Le naufrage du parti travailliste d’Israël

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, défend dans un article du magazine « Regards » son point de vue à propos de la  décision du parti travailliste  Avoda  de placer Ibtisam Mara’ana en septième position sur la liste des candidats-députés en vue des élections législatives.

Mara’ana est une Israélienne arabe, réalisatrice de cinéma, enseignante, militante féministe et antisioniste. Barnavi précise qu’elle est mariée à un Juif, comme si cela devait exclure l’idée quelle pourrait être antisémite.

En 2008 Mara’ana déclarait au cours d’une interview avec un journaliste du quotidien israélien « Globes »  qu’elle aurait aimé écrire un scénario où elle imaginerait la destruction de la ville de  Zikhron Ya’akov[1] et expédierait ses habitants en Pologne. Elle ajoutait dans un même souffle que les Juifs sont un peuple lâche, cupide et dominateur.

Mara’ana est notoirement opposée à l’Etat du peuple juif tel que défini dans la Déclaration d’Indépendance d’Israël. C’est fidèle à cet esprit qu’elle estime ne pas être tenue de respecter la mémoire des soldats de Tsahal morts au champ d’honneur. En 2012 elle déclarait que quand retentit la sirène de commémoration une fois par an, et que les automobilistes sortent de leur véhicule pour se tenir debout en signe de recueillement, elle continue de rouler et dit éprouver de la jubilation à être seule à poursuivre son chemin. Barnavi estime que  Mara’ana a changé d’avis depuis, puisqu’elle invoque ces jours-ci « une erreur de prime jeunesse ». Mais comme elle avait 37 ans à cette époque cela  ne correspond pas vraiment à la notion de « prime jeunesse ». Elle était au contraire déjà une militante politique mure, et consciente de la portée de ses propos.

Barnavi affirme qu’à l’annonce de la position de Mara’ana  sur la liste du parti travailliste « la droite a aussitôt introduit une requête auprès de la Commission électorale pour lui interdire de se présenter aux élections ». Difficile de déterminer si Barnavi se trompe ou s’il induit sciemment ses lecteurs en erreur, mais le fait est que cette pétition a été déposée par la gauche, notamment  par Maozia Segal, ancien combattant  et membre du parti travailliste, ainsi que par d’autres membres qui objectent à la candidature de Mara’ana pour des raisons d’ordre éthique. C’est dans un deuxième temps seulement que d’autres demandes d’annulation ont suivi la gauche.

Je suis en faveur de la liberté d’expression dans son acception la plus large. J’estime donc que Mara’ana a le droit de détester les Juifs, les cyclistes, les chiens et les chats, et quiconque qui ne lui revient pas. Elle a aussi le droit de penser que les Juifs doivent retourner en Pologne  et que la planète se porterait mieux sans eux. Mais le scandale est ailleurs : indépendamment des opinions politiques de tout un chacun, il est indécent pour un des partis fondateurs du projet sioniste  de pousser vers la Knesset une militante opposée au principe même de l’Etat juif. Le fait que Mara’ana se soit excusée suite à la demande d’annulation de sa candidature est cousu de fil blanc et n’est pas crédible eu égard à la coïncidence avec le calendrier électoral.

Cela ne signifie pas que l’on ne puisse jamais revenir sur ses propos, ni changer d’avis, ni faire amende honorable. Chacun  a droit à l’erreur.  Mais si Mara’ana s’était excusée avant de prétendre siéger à la Knesset et avait milité de manière durable dans un parti sioniste c’eût été différent. Maintenant le fait est là : Mara’ana a réussi son coup politique, mais le parti de Ben Gourion, de Levi Eshkol, d’Itzhak Rabin, de Golda Meïr, de Moshe Dayan et de tant d’autres héros d’Israël s’est déshonoré par la même occasion.

Quant à Elie Barnavi, personnalité et intellectuel respectable, il ne devrait pas soutenir l’insoutenable au nom de l’idée qu’il se fait de la gauche israélienne. Celle-là mérite mieux qu’Ibtisam Mara’ana.

[1] Zikhron Ya’akov a été fondée au 19ème siècle par une centaine de pionniers venus de Roumanie. C’est une des premières agglomération de la mouvance sioniste.

L’honneur perdu du Parti démocrate américain

Les autorités israéliennes ont récemment refusé de délivrer un visa d’entrée à Rashida Tlaib et Ilhan Omar, deux membres démocrates du Congrès américain. Celles-ci sont connues pour leurs déclarations antisémites et appellent à ostraciser Israël, ce qui tombe sous le coup de la loi israélienne, qui interdit l’accès au territoire à quiconque appelle au boycott économique, culturel ou universitaire de l’Etat.

Se voyant déclarée « persona non grata », Rashida Tlaib, qui est d’origine palestinienne, a envoyé une lettre au ministre de l’Intérieur le conjurant de lui permettre de visiter sa grand-mère en Cisjordanie, arguant que ce serait peut-être la dernière occasion de la voir. Le Ministre le lui a concédé sur base humanitaire, à condition qu’elle s’engage de ne pas exploiter la situation en transformant sa visite en manifestation hostile à Israël. Elle a accepté le compromis, mais deux jours après elle s’est rétractée sous la pression de ses amis politiques.

Comme l’objet déclaré de la visite de Rashida Tlaib était de révéler au monde à quel point les conditions de vie des Palestiniens étaient difficiles, le journal israélien « Israel Hayom » a décidé de faire le point sur la question. Une des sources d’information a consisté à analyser les profils Facebook des habitants de Beit Ur al-Fauqa, le village de la famille de Rashida Tlaib. C’est ainsi qu’il appert que les Tlaib vivent plutôt confortablement.

Ahiam Tlaib et Samah Tlaib exhibent sur Facebook des BMW flambant neuves, et Raja et Anas Tlaib leur Mercedes dans laquelle Anas se rend dans sa luxueuse salle de sport. Nayef Tlaib quant à lui roule en Corvette décapotable que l’on voit garée devant une superbe maison de trois étages en construction. Par ailleurs ces profils Facebook montrent que les Tlaib se promènent à Jaffa, Saint-Jean d’Acre Acre et à Tel Aviv, et voyagent en Turquie ou ailleurs dans le monde, ce qui n’est pas vraiment un signe d’enfermement.

Ces clichés n’ont évidemment pas de valeur statistique, mais ce qui est intéressant c’est qu’ils sont corroborés par un rapport de 2014 de la Banque Mondiale, qui révèle que le village où vivent les Tlaib est l’un des endroits les plus prospères de Cisjordanie. Le taux de pauvreté y est de 7,4% tandis que la moyenne de Cisjordanie est de 21%. Le taux de chômage quant à lui figure parmi les plus bas de la région.

Selon un rapport du « Bureau Central de Statistique de Palestine », il y a dans ce village 230 ménages. 215 des immeubles y sont définis comme propriétés privées. 116 d’entre eux ont cinq chambres ou plus, et 65 en ont quatre. Pratiquement tous les ménages sont équipés de la télévision par satellite, d’écrans LCD dernier cri, et sont connectés à l’Internet. La plupart des habitants ont un téléphone portable et la moitié des familles possèdent une voiture.

Reste que s’il est vrai qu’il s’agit d’une région à l’avenir politique incertain, il n’en est pas moins vrai que les habitants y vivent un quotidien digne. A comparer avec Gaza, ce territoire qu’Israël a quitté.

Sarah Halimi ou la justice post-moderne

Sarah Halimi est une femme juive de soixante-cinq ans décédée en avril 2017 après avoir été rouée de coups et défenestrée. L’assassin est son voisin Kobili Traoré, jeune multi-récidiviste 20 fois condamné pour violence aggravée ou autres méfaits, mais jamais considéré comme irresponsable.

La cour d’appel de Paris a néanmoins conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. Il ne sera donc pas jugé et devrait sous peu être libéré de son internement en milieu psychiatrique, étant donné qu’il ne souffre de troubles mentaux que lorsqu’il est saisi de pulsions le poussant à casser du juif au nom de l’islam.

Comment cela est-il possible ?

La nouvelle épidémie qui sévit dans une certaine intelligentsia, une certaine presse et une certaine magistrature s’appelle la pensée postmoderne. C’est ainsi que cette vision du monde fait l’impasse sur la notion de libre arbitre. L’essence de l’individu au sens postmoderne n’est que le reflet de sa communauté, de sa culture et de son histoire. Il n’y a donc pas d’individus dans la postmodernité : il n’y a que des identités. Le pluralisme s’est transformé en principe d’égalité à tous crins, ce qui a pour conséquence que l’égalité « est devenue folle », comme dit Finkielkraut.

La décision de la cour d’appel de Paris revient à considérer Kobili Traoré comme un avatar de son identité. Il ne serait pas plus coupable d’être un assassin drogué antisémite et islamiste que Sarah Halimi n’est coupable d’être une paisible femme médecin juive. Il semble donc que pour certaines juridictions il est tout compte fait devenu moins important de rendre la justice que de rendre l’égalité.

Jean Daniel et le Coronavirus

Jean Daniel, fondateur du “Nouvel Observateur”, écrivain, journaliste et intellectuel notoire, est décédé à l’âge de 99 ans. Ce bel esprit d’origine juive avait choisi de se distancier de sa judéité.  Comme beaucoup de Juifs honteux, la haine de soi l’avait rendu plus critique vis-à-vis d’Israël que du reste du monde. Au fil du temps cette détestation avait fini par infecter sa plume pour tout ce qui tournait autour du conflit israélo-arabe. Dans son ouvrage « La Prison Juive » il en arrive à conclure que les Juifs sont les artisans de leur propre malheur tellement ils sont captifs de leur délire messianique.

