Desmond Tutu ou le prélat indigne

L’archevêque Sud-Africain Desmond Tutu est décédé cette semaine à l’âge de 90 ans. Ce grand chrétien, prince de l’Eglise anglicane et prix Nobel de la paix, était aussi un antisémite notoire. Cela faisait des décennies que le centre Simon-Wiesenthal relevait sa judéophobie et son négationnisme de café de commerce.

Tutu minimisait l’ampleur de la Shoah et estimait que les chambres à gaz avaient eu l’avantage de tuer « proprement ».

Tutu accusait les Juifs  de s’être arrogé une exclusivité en matière de génocide et demandait aux survivants des camps d’extermination de « pardonner les nazis[1] ».

Tutu condamnait les Juifs pour avoir « monopolisé Dieu » alors qu’en réalité ils étaient (d’après lui) les ennemis de Dieu et que Jésus était en colère contre eux.

Tutu n’était pas raciste au sens premier du terme. Son antisémitisme était explicitement théologique. Il incriminait les Juifs de ne pas être chrétien, mais ne faisait pas ce reproche aux pratiquants  d’autres religions. C’est la marque même de l’obsession du christianisme, qui commande de liquider le judaïsme dont il est  issu. Le christianisme ne peut admettre la survivance des Juifs autrement que comme témoins souillés pour l’éternité par leur rejet du Christ.

Au mémorial de la Shoah à Jérusalem Tutu a adressé une prière pour les nazis responsables d’avoir exterminé six millions de Juifs.

Tutu accusait les Juifs de faire aux Palestiniens ce que les nazis faisaient aux Juifs. Il estimait que l’Etat d’Israël était terroriste et totalitaire, comparable en cela à l’Allemagne nazie et à l’Afrique du Sud sous Apartheid[2].

Tutu soutenait le BDS, organisation antisémite en faveur d’un boycott  d’Israël avec pour objectif la fin de l’Etat juif.

Tutu accusait les Juifs d’être arrogants et de terroriser les « bons » américains en se servant de la toute-puissance[3] du « lobby juif » aux Etats-Unis.

Tutu avait coutume de dire  « que cela plaise ou non aux Juifs, c’est un peuple particulier. Ils ne peuvent jamais espérer être jugés selon les mêmes normes que celles utilisées pour les autres. » Là aussi ressurgit « l’Enseignement du Mépris » du christianisme tel qu’il a été prêché durant des siècles jusqu’au concile Vatican II. Mais il se peut qu’en tant que dignitaire de l’Eglise anglicane Tutu n’était pas au courant des remises en question des catholiques.

La question est maintenant de savoir si une personnalité comme Tutu qui promeut la haine des Juifs a néanmoins droit à des circonstances atténuantes eu égard à son combat contre l’Apartheid.

La question est aussi de savoir si un prêtre comme Tutu qui avalise l’antijudaïsme chrétien a néanmoins droit à des circonstances atténuantes eu égard à son combat contre l’Apartheid.

Enfin la question est de savoir si un politicien comme Desmond Tutu qui s’appuie sur l’antisémitisme endémique pour nourrir sa propagande a néanmoins droit à des circonstances atténuantes eu égard à son combat contre l’Apartheid.

La réponse est non, non et non.

[1] « Tutu Urges Jews to Forgive The Nazis », San Francisco Chronicle, 27 décembre 1989.

[2] John Allen, Rabble-Rouser For Peace: The Authorised Biography of Desmond Tutu, p. 385

[3] Ibid

Mansour Abbas et Anouar el-Sadate, même combat ?

Mansour Abbas est un homme politique israélien de 47 ans. Bien qu’ayant un diplôme en médecine dentaire, il n’a exercé que  pendant une courte période.  Il milite depuis sa jeunesse pour l’amélioration des conditions de vie de la communauté arabe dont il est issu. Cet érudit enseigne le Coran et se consacre à la promotion d’un Islam modéré.  Il est membre de la faction sud du « Mouvement Islamique Israélien », et secrétaire général du parti arabe Ra’am. Il est aussi député et Ministre chargé des Affaires arabes dans le gouvernement d’Israël.

Les partis politiques arabes israéliens sont traditionnellement hostiles à l’idée même d’un Etat juif, et affichent sans nuances  leur solidarité avec les ennemis les plus irréductibles d’Israël.  Ils estiment que l’avènement de l’Etat juif en 1948 est un accident de l’Histoire qui devra tôt ou tard être revu et corrigé.

Mansour Abbas a récemment participé à un colloque à Tel Aviv sur l’avenir de l’Etat d’Israël, organisé par le quotidien financier « Globes ». Il a été invité à s’exprimer à la tribune en tant que leader politique influent de la communauté arabe d’Israël.

Le journaliste chargé de l’interviewer sur le podium  lui pose la question suivante : « pouvez-vous me dire si vous, en tant qu’Arabe, pouvez admettre Israël en tant qu’Etat juif ? » Mansour Abbas, qui a manifestement une réponse toute prête, répond  sans hésiter: « L’État d’Israël est né en tant qu’État juif. C’est la décision du peuple juif.  Ce serait une erreur que de s’interroger sur l’identité de cet État : il est né juif et le restera. La question maintenant est de déterminer quel est le statut du citoyen arabe dans l’Etat juif d’Israël. »

Cette déclaration sans précédent de la part d’un leader arabe de premier plan est proprement bouleversante. L’avenir dira s’il s’agit d’un cas isolé, ou s’il signale un revirement en profondeur de la conscience collective des Arabes israéliens. On peut l’espérer, mais il faut d’ores et déjà saluer le courage et la vision politique de cet homme qui n’a peut-être pas fini de nous étonner, comme naguère le regretté Président d’Egypte Anouar el-Sadate.

Prions pour que la ressemblance entre leur destin respectif s’arrête là.

Le christianisme selon Leibowitz

Le texte ci-dessous est un extrait de l’ouvrage de Daniel Horowitz paru en 2019 consacré à Yeshayahu Leibowitz.  

Adolf Eichmann[1] refusa, lors de son procès à Jérusalem, de prêter serment sur le Nouveau Testament comme le lui proposait le Président du tribunal. Mais comme il se disait croyant, le tribunal lui permit de jurer « au nom de Dieu » sans que l’on sût au juste duquel il s’agissait. Le monde chrétien en fut soulagé, parce qu’il avait craint – à raison – qu’il n’y eût, durant les débats, association d’idées entre nazisme et christianisme. Mais du point de vue juif il eût été cohérent qu’Eichmann jurât sur le Nouveau Testament, parce qu’en tant qu’artisan de la Shoah, il n’avait fait, du moins du point de vue conceptuel, qu’obtempérer à l’obsession chrétienne de liquider le judaïsme. Cette obsession constitue en effet la raison d’être de la religion créée par Saint Paul de Tarse[2] après la mort de Jésus de Nazareth. Même les chrétiens les mieux disposés par rapport aux Juifs tels que les évangélistes américains ont pour objectif la conversion du peuple juif tout entier après son retour en Israël. Eichmann ne fut donc pour Leibowitz que l’incarnation de deux mille ans d’antisémitisme chrétien.

Martin Luther, fondateur du protestantisme, écrivait au xvie siècle dans son ouvrage « Des Juifs et de leurs mensonges » que

« les synagogues des Juifs et leurs écoles doivent être brûlées, leurs livres de prières détruits, leurs rabbins interdits d’officier, leurs maisons rasées et leurs biens et argents confisqués. On ne peut montrer à leur égard aucune pitié ni aucune bonté, ni leur procurer de protection légale. Ces vers venimeux et vénéneux doivent être punis de travaux forcés ou expulsés une bonne fois pour toutes. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer [3]».

Il est frappant de constater la proximité entre la rhétorique antisémite de Luther et celle des nazis. Il n’est pas étonnant que ce qui avait été prêché pendant des siècles à l’Église ait fini par faire partie intégrante de l’inconscient collectif chrétien, tant et si bien que même quand le lien organique entre État et religion fut rompu cela ne mit pas fin à l’antisémitisme.

Les crimes d’Eichmann et de ses complices vis-à-vis des Juifs ne furent que l’aboutissement de ce qui couvait dans la chrétienté depuis les origines. Il est vrai que le déicide dont furent longtemps accusés les Juifs n’est plus à la mode dans l’Église catholique, qui s’abstient depuis la Shoah de mettre les Juifs en cause sur ce point précis. Mais contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le mythe du déicide qui explique l’antisémitisme chrétien, mais bien la survivance du judaïsme en tant que frère ainé. Le concile Vatican II a donc mis une sourdine à l’accusation de déicide, mais pas mis fin à la répulsion endémique à l’égard du judaïsme. C’est ce qui faisait dire à Karl Barth, universitaire et théologien du xxe siècle, qu’

« Israël selon la chair est la forme fantomatique et monstrueuse de la synagogue. La synagogue qui entend la Parole de Dieu et qui, en dépit de tout ce qu’elle entend, demeure encore et toujours sans foi. L’entêtement et la mélancolie des Juifs, leurs lubies et leurs bizarreries. Le mensonge orgueilleux, le messianisme nationaliste et légaliste de la synagogue »[4].

