L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs

L’idée que l’antisémitisme serait dû à l’ignorance ou à l’obscurantisme est fausse, même s’il est vrai qu’il y a des obscurantistes et des ignorants partout. La riposte à l’antisémitisme à travers le monde n’est ni dans l’éducation ni dans la laïcité ni dans l’humanisme ni dans l’antiracisme ni dans l’information ni dans la démocratie. Elle est dans l’Etat des Juifs. La logorrhée antisémite qui persiste en Occident est de même nature que celle qui a abouti à la Shoah. Les mêmes causes produiraient les mêmes effets si par malheur l’Etat d’Israël disparaissait.

La lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs. Ils n’ont aucune prise sur ce fléau et aucun moyen de le combattre. Il n’y a d’ailleurs pas d’antisémitisme d’Etat dans le monde libre, et les autorités font généralement ce qu’elles peuvent pour le sanctionner. Mais le fait est qu’elles n’arrivent pas à juguler ce phénomène fabriqué par des siècles d’antijudaïsme  chrétien et musulman. Il est frappant d’observer que les manifestations contre l’antisémitisme en Europe ne mobilisent pas grand mondé excepté les Juifs eux-mêmes. Ces manifestations sont souvent pathétiques, tellement elles renvoient les Juifs à leur solitude. Une des raisons de la frilosité de la classe politique européenne à ce sujet est la crainte d’indisposer les musulmans, dix fois plus nombreux et soutenus par une gauche qui avance masquée sous couvert d’antisionisme.

L’Etat d’Israël doit faire entendre sa voix contre l’antisémitisme par les canaux diplomatiques d’usage, mais il n’est pas en son pouvoir ni de son  droit d’intervenir dans la politique intérieure des pays concernés. Israël peut et doit en revanche promouvoir l’Alyah auprès des Juifs à travers le monde qui estiment que leur qualité de vie, ou leur vie tout court, est compromise du seul fait d’être Juif.

La Cisjordanie ?

La Cisjordanie — que l’on peut également désigner sous son appellation historique de Judée-Samarie — constitue, au mieux, un territoire disputé. En novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies adopta la résolution 181, de nature non contraignante, recommandant la création de deux États à l’ouest du Jourdain, l’un juif et l’autre arabe, à la veille du retrait britannique de Palestine. Les représentants juifs acceptèrent ce plan ; les dirigeants arabes le rejetèrent et engagèrent une confrontation armée pour s’approprier l’ensemble du territoire. Ce refus du principe même d’un État juif, ainsi que la volonté de le détruire, rendirent de facto la résolution 181 inopérante.

Dans cette perspective, certains soutiennent que la Jordanie constitue déjà, en pratique, un État palestinien. Une grande partie de sa population est d’origine palestinienne et entretient des liens familiaux étroits avec les habitants de Cisjordanie, laquelle faisait partie du royaume hachémite jusqu’à la guerre des Six Jours en 1967. Après ce conflit, la Jordanie s’est inscrite dans la ligne de la Ligue arabe proclamant les « trois non » : pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël, pas de négociation avec Israël. C’est dans ce contexte de refus qu’Israël a engagé sa politique d’implantations, poursuivie, sous des formes diverses, par les gouvernements successifs.

L’accusation selon laquelle Israël violerait le droit international en « occupant » la Cisjordanie est, selon cette lecture, contestable. Rien ne viendrait juridiquement invalider le contrôle israélien sur un territoire depuis lequel la Jordanie avait tenté, en 1967, d’attaquer Israël. Pendant une longue période, Israël s’est déclaré prêt à restituer ces territoires en échange d’un accord de paix. Le roi Hussein choisit toutefois d’y renoncer, favorisant l’émergence d’une entité palestinienne distincte. Ce choix, dans cette optique, n’engageait ni juridiquement ni moralement Israël, et apparaît comme discutable sur le plan géopolitique.

L’hypothèse d’une Cisjordanie indépendante — avec ou sans l’accord d’Israël — est souvent perçue, dans cette analyse, comme susceptible de reproduire le précédent de Gaza, marqué par une hostilité persistante envers Israël. La revendication d’un État palestinien entre Israël et la Jordanie est alors interprétée comme un projet dont le moteur principal ne serait pas la coexistence, mais l’opposition à Israël. Selon cette lecture, une large part des sociétés palestiniennes — en Cisjordanie comme à Gaza — demeure profondément hostile, et l’idée selon laquelle elles aspireraient majoritairement à la paix mais seraient entravées par leurs dirigeants est jugée illusoire.

Dans ce contexte, toute direction politique palestinienne serait contrainte d’asseoir sa légitimité sur une ligne dure à l’égard d’Israël. Même dans le monde arabe, les régimes qui envisagent une normalisation avec Israël doivent composer avec une opinion publique souvent réticente, voire hostile. Il en résulte un paradoxe : des élites politiques parfois plus pragmatiques que les sociétés qu’elles gouvernent.

Au fil des décennies, la question des implantations en Cisjordanie est devenue pour Israël un sujet à la fois sensible et controversé, tant sur les plans éthique que juridique. À l’hostilité persistante d’une partie du monde arabe s’ajoutent les pressions internationales, les tensions internes à la société israélienne, ainsi que les violences récurrentes. L’ensemble contribue à une situation d’une grande complexité, en l’absence d’un horizon politique clairement défini.

Dans ce cadre, une solution parfois avancée consisterait à redéfinir le statut de la Cisjordanie en fonction de la répartition démographique. Les zones à majorité palestinienne pourraient être rattachées à la Jordanie, comme avant 1967, tandis que les zones à majorité juive seraient intégrées à Israël. Une frontière négociée entre les deux États remplacerait alors la ligne d’armistice de 1949. Une telle approche présenterait l’avantage de limiter les déplacements de population, tout en offrant aux Palestiniens un cadre étatique et une citoyenneté pleine au sein d’un pays en paix avec Israël depuis plusieurs décennies.

Fin de la Diaspora

« Le Juif est considéré par les vivants comme un mort, par les autochtones comme un étranger, par les sédentaires comme un clochard, par les gens aisés comme un mendiant, par les pauvres comme un exploiteur, par les patriotes comme un apatride, et par toutes les classes comme un concurrent qu’on déteste.[1] »

Les Juifs en exil ont, de tout temps, constitué un peuple au sein des peuples parmi lesquels ils vivaient. Ainsi, à Babylone, la communauté juive disposa, pendant plus d’un millénaire, de ses propres institutions : tribunaux, forces de police, corporations, circonscriptions, académies, ainsi qu’une autorité suprême appelée l’Exilarque[2]. L’étymologie même de ce titre révèle que les Juifs de Babylone ne se percevaient pas comme des citoyens à part entière, mais comme des exilés.

De l’Antiquité au Moyen Âge, les Juifs, tant en Orient qu’en Occident, furent dotés d’institutions autonomes. Leurs tribunaux rabbiniques statuaient selon le droit hébraïque[3]. Ceux qui vivaient en dehors de ce cadre étaient extrêmement rares et finissaient le plus souvent par se convertir au christianisme ou à l’islam. Lorsque, au XVIIe siècle, Spinoza[4] fut excommunié par les rabbins d’Amsterdam, il se retrouva sans communauté de rattachement ; il est parfois considéré, à ce titre, comme le premier Juif laïque.