Jean Daniel n’est plus de ce monde, ce qui fait que l’on ne saura malheureusement jamais s’il estimait que le Coronavirus c’est la faute aux Juifs, aux Chinois ou aux cyclistes.

Zeev Sternhell ou le naufrage de la pensée

Zeev Sternhell est historien et professeur de science politique à l’Université Hébraïque de Jérusalem. « Le Monde »  a publié  un article de sa main intitulé « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts ».

Cette publication n’est pas une surprise, parce que c’est dans la logique d’une grande partie de la presse que d’être hostile à Israël. Celle-ci se régale de tout ce qui peut être nuisible à l’Etat juif et ne demande pas mieux que d’ouvrir ses colonnes à des Israéliens pour asseoir sa propagande antisioniste.

Dans son article Sternhell nous apprend que l’Etat d’Israël « est devenu un monstre pour les non-juifs sous sa domination » et fait un procès d’intention à la droite en posant que celle-ci réserve aux Palestiniens, aux Soudanais et aux Érythréens le même sort que les Nazis d’antan réservaient aux Juifs.

Il précise que beaucoup d’Israéliens ont honte de leurs élus tout en votant pour eux. On ne voit pas ce qui lui permet d’affirmer cela, mais on peut supposer que cet éminent intellectuel a l’autorité morale de considérer la majorité des Israéliens comme des crétins à rééduquer.

Sternhell et ses amis politiques ont peu d’audience en Israël, alors ils se déshonorent en s’exprimant dans des forums internationaux qui jubilent quand un Juif associe la démocratie israélienne au nazisme.

Sternhell mais n’a pas le droit moral de traiter Israël d’Etat « nazi », « d’Etat d’apartheid » ni de « monstre ». Cet historien, ce juif polonais qui a échappé aux vrais Nazis le sait mieux que quiconque. Ce qu’il écrit est un amalgame d’élucubrations de quelqu’un qui veut à tout prix exister. Il fait exprès de ne pas distinguer entre l’Etat d’Israël et une extrême-droite qui n’est ni pire ni meilleure que celle de Belgique ou de France. Par ailleurs il fait l’impasse sur l’extrême-gauche, qui elle constitue un véritable danger pour la démocratie en Israël comme ailleurs.

On ne peut accorder le moindre crédit à ce Juif qui pour obtenir une tribune dans « Le Monde » est prêt à traiter Israël de nazi. Non seulement est-ce insultant, mais c’est une manière de banaliser la Shoah. Si la vie quotidienne à Ramallah est comparable à celle d’Auschwitz cela rejoint le point de vue négationniste comme quoi la Shoah n’aurait pas été si grave que cela.

Nul besoin de Sternhell pour déterminer si Israël est une démocratie. Le danger du populisme existe dans beaucoup de pays occidentaux, à la différence près qu’Israël démontre la solidité de ses institutions malgré l’état de guerre. Pas sûr que la France ou la Belgique seraient encore des démocraties si ces pays avaient à faire face aux défis qu’Israël subit à ses frontières, ou si une puissance comme l’Iran les menaçait de destruction par le feu nucléaire.

Quand des intellectuels comme Sternhell alignent leurs positions sur celles d’Edwy Plenel, de Mélenchon ou de prédicateurs islamistes, quand ils contestent la légitimité  même d’Israël ce ne sont pas des adversaires politiques, mais des ennemis.

Yonatan Gefen ou l’art de faire parler de soi

Ahed Tamimi est une adolescente palestinienne qui a bousculé,  donné des coups de pied et giflé un militaire israélien en marge de l’effervescence produite par la décision du Président Trump de reconnaître Israël comme capitale d’Israël. Le militaire en question a gardé son sang-froid et n’a pas jugé utile de réagir, mais comme  la scène a été préméditée, filmée et publiée sur Facebook par la mère d’Ahed Tamimi, cela à entraîné son arrestation.

Yonatan Gefen est un auteur, poète, chanteur, journaliste et dramaturge israélien. Il a publié un poème où il chante la gloire d’Ahed Tamimi en disant que l’Histoire la retiendra au même titre que Hanna Senesh et à Anne Frank.

Pour mémoire, Chana Senesh est une poétesse juive formée par les britanniques en Palestine lors de la Deuxième Guerre Mondiale pour aider à sauver les Juifs d’Europe. Elle fut parachutée en 1944 en Yougoslavie et peu après arrêtée, torturée et fusillée.

Pour mémoire, Anne Frank est une adolescente juive assassinée en 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen. Elle est connue pour son journal intime où elle relate jour après jour le calvaire vécu par elle sa famille dans une cache d’Amsterdam avant  d’être déportée vers les camps d’extermination nazis.

Pour mémoire, et comme dit plus haut, Yonatan Gefen est un auteur, poète, chanteur, journaliste et dramaturge israélien. Mais pour compléter le portrait il faudrait maintenant ajouter que Yonatan Gefen est un crétin.

Alain Finkielkraut lâche Renaud Camus

Il faut savoir distinguer une œuvre de son auteur, qu’il s’agisse d’art, de littérature ou de pensée. On peut reconnaître la grandeur de Wagner en musique, celle de Céline dans le roman ou de Heidegger en philosophie, tout en gardant à l’esprit la petitesse morale de ces figures.

En 2000, l’écrivain Renaud Camus écrivait ceci dans un de ses ouvrages : « Les collaborateurs juifs de l’émission « Panorama » de France Culture exagèrent un peu tout de même : d’une part, ils sont à peu près quatre sur cinq à chaque émission, ou quatre sur six, ou cinq sur sept, ce qui, sur un poste national ou presque officiel, constitue une nette surreprésentation d’un groupe ethnique ou religieux donné ; d’autre part, ils font en sorte qu’une émission par semaine au moins soit consacrée à la culture juive, à la religion juive, à des écrivains juifs, à l’État d’Israël et à sa politique, à la vie des juifs en France et de par le monde, aujourd’hui ou à travers les siècles. »

Ces lignes déclenchèrent « l’affaire Renaud Camus », tempête médiatique qui mena au retrait de l’ouvrage. Celui-ci fut ensuite réédité avec des blancs à la place des passages jugés antisémites.

Contre vents et marées, Alain Finkielkraut prit la défense de Camus. Il soutenait que ce dernier ne faisait que souligner un manquement du service public à son exigence de neutralité. Il dénonçait également le procès fait à un écrivain dont beaucoup des détracteurs n’avaient jamais lu l’œuvre.

À l’époque Finkielkraut avait pour moi quelque chose du prophète d’Israël : une manière grave et désespérée d’interroger l’avenir à la lumière du présent. Mais sur cette affaire, sa position me déconcerta. D’un côté, j’avais du mal à croire qu’il puisse se tromper. De l’autre, une voix intérieure me soufflait que quelque chose n’allait pas.

Je me suis dit que, sur un point au moins, Finkielkraut avait raison : on ne peut juger un écrivain sans l’avoir lu. J’ai donc lu Campagne de France, Du sens, Le Grand Remplacement. J’y ai découvert un écrivain — style, souffle, cohérence. Mais j’y ai aussi trouvé les fréquentations, le micro-parti politique, l’appel au vote Front National. Bref, tout ce qui a fini par me convaincre que Camus était un antisémite de basse intensité.

Qu’est-ce qu’un antisémite de basse intensité ? C’est quelqu’un qui n’aime pas les Juifs, sans les haïr, mais parce que cela fait partie de son héritage culturel. Un antisémitisme d’atmosphère, banal — mais bien réel.

Récemment, Camus a tweeté : « Le génocide des Juifs était sans doute plus criminel mais paraît tout de même un peu petit bras auprès du remplacisme global. » Il veut sans doute dire que, du point de vue de l’histoire, le changement de civilisation qu’impliquerait l’arrivée des migrants en Occident serait un phénomène plus dévastateur que la Shoah.

La réaction de Finkielkraut fut cette fois sans ambiguïté :« Je souffre de voir Renaud Camus s’égarer de cette manière. Il veut provoquer un sursaut, il provoque un haut-le-cœur, même chez les plus clairvoyants. Renaud Camus appelle à la Résistance, c’est là que je me sépare radicalement de lui. »

Finkielkraut a donc fini par lâcher Camus. Mais pourquoi l’avoir soutenu si longtemps ?
Sans doute parce que leur diagnostic sur la France contemporaine se rejoignait en plusieurs points. Mais peut-on être en connivence avec un antisémite, fût-il subtil ou mondain, au motif qu’on partage certaines de ses inquiétudes ?

Israël et la question de l’athéisme

La plupart des pères fondateurs du sionisme étaient athées, ou du moins agnostiques. Jabotinsky, Ben-Gourion Ahad Ha’am, Bialik et d’autres penseurs du sionisme étaient imprégnés de pensée juive mais aucun d’eux ne souhaitait de théocratie, et étaient même souvent même opposés à la religion, tout en étant férus de judaïsme. Herzl quant à lui était un Juif assimilé qui a même préconisé une conversion massive des Juifs sous les auspices du Vatican pour mettre fin à l’antisémitisme.

L’establishment rabbinique a pour sa part longtemps été essentiellement hostile au projet d’un Etat juif, et une partie non négligeable des Juifs orthodoxes d’aujourd’hui l’est d’ailleurs toujours, justement parce que ceux-là ne considèrent pas Israël comme un Etat juif au sens religieux du terme, ce en quoi ils n’ont pas tort. Mais d’une manière générale l’histoire du sionisme n’est pas un épisode religieux, mais bien le mouvement de libération nationale d’un peuple, comme il y en a eu d’autres au cours du vingtième siècle.