Du point de vue Juif, le christianisme, qui se veut continuation du judaïsme, n’est en réalité qu’une régression idolâtre. Le christianisme emprunte certes des figures bibliques, mais n’est en réalité qu’un sous-produit de l’hellénisme païen. Il est courant d’entendre dire, dit Leibowitz, que Jérusalem est le berceau des trois religions monothéistes, mais en réalité c’est faux. Le judaïsme a commencé en Irak, l’islam en Arabie, et s’il est vrai que le christianisme a commencé à Jérusalem, cette religion n’est pas un monothéisme[5].

Il faut savoir que le monothéisme n’est pas à opposer au polythéisme au sens où le judaïsme postulerait qu’il n’y aurait qu’un seul Dieu. Si par exemple les Grecs avaient supprimé leurs dieux pour ne garder que Zeus, cela n’aurait eu aucune ressemblance conceptuelle avec le Dieu transcendant de la Torah. C’est ainsi que le postulat de la Torah en vertu duquel « Dieu est Un » ne fait pas référence à un nombre, mais que l’essence de Dieu est différente de tout ce qui est connaissable par l’être humain.

Le christianisme est l’antithèse du judaïsme au niveau de la pratique, de la pensée et du concept. Maïmonide mettait déjà en garde au xiie siècle contre « ces Chrétiens avec leurs mascarades qui prétendent porter la parole du Messie. Ce sont des idolâtres et il faut les traiter comme la Torah commande de le faire avec les païens[6]. Y a-t-il un plus grand obstacle à Israël que ce Nazaréen qui prétendait être le Messie ? Alors que les prophètes prédisaient que le Messie serait le rédempteur et qu’il terrasserait les oppresseurs, le Nazaréen a causé la destruction, la dispersion, l’humiliation et l’avilissement d’Israël et de sa Torah. »[7]

Il est notoire que le Pape Pie XII observa durant la Seconde Guerre mondiale un silence assourdissant face aux persécutions des Juifs, alors qu’il est établi qu’il ne pouvait les ignorer. La question est de savoir pourquoi il n’a pas dénoncé ces crimes à la face du monde. La réponse est que c’était sa foi qui le guidait[8]. En tant que représentant de Dieu sur terre, le pape ne pouvait que laisser faire les nazis qui, à ses yeux, accomplissaient l’essence du christianisme. Le pape en tant qu’homme n’était peut-être pas indifférent au sort de millions de Juifs menés à l’abattoir, mais ce grand chrétien voyait dans la Shoah le début de la fin du judaïsme,or c’était cela qui était prioritaire à ses yeux. Sa conviction en tant que Vicaire du Christ était que le judaïsme était un obstacle à la christianisation – et donc au Salut – du genre humain tout entier.

Le rapport du christianisme avec le judaïsme est différent de ce qu’il est avec d’autres religions, parce que le christianisme prétend être le véritable judaïsme. Mais le christianisme étant ultérieur au judaïsme, c’est un peu à l’image du fils qui dépouille son père de son vivant, mais continue de craindre pour son héritage aussi longtemps quel père n’est pas mort. C’est ainsi que le judaïsme est illégitime du point de vue chrétien, et que sa persistance ne peut être vécue que comme un outrage. L’Église ne peut s’y résigner qu’à condition que les Juifs soient stigmatisés en raison de leur mécréance. Autrement dit, plus les Juifs souffrent, plus cela démontre qu’ils ont tort de ne pas adhérer au Christ.

Il est vrai que dans un premier temps l’Église ne souhaitait pas la liquidation physique des Juifs, et leur conversion était même bienvenue, parce que cela corroborait la continuité entre judaïsme et christianisme. Mais comme après quelques générations il s’est avéré impossible de convertir l’ensemble des Juifs, il ne restait plus qu’à aspirer à leur extermination. L’apparition d’Hitler fut donc une aubaine pour le monde chrétien : la besogne allait être exécutée par autrui.

C’est dans ce sens que le Pape Eugenio Pacelli ne pouvait voir dans l’avènement d’Hitler autre chose que la main de Dieu. À préciser que cet aristocrate italien n’avait par ailleurs aucune sympathie pour Hitler, et méprisait les nazis qu’il considérait comme des brutes incultes. Mais il estimait qu’il ne pouvait s’opposer à la Providence qui les avait emmenés au pouvoir afin d’éradiquer le judaïsme. Il était convaincu que du point de vue théologique il n’avait pas le droit d’empêcher la « Solution Finale », qu’il percevait comme l’expression de la volonté divine dont les nazis constituaient le bras séculier.

L’indifférence du monde par rapport à la Shoah lors de la Deuxième Guerre mondiale est inexplicable sinon par la persistance d’un antisémitisme dans la mémoire collective du monde chrétien, qui continue à voir dans l’éradication du judaïsme un impératif civilisationnel. L’antisémitisme religieux a fini par muter en antisémitisme laïque, et a ressurgi avec force même dans les régimes politiques les plus athées.

De nos jours la majorité des fidèles qui maintiennent des pratiques religieuses dans le monde chrétien le font par tradition plutôt que par conviction. Beaucoup fêtent Noël, mais ne croient pas que Jésus ait été le fils de Dieu et ne sont de toute manière pas disposés à mourir en son nom. Mais la méfiance, la phobie, l’aversion, la détestation et la haine des Juifs persistent dans toutes les couches de la société occidentale, que ce soit dans la ruralité, les classes moyennes ou les élites, que celles-ci soient de gauche ou de droite. C’est ainsi que de grands esprits dans cet Occident largement déchristianisé estiment qu’il n’est pas démontré que Jésus de Nazareth ait jamais existé, mais demeurent néanmoins persuadés que ce sont les Juifs qui l’ont tué[9]. Les élites s’abstiennent d’exprimer un antisémitisme explicite, mais continuent de ressentir par rapport aux Juifs une étrangeté ontologique. C’était déjà le cas à l’époque des Lumières, quand Voltaire, Kant, Goethe ou Hegel pensaient que les Juifs n’avaient pas de place dans le monde des Droits de l’Homme qui s’annonçait.

C’est pour cela, conclut Leibowitz, qu’une intelligence entre judaïsme et christianisme est impensable du point de vue conceptuel, et un dialogue n’est possible qu’entre Juifs déjudaïsés et chrétiens déchristianisés[10].

[1] Criminel de guerre nazi condamné à mort en Israël en 1961 pour sa participation à la Shoah.

[2] Paul de Tarse est un Juif pharisien devenu apôtre du Christ et considéré comme fondateur de la chrétienté.

[3] Martin Luther « Des Juifs et de leurs mensonges », 1543

[4]  Karl Barth, « Dogmatique », Éditions « Labor et Fides », 1953

[5] Leibowitz, Correspondance, Éditions « Keter », 1999.

[6] Maïmonide, « Introduction à la Mishna ».

[7] Maïmonide « Mishne Torah », Chap. « Livre des Rois »

[8] Leibowitz, critique de la pièce « Le Vicaire » de Rolf Hochhuth.

[9] Leibowitz, Entretiens avec Michaïl Shashar, « Israël et Judaïsme ».

[10] Leibowitz, critique de la pièce « Le Vicaire » de Rolf Hochhuth.

Du côté de Nietzsche

Friedrich Nietzsche est un philosophe, compositeur, poète, écrivain et philologue allemand né en 1844.  A l’âge de 44 ans il  perd ses facultés mentales. Il meurt dix ans plus tard sans jamais être sorti de son délire.

Nietzsche est une référence incontournable dans la pensée contemporaine.  En tant que déconstructionniste il est parfois revendiqué par des courants postmodernes, mais en réalité sa pensée est une philosophie de l’existence, et non pas une philosophie politique. Nietzsche n’aspire pas à changer la société, mais prescrit à l’homme d’adopter la formule de Pindare, poète grec de l’antiquité, qui disait « deviens qui tu es, quand tu l’auras appris ».

