinaires, les plus arriérées et les plus cruelles du monde.

Elles affamèrent leurs peuples pour consacrer leurs ressources à une folle course aux armes entre 1947 et 1967 afin de réaliser leur fantasme de Solution Finale de la question juive au Moyen-Orient. Elles empruntèrent à la tradition antisémite les clichés les plus éculés afin de donner à leurs enfants le goût du sang juif dès l’âge de raison. Tout cela pour aboutir au Jour J de la liquidation d’Israël prévue pour juin 1967. Ce fut la Guerre des Six-Jours.

La coalition arabe ouvrit les hostilités après une longue et méticuleuse préparation, alimentée par la conviction profonde de mener une guerre sainte. Ahmed Choukeiry, leader de l’OLP à l’époque, fut dans les semaines précédant la Guerre des Six-Jours, porté en triomphe dans les capitales arabes aux cris de « les Juifs à la mer » vociférés par des foules en délire.

Après cela, après que le monde arabe eut subi une défaite militaire sans précédent dans l’histoire moderne, après seulement six jours de combats, après des dizaines de milliers de soldats arabes fauchés en pleine jeunesse par la folie de leurs dirigeants, après les « Trois Non » de Khartoum, après que ces potentats réunis en conclave eussent juré devant le monde entier qu’ils étaient déterminés à continuer la lutte contre Israël quoi qu’il arrive, Ury Avnery en arrive – en dépit du bon sens – à estimer que c’était Israël qui ne voulait ni la paix ni rendre les territoires conquis.

C’est ainsi, que selon lui, les « Trois Non » constituèrent un « cadeau » pour Israël, qui pouvait donc continuer à guerroyer contre les Arabes la conscience tranquille.

Le fait qu’Israël ait accepté de rendre le Sinaï à l’Egypte contre la simple reconnaissance de son droit à l’existence ne semble pas avoir ébranlé la conviction d’Avnery que c’était Israël le fauteur de guerre.

Il est vrai que cela correspond aux divagations de ses acolytes qui à Paris, à Londres ou ailleurs portent et colportent la détestation d’Israël.

Avnery fut un temps le seul député de son parti à la Knesset. Un contre cent-vingt, aimait-il à dire. Seul contre tous, donc.

Encore heureux.

Ury Avnery et les Juifs orientaux

Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien âgé de 93 ans. Il a récemment publié sa biographie, qui couvre donc l’Histoire d’Israël sur près d’un siècle.

Dans un passage où il évoque les Israéliens originaires du monde arabe, il s’interroge sur leur orientation politique, majoritairement à droite.

Page 444, tome I

“L’adhésion de la communauté juive orientale au camp nationaliste anti-arabe était pour moi incompréhensible. Le sort des Juifs du monde musulman avait été infiniment meilleur que celui de leurs frères de l’Europe chrétienne. Ils n’avaient rien vécu de comparable à l’Inquisition, à l’expulsion d’Angleterre ou d’ailleurs, aux massacres des Croisés, aux pogroms d’Europe de l’Est, sans parler de la Shoah.”

Avnery estime que les Israéliens d’origine orientale se sont trompés en ralliant la droite, mais il ne se pose à aucun moment la question de savoir si lui, ashkénaze allemand, a légitimité à penser à leur place.

La même question se pose d’ailleurs pour les immigrants d’URSS, qui se situent eux aussi massivement à droite de l’échiquier politique. Faut-il s’étonner qu’ils aient développé une détestation viscérale de tout ce qui ressemble à la gauche après avoir été persécutés en tant que Juifs dans la patrie même du socialisme ?

Il est vrai, les Juifs orientaux n’ont pas eu un sort aussi apocalyptique que ceux du monde chrétien, mais en déduire qu’ils n’avaient pas de raison d’en vouloir aux régimes arabes est une contre-vérité.

Au Moyen-âge, le statut de « dhimmi » leur interdisait de posséder des armes, de témoigner au tribunal ou  de monter à cheval. Ils devaient porter des signes distinctifs, étaient assujettis à une taxe spéciale et leurs habitations devaient être plus basses que celles des musulmans.

Au Yémen, les Juifs avaient pour tâche de vider les fosses d’aisance et de dégager les cadavres d’animaux.

Une grande partie de tout cela n’était plus d’application au 20e siècle, mais cette humiliation est restée ancrée dans la mémoire collective des Juifs d’Orient. Ce n’est qu’en ayant ce passé de “dhimmi” à l’esprit que l’on arrive à comprendre comment près d’un million de Juifs ont pu disparaître du monde arabe en moins d’une décennie.

La manière dont ils ont été chassés diffère d’une région à l’autre, mais le dénominateur commun est un antisémitisme remontant à l’époque du Prophète. Celui-ci avait voulu rallier les Juifs à l’islam, mais il s’est retourné contre eux quand il a compris qu’il n’y parviendrait pas.

Des communautés juives vivant depuis des temps immémoriaux en terre arabe ont été traquées, expulsées ou éliminées d’une manière ou d’une autre après la création de l’Etat d’Israël.

A noter qu’ils n’ont jamais bénéficié du statut de réfugiés de l’ONU, contrairement aux Palestiniens qui le conservent d’une génération à l’autre.

Clinton ou la sanction des élites

La victoire de Trump sur Clinton est encore plus invraisemblable qu’il n’y paraît, pour autant qu’on ne se limite pas au strict décompte des voix. Après tout les deux protagonistes se sont départagés les électeurs à peu près à égalité, et Clinton a même eu légèrement plus de voix que son rival, qui l’a néanmoins remporté grâce à ce système électoral qui ne repose pas sur la proportionnelle intégrale.

Sur 200 organes de presse, 194 étaient opposés à Trump. Le budget dont il disposait était la moitié de celui de Clinton. Celle-ci avait des milliers de militants rémunérés faisant du porte-à-porte jusqu’à la dernière minute. La quasi-totalité de Hollywood, de l’intelligentsia et des milieux artistiques la soutenaient, et certaines des vedettes les plus populaires au monde apparaissaient à ses meetings sur le podium à côté d’elle.

Elle avait le soutien indéfectible de son ex-président de mari et d’un président en exercice. Les deux se sont démenés sans compter, aux frais du contribuable en ce qui concerne Obama.

Clinton avait le support du parti Démocrate, son parti depuis toujours, alors que Trump, naguère membre du parti démocrate lui-même et aficionado de Clinton, n’a rallié le parti républicain qu’en 2012. Il s’est même vu désavoué en pleine campagne électorale par des figures historiques du parti tels que les ex-présidents Bush et autres républicains notoires qui ont tenté de torpiller sa candidature.

La plupart des instituts de sondages étaient tendancieux et ont essayé d’induire le public en erreur. Quelques heures avant les éléctions le New York Times titrait “Hillary Clinton a 85 % de chances de gagner“. Etc… Et pourtant…

Quand en 2002 il a fallu choisir en France entre Le Pen et Chirac pour l’élection présidentielle, beaucoup d’électeurs on dit qu’ils iraient voter Chirac “en se bouchant le nez”. C’est probablement de cette manière que certains électeurs ont voté pour Clinton. Mais ce qui est exaspérant en Amérique comme ailleurs dans le monde libre, c’est que les bien-pensants choisissent de refouler la poussière sous le tapis au lieu de prendre acte du réel.

Obama a d’ailleurs fait une sorte de mea culpa en commentant la défaite de Clinton : “nous n’avons pas voulu voir ni entendre certaines choses”. Cela sous-entend qu’il aurait aussi du dire certaines choses. Par exemple que la porosité des frontières et l’immigration illégale est encouragée par les élites parce que cela arrange les riches mais dérange les pauvres, exactement comme en Europe.

Lors de la campagne électorale de 1952 le candidat Eisenhower eut ce mot pour discréditer Nixon : “Achèteriez-vous une voiture d’occasion chez cet homme ?” Certains électeurs traditionnels du parti républicain ont repris cela à leur compte pour se détourner de Trump.