Beaucoup d’athées tiennent à Israël pour des raisons historiques, culturelles, familiales ou affectives. Il serait donc contre-nature pour eux de se détourner d’Israël ou de lui être indifférent du seul fait d’être athée.

Ceci dit la question de savoir si la pérennité d’Israël peut uniquement reposer sur l’idée de nation est une question ouverte, et dépasse d’ailleurs le cas d’Israël. Après tout les nations européennes sont de culture chrétienne mais leur spécificité repose sur des narratifs historiques, et non pas sur la religion.

Ce qui est vrai c’est que l’époque de l’Etat-nation est peut-être révolue parce que l’air du temps pousse plutôt à l’individualisme qu’au projet collectif. La question est de savoir si la pensée juive est assez puissante du point de vue spirituel pour survivre – ou remplacer – la religion qui lui est traditionnellement associée.

Rien n’est moins sûr, mais en fin de compte cela dépend des gens. S’il y en a suffisamment pour vouloir préserver un Etat à caractère juif, mais dissocié de la religion, alors c’est envisageable. Sinon Israël perdra son identité et ne sera, au mieux, qu’un Etat occidental parmi d’autres. Il se fondra dans ce cas-là dans le « village global » et la pensée juive rejoindra la mythologie grecque à l’Université et dans les musées. La religion juive en tant que telle survivra sans doute en Diaspora, mais cela ne concernera pas – par définition –  les athées.

Le scandale Tariq Ramadan

Le scandale Tariq Ramadan n’est pas fait pour conforter l’image d’Edgar Morin, ce penseur juif qui a cessé de réfléchir par haine de soi. Il aurait été préférable que Ramadan tombe sur ses idées plutôt que sur son comportement avec les femmes.

Ce qui est agaçant c’est qu’il a fallu attendre ce scandale pour s’apercevoir que Ramadan était infréquentable. Un élémentaire bon sens aurait pourtant suffi pour trouver que Morin se fourvoyait en accordant du crédit à cet islamiste, compagnon de route du Hamas et petit-fils du fondateur des Frères Musulmans auquel il a consacré une thèse dithyrambique. Sans parler de sa chaire bidon, qui n’est autre qu’une excroissance en dollars du Qatar, cette belle démocratie, en plein milieu d’Oxford.

Morin expliquait cette semaine que Ramadan avait assuré à Madame Morin qu’il était toujours correct avec les femmes. Dont acte. C’est probablement sur base de cela que Morin a déduit que Ramadan devait aussi être correct avec les Juifs. Le problème c’est que Ramadan avait omis de mentionner que les femmes qui se maquillaient et qui n’étaient pas voilées devaient être considérées comme des putes, conformément à sa vision du monde. A chacun ses principes, mais quand bien même cela serait, je ne vois pas en quoi les putes n’auraient pas droit au même respect que n’importe quel autre être humain, mais c’est un autre débat.

Tariq Ramadan n’a peut-être jamais tué personne, mais c’était également le cas de nombreux prédicateurs nazis. Sa chute fait penser au Chicago d’antan: échappant à la justice en tant que gangster, Al Capone a fini par trébucher sur une minable fraude fiscale.

Socialisme et antisémitisme

Le Parti travailliste britannique a récemment été secoué par des révélations alarmantes : l’antisémitisme en son sein semble bien plus profond et répandu qu’on ne l’imaginait.

Environ cinquante militants ont été exclus pour des propos antisémites ou anti-israéliens. Il faut saluer la volonté du parti de s’attaquer à ce fléau, mais une question subsiste : s’agit-il d’excès isolés, dus à des individus en quête de notoriété, ou bien d’une orientation politique plus large, exploitant ces discours radicaux pour galvaniser une gauche en perte de repères.

Jeremy Corbyn, alors leader du Parti travailliste, affirme être anti-sioniste mais non antisémite. Pourtant, cette distinction peine à convaincre. Ses prises de position et fréquentations – soutien affiché au Hezbollah et au Hamas, défense d’un vicaire radié pour propos antisémites, appui à un négationniste notoire [1], ou encore invitation au Parlement d’un prédicateur islamiste [2] relayant des accusations médiévales contre les Juifs – jettent un sérieux doute sur ses convictions profondes.

L’antisémitisme semble désormais structurel dans certains segments du Parti. Naz Shah, députée, a comparé Israël à l’Allemagne nazie et assimilé le sionisme à Al-Qaïda. Ken Livingstone, ancien maire de Londres, a prétendu qu’Hitler était « sioniste avant de devenir fou ». Khadim Hussain, maire de Bradford, suggère qu’Israël aurait créé Daech pour manipuler l’Occident. D’autres militants, comme Vicki Kirby ou Benazir Lasharie, ont multiplié les propos haineux à l’égard des Juifs, allant jusqu’à publier des caricatures antisémites ou à exprimer une admiration malsaine pour Hitler.

Cette liste n’est pas exhaustive mais illustre l’ampleur du phénomène dans un parti qui fut pourtant l’un des piliers de l’Internationale socialiste – à laquelle appartient aussi le Fatah.

Et qu’en est-il de la gauche française ? L’extrême gauche ne dissimule plus son instrumentalisation de l’antisémitisme, utilisé comme ciment idéologique entre militants radicaux et islamistes animés d’une haine envers les Juifs. Comme le souligne Pierre-André Taguieff dans Une France antijuive ?, les manifestations à caractère antisémite ont souvent réuni des franges de l’extrême gauche (NPA, Front de gauche…) et des islamistes de diverses obédiences.

Quant à la gauche traditionnelle, certains de ses représentants ont pris position en faveur du Hamas, au nom d’un prétendu soutien humanitaire à Gaza, fermant les yeux sur la nature autoritaire de ce régime. Stéphane Hessel, figure emblématique de cette gauche morale, a crié « Israël assassin ! » lors d’une manifestation pro-Hamas en janvier 2009, sans sembler troublé par la virulence antisémite de certains slogans environnants.

Le cas d’Edgar Morin est révélateur. Dans son ouvrage Autocritique, il admet qu’en 1940, il pensait que le salut de 40 millions de Français valait bien celui de 500 000 Juifs, et se disait prêt à accepter leur sacrifice si l’Histoire l’exigeait. Une déclaration glaçante, surtout venant d’un intellectuel juif se réclamant de la gauche.

Qu’elle soit sociale-démocrate ou radicale, la gauche est aujourd’hui tentée par une vieille dérive : utiliser l’antisémitisme comme levier de mobilisation populaire. Une logique de type stalinien, dans laquelle les Juifs servent de variable d’ajustement, sacrifiés pour retarder l’effondrement idéologique d’un mouvement qui, à force de ne plus savoir où il va, se déleste de ses principes.

[1] Ecrivain britannique, blogueur et activiste politique juif et antisémite.

[2] Raed Salah.

[3] Emblème nazi.

[4] Sociologue, politologue et historien français.

L’AFP ou la culture du mensonge

Il y a une semaine, par une belle soirée d’été, deux terroristes abattaient froidement de paisibles citadins venus prendre l’air sur des terrasses de café à Tel-Aviv. l’Agence France Presse (AFP), reprise par la quasi-totalité des médias français, relataient la tragédie  au moyen d’une dépêche que chacun qui s’intéresse au conflit israélo-palestinien devrait apprendre par cœur. Ce cas d’école de la propagande anti-israélienne est une fascinante illustration de la collaboration entre certains médias et les ennemis d’Israël. En voici la teneur:

Tel-Aviv : une fusillade près du QG de l’armée fait quatre morts.

Quatre personnes ont été tuées mercredi 8 juin dans une fusillade en face du ministère de la Défense et le QG de l’armée israélienne à Tel-Aviv. Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café, la police locale parlant d’une “attaque terroriste”.

En analysant ce texte mot à mot il est facile d’en discerner la malveillance. Ce tissu de contrevérités et de fabrications démontre sans aucun doute possible l’intention de l’AFP de nuire à Israël.

Une fusillade: Ce n’était pas une fusillade, mais une mise à mort délibérée de civils innocents. En qualifiant ce massacre de “fusillade” L’AFP escomptait  que le lecteur se le représente comme un tir croisé entre camps ennemis. En réalité il n’y a eu là nulle fusillade, mais bien des tueurs déterminés à massacrer un maximum de badauds à bout portant.

Près du QG de l’armée: Les menteurs de service de l’AFP caractérisaient l’incident comme acte de guerre en insinuant que c’était le QG l’Armée qui était visé. En fait ce QG n’avait rien à voir avec cette affaire, et les meurtriers ne s’y sont intéressés à aucun moment. Toutes les vidéos montrent que dès leur arrivée dans le secteur ils se sont dirigés d’un pas ferme vers les terrasses de café.

Quatre personnes ont été tuées. L’AFP voulait faire accroire que les victimes étaient des dommages collatéraux, puisque la dépêche dépeignait le bain de sang comme un affrontement entre palestiniens et la puissante armée israélienne.

 Deux hommes ont fait feu sur des terrasses de café: L’AFP voulait donner l’impression que cet épisode était un dénouement regrettable d’une bataille qui aurait débordé sur des civils alors que la cible initiale était militaire.

La police locale parlant d’une “attaque terroriste”: En mettant le vocable “attaque terroriste” entre guillemets l’AFP signalait qu’elle ne considérait pas cette information comme digne de foi. En réalité le Shabak (Services de Sécurité Intérieure) a immédiatement et formellement identifié les tireurs  comme étant des islamistes venus sur place avec pour seul objectif d’assassiner des Juifs.