Hannah Arendt[5] souligne, dans Eichmann à Jérusalem[6], qu’au XXe siècle encore, les Juifs d’Europe de l’Est étaient perçus comme un peuple distinct, tant par leurs alliés que par leurs adversaires. Elle écrit : « Je ne crois pas, pour ma part, m’être jamais considérée comme allemande — au sens d’une appartenance à un peuple et non à un État, si je puis me permettre cette distinction. »

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle exprimait l’espoir de voir émerger une Europe unie dans laquelle « les Juifs seraient reconnus en tant que nation européenne et représentés au Parlement[7] ».

Depuis l’Émancipation[8] au XIXe siècle, les Juifs se sont progressivement intégrés dans les sociétés du monde libre, reléguant leurs traditions à la sphère privée. Toutefois, partout où le judaïsme est perçu avant tout comme une religion plutôt que comme une identité, la population juive tend à diminuer. Des penseurs sionistes tels qu’Ahad Ha’am[9] et Bialik[10] redoutaient déjà que l’Émancipation ne conduise à la disparition de l’identité juive par assimilation.

À notre époque, seules certaines mouvances ultra-orthodoxes perpétuent leur mode de vie de manière résolue, souvent au sein d’enclaves, notamment aux États-Unis. Mais cette persistance tient précisément à leur caractère non assimilable. En dehors de ces groupes, la Diaspora semble aujourd’hui engagée dans un processus de déclin.

Par le passé, des propositions ont été formulées en faveur de l’octroi de la nationalité israélienne à des Juifs ne souhaitant pas émigrer en Israël. Une telle idée mériterait d’être réexaminée. Les personnes intéressées pourraient en faire la demande, en exprimant le souhait d’acquérir la nationalité israélienne tout en continuant à résider dans leur pays. Leur participation aux élections législatives israéliennes pourrait être encadrée par certaines conditions : par exemple, être subordonnée à l’accomplissement d’un service militaire ou civil en Israël, suivi d’un retour dans le pays de résidence.

On pourrait également envisager d’accorder le droit de vote à ceux qui, sans y résider de façon permanente, séjournent en Israël de manière significative, pour des raisons personnelles ou professionnelles. Il convient de rappeler qu’à ce jour, les citoyens israéliens résidant à l’étranger ne peuvent voter qu’à condition d’être présents dans le pays le jour du scrutin.

Nombreux sont les Juifs qui se revendiquent du sionisme et expriment leur soutien à Israël, mais tous n’ont pas les moyens de traduire cet attachement en actes concrets. Ceux qui se sentent concernés par la Loi du retour — de manière effective ou symbolique, pour eux-mêmes ou pour leurs descendants, aujourd’hui ou dans l’avenir — ont, à tout le moins, une responsabilité morale à l’égard d’Israël. L’acquisition de la nationalité israélienne pourrait constituer une manière forte de l’exprimer.

Certes, une telle démarche pourrait être perçue, en Diaspora, comme un signe de double allégeance. Mais il s’agirait d’un effort limité au regard de l’enjeu : manifester sa solidarité envers un État qui veille à la sécurité, à la pérennité et à la viabilité du peuple juif. Une autre justification résiderait dans la nécessité de prévenir un engorgement administratif en cas d’afflux massif de demandes d’immigration, consécutif à une recrudescence de l’antisémitisme.


[1] « Autoémancipation, avertissement d’un Juif russe à ses frères », 1882, Léon Pinsker, militant sioniste.

[2] Représentant officiel du puissant judaïsme babylonien auprès des autorités locales.

[3] המשפט העברי, מנחם אלון, 1973 הוצאת מגנס

[4] Philosophe rationaliste d’origine séfarade portugaise, mort en 1677.

[5] Politologue, philosophe et journaliste juive allemande, décédée en 1975.

[6] Eichmann à Jérusalem, Viking Press, 1963, chapitre « Les déportations des Balkans ».

[7] Compilation des écrits de Hannah Arendt sur la judéité, Éditions Fayard, 2011.

[8] Processus de libération des Juifs en Europe et dans le monde, leur ayant permis d’obtenir la citoyenneté et l’égalité des droits.

[9] Penseur nationaliste juif et leader des Amants de Sion, l’un des pères de la littérature hébraïque moderne.

[10] Poète, essayiste et journaliste de langue hébraïque d’origine ukrainienne, mort en Palestine en 1934.

La légitimité d’Israël

Les royaumes de l’époque biblique, ainsi que les dynasties hasmonéenne et hérodienne, totalisent environ quatre siècles durant lesquels les Juifs exercèrent une souveraineté en terre d’Israël. Toutefois, les périodes de vassalisation sous domination perse, grecque ou romaine n’ont jamais entraîné de dilution de la conscience nationale juive. Celle-ci doit donc être appréciée à l’aune de la présence effective des Juifs en Israël, et non se limiter aux seules phases de souveraineté politique.

Selon le récit biblique, les descendants d’Abraham se constituèrent en peuple au cours des quatre siècles passés en Égypte. L’Exode, puis la réception de la Torah au mont Sinaï — conformément à la tradition — marquent à la fois l’affirmation d’un ancrage en Israël et l’adoption d’une Loi commune. Ces éléments permettent de situer la naissance d’une nation, vers 1400 avant notre ère, ainsi que l’émergence d’une conscience nationale liée à un territoire. Depuis l’installation en Canaan jusqu’à l’avènement de l’islam, soit près de deux millénaires, les Juifs furent présents en Israël en grand nombre, sinon en majorité, et cela de manière presque ininterrompue.

Il convient de souligner que, bien que les Juifs aient souvent vécu en relative autarcie dans la Diaspora, ils n’ont jamais revendiqué d’indépendance ailleurs qu’en Israël. La seule exception apparente figure dans un ouvrage médiéval intitulé Le Livre du Khazar, de Judah Halevi[1]. Celui-ci relate l’histoire d’un peuple du Caucase dont le roi, séduit par l’argumentation d’un érudit juif, décide de se convertir au judaïsme et d’en faire la religion d’État. Il s’agit toutefois d’une œuvre philosophique et théologique, construite sous forme d’allégorie, visant à exposer les fondements du judaïsme.

L’Exode d’Égypte, le retour en Israël après l’exil babylonien, la révolte des Maccabées contre les Grecs, ainsi que l’insurrection de Bar Kokhba contre les Romains, témoignent de manière incontestable de la permanence d’un sentiment national lié à la terre d’Israël au sein de la conscience collective juive tout au long de l’Antiquité. C’est ce qui conduit Spinoza, au XVIIe siècle, à écrire : « si l’esprit de leur religion n’efféminait leurs âmes, je suis convaincu qu’une occasion favorable venant à se présenter, les Juifs pourraient reconstituer leur État »[2].

Qu’ils s’inspirent de l’Histoire ou de la Torah, la plupart des Juifs revendiquent un lien à la fois spirituel, charnel et concret avec la terre d’Israël. Il existe, de ce point de vue, une continuité manifeste dans leur orientation vers cette terre, depuis la sortie d’Égypte jusqu’à nos jours.