Trump a pour lui de ne pas prétendre faire d’idéologie, au lieu de quoi il dit préférer se servir de son bon sens. Certains courants peu recommandables lui ont donné leur appui, mais à cela l’on peut répliquer qu’il est sidérant d’entendre les gens se plaindre de ce que les politiques soient « tous pourris »“, que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient », et que ces promesses ne sont donc jamais tenues… sauf quand il s’agit de Trump, dont il faut soudain croire qu’il fera ce qu’il a promis. C’est pourtant simple : pour gagner les élections la recette de Trump est qu’il ne faut pas mentir plus que l’adversaire, mais mieux.

“Les Etats n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts” disait de Gaulle. Cela s’applique évidemment aux relations israélo-américaines, dont la tendance de fond est favorable à Israël depuis des décennies.

Cela n’a pas toujours été le cas, et il fut même une époque où la France était plus proche d’Israël que l’Amérique, jusqu’à ce que de Gaulle estime qu’il valait mieux vendre son âme aux rois du pétrole que de se solidariser avec les Juifs.

Obama, qui est un idéologue qui se fiche du réel, a fait tout ce qu’il pouvait pour nuire à Israël mais sans y réussir vraiment, parce que son pouvoir était limité par les puissants garde-fous de la démocratie américaine. Trump ne peut donc pas être pire qu’Obama de ce point de vue-là, et a même des chances d’être meilleur, parce que c’est l’intérêt bien compris des Etats-Unis.

Le bilan d’Obama en politique intérieure est débattable, mais il y a quasi-unanimité pour estimer que sa politique étrangère à été catastrophique. Les yeux doux qu’il a fait aux régimes arabes n’ont servi à rien, et l’Amérique est détestée plus que jamais par eux, même plus que sous Bush, ce qui n’est pas peu dire. Obama a voulu s’en consoler en flirtant avec l’Iran, et voilà que l’Iran le hait encore plus que les Arabes.

Quoi qu’il en soit, l’ère Obama est révolue grâce à Hillary Clinton. C’est peut-être ce que l’Histoire retiendra d’elle.

Uri Avnery ou l’art de se tromper

Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien âgé de 93 ans.  Il a récemment publié sa biographie, qui couvre donc l’Histoire d’Israël sur près d’un siècle. Cet énergique intellectuel a été de tous les combats d’Israël, depuis l’adhésion à l’Irgoun jusqu’à son militantisme pacifiste, en passant par le journalisme d’investigation et ses mandats de député à la Knesset. Ce qui est intéressant c’est qu’en essayant de démontrer le bien-fondé de ses convictions il nous donne l’occasion de les réfuter au moyen de son propre récit. Cet homme reste actif malgré son grand âge, mais ce qui est plus actuel c’est que ses idées persistent chez une partie de la gauche israélienne.

Page 188:

“Israël se situe en Asie. Notre espace naturel est arabo-musulman. Notre culture immémoriale est sémite et nous parlons une langue intimement liée à l’arabe, qui est à des années-lumière des langues européennes. J’avais la conviction que notre avenir était liée aux arabes et au continent Afro-asiatique. Si nous décidions de nous définir dans cet espace comme une bouture, comme une greffe sur un corps étranger, ce serait une calamité. Plus de soixante ans se sont écoulés depuis, mais je n’ai pas changé d’avis.”

Cette vision est une belle illustration de négation du réel. Quand le réel ne nous convient pas alors remplacons-le par une fiction, et alors tout redevient cohérent.

Dire que la culture immémoriale du Yishouv  était sémite est un outrage à l’Histoire. Pratiquement tous les pères fondateurs du sionisme étaient Ashkénazes, ainsi que la majorité des pionniers. Avnery parle l’hébreu avec un accent allemand, pratique l’anglais, est féru de littérature occidentale mais ne parle pas l’arabe. La culture britannique est d’ailleurs plus proche de son coeur que toute autre, et son rêve aurait été d’être gentleman anglais. Il s’est certes intéressé aux différentes ethnies de Palestine, mais indépendamment des sympathies qu’il ait pu éprouver à leur égard il n’a rien de commun avec le monde arabe. Contrairement aux aspirations personnelles d’Avnery, il faut garder à l’esprit que l’Etat d’Israël s’est dès le départ voulu une démocratie à l’occidentale, une nation de tradition juive, mais aussi héritière du Siècle des Lumières.

Que voulait donc Avnery ?

Qu’Israël se fonde dans un Moyen-Orient imaginaire au lieu de prendre acte de la réalité sur le terrain? Fallait-il que la nation israélienne en formation  qu’était le Yishouv se calque à tout prix sur ses voisins dans le seul but de s’intégrer? Renoncer à la démocratie,  à l’Etat de droit,  à l’égalité entre femmes et hommes,  à la liberté d’expression, au respect des cultes, à la protection sociale, au système de santé, à la libre circulation? Fallait-il qu’Israël laisse derrière soi ces acquis de la modernité au nom d’un hypothétique apaisement avec le monde arabo-musulman,  qui n’aurait d’ailleurs probablement jamais eu lieu si l’on considère le marasme d’alors qui n’a fait qu’empirer depuis? C’est cela que voulait Avnery ? Eviter la guerre entre Israël et ses voisins mais être mêlé aux conflits entre Arabes? S’allier aux Hachémites contre les Palestiniens ou aux Palestiniens contre les Hachémites? à l’Iraq contre l’Iran ou à l’Iran contre l’Iraq, à la Syrie contre le Liban ou au Liban contre la Syrie ? Aux Chrétiens contre les Musulmans ou aux Musulmans contre les Chrétiens? Aux Chiites contre les Sunnites aux Sunnites contre les Chiites ? Etc..?

Page 193

“C’est ainsi que cinq ou six ans avant l’avènement de l’Etat d’Israël j’en vins à conclure que celui-ci ne pourra se maintenir et se développer autrement qu’en faisant partie intégrante d’une entité régionale plus large.”

L’Histoire a démenti la prédiction d’Avnery sur toute la ligne. 67 ans après la Déclaration d’indépendance Israël est une démocratie certes perfectible, mais infiniment plus avancée que toutes les nations qui l’entourent. Contrairement à la prophétie d’Avnery, Israël s’est maintenu et développé sur tous les plans de manière exceptionnelle, alors que ses voisins se sont enfoncés dans un marasme dont on ne voit pas la fin. L’on pourrait opposer à cela qu’Israël a du faire face à des guerres à répétition, mais le fait est que ses voisins n’ont cessé de guerroyer entre eux ou d’être déchirés par la guerre civile, sans aucun lien avec le conflit israélo-arabe. Il faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour estimer que si Israël avait été lié de manière organique à ses voisins il aurait échappé à l’embrasement de la région. Il est beaucoup plus logique de conclure que c’est justement parce qu’Israël relève d’un autre culture, d’une autre civilisation et d’autres alliances qu’il n’a pas été entraîné dans le chaos du Moyen-Orient.

La biographie d’Ury Avnery est certes l’histoire d’un homme de bonne volonté, mais qui s’est beaucoup trompé. Nul mieux que lui-même n’aurait pu le démontrer .

Socialisme et antisémitisme

Le Parti travailliste britannique a récemment été secoué par des révélations alarmantes : l’antisémitisme en son sein semble bien plus profond et répandu qu’on ne l’imaginait.

Environ cinquante militants ont été exclus pour des propos antisémites ou anti-israéliens. Il faut saluer la volonté du parti de s’attaquer à ce fléau, mais une question subsiste : s’agit-il d’excès isolés, dus à des individus en quête de notoriété, ou bien d’une orientation politique plus large, exploitant ces discours radicaux pour galvaniser une gauche en perte de repères.