En fait il se peut que l’AFP ne cherche peut-être que le bien d’Israël en nous faisant partager sa vision du conflit avec les palestiniens.  La moindre des choses est donc de lui rendre la politesse en lui expliquant comment mettre fin au terrorisme en France:  Il suffirait d’interdire aux femmes de voter, de lapider les homosexuels, de fermer les théâtres, de museler la presse, d’abroger la loi sur la laïcité et de laisser l’Iran exterminer Israël, et tout ira bien.

Gaza et Molenbeek, même combat.

Le monde découvre avec stupeur l’existence de Molenbeek, cette obscure commune de l’agglomération bruxelloise devenue sanctuaire islamiste et repaire d’assassins. Il est vrai qu’après les attentats de Paris les autorités belges sont intervenues de manière musclée, mais le rôle des forces de l’ordre est comparable à celui des pompiers: on les appelle généralement quand l’incendie s’est déjà déclaré, c’est-à-dire trop tard.

Dans un société démocratique, prévenir le terrorisme consiste à ne pas transiger sur certains principes. De ce point de vue l’Europe a failli en fermant les yeux sur l’islamisme, dont les objectifs sont pourtant clairs. Penser que Paris pouvait échapper à cette calamité est d’un coupable aveuglement.

Tous les musulmans ne sont pas islamistes, mais il n’en est pas moins vrai que tous les islamistes vivent comme des poissons dans l’eau parmi les musulmans. Il y a une espèce d’omerta qui tétanise ces populations, dont on ne distingue pas bien si elle repose sur une adhésion tacite, une complaisance criminelle ou une terreur indicible.

Il y a une sorte de schizophrénie en Europe à ne pas admettre que les forces islamistes qui appellent à liquider Israël sont les mêmes que celles qui mettent des salles de spectacles et des restaurants à feu et à sang à Paris.

Le grand public a pu croire que les attentats visant l’Hyper Casher ou Charlie-Hebdo signalaient ce qu’il fallait ne pas être pour se sentir en sécurité en France. Le grand public a pu le croire, mais les autorités sont impardonnables de l’avoir cru. Certains ont même cru bon de suggérer que ne plus porter de kippa et ne plus s’en prendre au Prophète rétablirait le calme. Ces jours-ci le gouvernement belge a même franchi un nouveau pallier: ne plus aller au cinéma, ni aux compétitions sportives, ni à l’école. Pour le moment il semble encore permis de respirer, mais allez savoir ce que les politiciens vont encore trouver avant d’aller à l’essentiel.

Nous savons depuis la Shoah que l’antisémitisme est le plus sûr indice d’une société qui perd ses repères. Aujourd’hui c’est l’antisionisme – avatar de l’antisémitisme – qui joue ce rôle. Le parti-pris antisioniste d’une majorité d’intellectuels et de journalistes en Europe est inquiétant non seulement pour Israël, mais pour le monde libre lui-même. Faire une différence entre le Hezbollah, le Hamas et l’Iran d’une part, et Daesh et Al Qaeda d’autre part n’a aucun sens, parce que l’islamisme est une idéologie qui n’a ni feu ni lieu. Son ennemi est le genre humain tout entier, ce qui inclut les terroristes eux-mêmes, qui considèrent la mort – celle des autres comme la leur – comme valeur suprême.

Si l’Europe ne prend pas la mesure de ce fléau, les choses n’en resteront pas là, parce que les Djihadistes ne savent que trop bien avec quelle facilité ils peuvent opérer dans un Etat de droit. C’est pour cela qu’il y va de l’intérêt de l’Europe que de soutenir l’Etat d’Israël et de cesser de le stigmatiser avec des directives bêtes et méchantes comme l’étiquetage de produits de Cisjordanie. Il n’est pas anodin de noter que les  responsables politiques français ont voté cette ignominie qui a englouti des fortunes en commissions spéciales et en consultants, alors qu’au même moment des Djihadistes s’apprêtaient à exterminer des Parisiens à la Kalachnikov.

Ces mêmes Djihadistes qui de Tel Aviv à Paris sèment la mort partout où il y a des vivants; qui non seulement prônent que la fin justifie les moyens, mais que les moyens sont en eux-mêmes une fin; qu’il s’agit moins pour eux de s’emparer du monde que de le quitter avec éclat; que le paradis au ciel vaut bien l’enfer sur terre.

l’Europe a le devoir de soutenir cette minuscule démocratie qu’est l’Etat d’Israël confronté à une guerre dont l’Europe n’entend que les bruits de bottes mais qui deviennent de plus en plus audibles. A bon entendeur salut.

Israël et Europe, même combat.

Netanyahu et le Grand Mufti

Un orage médiatique s’est abattu ces derniers jours sur le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à la suite de ses propos tenus en anglais lors d’une conférence du Congrès sioniste à Jérusalem. En voici la traduction :

« Hitler n’avait pas l’intention d’exterminer les Juifs à cette époque [1]. Il voulait les expulser. Le Grand Mufti de Jérusalem [2] est allé voir Hitler pour lui dire : “Si vous les expulsez, ils iront tous là-bas [en Palestine].” Hitler lui demanda : “Que dois-je en faire alors ?” Le Grand Mufti répondit : “Brûlez-les.” »

Ces propos ont déclenché une  hystérie collective parmi journalistes, chroniqueurs, intellectuels de tous bords et historiens. Netanyahu a été accusé d’ignorance, de négationnisme, d’incitation à la haine, de minimisation des crimes nazis et d’opportunisme politique. La chancelière allemande elle-même s’est sentie obligée de rappeler que l’Allemagne portait bien la responsabilité de la Shoah.

Pourtant, peu ont pris la peine d’écouter ou de vérifier avec discernement les propos de Netanyahu. Il s’agissait en réalité d’une vérité historique accessible à tous.

Mohammed Amin al-Husseini fut Grand Mufti de Jérusalem de 1921 jusqu’à la création de l’État d’Israël en 1948. Proche des Frères musulmans, il prônait non seulement l’élimination des Juifs de Palestine, mais également celle des Juifs du monde entier. Considéré comme l’un des pères spirituels de l’islamisme radical contemporain, il est encore aujourd’hui tenu pour un héros national et une référence religieuse par de nombreux Palestiniens.

Dès l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933, le Grand Mufti manifesta son enthousiasme pour leur idéologie. Il devint l’un de leurs plus fervents collaborateurs dans le monde arabe [3]. En retour, il obtint le titre d’« Aryen d’honneur » et prêta allégeance à Hitler, déclarant :

« Les nations arabes sont convaincues que l’Allemagne remportera la guerre. Elles sont ses alliées naturelles, partageant les mêmes ennemis : les Anglais, les Juifs et les communistes. Elles sont prêtes à coopérer pleinement avec l’Allemagne, notamment en formant une légion arabe. »

Il mit cette promesse à exécution en créant une division arabe de la Waffen SS [4].

Lors du procès Eichmann [5], la philosophe Hannah Arendt nota que

« Les liens du Grand Mufti avec les nazis étaient notoires, car il espérait qu’ils l’aideraient à mettre en œuvre une variante de la Solution finale au Proche-Orient » [6].

Après la guerre, le Grand Mufti se réfugia à Paris, où il bénéficia de la complaisance des autorités françaises, malgré son statut de criminel de guerre recherché. Refusant de l’extrader, la France finit par le laisser s’échapper avec l’aide du Quai d’Orsay, qui lui procura un faux passeport [7].

Dieter Wisliceny, adjoint d’Eichmann, déclara au tribunal de Nuremberg que

« Le Grand Mufti avait à plusieurs reprises suggéré à Hitler, Ribbentrop et Himmler d’exterminer les Juifs, estimant que c’était la meilleure solution au problème palestinien » [8].

Depuis l’Allemagne, le Mufti multiplia les déclarations de soutien à la Solution finale [9] et, dans ses émissions radio à destination du monde arabe, appelait à

« Tuer les Juifs où qu’ils se trouvent, car telle est la volonté de Dieu. »

Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir en 1933, ils cherchaient à se débarrasser des Juifs, sans forcément imaginer alors l’ampleur génocidaire que prendrait leur politique une décennie plus tard. Ils pensaient qu’en rendant la vie impossible aux Juifs, ceux-ci finiraient par émigrer — comme lors de l’expulsion d’Espagne au XVe siècle.

Les lois de Nuremberg de 1935 institutionnalisèrent la persécution : exclusion de la fonction publique, radiation des professions libérales, boycott, interdiction d’accès aux lieux publics, pogroms.

Durant cette période, Eichmann fut chargé d’encourager l’émigration juive vers la Palestine, en lien avec certains cercles sionistes. En 1937, il effectua un voyage en Palestine pour étudier la faisabilité de cette solution, puis entreprit de l’accélérer, recevant les félicitations de sa hiérarchie pour son efficacité.

L’accord de la Haavara, signé en 1933 entre le régime nazi et la Fédération sioniste d’Allemagne, visait à faciliter le transfert de biens juifs vers la Palestine. Environ 50 000 Juifs émigrèrent grâce à ce dispositif, en vigueur jusqu’en 1942, date de la conférence de Wannsee.

En 1938, Eichmann rédigea un mémorandum pour promouvoir l’émigration hors d’Europe [11] et fut chargé d’élaborer un plan de déportation de quatre millions de Juifs à Madagascar. Ce projet, bien que très avancé sur le papier, échoua en raison du contrôle britannique de l’île.