Idéalisme

Dans son ouvrage « Le Crépuscule des idoles ou Comment on philosophe avec un marteau » Nietzsche exige de mettre fin à tout idéal d’inspiration religieuse ou de nature utopique. Il est l’un des premiers penseurs à avoir mis en garde contre la modernité, la science, et la raison, qu’il trouve vulgaire.   C’est avant tout un psychologue qui enseigne que l’homme doit déployer son être dans ce qu’il a de plus profond. Au lieu d’aspirer à changer le monde, l’homme doit réfléchir à ce que le monde a fait de lui, et aspirer à devenir non seulement soi-même, mais quelque chose de plus que soi-même, qui est ce que Nietzsche appelle le Surhomme :

«Je ne suis nullement, par exemple, un croquemitaine, un monstre moral, -je suis même, de par nature, à l’antipode du genre d’hommes qu’on a vénérés jusqu’ici comme vertueux. Il me semble, entre nous, que c’est justement ce qui me fait honneur. Je suis un disciple du philosophe Dionysos ; j’aimerais mieux, à la rigueur, être un satyre qu’être un saint. Mais on n’a qu’à lire cet écrit. Peut-être ai-je réussi à y exprimer cette opposition de façon sereine et philanthropique, peut-être n’a-t-il pas d’autre but. « Améliorer » l’humanité serait la dernière des choses que j’irais jamais promettre. Je n’érige pas de nouvelles « idoles » ; que les anciennes apprennent d’abord ce qu’il en coûte d’avoir des pieds d’argile. Les renverser (et j’appelle idole tout idéal), voilà bien plutôt mon affaire. On a dépouillé la réalité de sa valeur, de son sens et de sa véracité en forgeant un monde idéal à coups de mensonge… Le « monde de la vérité » et le « monde de l’apparence »… je les appelle en bon allemand le monde du mensonge et la réalité… L’idéal n’a cessé de mentir en jetant l’anathème sur la réalité, et l’humanité elle-même, pénétrée de ce mensonge jusqu’aux moelles s’en est trouvée faussée et falsifiée dans ses plus profonds instincts, elle en est allée jusqu’à adorer les valeurs opposées aux seules qui lui eussent garanti la prospérité, l’avenir, le droit suprême au lendemain.»

La volonté de puissance

La volonté de puissance, c’est l’essence de l’être. Tout, dans le monde, veut être. Que ce soit un caillou, une amibe, un arbre ou un être humain, tout veut être le plus pleinement possible. En ce qui concerne les humains, le degré le plus primaire de la volonté de puissance consiste à dominer autrui. Au dessus il y a le désir de se dominer soi-même. Mais le degré le plus sublime de la volonté de puissance consiste à créer. Mais quelle que soit la manière dont s’exprime la volonté de puissance, il faut savoir que c’est  elle qui gouverne le monde[1].

Le mensonge

« La pratique du mensonge est essentielle dans la condition humaine. Quand on nous demande « comment allez-vous et que nous répondons « bien » se cache souvent un mensonge, et même un mensonge à deux faces, parce que celui qui demande ne s’intéresse pas vraiment à la réponse et celui qui répond ne pense pas qu’il est tenu de dire la vérité.

L’Univers

Gardons-nous de penser que le monde est un être vivant. Comment devrait-il se développer ? De quoi devrait-il se nourrir ? Comment ferait-il pour croître et s’augmenter ? Nous savons à peu près ce que c’est que la matière organisée : et nous devrions changer le sens de ce qu’il y a d’indiciblement dérivé, de tardif, de rare, de hasardé, de ce que nous ne percevons que sur la croûte de la terre, pour en faire quelque chose d’essentiel, de général et d’éternel, comme font ceux qui appellent l’univers un organisme ? Voilà qui m’inspire le dégoût. Gardons-nous déjà de croire que l’univers est une machine ; il n’a certainement pas été construit en vue d’un but, en employant le mot « machine » nous lui faisons un bien trop grand honneur. Gardons-nous d’admettre pour certain, partout et d’une façon générale, quelque chose de défini comme le mouvement cyclique de nos constellations voisines : un regard jeté sur la voie lactée évoque déjà des doutes, fait croire qu’il y a peut-être là des mouvements beaucoup plus grossiers et plus contradictoires, et aussi des étoiles précipitées comme dans une chute en ligne droite, etc. L’ordre astral où nous vivons est une exception ; cet ordre, de même que la durée passable qui en est la condition, a de son côté rendu possible l’exception des exceptions : la formation de ce qui est organique. La condition générale du monde est, par contre, pour toute éternité, le chaos, non par l’absence d’une nécessité, mais au sens d’un manque d’ordre, de structure, de forme, de beauté, de sagesse et quels que soient les noms de nos esthétismes humains. Au jugement de notre raison les coups malheureux sont la règle générale, les exceptions ne sont pas le but secret et tout le mécanisme répète éternellement sa ritournelle qui ne peut jamais être appelée une mélodie, — et finalement le mot « coup malheureux » lui-même comporte déjà une humanisation qui contient un blâme. Mais comment oserions-nous nous permettre de blâmer ou de louer l’univers ! Gardons-nous de lui reprocher de la dureté et de la déraison, ou bien le contraire. Il n’est ni parfait, ni beau, ni noble et ne veut devenir rien de tout cela, il ne tend absolument pas à imiter l’homme ! Il n’est touché par aucun de nos jugements esthétiques et moraux ! Il ne possède pas non plus d’instinct de conservation, et, d’une façon générale, pas d’instinct du tout ; il ignore aussi toutes les lois. Gardons-nous de dire qu’il y a des lois dans la nature. Il n’y a que des nécessités : il n’y a là personne qui commande, personne qui obéit, personne qui enfreint. Lorsque vous saurez qu’il n’y a point de fins, vous saurez aussi qu’il n’y a point de hasard : car ce n’est qu’à côté d’un monde de fins que le mot « hasard » a un sens. Gardons-nous de dire que la mort est opposée à la vie. La vie n’est qu’une variété de la mort et une variété très rare. — Gardons-nous de penser que le monde crée éternellement du nouveau. Il n’y a pas de substances éternellement durables ; la matière est une erreur pareille à celle du dieu des Éléates. Mais quand serons-nous au bout de nos soins et de nos précautions ? Quand toutes ces ombres de Dieu ne nous troubleront-elles plus ? Quand aurons-nous entièrement dépouillé la nature de ses attributs divins ? Quand aurons-nous le droit, nous autres hommes, de nous rendre naturels, avec la nature pure, nouvellement trouvée, nouvellement délivrée ? [2]

La morale.

Partout où nous rencontrons une morale, nous rencontrons une évaluation et un classement des actions et des instincts humains. Ces évaluations et ces classements sont toujours l’expression des besoins d’une communauté ou d’un troupeau. Ce qui est  utile au troupeau  est aussi la mesure supérieure pour la valeur des individus. Par la morale l’individu est instruit à être fonction du troupeau et à ne s’attribuer de la valeur qu’en tant que fonction. La moralité, c’est l’instinct du troupeau chez l’individu[3].

Nations.

Ce que, dans l’Europe d’aujourd’hui, on appelle «  nation  » est chose fabriquée plutôt que naturelle. Les «  nations  » actuelles sont en devenir et n’ont pas ce caractère d’éternité qui est le propre des Juifs.  Il est certain que les Juifs, s’ils le voulaient, comme les antisémites ont tout l’air de le croire, seraient dès à présent en état d’être les maîtres de l’Europe. Mais ce n’est pas ce qu’ils visent. Ce qu’ils veulent, au contraire, et ce qu’ils demandent avec insistance, c’est d’être intégrés par l’Europe. Ils aspirent à un lieu où ils puissent enfin se poser, et jouir de tolérance et de considération. Ils ont soif d’en finir avec leur existence nomade. Cette aspiration dénote peut-être une atténuation des instincts judaïques, or il ne serait que juste que d’y prêter attention, et d’y faire bon accueil. On pourrait même commencer par jeter les braillards antisémites à la porte.

Dieu

La notion de “Dieu” a été inventée comme antinomie de la vie, – en elle se résume, en une unité épouvantable, tout ce qui est nuisible, vénéneux, calomniateur, toute l’inimitié contre la vie. La notion de l'”au-delà” du “monde-vérité” n’a été inventée que pour déprécier le seul monde qu’il y ait, – pour ne plus conserver à notre réalité terrestre aucun but, aucune raison, aucune tâche ! La notion de l'”âme”, I'”esprit” et en fin de compte même de l'”âme immortelle”, a été inventée pour mépriser le corps, pour le rendre malade – “sacré” – pour apporter à toutes les choses qui méritent du sérieux dans la vie – les questions de nourriture, de logement, de régime intellectuel, les soins à donner aux malades, la propreté, la température – la plus épouvantable insouciance ! Au lieu de la santé, le “salut de l’âme” – je veux dire une folie circulaire qui va des convulsions de la pénitence à l’hystérie de la Rédemption ! La notion du “péché” a été inventée en même temps que l’instrument de torture qui la complète, le “libre-arbitre” pour brouiller les instincts, pour faire de la méfiance à l’égard des instincts une seconde nature ! Dans la notion du “désintéressement”, du “renoncement à soi” se trouve le véritable emblème de la décadence. L’attrait qu’exerce tout ce qui est nuisible, l’incapacité de discerner son propre intérêt, la destruction de soi sont devenus des qualités, c’est le “devoir”, la “sainteté”, la “divinité” dans l’homme ! Enfin – et c’est ce qu’il y a de plus terrible – dans la notion de l’homme bon, on prend parti pour ce qui est faible, malade, mal venu, pour tout ce qui souffre de soi-même, pour tout ce qui doit disparaître. La loi de la sélection est contrecarrée. De l’opposition à l’homme fier et d’une bonne venue, à l’homme affirmatif qui garantit l’avenir, on fait un idéal. Cet homme devient l’homme méchant… Et l’on a ajouté foi à tout cela, sous le nom de morale![4]

La mort

Il faut mourir fièrement lorsqu’il n’est plus possible de vivre fièrement. La mort choisie librement, la mort en temps voulu, avec lucidité et d’un cœur joyeux, accomplie au milieu d’enfants et de témoins, alors qu’un adieu réel est encore possible, alors que celui qui nous quitte existe encore et qu’il est véritablement capable d’évaluer ce qu’il a voulu, ce qu’il a atteint, de récapituler sa vie.