Jeremy Corbyn, alors leader du Parti travailliste, affirme être anti-sioniste mais non antisémite. Pourtant, cette distinction peine à convaincre. Ses prises de position et fréquentations – soutien affiché au Hezbollah et au Hamas, défense d’un vicaire radié pour propos antisémites, appui à un négationniste notoire [1], ou encore invitation au Parlement d’un prédicateur islamiste [2] relayant des accusations médiévales contre les Juifs – jettent un sérieux doute sur ses convictions profondes.

L’antisémitisme semble désormais structurel dans certains segments du Parti. Naz Shah, députée, a comparé Israël à l’Allemagne nazie et assimilé le sionisme à Al-Qaïda. Ken Livingstone, ancien maire de Londres, a prétendu qu’Hitler était « sioniste avant de devenir fou ». Khadim Hussain, maire de Bradford, suggère qu’Israël aurait créé Daech pour manipuler l’Occident. D’autres militants, comme Vicki Kirby ou Benazir Lasharie, ont multiplié les propos haineux à l’égard des Juifs, allant jusqu’à publier des caricatures antisémites ou à exprimer une admiration malsaine pour Hitler.

Cette liste n’est pas exhaustive mais illustre l’ampleur du phénomène dans un parti qui fut pourtant l’un des piliers de l’Internationale socialiste – à laquelle appartient aussi le Fatah.

Et qu’en est-il de la gauche française ? L’extrême gauche ne dissimule plus son instrumentalisation de l’antisémitisme, utilisé comme ciment idéologique entre militants radicaux et islamistes animés d’une haine envers les Juifs. Comme le souligne Pierre-André Taguieff dans Une France antijuive ?, les manifestations à caractère antisémite ont souvent réuni des franges de l’extrême gauche (NPA, Front de gauche…) et des islamistes de diverses obédiences.

Quant à la gauche traditionnelle, certains de ses représentants ont pris position en faveur du Hamas, au nom d’un prétendu soutien humanitaire à Gaza, fermant les yeux sur la nature autoritaire de ce régime. Stéphane Hessel, figure emblématique de cette gauche morale, a crié « Israël assassin ! » lors d’une manifestation pro-Hamas en janvier 2009, sans sembler troublé par la virulence antisémite de certains slogans environnants.

Le cas d’Edgar Morin est révélateur. Dans son ouvrage Autocritique, il admet qu’en 1940, il pensait que le salut de 40 millions de Français valait bien celui de 500 000 Juifs, et se disait prêt à accepter leur sacrifice si l’Histoire l’exigeait. Une déclaration glaçante, surtout venant d’un intellectuel juif se réclamant de la gauche.

Qu’elle soit sociale-démocrate ou radicale, la gauche est aujourd’hui tentée par une vieille dérive : utiliser l’antisémitisme comme levier de mobilisation populaire. Une logique de type stalinien, dans laquelle les Juifs servent de variable d’ajustement, sacrifiés pour retarder l’effondrement idéologique d’un mouvement qui, à force de ne plus savoir où il va, se déleste de ses principes.

[1] Ecrivain britannique, blogueur et activiste politique juif et antisémite.

[2] Raed Salah.

[3] Emblème nazi.

[4] Sociologue, politologue et historien français.

L’AFP ou la culture du mensonge

Il y a une semaine, par une belle soirée d’été, deux terroristes abattaient froidement de paisibles citadins venus prendre l’air sur des terrasses de café à Tel-Aviv. l’Agence France Presse (AFP), reprise par la quasi-totalité des médias français, relataient la tragédie  au moyen d’une dépêche que chacun qui s’intéresse au conflit israélo-palestinien devrait apprendre par cœur. Ce cas d’école de la propagande anti-israélienne est une fascinante illustration de la collaboration entre certains médias et les ennemis d’Israël. En voici la teneur:

Tel-Aviv : une fusillade près du QG de l’armée fait quatre morts.

Quatre personnes ont été tuées mercredi 8 juin dans une fusillade en face du ministère de la Défense et le QG de l’armée israélienne à Tel-Aviv. Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café, la police locale parlant d’une “attaque terroriste”.

En analysant ce texte mot à mot il est facile d’en discerner la malveillance. Ce tissu de contrevérités et de fabrications démontre sans aucun doute possible l’intention de l’AFP de nuire à Israël.

Une fusillade: Ce n’était pas une fusillade, mais une mise à mort délibérée de civils innocents. En qualifiant ce massacre de “fusillade” L’AFP escomptait  que le lecteur se le représente comme un tir croisé entre camps ennemis. En réalité il n’y a eu là nulle fusillade, mais bien des tueurs déterminés à massacrer un maximum de badauds à bout portant.

Près du QG de l’armée: Les menteurs de service de l’AFP caractérisaient l’incident comme acte de guerre en insinuant que c’était le QG l’Armée qui était visé. En fait ce QG n’avait rien à voir avec cette affaire, et les meurtriers ne s’y sont intéressés à aucun moment. Toutes les vidéos montrent que dès leur arrivée dans le secteur ils se sont dirigés d’un pas ferme vers les terrasses de café.

Quatre personnes ont été tuées. L’AFP voulait faire accroire que les victimes étaient des dommages collatéraux, puisque la dépêche dépeignait le bain de sang comme un affrontement entre palestiniens et la puissante armée israélienne.

 Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café: L’AFP voulait donner l’impression que cet épisode était un dénouement regrettable d’une bataille qui aurait débordé sur des civils alors que la cible initiale était militaire.

La police locale parlant d’une “attaque terroriste”: En mettant le vocable “attaque terroriste” entre guillemets l’AFP signalait qu’elle ne considérait pas cette information comme digne de foi. En réalité le Shabak (Services de Sécurité Intérieure) a immédiatement et formellement identifié les tireurs  comme étant des islamistes venus sur place avec pour seul objectif d’assassiner des Juifs.

En fait il se peut que l’AFP ne cherche peut-être que le bien d’Israël en nous faisant partager sa vision du conflit avec les palestiniens.  La moindre des choses est donc de lui rendre la politesse en lui expliquant comment mettre fin au terrorisme en France:  Il suffirait d’interdire aux femmes de voter, de lapider les homosexuels, de fermer les théâtres, de museler la presse, d’abroger la loi sur la laïcité et de laisser l’Iran exterminer Israël, et tout ira bien.

Le chef de l’opposition israélienne à Paris

Avoda, le Parti travailliste israélien affilié à l’Internationale socialiste, a longtemps été un pilier de la gauche sioniste. Il a servi de cadre idéologique à des figures historiques telles que David Ben Gourion ou Itzhak Rabin, artisan des accords d’Oslo. Aujourd’hui dirigé par Itzhak Herzog, ce parti continue d’incarner une alternative au gouvernement en place, même si les différences d’approche sur les grandes questions stratégiques se sont estompées au fil du temps.

À l’occasion d’une visite officielle en France, où il a été reçu par le président François Hollande, Herzog a tenu à clarifier sa position sur le conflit israélo-palestinien. Il a déclaré : « La tentative de créer un État palestinien aujourd’hui est irréaliste. Un État palestinien ne peut être édifié maintenant, car les Palestiniens ne disposent pas d’un leadership capable de contrôler l’ensemble de leurs territoires et de porter un tel projet. »

Cette déclaration est loin d’être anodine. Elle suggère que le consensus sur la solution à deux États, s’il existe sur le papier, ne résiste pas à l’épreuve des faits sur le terrain. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le clivage entre la droite israélienne et l’opposition de gauche n’est pas tant idéologique qu’opérationnel : tous deux partagent désormais un scepticisme profond quant à la faisabilité immédiate d’un État palestinien.

Herzog ne fait donc que constater une réalité politique : l’Autorité palestinienne, affaiblie, ne contrôle plus Gaza et peine à affirmer son autorité en Cisjordanie. Son président, Mahmoud Abbas, est accusé de manquer de vision stratégique et d’user d’un immobilisme tactique — refusant des négociations directes tout en comptant sur une pression internationale accrue sur Israël.