Cependant, si ce lien est profondément ancré dans la conscience juive, il ne saurait être opposable à des tiers sur le plan du droit ou de la justice. En effet, la présence juive en Israël fut, durant de nombreux siècles, marginale, ce qui a rendu caduc tout droit à une souveraineté fondé exclusivement sur la Torah ou sur l’Histoire.

La recevabilité, la légitimité et la pertinence — tant éthiques que juridiques — de l’État d’Israël reposent dès lors sur la manière dont les fondateurs du sionisme ont conduit leur projet.

Au moment de la naissance du sionisme, il n’existait pas d’État en Palestine. La région était sous domination ottomane depuis des siècles, puis sous administration britannique. L’Organisation sioniste mondiale[3], chargée de la création d’un État juif, n’a jamais cherché à atteindre ses objectifs par des moyens détournés, illégaux ou violents. Les immigrants juifs qui s’installèrent en Palestine durant la première moitié du XXe siècle disposaient de visas réguliers, recevaient des passeports et étaient enregistrés, dès les années 1920, comme Palestiniens sous mandat britannique.

Ils contribuèrent progressivement au peuplement du territoire, au développement de son économie et à la structuration de ses institutions. Peu à peu, ils constituèrent une masse critique suffisante pour envisager la transformation du Yishouv[4] en un État viable. Ce processus ne fit, en définitive, que formaliser une situation de fait : les Juifs s’étaient installés sur des terres acquises légalement ou sur des domaines publics devenus vacants après le démembrement de l’Empire ottoman.

La légitimité politique d’Israël s’est ensuite consolidée à travers plusieurs étapes : la Déclaration Balfour, la conférence de San Remo[5], la commission Peel[6], la résolution 181 de l’ONU[7], la déclaration d’indépendance[8], l’admission d’Israël aux Nations unies[9], ainsi que sa reconnaissance par 160 États membres à ce jour.

Ainsi, la légitimité de l’État d’Israël aux yeux de la communauté internationale ne saurait raisonnablement être fondée ni sur une justification religieuse ni sur une mémoire historique, aussi précieuse soit-elle pour le peuple juif. Elle repose, en revanche, sur l’aboutissement concret du projet sioniste, porté par des hommes et des femmes qui l’ont réalisé conformément au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.


[1] Rabbin, philosophe, médecin et poète séfarade du 12ème siècle.

[2] « Traité théologico-politique », chap. 3, Spinoza

[3] Organisation dont l’objectif était l’établissement d’un centre spirituel, territorial ou étatique pour le peuple juif en terre d’Israël, territoire qui correspondait d’abord à la Palestine ottomane puis à la Palestine mandataire.

[4] Ensemble des Juifs présents en Palestine avant la création de l’État d’Israël.

[5] Conférence internationale en avril 1920 ayant déterminé l’attribution des mandats de la Société des Nations pour l’administration de territoires anciennement ottomans, dont la Palestine.

[6] Commission d’enquête britannique de 1936 visant à proposer des modifications au mandat britannique en Palestine.

[7] Plan de partage de la Palestine approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU en novembre 1947.

[8] Déclaration d’indépendance de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, dernier jour du mandat britannique sur la Palestine.

[9] L’État d’Israël est devenu le 59ème membre de l’Organisation des Nations unies le 11 mai 1949.

Jacques Attali ou le naufrage de l’esprit

Jacques Attali est né en 1943 dans une famille juive séfarade d’Algérie. C’est un technocrate diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale d’administration (ENA). Il est aussi détenteur d’un doctorat en économie. Il semble cependant ne pas avoir saisi les implications pratiques de cette discipline. Quand il a dirigé la « Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) » il a été contraint de démissionner[1] suite à des révélations sur les dépenses de la banque et son train de vie personnel. En outre il aurait été rémunéré pour des discours en contradiction apparente avec le règlement de la banque. Il avait par ailleurs un faible pour les déplacements en jet privé.

Attali est un érudit, mais il y a des érudits qui ne comprennent pas eux-mêmes ce qu’ils savent. Cet intellectuel pénétré de sa judéité fut proche du Président Mitterrand, qui, lui, avait soutenu le régime de Vichy et été décoré de la Francisque par Pétain.  Il est même arrivé à Attali de dîner en compagnie de René Bousquet, antisémite rabique responsable de la rafle du « Vélodrome d’hiver » en 1942[2].

Attali a récemment déclaré qu’il « faudrait pouvoir envoyer Netanyahu, ses ministres extrémistes et les dirigeants du Hamas dans la même prison. À vie. Pour crimes de guerre, massacres de leurs jeunesses et tentatives de meurtres contre l’avenir de leurs peuples. [3]»

Que l’on apprécie Netanyahu ou pas, le fait est qu’il fut en 1972 l’un des membres du commando qui donna l’assaut à un appareil détourné de la Sabena[4], et sauva ainsi une centaine d’otages prisonniers de terroristes palestiniens.

Entre le Juif de cour et le combattant de Tsahal il y a un choix qui s’impose.

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[1] https://www.lesechos.fr/1993/06/le-president-jacques-attali-contraint-a-demissionner-de-la-berd-907252

[2] https://www.lemonde.fr/archives/article/1994/10/11/reperes-m-mitterrand-et-vichy-jacques-attali-confirme-qu-il-a-dejeune-par-hasard-avec-rene-bousquet_3847307_1819218.html

[3] https://www.i24news.tv/fr/actu/france/1703064243-jacques-attali-veut-envoyer-netanyahou-et-les-dirigeants-du-hamas-dans-la-meme-prison

[4] https://www.idf.il/fr/minisites/tsahal-au-passe/guerres-et-operations/operation-isotope-1972/

Les Juifs et le rêve américain

Lors d’un séjour en Israël, il y a plus de deux décennies, je suis à Tibériade pour participer à un séminaire international des dirigeants du Keren Hayesod[1]. Au cours d’une des séances, le professeur Della Pergola, universitaire spécialisé dans la démographie des communautés juives, nous parle des perspectives d’Israël. Il s’agit de réfléchir au potentiel   de croissance de la population juive dans les années à venir. L’antisémitisme et le marasme économique de l’URSS a certes suscité une émigration massive vers Israël, mais elle touche à sa fin.  La question est maintenant de savoir d’où pourrait bien venir une nouvelle Alyah significative.

Je propose une hypothèse aux participants du séminaire. Je commence par leur demander dans quel pays les Juifs sont à la fois les plus nombreux, les plus dynamiques, les mieux établis du point de vue intellectuel et économique, et aussi les plus intégrés en tant que citoyens. La réponse est bien entendu l’Amérique. La manière dont je décris la communauté juive des Etats-Unis semble suggérer qu’elle n’a pas vocation  à se tourner vers Israël.