[1] Ecce Homo

[2] Le Gai Savoir

[3] Idem

[4] Ecce Homo

Zemmour et les Juifs de France

Les Juifs de France ne devraient pas exiger de la nation qu’elle se soucie en priorité de leurs états d’âme. Ce grand pays a d’autres chats à fouetter, or il existe sur notre planète un autre Etat érigé spécialement pour répondre aux revendications juives.

Ils sont pathétiques, ces Juifs qui reprochent à Eric Zemmour de ne pas penser à eux. Assigner à résidence ethnique ce candidat présumé aux élections présidentielles est déplacé, et finit par déboucher sur une sorte de racisme à rebours. Aspirer à ce que 67 millions de Français choisissent leur président en fonction de ce que Zemmour pense ou ne pense pas de Vichy est ridicule.

Zemmour a de Gaulle pour modèle, or il faut se souvenir que c’est grâce à de Gaulle que Pétain n’a pas été fusillé, ni d’ailleurs jugé pour complicité de génocide ; que de Gaulle a œuvré pour le sortir de prison [1], et que lors de la Guerre des Six-Jours en 1967 de Gaulle a tenu des propos antisémites en lâchant Israël en échange de pétrole arabe. Cela n’a pas empêché de nombreux Juifs de voter pour lui.

Ceux parmi les Juifs qui décrient aujourd’hui les accointances de Zemmour avec la droite extrême sont souvent les mêmes qui naguère votaient pour Mitterrand quand il fraternisait avec les communistes, ces autres bienfaiteurs de l’humanité. Par ailleurs Mitterrand faisait fleurir la tombe de Pétain et fréquentait René Bousquet, ce dignitaire de Vichy organisateur de la rafle du Vél’ d’Hiv’.

Zemmour doit ratisser large pour gagner les élections. Son modèle de campagne est analogue à celui de Donald Trump, qui a un gendre, une fille et des petits-enfants juifs, mais qui n’a pas dédaigné les voix des suprémacistes, et qui a pris Steve Bannon – accusé d’antisémitisme – comme stratège politique.

Zemmour se réclame du RPR des années 1980. Mais ce Parti avait juré de ne jamais s’acoquiner avec le Front National. Le RPR a tenu parole, mais en est mort. C’est en retenant cette leçon – et en lecteur assidu de Machiavel qu’il doit être – que Zemmour s’est appliqué depuis des décennies à ne jamais indisposer le FN (maintenant RN), dont les racines sont pourtant – au moins en partie – nazies, fascistes et antisémites. C’est pour ne pas se couper de l’électorat des Le Pen qu’il entretient des relations cordiales avec eux, et échange même un bisou avec Marine quand il va déjeuner avec elle. C’est en ayant cela à l’esprit que l’on comprend ce qui emmène Zemmour à proposer une lecture spécieuse du rôle de Pétain lors du régime de Vichy.

Il faut savoir que pour un Français catholique intégriste, antidreyfusard, nostalgique de l’Action Française, de Bernanos, de Claudel, de Brasillach, de Céline ou de Drumont, cela fait plaisir d’entendre dire que Pétain n’était pas si méchant que ça. Quand Zemmour émet des réserves sur le fait que les enfants juifs massacrés à Toulouse aient été enterrés en Israël, c’est du même ordre : les vétérans du FN y voient une preuve de double allégeance de la part de Juifs qui ne veulent pas reposer en terre de France pour l’éternité.

Les Français vont sans doute devoir choisir entre une France multiculturelle et une France française. Zemmour étant cohérent avec ses principes, il est juif à la maison et français à la ville.

**

[1] En mai 1951 de Gaulle déclare lors d’un discours à Oran qu’ « il est lamentable pour la France, au nom du passé et de la réconciliation nationale indispensable, qu’on laisse mourir en prison le dernier Maréchal »

La question juive et la crème glacée.

La marque américaine de crèmes glacées « Ben & Jerry’s » a annoncé qu’elle cesserait bientôt de vendre ses produits en Cisjordanie sous prétexte qu’il s’agit de territoires occupés. Les fondateurs de cette entreprise s’appellent Cohen et Greenfeld, deux Juifs honteux de l’être. Ils soutiennent ce boycott décidé par le conseil d’administration de « Ben & Jerry’s », considérant qu’il s’agit là « d’une étape particulièrement courageuse en accord avec les valeurs progressistes. » Il faut savoir que dans le jargon de la gauche bien-pensante américaine, être progressiste implique d’être antisioniste. Cohen et Greenfeld se sont  donc alignés sur l’idéologie  BDS, organisation antisémite notoire qui  conteste la légitimité de l’Etat juif et aspire à y mettre fin.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid a qualifié l’initiative de « Ben & Jerry’s » d’antisémite, et le président Yitzhak Herzog a évoqué à cette occasion « un nouveau genre de terrorisme ». D’une manière générale la majorité de la classe politique comme de l’opinion publique israélienne est choquée par la décision de « Ben & Jerry’s ».

Hannah Arendt estimait qu’être juif signifiait « d’abord et avant tout une appartenance politique et nationale », et que  « lorsque l’on est attaqué en qualité de Juif, c’est en tant que Juif que l’on doit se défendre ». Ce n’est manifestement pas l’opinion de Cohen et Greenfeld, qui préfèrent donner des gages à une gauche postmoderne qui a perdu à la fois ses repères et son honneur.

Cohen et Greenfeld sont américains, et ont donc le droit de se montrer hostiles à l’égard d’Israël.  Mais  le problème est qu’en tant que Juifs ils ont des liens avec Israël et sont donc éligibles à la « Loi du Retour », ce qui leur confère le droit de devenir citoyen israélien. Cette Loi précise même que « L’État d’Israël déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté ».

Si Cohen et Greenfeld veulent être cohérents avec leur aspiration à contribuer à la paix et à la justice en Palestine, ils devraient s’adresser à l’Ambassade d’Israël à Washington pour lui notifier qu’ils renoncent à la « Loi du Retour ». Mais comme ces compères ne semblent pas briller par leur courage, Israël pourrait prendre l’initiative et leur envoyer un courrier leur signifiant qu’ils sont déchus  du droit à la « Loi du Retour » eu égard à leur détestation d’Israël.

Mais alors, qu’adviendrait-il de ces distributeurs de sorbets au cas où ils seraient victimes à leur tour d’antisémitisme en Amérique, bien qu’ils aient tout fait pour plaire aux ennemis de Juifs ? A méditer.

Préférence nationale ou conscience : l’erreur de Zemmour

Le Suicide français d’Éric Zemmour propose une thèse simple et brutale : la France se suicide en reniant son histoire, sa culture, son identité. Dans cet essai, un chapitre polémique s’attaque à l’analyse de Robert Paxton sur le régime de Vichy.

Zemmour rappelle que Paxton, dans La France de Vichy, souligne que trois quarts des Juifs français survécurent sous l’Occupation. Selon Paxton, ce sauvetage fut l’œuvre des résistants, des opposants au régime, des Justes parmi les Nations.

Mais Zemmour conteste : si le salut vint de ces isolés, pourquoi les Pays-Bas, pourtant plus riches en Justes, n’ont-ils pas empêché l’extermination de presque tous leurs Juifs ? Il y voit la preuve que Paxton fausse le regard : Vichy ne serait pas le mal absolu, mais un régime contraint, tentant par un double jeu cynique de limiter l’horreur.

Zemmour s’appuie sur Raul Hilberg, qui note que Vichy, dans un premier temps, chercha à tempérer les exigences nazies. Mais au fil du temps, la pression allemande s’accrut. Vichy finit par céder : livrer les Juifs étrangers pour sauver les Juifs français.

À ses yeux, la logique était celle du nationalisme : ce n’était pas parce que les victimes étaient juives qu’on tentait de les protéger — mais parce qu’elles étaient françaises.

Cette défense dévoile une faille morale béante. En 1976, à Entebbe, l’équipage français d’un avion détourné refusa d’abandonner ses passagers juifs aux terroristes.
Michel Bacos, capitaine d’Air France, resta solidaire jusqu’à la fin. Là où Pétain trahit, Bacos tint. La comparaison est implacable : entre fidélité au droit et abdication morale, il n’y a pas d’excuse, même sous la contrainte.