Ce constat rejoint une inquiétude plus large : l’absence de leadership palestinien disposé à engager un compromis historique. Car une paix durable suppose non seulement la reconnaissance mutuelle mais aussi la capacité politique de faire accepter les concessions nécessaires. En l’état, aucun acteur palestinien ne semble en mesure d’assumer une telle responsabilité face à son peuple.

Il serait toutefois erroné de penser que l’opinion israélienne se satisfait du statu quo. Depuis des années, les sondages indiquent qu’une majorité d’Israéliens accepteraient la fin de l’occupation en échange de garanties sécuritaires solides et de la reconnaissance d’Israël comme État juif. Mais cette majorité lucide ne se laissera pas convaincre par des slogans : elle exige une paix concrète, pas une paix de façade.

Certes, le gouvernement israélien et l’opposition affichent leur soutien à la solution des deux États. Mais ce soutien reste conditionnel : il suppose un partenaire crédible en face. Or, cette condition n’est pas remplie à ce jour. Le Hamas à Gaza, l’influence croissante de l’Iran et la fragmentation politique palestinienne contribuent à un climat où toute initiative sérieuse semble vouée à l’échec.

Dans ce contexte, les pressions internationales — notamment européennes — pour relancer un processus de paix paraissent souvent déconnectées de la réalité. Promouvoir la formule « deux États pour deux peuples » sans se demander si les deux peuples y adhèrent réellement revient à ignorer l’asymétrie actuelle des volontés.

Depuis 1947, le refus de partager la terre entre Juifs et Arabes est un point de blocage récurrent. Aujourd’hui encore, une frange significative de la direction palestinienne continue de rejeter le principe même d’un État juif. Elle privilégie la stratégie du conflit prolongé et du combat symbolique à l’ONU, plutôt que l’édification laborieuse d’un État viable aux côtés d’Israël.

En définitive, toute avancée vers la paix suppose de regarder les faits en face. Il ne suffit pas qu’Israël soit prêt à faire des concessions ; encore faut-il que son interlocuteur veuille, et puisse, en faire aussi. En l’absence de cette volonté, les appels extérieurs resteront des incantations, et la paix, une idée suspendue.

Gaza et Molenbeek, même combat.

Le monde découvre avec stupeur l’existence de Molenbeek, cette obscure commune de l’agglomération bruxelloise devenue sanctuaire islamiste et repaire d’assassins. Il est vrai qu’après les attentats de Paris les autorités belges sont intervenues de manière musclée, mais le rôle des forces de l’ordre est comparable à celui des pompiers: on les appelle généralement quand l’incendie s’est déjà déclaré, c’est-à-dire trop tard.

Dans un société démocratique, prévenir le terrorisme consiste à ne pas transiger sur certains principes. De ce point de vue l’Europe a failli en fermant les yeux sur l’islamisme, dont les objectifs sont pourtant clairs. Penser que Paris pouvait échapper à cette calamité est d’un coupable aveuglement.

Tous les musulmans ne sont pas islamistes, mais il n’en est pas moins vrai que tous les islamistes vivent comme des poissons dans l’eau parmi les musulmans. Il y a une espèce d’omerta qui tétanise ces populations, dont on ne distingue pas bien si elle repose sur une adhésion tacite, une complaisance criminelle ou une terreur indicible.

Il y a une sorte de schizophrénie en Europe à ne pas admettre que les forces islamistes qui appellent à liquider Israël sont les mêmes que celles qui mettent des salles de spectacles et des restaurants à feu et à sang à Paris.

Le grand public a pu croire que les attentats visant l’Hyper Casher ou Charlie-Hebdo signalaient ce qu’il fallait ne pas être pour se sentir en sécurité en France. Le grand public a pu le croire, mais les autorités sont impardonnables de l’avoir cru. Certains ont même cru bon de suggérer que ne plus porter de kippa et ne plus s’en prendre au Prophète rétablirait le calme. Ces jours-ci le gouvernement belge a même franchi un nouveau pallier: ne plus aller au cinéma, ni aux compétitions sportives, ni à l’école. Pour le moment il semble encore permis de respirer, mais allez savoir ce que les politiciens vont encore trouver avant d’aller à l’essentiel.

Nous savons depuis la Shoah que l’antisémitisme est le plus sûr indice d’une société qui perd ses repères. Aujourd’hui c’est l’antisionisme – avatar de l’antisémitisme – qui joue ce rôle. Le parti-pris antisioniste d’une majorité d’intellectuels et de journalistes en Europe est inquiétant non seulement pour Israël, mais pour le monde libre lui-même. Faire une différence entre le Hezbollah, le Hamas et l’Iran d’une part, et Daesh et Al Qaeda d’autre part n’a aucun sens, parce que l’islamisme est une idéologie qui n’a ni feu ni lieu. Son ennemi est le genre humain tout entier, ce qui inclut les terroristes eux-mêmes, qui considèrent la mort – celle des autres comme la leur – comme valeur suprême.

Si l’Europe ne prend pas la mesure de ce fléau, les choses n’en resteront pas là, parce que les Djihadistes ne savent que trop bien avec quelle facilité ils peuvent opérer dans un Etat de droit. C’est pour cela qu’il y va de l’intérêt de l’Europe que de soutenir l’Etat d’Israël et de cesser de le stigmatiser avec des directives bêtes et méchantes comme l’étiquetage de produits de Cisjordanie. Il n’est pas anodin de noter que les  responsables politiques français ont voté cette ignominie qui a englouti des fortunes en commissions spéciales et en consultants, alors qu’au même moment des Djihadistes s’apprêtaient à exterminer des Parisiens à la Kalachnikov.

Ces mêmes Djihadistes qui de Tel Aviv à Paris sèment la mort partout où il y a des vivants; qui non seulement prônent que la fin justifie les moyens, mais que les moyens sont en eux-mêmes une fin; qu’il s’agit moins pour eux de s’emparer du monde que de le quitter avec éclat; que le paradis au ciel vaut bien l’enfer sur terre.

l’Europe a le devoir de soutenir cette minuscule démocratie qu’est l’Etat d’Israël confronté à une guerre dont l’Europe n’entend que les bruits de bottes mais qui deviennent de plus en plus audibles. A bon entendeur salut.

Israël et Europe, même combat.

Lucy Aharish or Israel’s Pasionaria

Lucy Aharish is a symbol of paramount importance to Israel. This charismatic, eloquent, courageous and smart intellectual is a graduate of political science and journalism, and leads a brilliant career as a columnist in several media, among which I24 News. Her appearances fascinates viewers who often learn more from her about Israeli reality that from the versatile press where commentators  mainly compete between them with slogans.

When asked to define her identity, Aharish says she is an Israeli, a woman, an Arab and a Muslim, “in that order,” she emphasizes. But when compelled to respond more accurately she exclaims she is “neither an Arab nor a Jew. Neither Christian, nor Muslim nor Druze nor Buddhist nor Circassian. Neither left nor right. Neither religious nor secular. That she doesn’t want to see children kidnapped and murdered. That she doesn’t want to see children burnt to death. That she doesn’t want to hear sirens or see missiles launched … That she wants us to open our eyes to the rage and hatred that are eating us alive.”

Aharish’s tone, freshness and fervor is unprecedented in Israeli media. Despite the prejudices that could have hindered her way up, she managed to overcome them through years of work and perseverance. During her shows she challenges her guests with both disarming and insightful style, whether they are Hamas representatives, Jewish fundamentalists or prominent Americans. She does it in their native languages, which she masters to perfection.

Aharish stresses she represents herself only. She claims she is an Arab Muslim, but refuses to be locked into clichés. On the one hand, she vigorously slams Palestinian leaders’ strategy, which she deems a non-starter, but, on the other hand, she strongly criticizes the discrimination of Israeli Arabs.