Mais en analysant le profil de cette communauté  je relève qu’il a beaucoup d’analogie avec celui de l’Allemagne d’avant la Shoah.  Que c’est précisément ce genre de profil qui de tous temps a fini par se retourner contre les Juifs eux-mêmes.  Je rappelle l’Exode d’Egypte, l’expulsion d’Espagne et les Lois de Nuremberg[2]. Dans ces cas emblématiques les Juifs ont connu une descente aux enfers après avoir prospéré sur les sommets d’un âge d’or. Cela ne signifie pas qu’il pourrait y avoir une Shoah en Amérique, mais qu’une lame de fond antisémite pourrait s’avérer assez dévastatrice du point de vue moral pour décider de nombreux Juifs à se résoudre à l’Alyah.

Mon hypothèse laissa l’audience sceptique à l’époque, mais je pense qu’il n’est plus extravagant aujourd’hui de l’envisager. Cela fait des années que des institutions juives américaines sont attaquées ou subissent des actes de vandalisme. Le massacre du 7 octobre perpétré par le Hamas en Israël a eu pour effet de déclencher une flambée d’antisémitisme plus féroce en Amérique qu’ailleurs dans le monde occidental. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est qu’il a cours dans les universités les plus prestigieuses, là-même où sont formées les élites de la nation.

L’aile gauche du Parti Démocrate américain en particulier ne se retranche plus derrière un antisionisme de façade et manifeste son antisémitisme de manière de plus en plus décomplexée. Le Président Obama, fort de son prix Nobel immérité, s’en est pris à Israël après le massacre et a réussi un tour de force consistant à faire de la victime un coupable. Mais il doit être dans sa logique, puisque cet humaniste de pacotille a eu pendant vingt ans comme mentor et guide spirituel un antisémite notoire et qualifie la branche militaire du Hamas de « groupe de résistance palestinienne » dans son autobiographie[5].

Obama estime par ailleurs que « l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.  L’Islam a une tradition de tolérance dont il est fier ».

De nos jours la réalité de la gauche dépasse la fiction de la droite.

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[1] Appel unifié pour Israël. Organisme central financier du mouvement sioniste mondial ainsi que celui de l’Agence juive.

[2] Adoptées par le Reichstag en 1935 et mettant en place en Allemagne un système discriminatoire où les juifs sont exclus de la société.

[[5] « Une terre promise », Fayard

Manifestation contre l’antisémitisme ?

Le 7 octobre 2023 des Gazaouis perpétraient un pogrom en Israël et se retiraient le jour même avec plus de 200 otages. Ce massacre a eu pour conséquence de déclencher une monstrueuse vague d’antisémitisme à travers le monde. Comprenne qui pourra.

Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une « importation du conflit israélo-palestinien », mais d’un antisémitisme d’une grande vitalité qui prospère à l’extrême-gauche et dans le monde musulman. Pour l’islamogauchisme ce massacre de Juifs est l’occasion de jubiler dans le monde entier.

La mouvance islamogauchiste avait pris l’habitude de camoufler son antisémitisme sous couvert d’antisionisme. Mais dernièrement elle ne semble même plus soucieuse de se servir de cet artifice.  Elle agresse directement les Juifs en tant que Juifs.

Face à ce phénomène, l’Assemblée nationale et le Sénat ont appelé à une manifestation à Paris contre l’antisémitisme. Elle aura lieu dimanche 12 novembre.

Maître Gilles-William Goldnadel, fondateur d’Avocats sans frontières  et président de France-Israël est connu pour son combat contre l’antisémitisme.  Il a pourtant annoncé qu’il ne se rendrait pas à la manifestation. Il estime que si ni l’extrême-gauche ni l’islamisme ni le Hamas ne sont explicitement mis en cause, et que si l’on ne réclame pas la libération des otages, alors cette manifestation est dénuée de sens.

Paul Amar, journaliste vétéran, réfléchit à la vacuité des défilés en silence. Ceux-ci consistent à valider la pleutrerie de l’Etat. C’est ratifier la doctrine du « pas de vagues », présentée comme une stratégie. C’est Munich à la sauce woke.  Les minutes de silence juif sont devenues au fil de l’Histoire des éternités de silence de mort.  Il a servi à quoi, ce silence? Qu’a-t-il changé ? Accompli ? Amélioré ? Dans quel lieu le silence est-il digne, ailleurs qu’au cimetière où reposent nos victimes du silence ? Faire silence à la manifestation de Paris quand Tsahal rompt le silence sur le champ de bataille ? Assez de silence. Vive les hurlements et la rage.

Lors de la Guerre des  Six-Jours en 1967 on ne manifestait pas contre l’antisémitisme, mais pour Israël. Il n’y a aucune différence de nature entre la tentative de  jeter les Juifs à la mer d’alors, et celle de maintenant. Même obsession génocidaire, même pathologie séculaire.

La manifestation contre l’antisémitisme à Paris est une manipulation. Une manœuvre pour ne pas nommer l’islamogauchisme. Cette manifestation devrait avoir pour unique thème le soutien à Israël. Rien d’autre.  Nous savons à quel point la France n’a pas été à même de  protéger les Juifs en temps de crise.

Reste l’Etat d’Israël, colonne vertébrale de la Diaspora. Aucun Juif ne peut tenir debout sans elle, ni en France ni ailleurs ni nulle part. Une manifestation contre l’antisémitisme sans drapeau d’Israël en tête est une tartufferie.

Jakubowicz contre Bensoussan

L’historien Georges Bensoussan est l’auteur de nombreux ouvrages traitant de l’histoire du peuple juif, en particulier celle du 19ème siècle jusqu’à nos jours. C’est un des rares chercheurs ayant une connaissance approfondie à la fois des mondes ashkénaze et sépharade.  Il a été responsable éditorial du Mémorial de la Shoah à Paris.

En 2002 Bensoussan dirige un ouvrage collectif intitulé « Les Territoires perdus de la République »,  où il donne la parole à des enseignants et chefs d’établissements scolaires. Ceux-ci témoignent de l’antisémitisme, du racisme et du sexisme qui règne  dans les banlieues parmi les jeunes issus de l’immigration.

En octobre 2015 Bensoussan et le sociologue Patrick Weil[1] sont invités par Alain Finkielkraut[2] à débattre dans l’émission « Répliques » sur France Culture. Le sujet du jour est « Le sens de la République ».  Dans le feu de la discussion, Bensoussan dit qu’il « n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne se sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu, comme un secret. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans le film qui passera sur France 3 : “C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère. »

Vérification faite par Finkielkraut, il ne s’agit pas d’une citation littérale, mais bien d’une métaphore édulcorée de ce que dit de Smaïn Laacher[3] dans le film mentionné par Bensoussan.

Le CCIF[4] signale l’émission à la préfecture de Paris, mais sans mentionner Smaïn Laacher, pourtant source des propos de Bensoussan sur l’antisémitisme qui sévit dans le monde musulman.  Le parquet se saisit de l’affaire et décide de poursuivre Bensoussan. La LICRA[5], dont l’avocat Alain Jakubowicz est le président, se constitue partie civile. Cela signifie qu’elle souhaite être incluse  au procès en qualité de plaignante.

En janvier 2017 Bensoussan est convoqué devant le tribunal correctionnel de Paris pour « incitation à la haine raciale ».  En mars de la même année il est relaxé. Le CCIF fait appel, mais en mai 2018 la Cour d’Appel relaxe Bensoussan « de toute accusation de racisme et d’incitation à la haine pour ses propos sur les musulmans ».