Jusqu’en 1941, l’objectif nazi restait donc l’expulsion. Mais les Britanniques ayant fermé la porte de la Palestine avec le Livre blanc [14], et aucune autre puissance n’acceptant d’accueillir les réfugiés, les nazis adoptèrent progressivement l’idée que l’extermination serait la seule « solution finale ».

Dans ce contexte, la visite du Grand Mufti à Hitler exprime bien une inquiétude : l’arrivée massive de Juifs expulsés du Reich risquait de renforcer le Yishouv [13]. Il ne fut donc pas le déclencheur de la Solution finale, mais un acteur influent dans l’opposition à l’émigration juive vers la Palestine.

C’est ce que Netanyahu a tenté de rappeler : qu’au moment de cette rencontre en 1941, les nazis envisageaient encore l’expulsion plutôt que l’extermination. Son propos ne visait pas à réécrire l’histoire ni à exonérer Hitler, mais à souligner le rôle actif et idéologique du Grand Mufti dans l’antisémitisme exterminateur — un rôle trop souvent occulté.

Netanyahu a enfin voulu faire un parallèle entre cette idéologie fasciste et antisémite incarnée par le Mufti, et les courants islamistes violents qui nourrissent aujourd’hui encore l’hostilité radicale contre Israël, notamment au cœur de l’Intifada des couteaux.

Notes

[1] “Cette époque” renvoie à l’entrevue entre le Grand Mufti et Hitler en 1941. La plupart des commentateurs semblent avoir ignoré ce point. Sans cette précision la phrase de Netanyahu aurait eu un tout autre sens.

[2] Un mufti est un religieux musulman qui a l’autorité d’émettre des fatwas. Dans chaque État de l’Empire ottoman le Grand Mufti était la plus haute autorité religieuse du pays.

[3] Etude de Matthias Küntzel publiée dans Jewish Political Studies Review

[4] Organisation paramilitaire et policière nazie

[5] Criminel de guerre nazi responsable de la logistique de la Solution Finale

[6] Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal de Hannah Arendt

[7] Tsilla Hershco: Histoire d’une évasion [archive], Revue Controverses, n°1, mars 2006.

[8] Zvi Elpeleg, Hamufti Hagado 1989, p. 74,75

[9] Zvi Elpeleg, Through the Eyes of the Mufti: The Essays of Haj Amin

[10] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann

[11] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

[12] David Cesarini(2013-09-05). Adolf Eichmann.

[13] Le Yishouv désigne la communauté juive en Palestine avant la création de l’État d’Israël.

[14] En mai 1939, alors que les Juifs sont persécutés par le Troisième Reich, les Britanniques leur réduit l’accès à la Palestine de manière draconienne.

Le boycott d’Israël : une imposture militante

La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), lancée en 2005 par des ONG palestiniennes, appelle à exercer des pressions économiques, culturelles, académiques et politiques contre l’État d’Israël. Ce mouvement, derrière ses slogans humanistes, poursuit en réalité un objectif consistant délégitimer l’existence même de l’État juif.

Loin d’être un simple outil de contestation, BDS se fonde sur une hostilité radicale à l’égard d’Israël, et s’inscrit dans une stratégie d’effacement national. Il ne s’agit pas de critiquer une politique, mais de nier le droit d’un peuple à disposer de lui-même.

En France, les appels au boycott d’Israël ont été reconnus comme une infraction pénale, au titre de la provocation à la discrimination envers une nation, un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Plus largement, dans la plupart des pays occidentaux, ce type de campagne heurte les principes fondamentaux de non-discrimination.

Parmi les aspects les plus révoltants de cette initiative, l’ostracisme académique mérite une attention particulière. Tandis que des milliers d’étudiants arabes — y compris palestiniens — suivent leur cursus dans les universités israéliennes, jouissant d’une liberté d’expression plus large que dans bien des pays démocratiques, le mouvement BDS vise précisément ces institutions, ignorant sciemment les réalités du terrain.

BDS ne dit mot sur la situation de l’éducation dans les territoires dirigés par le Hamas, ni sur le sort des réfugiés palestiniens maintenus depuis des décennies dans des camps par des pays arabes qui refusent de leur accorder la citoyenneté et des droits élémentaires.

Il est vrai que les effets économiques du boycott restent limités. Mais la stratégie repose moins sur les pertes financières que sur la diabolisation symbolique. Il s’agit de souiller l’image d’Israël sur la scène internationale, en jouant sur les ressorts de l’antisémitisme. Comme le souligné le journaliste et essayiste Ben-Dror Yemini, « le problème n’est pas la critique d’Israël. Le problème c’est l’amas de mensonges à son sujet, qui constitue l’un des plus grands obstacles à la paix. »

On accuse Israël des crimes les plus graves, parfois jusqu’au génocide — alors que ceux qui profèrent ces accusations sont souvent les alliés ou les relais de groupes islamistes appelant à l’extermination des Juifs.

Cette inversion morale, cette mise en accusation systématique doit alerter bien au-delà de la communauté juive. Car Israël incarne, pour une grande part du Moyen-Orient, une exception dans un monde en faillite spirituelle, sociale et politique.

C’est pourquoi la lutte contre BDS n’est pas seulement une affaire israélienne. Elle concerne tous ceux qui croient au droit des peuples à l’autodétermination, à la vérité, à la liberté. Et pour les Juifs, ce combat revêt une dimension profonde.

Hannah Arendt disait qu’être juif, c’était « une appartenance politique et nationale ». Lorsqu’on est attaqué en tant que Juif, il faut répondre en tant que tel. La solidarité avec Israël ne devrait pas être une option pour ceux qui se reconnaissent dans le projet sioniste — même de loin — mais une responsabilité.

Israël engage sa sécurité, son avenir, son humanité. Cet engagement a un prix : sang, larmes, persévérance. Le moins que l’on puisse attendre, en retour, c’est une fidélité inconditionnelle à l’idée d’un État juif libre, prospère et vivant.

La France après Charlie-Hebdo

Au cours d’un sublime assaut, de valeureux moudjahidines [1] sont venus à bout des infidèles de Charlie- Hebdo retranchés dans leurs bureaux et armés de crayons, de feutres et de planches à dessiner.

Quarante-huit heures plus tard, d’autres moudjahidines se sont retrouvés piégés dans une superette casher sous la menace d’un bébé juif qui les tenait en respect.

Le tout s’est bien terminé pour un de ces dévots d’Allah, qui après avoir noyé quatre Juifs dans un bain de sang a lâchement été abattu par des commandos de la République. Il coule désormais des jours heureux au Paradis des guerriers du Coran.

Bien que ces intrépides résistants aient atteint leurs objectifs, Le MDF (Mouvement Djihadiste de France) s’apprête à porter plainte auprès de la Cour Internationale de Justice à La Haye.

Leurs dirigeants estiment en effet que la France s’en est prise aux guérilleros islamistes en les traquant de manière disproportionnée, en violation flagrante de la Convention de Genève relative aux lois de la guerre.

Le Ministre de l’intérieur a mobilisé des dizaines de milliers d’hommes équipés d’engins de mort, et lancé des véhicules blindés contre une poignée de héros ne se réclamant en tout et pour tout que de la Guerre Sainte. Pour mémoire, tout ce que l’on peut leur reprocher c’est de vouloir couper la tête à ceux qui ont une vision du monde différente de la leur.

Les responsables israéliens estiment qu’il est du devoir du monde libre d’intervenir. L’opinion publique israélienne presse en effet les autorités de Jérusalem d’alerter le Conseil de Sécurité de l’ONU et de soumettre une résolution autorisant l’envoi en France d’une force d’interposition entre les Djihadistes de Paris et la soldatesque française dont la brutalité dépasse l’imagination, que certains commentateurs n’hésitent pas à qualifier de nazis.

Les mots d’ordres du collectif  EFCO (En Finir avec la Civilisation Occidentale) préviennent que si la police s’avise de les empêcher d’exercer leur droit de terroriser ceux qui ne pensent pas comme eux, ils proclameront l’indépendance de la République Cynique de France et de Bagarre avec pour capitale Banlieue-les-Poubelles.

Une série de nations ont d’ores et déjà promis leur soutien à l’Etat islamique de France. Parmi ceux-ci la Talibanie, le Hamastan, le Royaume du Politiquement Correct et la République d’Ecologie, sans oublier le Gouvernement en Exil des Nostalgiques de Staline, avec à sa tête Don Quichotte de la Mélenchon.

Des personnalités israéliennes de premier plan font sous couvert d’anonymat part de leur inquiétude concernant la violation des droits des salafistes [2] de France. Il semble que dans divers endroits de la métropole  les forces de l’ordre tentent d’empêcher ces paisibles adeptes de l’islam radical d’appliquer la Charia.

Des sources proches du ministre israélien des Affaires étrangères rapportent que celui-ci aurait exprimé à son homologue français sa préoccupation concernant le comportement des autorités françaises.

Il lui aurait reproché d’avoir perdu toute empathie envers les ennemis de la France et l’aurait exhorté à faire un compromis historique avec la FICT (Fédération Islamiste des Coupeurs de Têtes).

Vivement ému par la sauvagerie des forces de l’ordre françaises, le Parlement israélien a décider de faire passer en urgence une loi permettant à tout djihadiste français de porter plainte à la Cour Suprême d’Israël.

Dès que la nouvelle a été connue, de nombreuses personnalités françaises ont annulé des voyages hors de l’Hexagone par crainte d’être exposés à des mandats d’arrêts internationaux émis par des tribunaux israéliens.