Zemmour, qui pourfend la soumission contemporaine de la France — à l’islamisme, à l’Union européenne, aux puissances étrangères —, trouve cependant des circonstances atténuantes à la soumission de Vichy aux nazis. Il défend une fibre nationale respectable en soi, mais qui, érigée en dogme, tourne à l’aveuglement : préférer la nationalité à l’humanité quand l’heure est à la mort, c’est perdre toute boussole.

L’histoire fournit un précédent glaçant : en Hongrie, Rudolf Kastner négocia avec les nazis la survie d’une poignée de Juifs fortunés, au prix du silence et de l’abandon du reste. Après-guerre, un tribunal déclara : Kastner avait « vendu son âme au diable ».

Le régime de Vichy, quelles que soient les arguties mobilisées pour l’absoudre, n’a pas fait autre chose.

La Diaspora et la politique d’Israël

La « Loi du Retour » de l’Etat d’Israël garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël à tout moment et de devenir citoyen à part entière sur simple demande. Un des amendements de cette loi stipule que « L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté ».

Il y a quelques années, 400 Juifs britanniques ont envoyé une lettre ouverte à l’Ambassade d’Israël de Londres pour lui signifier qu’ils rejetaient à titre définitif tout recours à la « Loi du Retour ». Ils ont déclaré ne pas se sentir concernés par cette loi, ni concrètement ni symboliquement, ni pour eux-mêmes ni pour leurs descendants, ni maintenant ni plus tard. Ils ont donc le droit de critiquer Israël et même de lui être hostile en vertu de la liberté d’expression.

Quant aux Juifs à travers le monde qui estiment être partie prenante de la « Loi du Retour », concrètement ou symboliquement, pour eux-mêmes ou pour leurs descendants,  maintenant ou plus tard, ils ont une obligation de réserve envers Israël, qui s’engage de son côté à accueillir les Juifs de la Diaspora en temps de paix comme en temps de crise.

C’est ainsi que ces Juifs qui tiennent à  la « Loi du Retour », mais qui sont en même temps critiques par rapport à telle ou telle politique d’Israël, ils n’ont qu’un seul devoir :  celui de se taire.

Le naufrage du parti travailliste d’Israël

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, défend dans un article du magazine « Regards » son point de vue à propos de la  décision du parti travailliste  Avoda  de placer Ibtisam Mara’ana en septième position sur la liste des candidats-députés en vue des élections législatives.

Mara’ana est une Israélienne arabe, réalisatrice de cinéma, enseignante, militante féministe et antisioniste. Barnavi précise qu’elle est mariée à un Juif, comme si cela devait exclure l’idée quelle pourrait être antisémite.

En 2008 Mara’ana déclarait au cours d’une interview avec un journaliste du quotidien israélien « Globes »  qu’elle aurait aimé écrire un scénario où elle imaginerait la destruction de la ville de  Zikhron Ya’akov[1] et expédierait ses habitants en Pologne. Elle ajoutait dans un même souffle que les Juifs sont un peuple lâche, cupide et dominateur.

Mara’ana est notoirement opposée à l’Etat du peuple juif tel que défini dans la Déclaration d’Indépendance d’Israël. C’est fidèle à cet esprit qu’elle estime ne pas être tenue de respecter la mémoire des soldats de Tsahal morts au champ d’honneur. En 2012 elle déclarait que quand retentit la sirène de commémoration une fois par an, et que les automobilistes sortent de leur véhicule pour se tenir debout en signe de recueillement, elle continue de rouler et dit éprouver de la jubilation à être seule à poursuivre son chemin. Barnavi estime que  Mara’ana a changé d’avis depuis, puisqu’elle invoque ces jours-ci « une erreur de prime jeunesse ». Mais comme elle avait 37 ans à cette époque cela  ne correspond pas vraiment à la notion de « prime jeunesse ». Elle était au contraire déjà une militante politique mure, et consciente de la portée de ses propos.

Barnavi affirme qu’à l’annonce de la position de Mara’ana  sur la liste du parti travailliste « la droite a aussitôt introduit une requête auprès de la Commission électorale pour lui interdire de se présenter aux élections ». Difficile de déterminer si Barnavi se trompe ou s’il induit sciemment ses lecteurs en erreur, mais le fait est que cette pétition a été déposée par la gauche, notamment  par Maozia Segal, ancien combattant  et membre du parti travailliste, ainsi que par d’autres membres qui objectent à la candidature de Mara’ana pour des raisons d’ordre éthique. C’est dans un deuxième temps seulement que d’autres demandes d’annulation ont suivi la gauche.

Je suis en faveur de la liberté d’expression dans son acception la plus large. J’estime donc que Mara’ana a le droit de détester les Juifs, les cyclistes, les chiens et les chats, et quiconque qui ne lui revient pas. Elle a aussi le droit de penser que les Juifs doivent retourner en Pologne  et que la planète se porterait mieux sans eux. Mais le scandale est ailleurs : indépendamment des opinions politiques de tout un chacun, il est indécent pour un des partis fondateurs du projet sioniste  de pousser vers la Knesset une militante opposée au principe même de l’Etat juif. Le fait que Mara’ana se soit excusée suite à la demande d’annulation de sa candidature est cousu de fil blanc et n’est pas crédible eu égard à la coïncidence avec le calendrier électoral.

Cela ne signifie pas que l’on ne puisse jamais revenir sur ses propos, ni changer d’avis, ni faire amende honorable. Chacun  a droit à l’erreur.  Mais si Mara’ana s’était excusée avant de prétendre siéger à la Knesset et avait milité de manière durable dans un parti sioniste c’eût été différent. Maintenant le fait est là : Mara’ana a réussi son coup politique, mais le parti de Ben Gourion, de Levi Eshkol, d’Itzhak Rabin, de Golda Meïr, de Moshe Dayan et de tant d’autres héros d’Israël s’est déshonoré par la même occasion.

Quant à Elie Barnavi, personnalité et intellectuel respectable, il ne devrait pas soutenir l’insoutenable au nom de l’idée qu’il se fait de la gauche israélienne. Celle-là mérite mieux qu’Ibtisam Mara’ana.

[1] Zikhron Ya’akov a été fondée au 19ème siècle par une centaine de pionniers venus de Roumanie. C’est une des premières agglomération de la mouvance sioniste.

L’honneur perdu du Parti démocrate américain

Les autorités israéliennes ont récemment refusé de délivrer un visa d’entrée à Rashida Tlaib et Ilhan Omar, deux membres démocrates du Congrès américain. Celles-ci sont connues pour leurs déclarations antisémites et appellent à ostraciser Israël, ce qui tombe sous le coup de la loi israélienne, qui interdit l’accès au territoire à quiconque appelle au boycott économique, culturel ou universitaire de l’Etat.

Se voyant déclarée « persona non grata », Rashida Tlaib, qui est d’origine palestinienne, a envoyé une lettre au ministre de l’Intérieur le conjurant de lui permettre de visiter sa grand-mère en Cisjordanie, arguant que ce serait peut-être la dernière occasion de la voir. Le Ministre le lui a concédé sur base humanitaire, à condition qu’elle s’engage de ne pas exploiter la situation en transformant sa visite en manifestation hostile à Israël. Elle a accepté le compromis, mais deux jours après elle s’est rétractée sous la pression de ses amis politiques.

Comme l’objet déclaré de la visite de Rashida Tlaib était de révéler au monde à quel point les conditions de vie des Palestiniens étaient difficiles, le journal israélien « Israel Hayom » a décidé de faire le point sur la question. Une des sources d’information a consisté à analyser les profils Facebook des habitants de Beit Ur al-Fauqa, le village de la famille de Rashida Tlaib. C’est ainsi qu’il appert que les Tlaib vivent plutôt confortablement.

Ahiam Tlaib et Samah Tlaib exhibent sur Facebook des BMW flambant neuves, et Raja et Anas Tlaib leur Mercedes dans laquelle Anas se rend dans sa luxueuse salle de sport. Nayef Tlaib quant à lui roule en Corvette décapotable que l’on voit garée devant une superbe maison de trois étages en construction. Par ailleurs ces profils Facebook montrent que les Tlaib se promènent à Jaffa, Saint-Jean d’Acre Acre et à Tel Aviv, et voyagent en Turquie ou ailleurs dans le monde, ce qui n’est pas vraiment un signe d’enfermement.

Ces clichés n’ont évidemment pas de valeur statistique, mais ce qui est intéressant c’est qu’ils sont corroborés par un rapport de 2014 de la Banque Mondiale, qui révèle que le village où vivent les Tlaib est l’un des endroits les plus prospères de Cisjordanie. Le taux de pauvreté y est de 7,4% tandis que la moyenne de Cisjordanie est de 21%. Le taux de chômage quant à lui figure parmi les plus bas de la région.