Jacques Tarnero[6], qui assiste au procès, juge que « ce n’est  pas à Georges Bensoussan d’être assis dans le box des accusés mais à ceux qui l’accusent d’y figurer ».

En septembre 2019 la Cour de cassation rejette tous les pourvois.

Mis hors de cause mais meurtri, lâché par certains et soutenu par d’autres, Bensoussan publie en 2021 « Un exil français », où il fait le point sur cet épisode qui l’a blessé dans sa vie d’homme et d’écrivain. Il est à la fois amer et nostalgique : « Ce procès   qui n’aurait jamais dû se tenir  sonnait pour moi, comme pour tant d’autres, d’ici et d’ailleurs, le glas d’un monde ancien. Je n’étais pas seulement du côté du « temps qui reste » mais sur la crête d’un pays qui glisse dans l’oubli. Ce que ces errements judiciaires avaient mis en lumière scindait ma vie ».

La semaine dernière Jakubowicz[7] était sur le plateau de «  L’Heure des Pros », émission sur Cnews animée par Pascal Praud[8].  Angoissé par la vague d’antisémitisme en cours, il  rappelle que lors de la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990, un million de français étaient descendus dans la rue. Il se plaint de ce que l’aptitude à s’indigner se soit émoussée depuis. Mais ce qu’il omet de préciser, c’est qu’a l’époque c’était l’extrême-droite qui était en cause, or il n’y avait pas grand risque à manifester contre elle. Cela consistait à se donner bonne conscience  à  bas prix. De nos jours il y n’y a guère plus que  des non-manifestants avec pour mot d’ordre « pas de vagues », surtout quand il s’agit de celles en provenance de la Méditerranée.

Au cours de l’émission, Jakubowicz admet avoir commis des erreurs au cours de sa carrière. Il dit ne pas les regretter parce qu’il les attribue à son humanisme et  à sa candeur. Mais il assume son combat contre Bensoussan et persiste à le trouver coupable de généralisation concernant l’antisémitisme musulman.  Il ajoute que cette affaire est sans grande importance.

Ce que Jakubowicz trouve sans grande importance, c’est d’avoir permis que la LICRA s’associe au CCIF, organisation islamiste dissoute depuis,  pour commettre un lynchage médiatique au moyen d’une procédure visant à déshonorer Bensoussan, l’un des historiens les plus fins, les plus érudits, les plus lumineux  et les plus intègres du monde intellectuel juif.

L’antisémitisme que dénonce Bensoussan ne correspond peut-être pas à la case chère à Jakubowicz, homme de gauche à la pensée hémiplégique qui ne souffre que l’on s’attaque à l’antisémitisme que quand il vient de droite.  De là sans doute sa nostalgie des manifestations antifascistes de naguère.

Quoi qu’il en soit, la charge renouvelée de Jakubowicz contre Bensoussan  sur un plateau de télévision, ceci plusieurs années  après que celui-ci ait été innocenté, est une honte.

[1] Politologue, directeur de recherche au CNRS.

[2] Philosophe, écrivain, essayiste, polémiste, producteur de radio et académicien français.

[3] Professeur de sociologie a l’université de Strasbourg.

[4] Le CCIF a été dissous ultérieurement en tant que groupement de fait, accusé de « partager » et « cautionner » des idées terroristes.

[5] Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme

[6] Essayiste et un documentariste français. Spécialiste dans l’étude du racisme, de l’antisémitisme et de l’Islam.

[7] Avocat français. Président de la Licra de 2010 à 2017.

[8] Journaliste sportif, chroniqueur, animateur de radio et de télévision français.

Terrorisme et riposte.

Suite au massacre perpétré en Israël par le Hamas, la sociologue Eva Illouz s’est exprimée au cours d’une interview sur la question de la proportionnalité de la riposte de Tsahal:

« …cette question de proportionnalité quand il s’agit d’un événement humain aussi important que la guerre me laisse perplexe. Qu’est ce que la proportionnalité ? Décapiter, violer, torturer 500 Palestiniens contre les 1500 Juifs qui sont morts dans des conditions similaires ? Comment créer une commensurabilité des massacres ? Parce qu’Israël vit constamment dans un état de guerre et de conflit, il a développé une doctrine militaire exigeant que l’ennemi paie un prix plus fort, pour le dissuader de recommencer. »

La question de la proportionnalité  se pose surtout – mais pas seulement – quand des civils innocents risquent d’être victimes d’affrontements entre forces armées. Mais il n’y a à Gaza  qu’une seule catégorie de civils dont on peut être certains qu’ils sont innocents, à savoir les enfants. Quant aux adultes ils sont certes sous l’emprise du Hamas, mais ils partagent généralement avec leurs maitres la haine des Juifs. Beaucoup de civils collaborent  activement aux crimes du Hamas, même sans en faire formellement partie.

Dans l’opinion publique israélienne il y a des voix qui s’élèvent pour exiger de suspendre l’aide humanitaire à Gaza aussi longtemps que ne seront pas libérés les otages enlevés lors du massacre du 7 octobre. Le spectacle de convois humanitaires qui approvisionnent Gaza ces jours-ci a quelque chose de surréaliste et d’indigne quand on pense qu’il y a parmi cette population d’innombrables  complices et assassins qui cherchent maintenant à échapper à la riposte de Tsahal.

Punir collectivement une population n’est jamais moral. Dans toute guerre il y des victimes collatérales, or la guerre contre le Hamas n’échappe pas à cette règle. Mais l’inhumanité du Hamas va jusqu’à sacrifier sa propre population en la transformant en bouclier humain. Israël n’a aucune responsabilité d’aucune sorte concernant ces victimes collatérales-là quand il s’agit de protéger ses propres civils, réellement innocents, eux, et pas seulement les enfants.

Gérard Miller ou la doctrine de la cécité

Gérard Miller est un intellectuel français issu d’une famille juive polonaise. Psychanalyste, professeur des universités et éditorialiste, il est aussi une figure marquante de la gauche radicale.

Miller a toujours manifesté une fascination pour le communisme. Il a milité, ou cheminé avec, des organisations telles que le Parti communiste français, l’Union des étudiants communistes, le Parti communiste chinois, le Mouvement marxiste-léniniste et la Gauche prolétarienne. Aujourd’hui, il soutient sans réserve Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, un parti dont les positions ambiguës sur l’antisémitisme sont de plus en plus dénoncées.

Dans une récente tribune publiée dans Le Monde, Miller s’en prend aux Juifs qui soutiennent Marine Le Pen ou Éric Zemmour, respectivement à la tête du Rassemblement National et de Reconquête. Selon lui, un tel soutien serait incompatible avec l’histoire et l’identité juives.

Certes, le Rassemblement National porte encore les stigmates de ses origines — l’ombre de Jean-Marie Le Pen plane toujours malgré les efforts de dédiabolisation. Mais un nombre croissant de Juifs considèrent que le parti a évolué et mérite leur appui. C’est une position politique, respectable, même si contestable.

Quant à Reconquête, parti de droite assumé et fondé par un homme lui-même d’origine juive, il ne traîne aucun passif antisémite. Y adhérer ne saurait donc être considéré comme une trahison morale. Soutenir Zemmour n’implique nullement une compromission avec la haine antijuive.