Israel is home to this lady just like it is for millions of Arab and Jewish citizens. But Aharish is neither suicidal nor quixotic. She comes across flamboyantly on the Israeli public arena, she is talented and bright, so she is unlikely to let herself corner if she realizes that her struggle may lead to a dead end.

Aharish is under relentless attack by a certain right, a certain left and also from many Arabs. As she is a unique asset for Israeli society, it would be a considerable waste if she chose to leave Israel in order to get away from domestic hostility.

This does not take away that many Israelis admire her, support her and approve of her stance. If she decided to leave it would be a very bad sign for the Israeli democracy. This ambitious woman is far from having deployed her full potential, so if she nevertheless felt an urge to go abroad, it might be a good idea for the government to offer her the position of Israel’s ambassador at the United Nations.

Lucy Aharish ou la pasionaria d’Israël

Lucy Aharish est un symbole de première importance pour Israël. Diplômée de sciences politiques et de journalisme, cette jeune intellectuelle est charismatique, éloquente, courageuse et intelligente. Elle mène une brillante carrière de chroniqueuse dans plusieurs médias, dont I24 News. Ses interventions prennent les téléspectateurs aux tripes et nous apprend souvent plus sur la réalité israélienne que cette presse versatile où journalistes de tous bords se font concurrence à coups de slogans.

Quand on lui demande de définir son identité elle répond qu’elle est israélienne, femme, arabe et musulmane, “dans cet ordre”, précise-t-elle. Mais quand on la pousse dans ces retranchements, elle finit par s’écrier qu’elle “n’est ni arabe ni juive ni chrétienne ni musulmane ni druze ni bouddhiste ni circassienne ni de gauche ni de droite. Qu’elle en a assez de voir des enfants enlevés, assassinés ou brûlés vifs. Qu’elle ne veux plus entendre hurler des sirènes ni voir des missiles déchirer le ciel. Qu’il faut prendre conscience de cette rage et de cette haine qui est en train de nous détruire.”

Aharish a un ton, une fraîcheur et une intensité sans précédent dans le monde médiatique israélien. Malgré les préjugés qui auraient pu entraver son ascension, elle a réussi à s’imposer à force de persévérance. Lors de ses émissions elle interpelle avec un naturel désarmant et incisif aussi bien des représentants du Hamas que des fondamentalistes juifs que des personnalités américaines, le tout dans leurs langues respectives, qu’elle maitrise à la perfection.

Aharish prend soin de ne représenter qu’elle-même. C’est une arabe musulmane mais elle refuse de se laisser enfermer dans des clichés. D’une part elle ne craint pas de critiquer la politique des dirigeants palestiniens, dont elle estime qu’elle ne mène à rien, et d’autre part elle fustige la discrimination que subissent les arabes d’Israël.

Israël est la maison de cette femme sans peur et sans reproche, tout comme celle de ses millions de concitoyens arabes ou juifs. Mais Aharish n’est ni suicidaire ni donquichottesque. Elle évolue avec panache dans l’espace public israélien, mais c’est quelqu’un de talentueux et de brillant qui ne se laissera pas consumer si son combat mène à l’impasse.

Elle constitue un atout unique pour la société israélienne, or ce serait un immense gâchis si d’aventure elle choisissait de s’expatrier pour échapper à l’hostilité de certains milieux. Elle est en effet la cible à la fois d’un certaine droite, d’une certaine gauche et de beaucoup d’arabes toutes tendances confondues.

Cela n’empêche pas de nombreux israéliens d’être subjugués lors de ses interventions publiques. Si un jour elle décidait de partir sous d’autres cieux ce serait très mauvais signe pour Israël. Cette femme ambitieuse est loin d’avoir déployé tout son potentiel, alors si malgré tout elle éprouvait le désir de s’éloigner alors ce serait peut-être une bonne idée de lui proposer le poste d’ambassadeur d’Israël à l’ONU.

Netanyahu et le Grand Mufti

Un orage médiatique s’est abattu ces derniers jours sur le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à la suite de ses propos tenus en anglais lors d’une conférence du Congrès sioniste à Jérusalem. En voici la traduction :

« Hitler n’avait pas l’intention d’exterminer les Juifs à cette époque [1]. Il voulait les expulser. Le Grand Mufti de Jérusalem [2] est allé voir Hitler pour lui dire : “Si vous les expulsez, ils iront tous là-bas [en Palestine].” Hitler lui demanda : “Que dois-je en faire alors ?” Le Grand Mufti répondit : “Brûlez-les.” »

Ces propos ont déclenché une  hystérie collective parmi journalistes, chroniqueurs, intellectuels de tous bords et historiens. Netanyahu a été accusé d’ignorance, de négationnisme, d’incitation à la haine, de minimisation des crimes nazis et d’opportunisme politique. La chancelière allemande elle-même s’est sentie obligée de rappeler que l’Allemagne portait bien la responsabilité de la Shoah.

Pourtant, peu ont pris la peine d’écouter ou de vérifier avec discernement les propos de Netanyahu. Il s’agissait en réalité d’une vérité historique accessible à tous.

Mohammed Amin al-Husseini fut Grand Mufti de Jérusalem de 1921 jusqu’à la création de l’État d’Israël en 1948. Proche des Frères musulmans, il prônait non seulement l’élimination des Juifs de Palestine, mais également celle des Juifs du monde entier. Considéré comme l’un des pères spirituels de l’islamisme radical contemporain, il est encore aujourd’hui tenu pour un héros national et une référence religieuse par de nombreux Palestiniens.

Dès l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933, le Grand Mufti manifesta son enthousiasme pour leur idéologie. Il devint l’un de leurs plus fervents collaborateurs dans le monde arabe [3]. En retour, il obtint le titre d’« Aryen d’honneur » et prêta allégeance à Hitler, déclarant :

« Les nations arabes sont convaincues que l’Allemagne remportera la guerre. Elles sont ses alliées naturelles, partageant les mêmes ennemis : les Anglais, les Juifs et les communistes. Elles sont prêtes à coopérer pleinement avec l’Allemagne, notamment en formant une légion arabe. »

Il mit cette promesse à exécution en créant une division arabe de la Waffen SS [4].

Lors du procès Eichmann [5], la philosophe Hannah Arendt nota que

« Les liens du Grand Mufti avec les nazis étaient notoires, car il espérait qu’ils l’aideraient à mettre en œuvre une variante de la Solution finale au Proche-Orient » [6].

Après la guerre, le Grand Mufti se réfugia à Paris, où il bénéficia de la complaisance des autorités françaises, malgré son statut de criminel de guerre recherché. Refusant de l’extrader, la France finit par le laisser s’échapper avec l’aide du Quai d’Orsay, qui lui procura un faux passeport [7].

Dieter Wisliceny, adjoint d’Eichmann, déclara au tribunal de Nuremberg que

« Le Grand Mufti avait à plusieurs reprises suggéré à Hitler, Ribbentrop et Himmler d’exterminer les Juifs, estimant que c’était la meilleure solution au problème palestinien » [8].

Depuis l’Allemagne, le Mufti multiplia les déclarations de soutien à la Solution finale [9] et, dans ses émissions radio à destination du monde arabe, appelait à

« Tuer les Juifs où qu’ils se trouvent, car telle est la volonté de Dieu. »

Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir en 1933, ils cherchaient à se débarrasser des Juifs, sans forcément imaginer alors l’ampleur génocidaire que prendrait leur politique une décennie plus tard. Ils pensaient qu’en rendant la vie impossible aux Juifs, ceux-ci finiraient par émigrer — comme lors de l’expulsion d’Espagne au XVe siècle.

Les lois de Nuremberg de 1935 institutionnalisèrent la persécution : exclusion de la fonction publique, radiation des professions libérales, boycott, interdiction d’accès aux lieux publics, pogroms.

Durant cette période, Eichmann fut chargé d’encourager l’émigration juive vers la Palestine, en lien avec certains cercles sionistes. En 1937, il effectua un voyage en Palestine pour étudier la faisabilité de cette solution, puis entreprit de l’accélérer, recevant les félicitations de sa hiérarchie pour son efficacité.