Israël est un ami traditionnel de la France, mais cette amitié ne doit pas tolérer une répression disproportionnée contre une poignée d’islamistes dont la seule aspiration est d’éliminer tout ce qui ne lui ressemble pas et de rendre caduque la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

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[1] Combattants d’une armée islamiste

[2] Mouvement musulman fondamentaliste

Le réel a lieu en Israël

Le parti-pris anti-israélien de l’essentiel de l’Intelligentzia européenne relève d’un syndrome qui a fait son apparition après la Deuxième Guerre mondiale.

A l’époque, il apparaissait de façon criante que les communistes se fourvoyaient partout où ils étaient au pouvoir, mais de nombreux observateurs supposément instruits et avertis étaient frappés d’autisme quand il s’agissait de l’URSS.

Le Goulag, Staline, la pénurie, la corruption, la misère, la dictature, l’arbitraire, la violence, un organe nommé « La Vérité » qui mentait, tout cela était flagrant pour tout être doué de bon sens. Alors que l’Intelligentzia n’y voyait que du feu, beaucoup de petites gens subodoraient la faillite du communisme dès les années 1950.

Michel Onfray, philosophe attaché depuis plus d’une décennie à écrire une monumentale « Contre-histoire de la Philosophie », a récemment publié un ouvrage intitulé « Le réel n’aura pas lieu », où il analyse le « Don Quichotte » de Cervantès.

Il lui applique une grille de lecture qui fait penser à la Pierre de Rosette, cette stèle de l’Égypte antique qui a permis le déchiffrement des hiéroglyphes. Onfray aborde le personnage de Don Quichotte sous un angle inattendu, mais qui semble d’une telle justesse après coup, qu’on se demande pourquoi on n’a pas été capable de s’en apercevoir soi-même.

Le mot-clé de la thèse d’Onfray est celui de « dénégation ». Don Quichotte est possédé par la dénégation parce que le monde tel qu’il est ne lui convient pas.

Ce monde ne lui permet pas de se faire valoir, alors il en invente un autre, imaginaire, qu’il espère fédérateur et qu’il entend mener du bout de sa lance. Don Quichotte n’est pas un illuminé, mais un sale type, un lâche, un menteur et un danger public. Vu sous l’angle d’Onfray l’argument de la folie douce, des bonnes intentions ou de la naïveté ne tiennent plus.

Il faut être pris d’hallucination donquichottesque pour estimer que c’est le monde arabe qui a raison contre Israël. Les masses arabo-musulmanes ont pour grande partie perdu leurs repères, souffrent d’ignorance, dénient aux femmes les droits de l’homme, gaspillent leurs ressources au nom de la religion, sont menées par les régimes les plus corrompus, les plus cruels et les plus dégénérés de la terre.

Il faut être donquichottesque pour estimer que tout cela n’existe pas, mais que c’est Israël, seul Etat de droit et seule démocratie de la région, qui est un obstacle à la paix, que ce soit au Moyen Orient ou ailleurs.

Une fois qu’on a lu « Le réel n’aura pas lieu » on ne peut plus appréhender de la même manière des gens apparemment de bonne composition comme Hessel, Besancenot, Mélenchon, Edgar Morin, Cohn-Bendit, Rony Brauman, Régis Debray ou d’autres ennemis d’Israël.

Ces esprits pleins de complaisance pour ceux qui cherchent à détruire les Juifs sont passés maîtres à inverser la réalité du conflit israélo-arabe.

Quand Onfray évoque ceux qui ont cette passion furieuse pour les idées au détriment de la réalité, cette religion de l’idéal sans souci du réel, on ne peut s’empêcher d’appliquer cette démarche au sentiment pro-palestinien de beaucoup de fabricants d’opinion qui sont dans la dénégation de l’islamisme mais qui pointent un doigt accusateur en direction d’Israël.

Tout comme le Don Quichotte d’Onfray ils ne veulent pas voir ce qui est et préfèrent voir ce qu’ils veulent. Ils sont bien entendus émus par les tueries des islamo-fascistes un peu partout dans le monde, mais le seul endroit où ils pensent que ces fous de Dieu ont un point de vue, c’est Israël. C’est le seul coin de la planète où ils suggèrent que la solution à la peste islamiste consiste à leur donner ce qu’ils veulent.

Si ces Don Quichotte du politiquement correct refusent de confronter leurs idées à la réalité quand il s’agit d’Israël, alors c’est à désespérer des autres, qui sont soit ignares soit antisémites.

Dans ces conditions, il est exclu qu’Israël se laisse impressionner par des artifices comme la reconnaissance par l’Europe ou par l’ONU d’une Palestine dont personne ne connaît les contours mais dont tout monde connaît les intentions.

Israël a raison, mille fois raison de faire de la sécurité sa priorité absolue, et rien ne doit lui faire dévier de son souci principal, qui est de vivre.

 

Les manifestations pro-Hamas

Les manifestations pro-Hamas observées ces derniers mois à Paris, à Londres ou ailleurs ne traduisent pas seulement une indignation politique : elles révèlent une confusion des catégories morales. S’indigner devant la souffrance d’innocents est une exigence élémentaire. Mais soutenir, relativiser ou excuser une organisation dont le programme revendiqué est la destruction d’un État et l’élimination de ceux qui y vivent revient à brouiller la distinction entre la compassion pour des populations et la légitimation d’une entreprise de négation politique.

Le point décisif est celui de la légitime défense. Il n’y a pas de souveraineté sans capacité d’assurer la sécurité de ceux qui vivent sous son autorité. La première fonction de l’État n’est pas d’incarner une perfection morale, mais d’empêcher que la violence privée ne devienne la loi commune. Un État qui renoncerait à défendre ses citoyens renoncerait par là même à sa raison d’être. La légitime défense n’est pas un privilège ; elle est constitutive de la souveraineté.

Cela ne signifie pas qu’elle soit illimitée. La tradition qui distingue les conditions justifiant le recours à la guerre des règles qui en encadrent la conduite impose plusieurs critères : nécessité, proportionnalité, discrimination entre combattants et non-combattants. Mais ces critères ne peuvent être évalués en abstraction de l’intention adverse. Lorsque des groupes armés déclarent explicitement vouloir détruire un État et frappent délibérément des civils, la question n’est plus celle d’un différend territorial; elle touche à l’existence même du corps politique visé.

On invoque le droit international pour contester les opérations israéliennes à Gaza. Il est juste de rappeler qu’aucun État ne dispose d’un « droit au massacre ». Mais la symétrie morale est trompeuse si elle efface la dissymétrie des intentions. Il y a une différence de nature entre une action militaire — discutable, critiquable, soumise au droit — visant à neutraliser une capacité offensive, et une stratégie dont la finalité déclarée est l’anéantissement d’un autre peuple. La responsabilité morale ne se mesure pas seulement aux conséquences ; elle se juge aussi à l’intention et au projet politique.

On objecte que la souveraineté ne saurait justifier l’occupation ou la contrainte indéfinie. Mais inversement, la souveraineté d’un peuple ne peut être subordonnée au veto permanent de ceux qui en contestent le droit à exister. Refuser à Israël le droit de neutraliser une organisation qui proclame sa destruction revient à exiger d’un État qu’il consente à sa propre vulnérabilité structurelle. Or aucune communauté politique ne peut accepter un tel principe sans s’abolir.

La légitime défense d’un État peut produire des effets dramatiques pour des populations qui ne sont pas toutes engagées dans le projet destructeur de leurs dirigeants. La responsabilité morale est ici double : celle de l’État qui frappe et doit limiter autant que possible les dommages infligés aux innocents ; celle de l’organisation qui choisit d’inscrire son combat au cœur des zones civiles et d’exposer délibérément sa propre population à la riposte. Dissocier ces deux responsabilités revient à déformer la réalité morale du conflit. Tant que l’objectif déclaré restera la disparition d’Israël, la guerre ne sera pas un accident, mais la conséquence d’un refus ontologique de reconnaissance.

La comparaison avec d’autres interventions occidentales éclaire encore le débat. Lorsque la France s’est engagée en Afghanistan après les attentats du 11 septembre, elle a invoqué la sécurité collective et la lutte contre le terrorisme. On peut contester l’efficacité ou la pertinence de cette guerre ; on ne peut nier qu’elle reposait sur le principe qu’un État a le droit — voire le devoir — de prévenir une menace organisée. Pourquoi ce principe deviendrait-il illégitime lorsqu’il s’agit d’un État dont la frontière est directement sous le feu ?

Il faut enfin distinguer la critique d’un gouvernement et la négation d’un État. La première relève du débat démocratique ; la seconde touche à la légitimité même d’une existence politique. On peut contester telle stratégie militaire, telle coalition gouvernementale, telle orientation diplomatique. Mais si l’on refuse à un peuple le droit à la souveraineté, on quitte le terrain de la politique pour entrer dans celui de l’exclusion.

La guerre en cours ne résoudra sans doute pas le conflit. La lutte contre des organisations terroristes est par nature asymétrique et prolongée. Mais il serait incohérent d’exiger d’un État qu’il renonce à la défense de ses citoyens au nom d’un idéal de paix que son adversaire rejette.

Reste une réalité : dans l’épreuve, la société israélienne manifeste une cohésion qui tient moins à l’adhésion unanime à une ligne politique qu’à la conscience partagée d’une vulnérabilité commune. La solidarité n’efface ni les divisions ni les débats internes ; elle exprime la conviction qu’avant toute autre chose, une communauté politique doit assurer sa continuité.