En revanche, La France insoumise ne cesse d’entretenir des liens avec des mouvances et figures dont les propos ou fréquentations antisémites sont documentés. Jean-Luc Mélenchon, autrefois admirateur d’Hugo Chavez — qui affirmait que “les Juifs avaient tué le Christ” —, s’est illustré par des propos ambigus, et parfois outranciers, sur cette question. Plusieurs élus et militants de LFI ont été pointés du doigt pour leur proximité avec des courants antisionistes dont le discours flirte dangereusement avec l’antisémitisme.

Il est par ailleurs frappant que ce même Miller admette lui-même que dans certains quartiers, des familles juives sont contraintes de déménager en raison d’un climat hostile, où l’« antisionisme » est souvent un masque commode de l’antisémitisme. Or, c’est précisément dans ces bastions que La France insoumise puise une part importante de son électorat.

Récemment, une députée Renaissance a même évoqué la nécessité de dissoudre La France insoumise pour motifs antisémites — une proposition extrême, certes, mais qui témoigne d’un malaise réel et croissant.

En définitive, Gérard Miller condamne les Juifs qui s’orientent vers la droite, tout en appelant à soutenir un parti dont les dérives sur la question juive sont de plus en plus manifestes. C’est là un paradoxe saisissant, voire une contradiction insoutenable.

Douce France

Le 10 mai 1940, les nazis envahissaient la Belgique et mes parents prenaient le premier train en direction de la France. Le bruit courait que les Allemands arrêtaient les Juifs valides pour les envoyer dans des camps de travail au service de la machine de guerre allemande. À Lyon, les autorités locales attendaient mes parents pour les placer chez l’habitant. Ils ont été conduits à Albon, petit village niché au cœur des montagnes d’Ardèche, et se sont installés chez madame Seauve, qui accueillit, le plus naturellement du monde, ce couple de fugitifs coupable d’être juif.

Mon frère est né quelques mois plus tard. La guerre faisait rage, mais Albon continuait à vivre au gré des saisons et des moissons. C’était un coin de paradis où l’on ne manquait de rien. Mes parents et mon frère n’y ont jamais eu faim ni froid. Ma mère faisait de la couture, mon père allait à la cueillette, et tout le village tricotait pour celui qui allait devenir mon grand frère, mais qui était encore petit. Ils sont restés trois ans, jusqu’à ce que les nazis les forcent à fuir à nouveau, vers la Suisse cette fois.

Je suis né après cet épisode familial, mais mes parents l’ont tellement évoqué tout au long de mon enfance que je l’ai intériorisé comme si je l’avais vécu. À l’aide des photos qu’ils avaient conservées, je pouvais même me faire une idée du village et de ses personnages, plus vrais que nature. Sans les avoir jamais rencontrés, je connaissais le boulanger, le boucher et le docteur — réfugié juif lui aussi.

La fratrie des Magnan me fascinait. Deux sœurs et un frère, célibataires à vie, qui devaient appartenir à la petite noblesse de campagne, vivaient dans un manoir à l’écart du village. Ils semblaient sortis d’un roman, avec leur côté balzacien à la fois désuet et digne. Le dimanche était jour de sortie : ils prenaient leur automobile, que monsieur Magnan faisait laborieusement démarrer à coups de manivelle.

Les Magnan s’étaient donné pour mission de s’occuper des réfugiés et s’étaient entichés de mon frère. Quand mes parents venaient leur rendre visite, il recevait un jouet ou une friandise. Ils le regardaient avec une tendresse toute aristocratique, et quand mes parents prenaient congé, ils se tournaient vers lui et disaient tristement : « pauvre petit Juif ».

Mais le personnage central de ces années à Albon était madame Seauve, chez qui mes parents ont vécu sans qu’il n’y eût jamais la moindre tension. Cette veuve rivée au terroir était dotée d’une étonnante vision du monde. Son fils, universitaire à Lyon, venait de temps à autre lui apporter des nouvelles d’un monde qui brûlait.

Ma mère m’avait transmis une image de madame Seauve qui n’était ni plus ni moins que celle d’une sainte. Bien après la guerre, alors que j’avais douze ans et que j’étais en vacances dans la région dans le cadre d’un mouvement de jeunesse, je me suis éclipsé sans demander d’autorisation. Je brûlais de connaître madame Seauve. J’avais économisé les quelques sous qu’il fallait pour payer l’autobus qui desservait Albon. J’ai débarqué sans crier gare. Madame Seauve m’a hébergé durant une semaine et m’a présenté au village comme si j’étais à la fois un héros et son petit-fils. J’en suis reparti en me disant que tout était conforme à ce que ma mère m’avait transmis, y compris la sainteté toute laïque de madame Seauve.

Il y a quelques jours, un ami de l’un de mes fils recevait un message de quelqu’un qui cherchait une famille Horowitz ayant séjourné à Albon pendant la guerre. Le contact fut établi et un rendez-vous fut pris en visioconférence avec mon fils, le fils de mon frère né à Albon, et moi-même.

La personne qui nous cherchait était Jeanne, l’arrière-petite-fille de madame Seauve. Elle est apparue à l’écran et, après quelques mots de bienvenue, nous a révélé qu’elle se trouvait à Albon, dans la maison même où mes parents et mon frère avaient passé trois années paisibles à l’ombre de la guerre. Elle nous a fait visiter, en vidéo, la maison, puis le village, où nous avons fait connaissance de descendants d’Albonais que mes parents avaient connus.

En 1943, après le départ de mes parents, les Allemands ont commencé à traquer les Juifs de la région pour les expédier à Drancy, afin d’être réduits en cendres dans les camps de la mort. C’est cette période que Jeanne cherche à reconstituer aujourd’hui avec Chantal, la secrétaire de mairie, des historiens, et le directeur des archives départementales, qui travaille sur les Juifs cachés en Ardèche.

Pendant cette heure intense, nous avons compris — mon fils, mon neveu et moi-même — que nous venions d’assister à un moment fort. Cela nous a rappelé ce que cette France profonde a de bon et de beau.

L’ambassadeur et le cafetier

Ron Prosor est un diplomate, écrivain et chroniqueur israélien. Ancien major de réserve de Tsahal, il fut représentant d’Israël aux Nations-Unies, ambassadeur au Royaume-Uni et est actuellement ambassadeur d’Israël en Allemagne.

Comme tous les ambassadeurs au monde, Ron Prosor s’intéresse au quotidien de ses compatriotes vivant à l’étranger. La semaine dernière il a eu la bonne idée d’aller passer un moment de détente au « Café Dodo » à Berlin, établissement tenu par un Israélien.

Alors que l’ambassadeur était déjà attablé, le vaillant cafetier l’a identifié et interpelé pour lui signifier qu’il n’était pas le bienvenu en ces lieux[1]. Une des raisons avancées était que l’ambassadeur incarnait la politique du gouvernement d’Israël. L’excellent cafetier ignorait sans doute que la mission d’un diplomate consistait précisément à représenter son gouvernement quand il était en mission à travers le monde.