L’accord de la Haavara, signé en 1933 entre le régime nazi et la Fédération sioniste d’Allemagne, visait à faciliter le transfert de biens juifs vers la Palestine. Environ 50 000 Juifs émigrèrent grâce à ce dispositif, en vigueur jusqu’en 1942, date de la conférence de Wannsee.

En 1938, Eichmann rédigea un mémorandum pour promouvoir l’émigration hors d’Europe [11] et fut chargé d’élaborer un plan de déportation de quatre millions de Juifs à Madagascar. Ce projet, bien que très avancé sur le papier, échoua en raison du contrôle britannique de l’île.

Jusqu’en 1941, l’objectif nazi restait donc l’expulsion. Mais les Britanniques ayant fermé la porte de la Palestine avec le Livre blanc [14], et aucune autre puissance n’acceptant d’accueillir les réfugiés, les nazis adoptèrent progressivement l’idée que l’extermination serait la seule « solution finale ».

Dans ce contexte, la visite du Grand Mufti à Hitler exprime bien une inquiétude : l’arrivée massive de Juifs expulsés du Reich risquait de renforcer le Yishouv [13]. Il ne fut donc pas le déclencheur de la Solution finale, mais un acteur influent dans l’opposition à l’émigration juive vers la Palestine.

C’est ce que Netanyahu a tenté de rappeler : qu’au moment de cette rencontre en 1941, les nazis envisageaient encore l’expulsion plutôt que l’extermination. Son propos ne visait pas à réécrire l’histoire ni à exonérer Hitler, mais à souligner le rôle actif et idéologique du Grand Mufti dans l’antisémitisme exterminateur — un rôle trop souvent occulté.

Netanyahu a enfin voulu faire un parallèle entre cette idéologie fasciste et antisémite incarnée par le Mufti, et les courants islamistes violents qui nourrissent aujourd’hui encore l’hostilité radicale contre Israël, notamment au cœur de l’Intifada des couteaux.

Notes

[1] “Cette époque” renvoie à l’entrevue entre le Grand Mufti et Hitler en 1941. La plupart des commentateurs semblent avoir ignoré ce point. Sans cette précision la phrase de Netanyahu aurait eu un tout autre sens.

[2] Un mufti est un religieux musulman qui a l’autorité d’émettre des fatwas. Dans chaque État de l’Empire ottoman le Grand Mufti était la plus haute autorité religieuse du pays.

[3] Etude de Matthias Küntzel publiée dans Jewish Political Studies Review

[4] Organisation paramilitaire et policière nazie

[5] Criminel de guerre nazi responsable de la logistique de la Solution Finale

[6] Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal de Hannah Arendt

[7] Tsilla Hershco: Histoire d’une évasion [archive], Revue Controverses, n°1, mars 2006.

[8] Zvi Elpeleg, Hamufti Hagado 1989, p. 74,75

[9] Zvi Elpeleg, Through the Eyes of the Mufti: The Essays of Haj Amin

[10] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann

[11] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

[12] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

[13] Le Yishouv désigne la communauté juive en Palestine avant la création de l’État d’Israël.

[14] En mai 1939, alors que les Juifs sont persécutés par le Troisième Reich, les Britanniques leur réduit l’accès à la Palestine de manière draconienne.

Michel Onfray et la crise des réfugiés

Confronté au déferlement actuel des réfugiés fuyant le monde arabo-musulman, il est du devoir du monde développé  de parer au plus pressé et de soulager cette misère dans la mesure du possible.

D’après le philosophe Michel Onfray ce serait l’Occident lui-même qui serait à la source de cette catastrophe. Il estime que les interventions en Afghanistan, au Moyen-Orient, en Lybie ou ailleurs ont déclenché une anarchie qui a fini par déstabiliser ces pays au point où leurs habitants cherchent à leur échapper par tous les moyens et en risquant leur vie. Cela soulève la question du droit d’ingérence, dont Onfray estime que c’est un  pseudo-droit, parce qu’il est à géométrie variable, et que quand des pays comme la France ou les Etats-Unis s’ingèrent, c’est qu’ils y ont intérêt, ce qui n’est sans doute pas faux.

Ceci dit l’on ne voit pas bien où est le mal si cela coïncide avec l’intérêt de populations  qui souffrent. Quand il y a 70 ans les Américains, les Canadiens, les Australiens, les Néo-Zélandais et d’autres jeunes venus du bout du monde ont débarqué en Europe pour  en chasser les Nazis, n’y avait-il pas d’intérêts matériels en jeu ? Etait-ce par humanisme pur ? Sans doute que non, mais il n’empêche que la cause était juste. D’ailleurs la défaite des Nazis n’a pas fait que des heureux: alors que l’Europe de l’Ouest a été libérée, l’Europe de l’Est est tombée sous la botte communiste.

Par ailleurs il y a une certaine condescendance à croire que tout est toujours la faute de l’Occident eu égard à son passé colonial. Les nations du tiers-monde ont leur logique à elles, leur histoire, leur politique et leurs aspirations. La vague islamiste qui balaie en ce moment la planète constitue une vraie pensée, aussi détestable soit-elle. C’est une vision du monde,  une spiritualité conquérante qui embrase les esprits jusqu’au sein même d’un Occident en déclin.

Onfray estime qu’au lieu de  mettre Saddam Hussein ou Kadhafi  hors d’état de nuire sans se soucier des conséquences, il aurait mieux valu laisser leurs peuples s’entretuer en paix.  Cela se peut, mais quand il laisse entendre que la tragédie  de ces  masses humaines actuellement en déroute sur les plaines d’Europe n’aurait pas eu lieu,  il se trompe.

En réalité ces centaines de milliers de réfugiés arabo-musulmans ou africains ne viennent que s’ajouter aux dizaines de millions qui y sont déjà. Il s’agit d’un mouvement de population dont la crise actuelle ne constitue qu’un pic. C’est ainsi que l’on peut s’attendre à ce que ce flux continuera aussi longtemps que les pays d’origine n’offriront aucune perspective d’avenir, autre que celle de mourir de faim ou de guerre.

Cette tragédie qui se déroule sous les yeux de nos télévision doivent rendre Israël plus attentif que jamais. Ce minuscule pays n’est qu’un ilot de stabilité au milieu d’un océan arabo-musulman pris dans un tsunami auto-destructeur.

Si l’Etat d’Israël n’avait pas été tout au long de son existence vigilant sur le plan éthique, stratégique, politique  et économique, s’il ne s’était pas  prémuni jour après jour des dangers qui le guettent, s’il n’avait pas veillé à étouffer dans l’œuf  les velléités  terroristes à  l’intérieur et à extérieur, alors les israéliens – tous les israéliens – juifs, arabes, chrétiens, druzes et  bédouins feraient aujourd’hui partie des masses en déshérence qui cherchent à échapper à la folie meurtrière qui s’est emparée de leurs pays d’origine, auxquels il semble inévitable que l’Occident finira tôt ou tard par devoir se  confronter, nonobstant  Onfray.

Sortir Israël de l’impasse

La Cisjordanie est sous contrôle israélien depuis la tentative arabe de liquider Israël en 1967, lors de la Guerre des Six-Jours. En septembre de la même année, la Ligue Arabe décrétait à Khartoum ses fameux « Trois Non », à savoir “non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non à la négociation avec Israël”.  C’est suite à cette ukase sans équivoque que fut mise en œuvre la colonisation de la Cisjordanie, poursuivie ensuite par tous les gouvernements israéliens sans exception.