Le dilemme oppose deux exigences également réelles : la protection des innocents et la préservation de la souveraineté. Mais nier la légitime défense d’un État menacé d’anéantissement ne conduit pas à plus de justice ; cela conduit à la négation du principe même qui fonde l’ordre politique moderne — le droit des peuples à exister et à se protéger.

Edwy Plenel et sa lettre au Président

Le Président François Hollande a fermement condamné les agressions contre Israël,  et a  assuré le Premier Ministre israélien de sa solidarité. Il a également affirmé qu’il appartenait au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces. Edwy Plenel, journaliste et Directeur de Publication du site d’information  Médiapart, a publié un article pour s’élever contre la prise de position de François Hollande, assez exceptionnelle il faut le dire pour qui connaît la politique pro-arabe de la France inaugurée par de Gaulle en 1967. Edwy Plenel s’en prend à François Hollande, mais aussi à Israël. Le texte ci-dessous est donc adressé à Edwy Plenel afin d’attirer son attention sur les nombreuses erreurs d’appréciation concernant Israël qu’il commet dans sa lettre ouverte au Président:

Monsieur Edwy Plenel,

Avoir une politique équilibrée face au conflit israélo-palestinien ne peut consister, sous aucun prétexte, à soutenir une organisation terroriste. Or manifester contre Israël en ces heures sombres revient de fait à soutenir le Hamas et ses associés.

Israël est une démocratie où sévit une extrême-droite radicale, mais celle-ci est, tout comme en France, marginale, et n’est en tout cas pas au pouvoir.

La stigmatisation des Arabes en Israël est le fait de groupuscules insignifiants, et sans commune mesure avec l’antisémitisme d’Etat qui sévit dans le monde arabo-musulman. L’Autorité Palestinienne en particulier fait la promotion de l’antisémitisme dans les écoles et à la télévision, où les juifs sont vilipendés dans le plus pur style de la propagande nazie.

La proportionnalité dans la lutte contre le terrorisme n’obéit pas aux mêmes critères que les conflits conventionnels, que ce soit en Israël ou ailleurs. Quand l’assassin Mohammed Merah fut traqué dans la région de Toulouse, les autorités françaises mobilisèrent des centaines d’hommes armés jusqu’aux dents afin de trouver et de neutraliser ce seul criminel. En Israël il s’agit pour la nation entière de se défendre contre les islamistes qui ont vocation à casser du Juif n’importe où, dans n’importe quelles circonstances et sous n’importe quel prétexte. Cette obsession date de bien avant l’occupation de la Cisjordanie, et même d’avant la création de l’Etat d’Israël lui-même, quand le Mufti de Jérusalem fraternisait avec Hitler. Compter sur l’avènement d’un Etat palestinien pour mettre fin à la rage anti-juive au Moyen-Orient est un risque qu’aucun gouvernement israélien ne peut se permettre de prendre.

Renvoyer dos-à-dos le Likoud et le Hamas est une aberration. Le Hamas a pour programme explicite la liquidation pure et simple de l’Etat d’Israël par tous les moyens, à commencer par les plus barbares. Le Likoud quant à lui est un parti démocratique et donc respectable, que l’on partage ses idées ou pas. C’est une formation politique en tous points comparable à la droite républicaine incarnée par l’UMP en France. Le Likoud est ce parti qui sous la conduite de Menahem Begin, prix Nobel de la Paix,  a mis fin à la guerre avec l’Egypte en restituant la péninsule du Sinaï, ses puits de pétrole et son potentiel touristique.

Le Likoud est aussi ce parti qui a parié sur la paix en 2005 en mettant fin à l’occupation de Gaza.  Au cours de réunions bilatérales précédant l’évacuation, des responsables palestiniens avaient affirmé qu’on verrait enfin « de quoi ils étaient capables ». Ils avaient assuré que Gaza s’avèrerait un « miracle économique », un « Singapour du Moyen Orient », un cas d’école. Pour illustrer cette vision, des projets furent évoqués: réseau routier, port en eau profonde, centrale électrique, système d’égouts, aéroport, hôtels de tourisme, toutes ambitions que les places financières ne manqueraient pas de soutenir. On connaît la suite : le Hamas s’empare de Gaza, asservit sa population, instaure une dictature et consacre des fortunes à la fabrication de roquettes et au creusement de tunnels à seule fin de tuer des Juifs de l’autre côté de la frontière.

La Jordanie a annexé la Cisjordanie en 1950 sans la moindre intention d’y favoriser l’émergence d’un Etat palestinien. C’est à partir de ce territoire usurpé que les troupes jordaniennes ont attaqué Israël en 1967 pour tenter de s’emparer de Tel-Aviv  et du reste d’Israël, jeter les Juifs à la mer et étendre le Royaume de Jordanie à la totalité de la Palestine historique. C’est cela, et uniquement cela qui eut pour conséquence l’occupation de la Cisjordanie par Israël.

L’antisionisme est une transgression morale au même titre que l’antisémitisme. Etre antisioniste, c’est désavouer le mouvement de libération du peuple juif. Etre antisioniste, c’est lui contester le droit de disposer de lui-même. Etre antisioniste ce n’est pas critiquer tel ou tel aspect de la politique israélienne, mais c’est dénier à Israël le droit même à la vie. Etre antisioniste c’est s’associer aux filiales terroristes de l’Iran installées aux frontières d’Israël et qui œuvrent sa destruction.

Il y a une douzaine d’années le distingué sociologue et philosophe Edgar Morin fut  poursuivi pour antisémitisme après avoir cosigné avec deux autres intellectuels un article incendiaire contre Israël. Après quatre ans de procédure Il a fini par être mis hors de cause par une Cour de Cassation, mais ce qu’il faut retenir c’est qu’au fil de cette saga juridique  la Cour d’Appel de Versailles l’avait bel et bien condamné pour « diffamation raciale et apologie des actes de terrorisme ». On a le droit de s’interroger sur le point de savoir lesquels des magistrats de la Cour d’Appel ou de la Cour de Cassation ont vu juste.

Stéphane Hessel était un obscur diplomate à la pensée indigente qui serrait la main des dirigeants  du Hamas et qui trouvait que l’occupation de la France par les nazis était moins cruelle que celle de la Cisjordanie.  Il pensait par ailleurs que Gaza devait être le principal sujet d’indignation au monde, comme si les massacres en Syrie, en Iraq, au Darfour ou ailleurs n’étaient que de négligeables échauffourées.

Quant aux vociférations antisémites entendues lors de récentes manifestations anti-Israël en France, il n’est pas inutile de rappeler la conclusion des « Réflexions sur la Question Juive » de Sartre, à savoir que « pas un français ne sera en sécurité tant qu’un juif, en France et dans le monde entier, pourra craindre pour sa vie. »

 

Tuerie au musée juif de Bruxelles

Quels que soient les commanditaires de la tuerie au musée juif de Bruxelles, quelles que soient leurs motivations, et même s’il ne s’agit que d’un acte isolé, il ne fait pas de doute que cela se passe sur fond de haine antisioniste, qui n’est qu’un antisémitisme recyclé faisant écho au discours antijuif distillé des siècles durant par la Chrétienté et l’Islam. L’antisémitisme étant un symptôme plutôt qu’une idéologie, quatre innocents abattus à la kalachnikov en plein jour en pleine ville dans la capitale de l’Europe, cela concerne même ceux que ne sentent pas concernés.

Les ennemis d’Israël pensent qu’en s’attaquant aux Juifs de la Diaspora – ou à leurs symboles – ils affaiblissent le monde juif. Mais si l’on cherche à suivre ce raisonnement, aussi morbide soit-il, on s’y perd parce qu’il défie la logique la plus élémentaire. En effet, chaque agression, chaque atteinte à l’intégrité morale ou physique des Juifs accentue la solidarité des communautés juives à travers le monde, et dans beaucoup de cas le désir d’aller vivre en Israël. Cette option n’existait pas avant la création de l’Etat d’Israël. C’est ainsi que l’on assiste à une recrudescence de l’émigration à chaque manifestation d’antisémitisme, or la tuerie de Bruxelles n’échappera sans doute pas à cette règle. Les antisémites sont pris dans un dilemme cornélien : contenir leur haine des Juifs est nuisible pour leur santé, mais l’exprimer renforce, souligne et corrobore la raison d’être de l’Etat juif, dont l’une des fonctions consiste à combattre l’antisémitisme partout où il sévit. Tout acte antisémite entraine donc un effet boomerang sur son auteur du fait même de l’existence de l’Etat d’Israël.

Un climat antisémite empoisonne une part croissante de l’opinion publique européenne, mais il faut reconnaître qu’en Belgique il n’y pas d’antisémitisme officiel. Cette forme de racisme y est au contraire un délit, or la police, la magistrature et le gouvernement font ce qui est en leur pouvoir pour que la loi soit respectée. Mais c’est justement parce que l’antisémitisme ne saurait s’exprimer à visage découvert dans une démocratie comme la Belgique qu’il se travestit en antisionisme. Ce n’est donc pas l’Etat qui accompagne la montée de l’antisémitisme, mais ceux parmi les médias qui diffusent sans retenue une propagande antisioniste relayant les poncifs antisémites les plus éculés.

L’antisionisme, tout comme le racisme, ne relève pas de la liberté d’expression. L’antisionisme, c’est la contestation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël. Les médias ont en Europe un devoir de pédagogie lorsqu’ils abordent le thème du conflit israélo-palestinien. Quand des commentateurs critiquent l’Etat d’Israël dans les médias ils ont l’obligation morale de préciser qu’il ne s’agit pas de mettre en cause son existence. Ils doivent être vigilants et veiller à ce que leurs discours n’alimentent pas des velléités criminelles par le détour de l’antisionisme.