Mais l’intrépide   cafetier en voulait aussi à l’ambassadeur d’avoir accusé le Bundestag[2] et la presse locale d’être laxiste par rapport à l’antisémitisme qui sévit en Allemagne sous couvert d’antisionisme. L’on comprend sans peine l’honnête cafetier, qui avait bien raison de s’indigner de ce qu’un vil représentant de l’Etat juif se permette d’insinuer qu’il y aurait de l’antisémitisme dans le pays berceau du nazisme, dont la Croix Gammée ne fut en tout et pour tout l’emblème qu’une dizaine d’années.

Il s’agit donc d’une scène en Allemagne au cours de laquelle un Juif expulse un autre Juif de son café parce qu’il représente des millions de Juifs du pays dont il est lui-même citoyen.

Du point de vue légal il s’agit probablement d’une infraction relevant d’un refus de vente discriminatoire. Mais ce qui est bien plus important, c’est que cet incident a une portée scientifique non négligeable.  En effet, il y a un siècle, Albert Einstein, Juif allemand,  avançait  ceci: « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine.  Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore la certitude absolue ».

Au moins une partie de cette proposition est-elle désormais démontrée grâce au brave cafetier berlinois.

[1] https://www.i24news.tv/fr/actu/international/europe/1690528600-l-ambassadeur-d-israel-en-allemagne-refoule-d-un-cafe-tenu-par-un-israelien-a-berlin

[2] Parlement allemand

Civitas ou le gardien de la chrétienté

« Civitas » est un groupuscule catholique intégriste français qui pourrait bientôt être dissous suite à des propos antisémites proférés par son dirigeant Pierre Hillard. Cette secte, qui est aussi un parti politique, ne compte que quelques énergumènes qui ne méritent pas que l’on s’attarde à eux.

Mais en cherchant des déclarations passées de Pierre Hillard, on trouve sur Internet une  vidéo d’une heure érudite, structurée et bien documentée. Ce connaisseur du judaïsme explique le combat de sa vie contre le peuple juif de manière posée, ce qui ne devrait pas surprendre, puisse qu’il ne s’agit de rien d’autre qu’un rappel conforme, précis et scrupuleux de la doctrine antijuive autour de laquelle s’est articulée la chrétienté tout au long de l’Histoire.

L’accusation de « déicide » était encore valide au Vatican lors du pontificat de Pie XII et l’est toujours dans l’Église grecque-orthodoxe, dans de nombreuses  congrégations protestantes, dans l’anglicanisme  et dans la mouvance catholique intégriste.  Il ne s’agit donc pas d’un épiphénomène, mais bien de la raison d’être du christianisme.

Comme le christianisme s’est établi comme religion d’Etat à travers le monde pendant près de deux millénaires, la haine des Juifs continue d’irriguer les soubassements de la conscience collective, même là ou la religion est en déclin.   C’est ce qui explique qu’en sécularisant l’antisémitisme, les régimes nazis et communistes n’ont pas éprouvé le besoin d’en démontrer le bien-fondé auprès des masses. C’est aussi ce qui explique l’antisionisme, qui n’est qu’un travestissement de l’antisémitisme séculaire.

Perfide Dieudonné

L’humoriste Dieudonné, antisémite notoire, a récemment demandé pardon aux Juifs en publiant une tribune dans le mensuel franco-israélien « Israël Magazine ».

Il faut que la liberté d’expression soit la plus large possible, ce qui fait que ce périodique est dans son rôle en publiant Dieudonné. Mais cela signifie aussi que l’on est libre de s’exprimer contre ce qui est dit, montré ou publié quand on est en désaccord.

C’est au nom de cette même liberté d’expression qu’il est permis de dire que Dieudonné est haïssable, et que le tort qu’il a fait aux Juifs est impardonnable. Cet énergumène s’est employé sans relâche à semer la haine antijuive dans ses spectacles, dans les médias et au travers de ses engagements politiques. Il a cautionné le négationnisme le plus académique tout comme l’antijudaïsme le plus primaire. Il ne fait aucun doute que de nombreux antisémites se sont sentis confortés par Dieudonné dans leur détestation du monde juif. Il s’est associé à tout ce que le monde compte de plus obscurantiste, barbare et criminel, dans le seul but de nuire aux Juifs de manière à la fois abjecte et efficace, faisant appel aux instincts pervers d’une certaine populace. Dieudonné est de ceux dont les mots peuvent tuer.

Il faut savoir que Dieudonné est inculte et d’une ignorance crasse. Ses déclarations où il prétend regretter le mal qu’il a causé démontrent qu’il n’a toujours pas compris ce que c’est que le peuple juif, ni ce que c’est qu’Israël. Il entend prouver sa bonne foi en mettant en avant son éducation chrétienne, mais cet illettré bête à mourir ne sait même pas que le christianisme est à l’origine de l’antisémitisme, et que c’est même sa raison d’être. Se réclamer de cette religion qui n’a eu de cesse d’appeler à la  persécution des Juifs tout au long de l’Histoire est stupide et d’une coupable maladresse. Dans une interview avec « Israël Magazine », Dieudonné évoque Benoît XVI en guise de maitre à penser. Mais ce Pape a été membre des Jeunesses hitlériennes et a réhabilité une prière catholique consistant à traiter les Juifs de « perfides ».

Mais Dieudonné n’est jamais en panne d’humour. Sa dernière blague en date est à mourir de rire : il  dit qu’il « n’est pas, et qu’il n’a jamais été, antisémite ».

L’Etat d’Israël n’est pas né de la Shoah

L’idée reçue selon laquelle la Shoah serait à l’origine, ou aurait été déterminante, pour la création de l’État d’Israël est une contrevérité historique et une offense faite aux héros du Yichouv qui ont lutté, souvent les armes à la main, pour l’indépendance d’Israël en expulsant les occupants britanniques de Palestine.

La fable d’un État juif concédé en compensation de la Shoah est malveillante. Elle vise à délégitimer Israël en insinuant que sa création serait un caprice de l’Occident, pris de remords après la découverte de l’horreur nazie, au détriment des populations arabes du Moyen-Orient.

Selon cette narration pernicieuse, Israël serait une anomalie, un anachronisme, une injustice coloniale maquillée en réparation humanitaire. Ce récit est faux. La réalité est que le projet sioniste était déjà bien avancé avant la Seconde Guerre mondiale.

Comme le rappellent des historiens sérieux, parmi lesquels Georges Bensoussan[1] et Yehuda Bauer[2], la marche vers la création de l’État d’Israël avait été engagée depuis plus de soixante ans avant la Shoah.

La sécurité sociale du Yishouv, ses syndicats ouvriers, son système de transport, sa police, l’université hébraïque, son infrastructure agricole, la renaissance linguistique, ses prémices technologiques — tous ces éléments d’un État en gestation étaient en place avant 1939.

Bensoussan mentionne que des bataillons entiers de jeunes Juifs d’Europe, formés aux métiers agricoles et aux techniques militaires en vue de leur aliyah, étaient prêts à venir renforcer le Yichouv. Ces jeunes ont péri dans les camps de la mort, fauchés avant d’avoir pu rejoindre la terre d’Israël.