Selon un rapport du « Bureau Central de Statistique de Palestine », il y a dans ce village 230 ménages. 215 des immeubles y sont définis comme propriétés privées. 116 d’entre eux ont cinq chambres ou plus, et 65 en ont quatre. Pratiquement tous les ménages sont équipés de la télévision par satellite, d’écrans LCD dernier cri, et sont connectés à l’Internet. La plupart des habitants ont un téléphone portable et la moitié des familles possèdent une voiture.

Reste que s’il est vrai qu’il s’agit d’une région à l’avenir politique incertain, il n’en est pas moins vrai que les habitants y vivent un quotidien digne. A comparer avec Gaza, ce territoire qu’Israël a quitté.

Sarah Halimi ou la justice post-moderne

Sarah Halimi est une femme juive de soixante-cinq ans décédée en avril 2017 après avoir été rouée de coups et défenestrée. L’assassin est son voisin Kobili Traoré, jeune multi-récidiviste 20 fois condamné pour violence aggravée ou autres méfaits, mais jamais considéré comme irresponsable.

La cour d’appel de Paris a néanmoins conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. Il ne sera donc pas jugé et devrait sous peu être libéré de son internement en milieu psychiatrique, étant donné qu’il ne souffre de troubles mentaux que lorsqu’il est saisi de pulsions le poussant à casser du juif au nom de l’islam.

Comment cela est-il possible ?

La nouvelle épidémie qui sévit dans une certaine intelligentsia, une certaine presse et une certaine magistrature s’appelle la pensée postmoderne. C’est ainsi que cette vision du monde fait l’impasse sur la notion de libre arbitre. L’essence de l’individu au sens postmoderne n’est que le reflet de sa communauté, de sa culture et de son histoire. Il n’y a donc pas d’individus dans la postmodernité : il n’y a que des identités. Le pluralisme s’est transformé en principe d’égalité à tous crins, ce qui a pour conséquence que l’égalité « est devenue folle », comme dit Finkielkraut.

La décision de la cour d’appel de Paris revient à considérer Kobili Traoré comme un avatar de son identité. Il ne serait pas plus coupable d’être un assassin drogué antisémite et islamiste que Sarah Halimi n’est coupable d’être une paisible femme médecin juive. Il semble donc que pour certaines juridictions il est tout compte fait devenu moins important de rendre la justice que de rendre l’égalité.

Jean Daniel et le Coronavirus

Jean Daniel, fondateur du “Nouvel Observateur”, écrivain, journaliste et intellectuel notoire, est décédé à l’âge de 99 ans. Ce bel esprit d’origine juive avait choisi de se distancier de sa judéité.  Comme beaucoup de Juifs honteux, la haine de soi l’avait rendu plus critique vis-à-vis d’Israël que du reste du monde. Au fil du temps cette détestation avait fini par infecter sa plume pour tout ce qui tournait autour du conflit israélo-arabe. Dans son ouvrage « La Prison Juive » il en arrive à conclure que les Juifs sont les artisans de leur propre malheur tellement ils sont captifs de leur délire messianique.

Jean Daniel n’est plus de ce monde, ce qui fait que l’on ne saura malheureusement jamais s’il estimait que le Coronavirus c’est la faute aux Juifs, aux Chinois ou aux cyclistes.

Zeev Sternhell ou le naufrage de la pensée

Zeev Sternhell est historien et professeur de science politique à l’Université Hébraïque de Jérusalem. « Le Monde »  a publié  un article de sa main intitulé « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts ».

Cette publication n’est pas une surprise, parce que c’est dans la logique d’une grande partie de la presse que d’être hostile à Israël. Celle-ci se régale de tout ce qui peut être nuisible à l’Etat juif et ne demande pas mieux que d’ouvrir ses colonnes à des Israéliens pour asseoir sa propagande antisioniste.

Dans son article Sternhell nous apprend que l’Etat d’Israël « est devenu un monstre pour les non-juifs sous sa domination » et fait un procès d’intention à la droite en posant que celle-ci réserve aux Palestiniens, aux Soudanais et aux Érythréens le même sort que les Nazis d’antan réservaient aux Juifs.

Il précise que beaucoup d’Israéliens ont honte de leurs élus tout en votant pour eux. On ne voit pas ce qui lui permet d’affirmer cela, mais on peut supposer que cet éminent intellectuel a l’autorité morale de considérer la majorité des Israéliens comme des crétins à rééduquer.

Sternhell et ses amis politiques ont peu d’audience en Israël, alors ils se déshonorent en s’exprimant dans des forums internationaux qui jubilent quand un Juif associe la démocratie israélienne au nazisme.

Sternhell mais n’a pas le droit moral de traiter Israël d’Etat « nazi », « d’Etat d’apartheid » ni de « monstre ». Cet historien, ce juif polonais qui a échappé aux vrais Nazis le sait mieux que quiconque. Ce qu’il écrit est un amalgame d’élucubrations de quelqu’un qui veut à tout prix exister. Il fait exprès de ne pas distinguer entre l’Etat d’Israël et une extrême-droite qui n’est ni pire ni meilleure que celle de Belgique ou de France. Par ailleurs il fait l’impasse sur l’extrême-gauche, qui elle constitue un véritable danger pour la démocratie en Israël comme ailleurs.

On ne peut accorder le moindre crédit à ce Juif qui pour obtenir une tribune dans « Le Monde » est prêt à traiter Israël de nazi. Non seulement est-ce insultant, mais c’est une manière de banaliser la Shoah. Si la vie quotidienne à Ramallah est comparable à celle d’Auschwitz cela rejoint le point de vue négationniste comme quoi la Shoah n’aurait pas été si grave que cela.

Nul besoin de Sternhell pour déterminer si Israël est une démocratie. Le danger du populisme existe dans beaucoup de pays occidentaux, à la différence près qu’Israël démontre la solidité de ses institutions malgré l’état de guerre. Pas sûr que la France ou la Belgique seraient encore des démocraties si ces pays avaient à faire face aux défis qu’Israël subit à ses frontières, ou si une puissance comme l’Iran les menaçait de destruction par le feu nucléaire.

Quand des intellectuels comme Sternhell alignent leurs positions sur celles d’Edwy Plenel, de Mélenchon ou de prédicateurs islamistes, quand ils contestent la légitimité  même d’Israël ce ne sont pas des adversaires politiques, mais des ennemis.

Yonatan Gefen ou l’art de faire parler de soi

Ahed Tamimi est une adolescente palestinienne qui a bousculé,  donné des coups de pied et giflé un militaire israélien en marge de l’effervescence produite par la décision du Président Trump de reconnaître Israël comme capitale d’Israël. Le militaire en question a gardé son sang-froid et n’a pas jugé utile de réagir, mais comme  la scène a été préméditée, filmée et publiée sur Facebook par la mère d’Ahed Tamimi, cela à entraîné son arrestation.

Yonatan Gefen est un auteur, poète, chanteur, journaliste et dramaturge israélien. Il a publié un poème où il chante la gloire d’Ahed Tamimi en disant que l’Histoire la retiendra au même titre que Hanna Senesh et à Anne Frank.

Pour mémoire, Chana Senesh est une poétesse juive formée par les britanniques en Palestine lors de la Deuxième Guerre Mondiale pour aider à sauver les Juifs d’Europe. Elle fut parachutée en 1944 en Yougoslavie et peu après arrêtée, torturée et fusillée.

Pour mémoire, Anne Frank est une adolescente juive assassinée en 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen. Elle est connue pour son journal intime où elle relate jour après jour le calvaire vécu par elle sa famille dans une cache d’Amsterdam avant  d’être déportée vers les camps d’extermination nazis.

Pour mémoire, et comme dit plus haut, Yonatan Gefen est un auteur, poète, chanteur, journaliste et dramaturge israélien. Mais pour compléter le portrait il faudrait maintenant ajouter que Yonatan Gefen est un crétin.

Alain Finkielkraut lâche Renaud Camus

Il faut savoir distinguer une œuvre de son auteur, qu’il s’agisse d’art, de littérature ou de pensée. On peut reconnaître la grandeur de Wagner en musique, celle de Céline dans le roman ou de Heidegger en philosophie, tout en gardant à l’esprit la petitesse morale de ces figures.

En 2000, l’écrivain Renaud Camus écrivait ceci dans un de ses ouvrages : « Les collaborateurs juifs de l’émission « Panorama » de France Culture exagèrent un peu tout de même : d’une part, ils sont à peu près quatre sur cinq à chaque émission, ou quatre sur six, ou cinq sur sept, ce qui, sur un poste national ou presque officiel, constitue une nette surreprésentation d’un groupe ethnique ou religieux donné ; d’autre part, ils font en sorte qu’une émission par semaine au moins soit consacrée à la culture juive, à la religion juive, à des écrivains juifs, à l’État d’Israël et à sa politique, à la vie des juifs en France et de par le monde, aujourd’hui ou à travers les siècles. »

Ces lignes déclenchèrent « l’affaire Renaud Camus », tempête médiatique qui mena au retrait de l’ouvrage. Celui-ci fut ensuite réédité avec des blancs à la place des passages jugés antisémites.