Au fil du temps, la Cisjordanie a fini par constituer un problème à la fois moral et juridique eu égard à l’occupation d’un territoire dont Israël est responsable en vertu du droit international. Mais vu l’absence de volonté politique des dirigeants palestiniens – et de leur obsession à vouloir détruire l’Etat juif – la colonisation s’est transformée petit à petit en dispositif dont la finalité est de définir une fois pour toutes la frontière orientale d’Israël. Mais l’hostilité du monde arabe, la pression internationale, les dissensions au sein de la société israélienne elle-même, tout cela  pourrait à terme devenir intenable. Le processus de paix étant bloqué, il semble de plus en plus probable qu’Israël se verra tôt ou tard dans l’obligation de prendre une initiative unilatérale.

Une manière de le faire pourrait être d’annexer la Cisjordanie, en partie ou en totalité, et d’octroyer la citoyenneté aux palestiniens qui y vivent. Il est possible que beaucoup de palestiniens en seraient d’accord, et deviendraient donc des citoyens israéliens à part entière. Cependant cela risquerait de mettre en péril le caractère juif de l’Etat d’Israël, et donc sa raison d’être. Bien que les Juifs resteraient majoritaire, la démographie palestinienne  pourrait assez vite étouffer la démocratie israélienne. Le Moyen-Orient finirait dans ces conditions par compter un Etat arabe en plus, et un Etat juif en moins. Mais comme il n’y en a qu’un seul, le peuple juif se retrouverait errant comme devant.

A cela il y a peut-être une solution, déjà évoquée par le passé mais qui mériterait peut-être d’être réactualisée vu l’impasse actuelle. Elle consisterait à proposer  la citoyenneté israélienne à tous les Juifs du monde, mais sans obligation d’émigrer comme le stipule actuellement la « Loi du Retour » [1]. Ceux que cela intéresserait introduiraient une demande auprès des ambassades d’Israël, en précisant qu’ils souhaiteraient acquérir la nationalité tout en continuant à résider dans leurs pays respectifs. Les israéliens non-résidents devraient alors être autorisés à participer aux élections législatives (ce qui n’est pas le cas actuellement), ce qui rétablirait l’équilibre entre Arabes et Juifs à la Knesset[2]. Cette accession à la citoyenneté aurait en plus l’avantage de resserrer les liens entre Israël et la Diaspora.

Israël est entouré d’ennemis, mais a acquis auprès de la Communauté Internationale son rang de nation parmi les nations en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cependant plus de la moitié du peuple juif vit encore en Diaspora et ne projette pas de s’établir en Israël dans un avenir prévisible. Cependant  la « Loi du Retour » constitue un engagement de l’Etat juif à maintenir ses portes ouvertes quoi qu’il arrive. Mais comme il n’y a pas de droit sans devoir, il y a anomalie à ce qu’Israël soit engagé envers la Diaspora, sans qu’elle-même soit tenue à quoi que ce soit. Un appel d’Israël consistant à offrir aux Juifs la nationalité correspondrait à l’essence même du sionisme, qui est de préserver le seul endroit au monde où les Juifs ne sont ni persécutés, ni détestés, ni tolérés, tout simplement parce qu’ils sont chez eux.

Beaucoup de Juifs soutiennent Israël en lui portant assistance d’une manière ou d’une autre, mais nombreux sont aussi ceux qui n’ont pas la possibilité de manifester leur appui autrement que par des mots. Prendre la nationalité israélienne serait  donc pour ceux-ci un moyen simple de poser un geste fort, et de mettre ainsi leurs actes en accord avec leurs paroles.

[1] La loi du retour garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël.

[2] Parlement de l’Etat d’Israël.

Le boycott d’Israël : une imposture militante

La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), lancée en 2005 par des ONG palestiniennes, appelle à exercer des pressions économiques, culturelles, académiques et politiques contre l’État d’Israël. Ce mouvement, derrière ses slogans humanistes, poursuit en réalité un objectif consistant délégitimer l’existence même de l’État juif.

Loin d’être un simple outil de contestation, BDS se fonde sur une hostilité radicale à l’égard d’Israël, et s’inscrit dans une stratégie d’effacement national. Il ne s’agit pas de critiquer une politique, mais de nier le droit d’un peuple à disposer de lui-même.

En France, les appels au boycott d’Israël ont été reconnus comme une infraction pénale, au titre de la provocation à la discrimination envers une nation, un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Plus largement, dans la plupart des pays occidentaux, ce type de campagne heurte les principes fondamentaux de non-discrimination.

Parmi les aspects les plus révoltants de cette initiative, l’ostracisme académique mérite une attention particulière. Tandis que des milliers d’étudiants arabes — y compris palestiniens — suivent leur cursus dans les universités israéliennes, jouissant d’une liberté d’expression plus large que dans bien des pays démocratiques, le mouvement BDS vise précisément ces institutions, ignorant sciemment les réalités du terrain.

BDS ne dit mot sur la situation de l’éducation dans les territoires dirigés par le Hamas, ni sur le sort des réfugiés palestiniens maintenus depuis des décennies dans des camps par des pays arabes qui refusent de leur accorder la citoyenneté et des droits élémentaires.

Il est vrai que les effets économiques du boycott restent limités. Mais la stratégie repose moins sur les pertes financières que sur la diabolisation symbolique. Il s’agit de souiller l’image d’Israël sur la scène internationale, en jouant sur les ressorts de l’antisémitisme. Comme le souligné le journaliste et essayiste Ben-Dror Yemini, « le problème n’est pas la critique d’Israël. Le problème c’est l’amas de mensonges à son sujet, qui constitue l’un des plus grands obstacles à la paix. »

On accuse Israël des crimes les plus graves, parfois jusqu’au génocide — alors que ceux qui profèrent ces accusations sont souvent les alliés ou les relais de groupes islamistes appelant à l’extermination des Juifs.

Cette inversion morale, cette mise en accusation systématique doit alerter bien au-delà de la communauté juive. Car Israël incarne, pour une grande part du Moyen-Orient, une exception dans un monde en faillite spirituelle, sociale et politique.

C’est pourquoi la lutte contre BDS n’est pas seulement une affaire israélienne. Elle concerne tous ceux qui croient au droit des peuples à l’autodétermination, à la vérité, à la liberté. Et pour les Juifs, ce combat revêt une dimension profonde.

Hannah Arendt disait qu’être juif, c’était « une appartenance politique et nationale ». Lorsqu’on est attaqué en tant que Juif, il faut répondre en tant que tel. La solidarité avec Israël ne devrait pas être une option pour ceux qui se reconnaissent dans le projet sioniste — même de loin — mais une responsabilité.

Israël engage sa sécurité, son avenir, son humanité. Cet engagement a un prix : sang, larmes, persévérance. Le moins que l’on puisse attendre, en retour, c’est une fidélité inconditionnelle à l’idée d’un État juif libre, prospère et vivant.

“Corps et Esprit” de Yeshayahu Leibowitz

Quand les interlocuteurs de Leibowitz[i] s’étonnaient de la radicalité ou de l’audace de ses idées, il insistait pour rappeler qu’il n’avait jamais prétendu inventer quoi que ce soit ni avancer des pensées inédites. Il aimait citer Goethe, qui affirmait que « tout ce qui est sage a déjà été pensé : il faut seulement essayer de le penser encore une fois ». À propos du problème psycho-physique, Leibowitz soulignait que deux mille quatre cents ans auparavant, Aristote s’était déjà interrogé sur la relation entre l’âme – principe de vie et de pensée – et le corps matériel. Rien n’était donc véritablement nouveau, mais il appartenait à chaque époque de repenser les vieilles questions.

Dans son essai Corps et Esprit, Leibowitz remet en lumière l’une des interrogations fondatrices de la philosophie et de la science : celle de la dichotomie entre l’esprit et la matière. Cependant, la façon dont il conduit sa réflexion indique que, pour lui, il ne s’agit pas d’un simple problème scientifique, susceptible d’être résolu par l’accumulation de données expérimentales. Au contraire, la question psycho-physique touche à des limites que la méthode scientifique ne peut franchir sans se transformer en spéculation métaphysique.