L’Europe a une dette envers les Juifs. La plupart des Etats, dont la Belgique, l’ont reconnu de manière solennelle, mais il y a encore beaucoup à faire au niveau de la mémoire collective, or c’est à l’intelligentsia qu’incombe cette tâche. Les journalistes, chroniqueurs et intellectuels doivent impérativement changer de vocabulaire s’ils désirent différencier la critique politique de l’Etat d’Israël de la harangue antisémite.

L’Histoire nous a appris que l’acquiescement – même muet et passif – à l’antisémitisme est le levier avec lequel on renverse les démocraties.

Nathan Weinstock: comment le monde arabe a perdu ses juifs

Nathan Weinstock, avocat, criminologue et historien belge né à Anvers en 1939, incarne un parcours intellectuel à la fois singulier et révélateur. Formé dans un cadre juif orthodoxe, il s’en écarte dès sa jeunesse pour embrasser l’idéologie trotskyste, dans la mouvance révolutionnaire de l’après-guerre. Après la guerre des Six Jours, en 1967, il adopte un antisionisme militant et devient pro-palestinien. Dans cette phase, Weinstock participe à des rassemblements nourris par les émissions de Radio-Le Caire, exaltant avec violence l’idée que les armées arabes allaient bientôt « jeter les Juifs à la mer ». L’appel au démantèlement d’Israël, dans son discours, s’articule à une conviction idéologique : selon lui, il est impossible d’être simultanément socialiste et sioniste, le projet national juif étant vu comme irrémédiablement entaché de colonialisme.

Pourtant, vers les années 1990, Weinstock opère un retournement intellectuel radical. Prenant conscience que la cause palestinienne a progressivement glissé de l’anticolonialisme vers un antisémitisme masqué, il dénonce rétrospectivement la naïveté et la violence simplificatrice de ses engagements passés. Il reconnaît que l’hostilité à Israël procède moins d’un projet politique cohérent que d’une haine viscérale du Juif, recyclée sous des formes prétendument modernes. Son travail critique culmine dans Une si longue présence (2008)[1], consacré à la disparition presque totale des communautés juives du monde arabe entre 1947 et 1967.

Le fond de son analyse est le suivant : pour comprendre la conflictualité actuelle, il faut comprendre l’histoire longue de la condition juive dans le monde musulman. Le statut de dhimmi, formalisé sous l’empire omeyyade, offrait aux non-musulmans un droit de vivre sous protection en échange d’une soumission codifiée. Cette soumission était autant symbolique que juridique : interdiction de porter des armes, de témoigner contre un musulman, d’accéder à certains métiers, obligation de signes vestimentaires distinctifs, etc. La dimension humiliante de ces mesures visait moins la simple domination politique que l’intériorisation psychologique de l’infériorité.

Même lorsque ces discriminations se sont atténuées – sous l’effet des réformes ottomanes ou de la colonisation européenne –, leur mémoire collective est restée vivace. Enracinée dans les représentations sociales, elle a structuré une conception implicite des rapports entre musulmans et Juifs : ceux-ci ne devaient pouvoir exister qu’à la condition de l’infériorité reconnue et acceptée.

C’est dans ce contexte que l’émergence de l’État d’Israël produit un véritable séisme mental. Car il ne s’agit pas seulement d’un changement de rapport de force géopolitique, mais d’une inversion d’un ordre symbolique millénaire. Israël, en revendiquant la souveraineté nationale des Juifs, conteste la place qui leur était historiquement assignée. Il nie l’ordre immuable des hiérarchies implicites. Il déstabilise en profondeur un imaginaire collectif qui faisait de la subordination juive une évidence, presque une loi naturelle.

La violence du rejet arabe envers Israël ne s’explique donc pas seulement par des griefs territoriaux ou des revendications nationalistes : elle procède d’une atteinte existentielle. Le peuple que l’on croyait condamné à l’humilité se dresse en nation libre, armée, fière. Le dominé d’hier devient sujet historique. C’est cette révolution cognitive – plus encore que la perte d’une terre ou la perception de l’injustice coloniale – qui est insupportable.

Le processus d’exode des Juifs du monde arabe, analysé en détail par Weinstock, témoigne de cette dynamique. Près d’un million de personnes, souvent implantées depuis l’Antiquité, furent contraintes de fuir des terres où elles avaient profondément contribué à la culture locale. Contrairement aux Palestiniens, leur drame n’a donné lieu à aucune reconnaissance internationale. Il n’y eut ni Agence spéciale pour leur protection, ni maintenance symbolique de leur statut de réfugiés au fil des générations. Leur disparition a été absorbée dans l’indifférence, voire occultée délibérément.

L’idée selon laquelle ces Juifs seraient partis par sionisme est un mythe rétrospectif. Leur exil n’était pas un choix d’adhésion au projet sioniste, mais une fuite face à la montée d’un antisémitisme exacerbé par la défaite arabe de 1948. Ils étaient, pour la plupart, profondément enracinés dans la culture arabe, et leur présence était parfois antérieure à celle même des conquérants musulmans. Le déracinement massif de ces communautés révèle une vérité souvent éludée : le monde arabo-musulman n’a pas seulement perdu ses Juifs ; il a perdu une part de sa pluralité historique.

C’est dans cette perspective que le refus arabe d’accepter l’État d’Israël prend tout son sens. Loin d’être seulement une résistance à une implantation étrangère, ce rejet est, dans sa profondeur, un refus d’accepter une égalité symbolique. Israël incarne la fin de la dhimmitude. Il incarne l’émancipation de ceux dont la subordination paraissait aller de soi. D’où l’incompréhension durable vis-à-vis de la Résolution de l’ONU de 1947, qui recommandait le partage de la Palestine : dans la perception arabe majoritaire, il ne pouvait y avoir de parité entre l’ancien maître et l’ancien subalterne.

Ainsi, l’échec des diverses tentatives de paix ne peut se comprendre pleinement sans intégrer cette dimension psychologique et anthropologique. Le problème n’est pas seulement de redessiner des frontières : il est de reconnaître une révolution irréversible dans la dignité juive, que beaucoup refusent encore d’accepter.

Nathan Weinstock, par son itinéraire critique, rejoint d’autres penseurs issus du monde arabo-berbère comme Albert Memmi : tous deux montrent que la véritable fracture n’est pas géographique, mais mentale. Tant que cette révolution cognitive – l’accession du Juif au statut de sujet souverain – ne sera pas pleinement reconnue, les conflits territoriaux continueront à n’être que les symptômes visibles d’un refus plus profond : celui de l’égalité dans l’histoire.

Aujourd’hui encore, les traces de cet ordre ancien subsistent de manière diffuse dans les représentations collectives, y compris en dehors du monde arabe. L’antisionisme contemporain, notamment dans certains milieux intellectuels occidentaux, fonctionne comme une réactivation inconsciente de cette nostalgie d’un monde où le Juif n’était jamais pleinement sujet. Israël, en tant qu’État juif souverain, est moins rejeté pour ce qu’il fait que pour ce qu’il est : l’incarnation visible d’une égalité insupportable pour certains imaginaires politiques et religieux.

L’accusation de « colonialisme » portée contre Israël est emblématique de cette inversion des rôles. Loin d’être une simple critique géopolitique, elle traduit souvent une difficulté à penser le Juif autrement que dans la posture de minorité dominée. Dans cette lecture biaisée, Israël apparaît non pas comme un mouvement de libération nationale (ce qu’il est historiquement), mais comme un agent usurpateur de souveraineté, illégitime par essence. Le mythe de l’indigénité palestinienne absolue, opposée à un « corps étranger » juif, ne fait que rejouer sur un nouveau théâtre l’ancienne idée d’infériorité, recouverte d’un vernis humanitaire.

Ce phénomène déborde largement le cadre du monde arabe. Dans de nombreux espaces occidentaux – universitaires, médiatiques, associatifs –, on observe une transposition de cette logique : l’Israël souverain est sommé de se justifier en permanence, tenu de prouver sa légitimité d’exister, alors même que d’autres nations, parfois créées plus récemment ou issues de violences extrêmes, ne suscitent pas la même suspicion systématique.

À travers ces dynamiques, se manifeste sous des formes actualisées une survivance de la dhimmitude symbolique : l’existence même d’un Juif libre et maître de son destin paraît contre nature pour certains inconscients collectifs. L’État d’Israël est ainsi pris dans une exigence permanente de reddition symbolique, invité sans cesse à se conformer à un rôle d’infériorité dont il s’est justement émancipé.

Pourtant, la révolution anthropologique représentée par la création d’Israël est irréversible. Il n’est plus possible de revenir à l’ordre ancien sans abolir, au-delà d’un État, toute une conquête humaine : celle de la reconnaissance du Juif comme sujet politique autonome. Ce qui est en jeu dépasse les enjeux de frontières ou de territoires : il s’agit de savoir si l’histoire humaine est capable d’intégrer cette rupture fondamentale, ou si elle tentera indéfiniment de la nier.

Nathan Weinstock, en déconstruisant son propre aveuglement passé, offre une leçon précieuse : certaines fractures historiques ne sont pas matérielles, mais mentales et symboliques. Tant que cette révolution intérieure n’est pas pleinement assumée, Israël portera, malgré lui, non seulement le poids des conflits armés, mais celui d’une transformation de l’histoire que beaucoup refusent encore d’accepter.

Note :
[1] Nathan Weinstock, Une si longue présence : Comment le monde arabe a perdu ses juifs, 1947-1967 (Éditions Plon, 2008).

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