Contre vents et marées, Alain Finkielkraut prit la défense de Camus. Il soutenait que ce dernier ne faisait que souligner un manquement du service public à son exigence de neutralité. Il dénonçait également le procès fait à un écrivain dont beaucoup des détracteurs n’avaient jamais lu l’œuvre.

À l’époque Finkielkraut avait pour moi quelque chose du prophète d’Israël : une manière grave et désespérée d’interroger l’avenir à la lumière du présent. Mais sur cette affaire, sa position me déconcerta. D’un côté, j’avais du mal à croire qu’il puisse se tromper. De l’autre, une voix intérieure me soufflait que quelque chose n’allait pas.

Je me suis dit que, sur un point au moins, Finkielkraut avait raison : on ne peut juger un écrivain sans l’avoir lu. J’ai donc lu Campagne de France, Du sens, Le Grand Remplacement. J’y ai découvert un écrivain — style, souffle, cohérence. Mais j’y ai aussi trouvé les fréquentations, le micro-parti politique, l’appel au vote Front National. Bref, tout ce qui a fini par me convaincre que Camus était un antisémite de basse intensité.

Qu’est-ce qu’un antisémite de basse intensité ? C’est quelqu’un qui n’aime pas les Juifs, sans les haïr, mais parce que cela fait partie de son héritage culturel. Un antisémitisme d’atmosphère, banal — mais bien réel.

Récemment, Camus a tweeté : « Le génocide des Juifs était sans doute plus criminel mais paraît tout de même un peu petit bras auprès du remplacisme global. » Il veut sans doute dire que, du point de vue de l’histoire, le changement de civilisation qu’impliquerait l’arrivée des migrants en Occident serait un phénomène plus dévastateur que la Shoah.

La réaction de Finkielkraut fut cette fois sans ambiguïté :« Je souffre de voir Renaud Camus s’égarer de cette manière. Il veut provoquer un sursaut, il provoque un haut-le-cœur, même chez les plus clairvoyants. Renaud Camus appelle à la Résistance, c’est là que je me sépare radicalement de lui. »

Finkielkraut a donc fini par lâcher Camus. Mais pourquoi l’avoir soutenu si longtemps ?
Sans doute parce que leur diagnostic sur la France contemporaine se rejoignait en plusieurs points. Mais peut-on être en connivence avec un antisémite, fût-il subtil ou mondain, au motif qu’on partage certaines de ses inquiétudes ?

Israël et la question de l’athéisme

La plupart des pères fondateurs du sionisme étaient athées, ou du moins agnostiques. Jabotinsky, Ben-Gourion Ahad Ha’am, Bialik et d’autres penseurs du sionisme étaient imprégnés de pensée juive mais aucun d’eux ne souhaitait de théocratie, et étaient même souvent même opposés à la religion, tout en étant férus de judaïsme. Herzl quant à lui était un Juif assimilé qui a même préconisé une conversion massive des Juifs sous les auspices du Vatican pour mettre fin à l’antisémitisme.

L’establishment rabbinique a pour sa part longtemps été essentiellement hostile au projet d’un Etat juif, et une partie non négligeable des Juifs orthodoxes d’aujourd’hui l’est d’ailleurs toujours, justement parce que ceux-là ne considèrent pas Israël comme un Etat juif au sens religieux du terme, ce en quoi ils n’ont pas tort. Mais d’une manière générale l’histoire du sionisme n’est pas un épisode religieux, mais bien le mouvement de libération nationale d’un peuple, comme il y en a eu d’autres au cours du vingtième siècle.

Beaucoup d’athées tiennent à Israël pour des raisons historiques, culturelles, familiales ou affectives. Il serait donc contre-nature pour eux de se détourner d’Israël ou de lui être indifférent du seul fait d’être athée.

Ceci dit la question de savoir si la pérennité d’Israël peut uniquement reposer sur l’idée de nation est une question ouverte, et dépasse d’ailleurs le cas d’Israël. Après tout les nations européennes sont de culture chrétienne mais leur spécificité repose sur des narratifs historiques, et non pas sur la religion.

Ce qui est vrai c’est que l’époque de l’Etat-nation est peut-être révolue parce que l’air du temps pousse plutôt à l’individualisme qu’au projet collectif. La question est de savoir si la pensée juive est assez puissante du point de vue spirituel pour survivre – ou remplacer – la religion qui lui est traditionnellement associée.

Rien n’est moins sûr, mais en fin de compte cela dépend des gens. S’il y en a suffisamment pour vouloir préserver un Etat à caractère juif, mais dissocié de la religion, alors c’est envisageable. Sinon Israël perdra son identité et ne sera, au mieux, qu’un Etat occidental parmi d’autres. Il se fondra dans ce cas-là dans le « village global » et la pensée juive rejoindra la mythologie grecque à l’Université et dans les musées. La religion juive en tant que telle survivra sans doute en Diaspora, mais cela ne concernera pas – par définition –  les athées.

Le scandale Tariq Ramadan

Le scandale Tariq Ramadan n’est pas fait pour conforter l’image d’Edgar Morin, ce penseur juif qui a cessé de réfléchir par haine de soi. Il aurait été préférable que Ramadan tombe sur ses idées plutôt que sur son comportement avec les femmes.

Ce qui est agaçant c’est qu’il a fallu attendre ce scandale pour s’apercevoir que Ramadan était infréquentable. Un élémentaire bon sens aurait pourtant suffi pour trouver que Morin se fourvoyait en accordant du crédit à cet islamiste, compagnon de route du Hamas et petit-fils du fondateur des Frères Musulmans auquel il a consacré une thèse dithyrambique. Sans parler de sa chaire bidon, qui n’est autre qu’une excroissance en dollars du Qatar, cette belle démocratie, en plein milieu d’Oxford.

Morin expliquait cette semaine que Ramadan avait assuré à Madame Morin qu’il était toujours correct avec les femmes. Dont acte. C’est probablement sur base de cela que Morin a déduit que Ramadan devait aussi être correct avec les Juifs. Le problème c’est que Ramadan avait omis de mentionner que les femmes qui se maquillaient et qui n’étaient pas voilées devaient être considérées comme des putes, conformément à sa vision du monde. A chacun ses principes, mais quand bien même cela serait, je ne vois pas en quoi les putes n’auraient pas droit au même respect que n’importe quel autre être humain, mais c’est un autre débat.

Tariq Ramadan n’a peut-être jamais tué personne, mais c’était également le cas de nombreux prédicateurs nazis. Sa chute fait penser au Chicago d’antan: échappant à la justice en tant que gangster, Al Capone a fini par trébucher sur une minable fraude fiscale.

Socialisme et antisémitisme

Le Parti travailliste britannique a récemment été secoué par des révélations alarmantes : l’antisémitisme en son sein semble bien plus profond et répandu qu’on ne l’imaginait.

Environ cinquante militants ont été exclus pour des propos antisémites ou anti-israéliens. Il faut saluer la volonté du parti de s’attaquer à ce fléau, mais une question subsiste : s’agit-il d’excès isolés, dus à des individus en quête de notoriété, ou bien d’une orientation politique plus large, exploitant ces discours radicaux pour galvaniser une gauche en perte de repères.

Jeremy Corbyn, alors leader du Parti travailliste, affirme être anti-sioniste mais non antisémite. Pourtant, cette distinction peine à convaincre. Ses prises de position et fréquentations – soutien affiché au Hezbollah et au Hamas, défense d’un vicaire radié pour propos antisémites, appui à un négationniste notoire [1], ou encore invitation au Parlement d’un prédicateur islamiste [2] relayant des accusations médiévales contre les Juifs – jettent un sérieux doute sur ses convictions profondes.

L’antisémitisme semble désormais structurel dans certains segments du Parti. Naz Shah, députée, a comparé Israël à l’Allemagne nazie et assimilé le sionisme à Al-Qaïda. Ken Livingstone, ancien maire de Londres, a prétendu qu’Hitler était « sioniste avant de devenir fou ». Khadim Hussain, maire de Bradford, suggère qu’Israël aurait créé Daech pour manipuler l’Occident. D’autres militants, comme Vicki Kirby ou Benazir Lasharie, ont multiplié les propos haineux à l’égard des Juifs, allant jusqu’à publier des caricatures antisémites ou à exprimer une admiration malsaine pour Hitler.

Cette liste n’est pas exhaustive mais illustre l’ampleur du phénomène dans un parti qui fut pourtant l’un des piliers de l’Internationale socialiste – à laquelle appartient aussi le Fatah.