La tradition rationaliste, depuis Spinoza jusqu’aux théories matérialistes contemporaines, soutient l’idée que le monde est entièrement régi par les lois de la nature. Selon Spinoza, l’univers n’est qu’une immense chaîne de causes et d’effets, où tout – du magma primitif aux formes les plus évoluées de vie – est matière, et où la conscience elle-même n’est qu’une modalité de cette matière, une illusion produite par l’interaction de causes physiques. Démocrite, bien avant lui, avait déjà proposé une vision atomiste similaire : tout n’est que le fruit de la rencontre et de la combinaison d’atomes dans le vide. Darwin, deux siècles après Spinoza, enfonce le clou en affirmant la continuité de toutes les formes de vie : il n’y a pas de rupture essentielle entre la plus humble bactérie et l’être humain.

Descartes, pour sa part, introduit une rupture entre l’homme et l’animal. Selon lui, seuls les êtres humains possèdent une âme rationnelle, tandis que les animaux ne seraient que des automates biologiques, dépourvus de conscience et agissant mécaniquement. Ce dualisme cartésien subsiste encore aujourd’hui dans certaines conceptions transhumanistes ou neurobiologiques radicales, qui voient en l’homme un robot naturel particulièrement complexe, mais fondamentalement réductible à ses constituants matériels et aux lois qui les régissent. L’univers entier, y compris l’homme, serait alors semblable à un immense jeu de Lego, où les pièces s’assemblent et se désassemblent mécaniquement sous l’effet du déterminisme.

Contre cette réduction matérialiste, Leibowitz affirme que l’homme échappe partiellement au déterminisme par l’existence de son esprit. En tant que neurobiologiste, il observe que l’activité cérébrale accompagne la pensée, mais il constate également que, du point de vue strictement scientifique, la pensée elle-même demeure insaisissable : elle ne produit ni énergie mesurable, ni trace matérielle détectable. De cette constatation, il conclut que le cerveau n’est pas le siège de la pensée, mais plutôt son relais ou son instrument – un médiateur entre l’esprit immatériel et le corps matériel.

La question psycho-physique se ramène donc, pour Leibowitz, à l’énigme de l’articulation entre deux ordres d’être : d’un côté, le cerveau, sorte d’ordinateur biologique traitant des informations ; de l’autre, la pensée, entité immatérielle qui défie toute tentative de réduction.

Leibowitz insiste sur une observation fondamentale : dans l’univers observable, tout se meut, mais seul l’homme « veut ». Cette capacité de réflexivité – de se vouloir soi-même, de juger, de choisir – témoigne d’une transcendance de la nature brute. Elle postule un dualisme irréductible entre matière et esprit. Dès lors, la question psycho-physique mène inévitablement à la question philosophique par excellence : celle du libre arbitre. Leibowitz croit que l’homme en est pourvu, même si la nature de cette liberté reste inaccessible à l’entendement scientifique.

Poussé par sa rigueur intellectuelle à épuiser les conséquences de ses raisonnements – jusqu’à l’absurde si nécessaire –, Leibowitz admet finalement que la question psycho-physique est bien posée, mais que sa solution est hors d’atteinte. Elle échappe aux ressources de la science et débouche sur la métaphysique.

Or, étymologiquement, la métaphysique désigne ce qui vient “après” ou “au-delà” de la physique : elle traite de réalités que l’on ne peut saisir ni démontrer par les moyens de l’observation empirique. En ce sens, elle pose des problèmes insolubles par définition. La dernière énigme est donc celle-ci : pourquoi l’homme se pose-t-il des questions dont il sait d’avance qu’il ne trouvera pas la réponse ? Et cette interrogation ultime est, elle aussi, de nature métaphysique.

***

[i] Yeshayahu Leibowitz (1903-1994). Professeur de biochimie, de philosophie, de neuropsychologie, de chimie organique et de neurologie. Grand érudit de la pensée juive, il fut également rédacteur en chef de la première encyclopédie universelle en hébreu.

La France après Charlie-Hebdo

Au cours d’un sublime assaut, de valeureux moudjahidines [1] sont venus à bout des infidèles de Charlie- Hebdo retranchés dans leurs bureaux et armés de crayons, de feutres et de planches à dessiner.

Quarante-huit heures plus tard, d’autres moudjahidines se sont retrouvés piégés dans une superette casher sous la menace d’un bébé juif qui les tenait en respect.

Le tout s’est bien terminé pour un de ces dévots d’Allah, qui après avoir noyé quatre Juifs dans un bain de sang a lâchement été abattu par des commandos de la République. Il coule désormais des jours heureux au Paradis des guerriers du Coran.

Bien que ces intrépides résistants aient atteint leurs objectifs, Le MDF (Mouvement Djihadiste de France) s’apprête à porter plainte auprès de la Cour Internationale de Justice à La Haye.

Leurs dirigeants estiment en effet que la France s’en est prise aux guérilleros islamistes en les traquant de manière disproportionnée, en violation flagrante de la Convention de Genève relative aux lois de la guerre.

Le Ministre de l’intérieur a mobilisé des dizaines de milliers d’hommes équipés d’engins de mort, et lancé des véhicules blindés contre une poignée de héros ne se réclamant en tout et pour tout que de la Guerre Sainte. Pour mémoire, tout ce que l’on peut leur reprocher c’est de vouloir couper la tête à ceux qui ont une vision du monde différente de la leur.

Les responsables israéliens estiment qu’il est du devoir du monde libre d’intervenir. L’opinion publique israélienne presse en effet les autorités de Jérusalem d’alerter le Conseil de Sécurité de l’ONU et de soumettre une résolution autorisant l’envoi en France d’une force d’interposition entre les Djihadistes de Paris et la soldatesque française dont la brutalité dépasse l’imagination, que certains commentateurs n’hésitent pas à qualifier de nazis.

Les mots d’ordres du collectif  EFCO (En Finir avec la Civilisation Occidentale) préviennent que si la police s’avise de les empêcher d’exercer leur droit de terroriser ceux qui ne pensent pas comme eux, ils proclameront l’indépendance de la République Cynique de France et de Bagarre avec pour capitale Banlieue-les-Poubelles.

Une série de nations ont d’ores et déjà promis leur soutien à l’Etat islamique de France. Parmi ceux-ci la Talibanie, le Hamastan, le Royaume du Politiquement Correct et la République d’Ecologie, sans oublier le Gouvernement en Exil des Nostalgiques de Staline, avec à sa tête Don Quichotte de la Mélenchon.

Des personnalités israéliennes de premier plan font sous couvert d’anonymat part de leur inquiétude concernant la violation des droits des salafistes [2] de France. Il semble que dans divers endroits de la métropole  les forces de l’ordre tentent d’empêcher ces paisibles adeptes de l’islam radical d’appliquer la Charia.

Des sources proches du ministre israélien des Affaires étrangères rapportent que celui-ci aurait exprimé à son homologue français sa préoccupation concernant le comportement des autorités françaises.

Il lui aurait reproché d’avoir perdu toute empathie envers les ennemis de la France et l’aurait exhorté à faire un compromis historique avec la FICT (Fédération Islamiste des Coupeurs de Têtes).

Vivement ému par la sauvagerie des forces de l’ordre françaises, le Parlement israélien a décider de faire passer en urgence une loi permettant à tout djihadiste français de porter plainte à la Cour Suprême d’Israël.

Dès que la nouvelle a été connue, de nombreuses personnalités françaises ont annulé des voyages hors de l’Hexagone par crainte d’être exposés à des mandats d’arrêts internationaux émis par des tribunaux israéliens.

Israël est un ami traditionnel de la France, mais cette amitié ne doit pas tolérer une répression disproportionnée contre une poignée d’islamistes dont la seule aspiration est d’éliminer tout ce qui ne lui ressemble pas et de rendre caduque la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

===

[1] Combattants d’une armée islamiste

[2] Mouvement musulman fondamentaliste

Translate