Et qu’en est-il de la gauche française ? L’extrême gauche ne dissimule plus son instrumentalisation de l’antisémitisme, utilisé comme ciment idéologique entre militants radicaux et islamistes animés d’une haine envers les Juifs. Comme le souligne Pierre-André Taguieff dans Une France antijuive ?, les manifestations à caractère antisémite ont souvent réuni des franges de l’extrême gauche (NPA, Front de gauche…) et des islamistes de diverses obédiences.

Quant à la gauche traditionnelle, certains de ses représentants ont pris position en faveur du Hamas, au nom d’un prétendu soutien humanitaire à Gaza, fermant les yeux sur la nature autoritaire de ce régime. Stéphane Hessel, figure emblématique de cette gauche morale, a crié « Israël assassin ! » lors d’une manifestation pro-Hamas en janvier 2009, sans sembler troublé par la virulence antisémite de certains slogans environnants.

Le cas d’Edgar Morin est révélateur. Dans son ouvrage Autocritique, il admet qu’en 1940, il pensait que le salut de 40 millions de Français valait bien celui de 500 000 Juifs, et se disait prêt à accepter leur sacrifice si l’Histoire l’exigeait. Une déclaration glaçante, surtout venant d’un intellectuel juif se réclamant de la gauche.

Qu’elle soit sociale-démocrate ou radicale, la gauche est aujourd’hui tentée par une vieille dérive : utiliser l’antisémitisme comme levier de mobilisation populaire. Une logique de type stalinien, dans laquelle les Juifs servent de variable d’ajustement, sacrifiés pour retarder l’effondrement idéologique d’un mouvement qui, à force de ne plus savoir où il va, se déleste de ses principes.

[1] Ecrivain britannique, blogueur et activiste politique juif et antisémite.

[2] Raed Salah.

[3] Emblème nazi.

[4] Sociologue, politologue et historien français.

L’AFP ou la culture du mensonge

Il y a une semaine, par une belle soirée d’été, deux terroristes abattaient froidement de paisibles citadins venus prendre l’air sur des terrasses de café à Tel-Aviv. l’Agence France Presse (AFP), reprise par la quasi-totalité des médias français, relataient la tragédie  au moyen d’une dépêche que chacun qui s’intéresse au conflit israélo-palestinien devrait apprendre par cœur. Ce cas d’école de la propagande anti-israélienne est une fascinante illustration de la collaboration entre certains médias et les ennemis d’Israël. En voici la teneur:

Tel-Aviv : une fusillade près du QG de l’armée fait quatre morts.

Quatre personnes ont été tuées mercredi 8 juin dans une fusillade en face du ministère de la Défense et le QG de l’armée israélienne à Tel-Aviv. Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café, la police locale parlant d’une “attaque terroriste”.

En analysant ce texte mot à mot il est facile d’en discerner la malveillance. Ce tissu de contrevérités et de fabrications démontre sans aucun doute possible l’intention de l’AFP de nuire à Israël.

Une fusillade: Ce n’était pas une fusillade, mais une mise à mort délibérée de civils innocents. En qualifiant ce massacre de “fusillade” L’AFP escomptait  que le lecteur se le représente comme un tir croisé entre camps ennemis. En réalité il n’y a eu là nulle fusillade, mais bien des tueurs déterminés à massacrer un maximum de badauds à bout portant.

Près du QG de l’armée: Les menteurs de service de l’AFP caractérisaient l’incident comme acte de guerre en insinuant que c’était le QG l’Armée qui était visé. En fait ce QG n’avait rien à voir avec cette affaire, et les meurtriers ne s’y sont intéressés à aucun moment. Toutes les vidéos montrent que dès leur arrivée dans le secteur ils se sont dirigés d’un pas ferme vers les terrasses de café.

Quatre personnes ont été tuées. L’AFP voulait faire accroire que les victimes étaient des dommages collatéraux, puisque la dépêche dépeignait le bain de sang comme un affrontement entre palestiniens et la puissante armée israélienne.

 Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café: L’AFP voulait donner l’impression que cet épisode était un dénouement regrettable d’une bataille qui aurait débordé sur des civils alors que la cible initiale était militaire.

La police locale parlant d’une “attaque terroriste”: En mettant le vocable “attaque terroriste” entre guillemets l’AFP signalait qu’elle ne considérait pas cette information comme digne de foi. En réalité le Shabak (Services de Sécurité Intérieure) a immédiatement et formellement identifié les tireurs  comme étant des islamistes venus sur place avec pour seul objectif d’assassiner des Juifs.

En fait il se peut que l’AFP ne cherche peut-être que le bien d’Israël en nous faisant partager sa vision du conflit avec les palestiniens.  La moindre des choses est donc de lui rendre la politesse en lui expliquant comment mettre fin au terrorisme en France:  Il suffirait d’interdire aux femmes de voter, de lapider les homosexuels, de fermer les théâtres, de museler la presse, d’abroger la loi sur la laïcité et de laisser l’Iran exterminer Israël, et tout ira bien.

Gaza et Molenbeek, même combat.

Le monde découvre avec stupeur l’existence de Molenbeek, cette obscure commune de l’agglomération bruxelloise devenue sanctuaire islamiste et repaire d’assassins. Il est vrai qu’après les attentats de Paris les autorités belges sont intervenues de manière musclée, mais le rôle des forces de l’ordre est comparable à celui des pompiers: on les appelle généralement quand l’incendie s’est déjà déclaré, c’est-à-dire trop tard.

Dans un société démocratique, prévenir le terrorisme consiste à ne pas transiger sur certains principes. De ce point de vue l’Europe a failli en fermant les yeux sur l’islamisme, dont les objectifs sont pourtant clairs. Penser que Paris pouvait échapper à cette calamité est d’un coupable aveuglement.

Tous les musulmans ne sont pas islamistes, mais il n’en est pas moins vrai que tous les islamistes vivent comme des poissons dans l’eau parmi les musulmans. Il y a une espèce d’omerta qui tétanise ces populations, dont on ne distingue pas bien si elle repose sur une adhésion tacite, une complaisance criminelle ou une terreur indicible.

Il y a une sorte de schizophrénie en Europe à ne pas admettre que les forces islamistes qui appellent à liquider Israël sont les mêmes que celles qui mettent des salles de spectacles et des restaurants à feu et à sang à Paris.

Le grand public a pu croire que les attentats visant l’Hyper Casher ou Charlie-Hebdo signalaient ce qu’il fallait ne pas être pour se sentir en sécurité en France. Le grand public a pu le croire, mais les autorités sont impardonnables de l’avoir cru. Certains ont même cru bon de suggérer que ne plus porter de kippa et ne plus s’en prendre au Prophète rétablirait le calme. Ces jours-ci le gouvernement belge a même franchi un nouveau pallier: ne plus aller au cinéma, ni aux compétitions sportives, ni à l’école. Pour le moment il semble encore permis de respirer, mais allez savoir ce que les politiciens vont encore trouver avant d’aller à l’essentiel.

Nous savons depuis la Shoah que l’antisémitisme est le plus sûr indice d’une société qui perd ses repères. Aujourd’hui c’est l’antisionisme – avatar de l’antisémitisme – qui joue ce rôle. Le parti-pris antisioniste d’une majorité d’intellectuels et de journalistes en Europe est inquiétant non seulement pour Israël, mais pour le monde libre lui-même. Faire une différence entre le Hezbollah, le Hamas et l’Iran d’une part, et Daesh et Al Qaeda d’autre part n’a aucun sens, parce que l’islamisme est une idéologie qui n’a ni feu ni lieu. Son ennemi est le genre humain tout entier, ce qui inclut les terroristes eux-mêmes, qui considèrent la mort – celle des autres comme la leur – comme valeur suprême.

Si l’Europe ne prend pas la mesure de ce fléau, les choses n’en resteront pas là, parce que les Djihadistes ne savent que trop bien avec quelle facilité ils peuvent opérer dans un Etat de droit. C’est pour cela qu’il y va de l’intérêt de l’Europe que de soutenir l’Etat d’Israël et de cesser de le stigmatiser avec des directives bêtes et méchantes comme l’étiquetage de produits de Cisjordanie. Il n’est pas anodin de noter que les  responsables politiques français ont voté cette ignominie qui a englouti des fortunes en commissions spéciales et en consultants, alors qu’au même moment des Djihadistes s’apprêtaient à exterminer des Parisiens à la Kalachnikov.

Ces mêmes Djihadistes qui de Tel Aviv à Paris sèment la mort partout où il y a des vivants; qui non seulement prônent que la fin justifie les moyens, mais que les moyens sont en eux-mêmes une fin; qu’il s’agit moins pour eux de s’emparer du monde que de le quitter avec éclat; que le paradis au ciel vaut bien l’enfer sur terre.

l’Europe a le devoir de soutenir cette minuscule démocratie qu’est l’Etat d’Israël confronté à une guerre dont l’Europe n’entend que les bruits de bottes mais qui deviennent de plus en plus audibles. A bon entendeur salut.

Israël et Europe, même combat.

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