La Shoah n’a donc pas facilité la création de l’État d’Israël. Elle l’a au contraire compromise en détruisant la génération qui devait en être la force vive.

Yehuda Bauer souligne, dans ses travaux fondamentaux, que si l’émigration juive vers la Palestine n’avait pas été entravée par les autorités britanniques dans les années 1930 (par le Livre blanc de 1939), des centaines de milliers de Juifs auraient pu être sauvés, et la création d’Israël se serait faite plus rapidement et plus puissamment.

Pour Bauer, le lien causal entre la Shoah et la création d’Israël est un mythe historique  : la Shoah n’a pas «  donné  » Israël  ; elle a au contraire failli empêcher sa naissance en décimant une partie essentielle du peuple juif. L’État d’Israël n’est donc pas une conséquence de la Shoah, mais son démenti.

C’est cette vérité qu’il faut transmettre aux jeunes générations  : Israël n’est pas un pays de réfugiés ni de rescapés. Israël est l’expression politique d’un projet de libération nationale qui existait avant Auschwitz et qui se serait de toute façon réalisé, car il répondait à une nécessité existentielle ancrée dans l’histoire millénaire du peuple juif.

La Shoah n’a pas créé Israël. Israël est né malgré la Shoah.

***

[1] Historien spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, en particulier, des mondes juifs.

[2] Historien et un universitaire israélien spécialiste de la Shoah.

Mahmoud Abbas le récidiviste

Il y a quelques semaines à peine Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité Palestinienne, se demandait si « au bout de 74 ans depuis la Nakba et l’occupation, le temps n’est pas venu de mettre un terme à l’occupation pour que le peuple palestinien soit libre et indépendant  ». En d’autres mots qu’il n’y a pas de place pour un Etat juif dans la Palestine historique. Certains ont vu un lapsus dans cette référence à 1948, année de la naissance de l’Etat d’Israël, mais considérant les antécédents d’Abbas il ne fait pas de doute qu’il exprimait là le fond de sa pensée, volontairement ou pas.

Il faut savoir qu’Abbas est titulaire d’un doctorat sous forme de thèse négationniste. D’après lui la Shoah est une mystification dont les Juifs se sont servis pour s’emparer de la Palestine. Depuis lors Abbas n’a eu de cesse que de contester non seulement la légitimité d’Israël, mais aussi celle du peuple juif lui-même par ses déclarations antisémites à répétition.

La semaine dernière ce récidiviste a été reçu à Berlin par le chancelier Olaf Scholz. Abbas n’a pas voulu exprimer de regrets concernant l’assassinat de 11 athlètes israélien à Munich en 1972 par le Fatah, organisation  aujourd’hui sous sa direction. Il a minimisé ce massacre en disant que ce n’est pas grand-chose en comparaison des 50 Shoah perpétrées par les Juifs depuis 74 ans.

Basé sur cette révélation en forme de scoop il appert donc que 300 millions de Palestiniens auraient été exterminés par les Juifs. Mais il y a là une impasse logique: étant donné que le docteur Abbas estime lui-même que la Shoah juive  n’a jamais eu lieu alors ça fait combien 50 Shoah palestiniennes multipliées par zéro ?

Annie Ernaux et la bête immonde

Annie Ernaux est une écrivaine française de talent, dont l’œuvre est essentiellement autobiographique. Elle vient d’un milieu modeste, où ses parents étaient exploitants d’un café-épicerie après avoir été ouvriers. A force de travail et de persévérance Ernaux arrive à s’extraire de son milieu et devient agrégée de lettres. Elle gardera toute sa vie un sentiment de culpabilité par rapport à la classe sociale dont elle est issue, mais , dont elle s’est éloignée par la force des choses.

Ernaux est lauréate de nombreux prix littéraires, dont le Renaudot en 1984 pour son ouvrage « La Place ». Elle figure parmi les grands écrivains français de notre temps. Elle est récemment passée à la télévision sur France 5, où elle était le principal centre d’intérêt. Indépendamment de sa belle plume, on a pu découvrir la dérive morale et intellectuelle de cette  femme de lettres par ailleurs brillante. Ernaux est néoféministe, raciste, indigéniste, communiste, antisémite, décoloniale, neoécologique, propalestinienne, ennemie d’Israël et militante de la France Insoumise depuis 10 ans. Elle est une inconditionnelle Jean-Luc Mélenchon, leader de ce parti islamogauchiste, qui adore lui aussi fréquenter les antisémites de son parti ou d’ailleurs.

Ernaux a cosigné dans le quotidien « Le Monde » une tribune de soutien à Houria Bouteldja, antisémite notoire, et appelé au boycott d’une manifestation culturelle franco – Israélienne.   Son amie Bouteldja juge que Miss Provence était indigne de participer à Miss France, parce qu’elle avait un père israélo-italien.  Elle trouve d’ailleurs d’une manière générale qu’on « ne peut pas être Israélien innocemment » et suggère d’envoyer tous les sionistes au Goulag.  C’est cette scélérate proche des pires ennemis de Juifs que soutient Annie Ernaux, qui n’a même pas l’excuse de l’ignorance.

L’incendiaire incendiée

Jabas Asraa est une mère de famille arabe d’Est-Jérusalem âgée d’une trentaine d’années.  Un matin de septembre 2015 elle décide de massacrer des Juifs au moyen d’une bonbonne de gaz qu’elle charge dans sa voiture avec l’aide de son mari. Lors d’un contrôle de routine un policier demande à voir son permis de conduire. Au lieu d’obtempérer elle hurle « Allahu akbar » et fait exploser sa bombe. Le policier et elle-même sont grièvement brulés, mais survivent à l’explosion.

Lors du procès elle reconnait avoir échafaudé de longue date son attentat . Sa page Facebook témoigne d’ailleurs de son souhait de mourir en martyr en tuant le plus de Juifs possible, et contient des menaces explicites. Suite à son crime elle est condamnée à 11 ans de prison.

Asraa a récemment demandé aux services médicaux de la prison de procéder à une intervention visant à réparer son nez brûlé lors de sa  tentative de meurtre.  Il s’agit d’une opération esthétique pour pallier aux troubles psychologiques dont elle dit souffrir depuis qu’elle a échoué à réduire des Juifs en cendres.

Asraa a été opérée de la main à deux reprises, mais concernant son nez les services médicaux de la prison ont considéré que cette intervention ne relevait pas d’un strict impératif sanitaire.

Asraa fait maintenant appel à la Cour Suprême pour qu’elle enjoigne  l’administration pénitentiaire à financer l’opération sur base d’une nouvelle expertise. A noter que le policier brûlé avait lui aussi fait à l’époque une demande de chirurgie réparatrice, mais cela lui avait été refusé.

Sans commentaire.

 

 

Pie XII, disciple de Ponce Pilate

Nina Valbousquet, docteure en histoire et professeure à l’École française de Rome[1], s’est plongée dans l’étude du pontificat de Pie XII depuis l’ouverture des archives vaticanes. Après avoir compulsé des milliers de documents, elle livre ce constat sans appel : « Il n’existe aucune preuve solide d’un supposé ordre, ou même d’un encouragement direct de Pie XII protégeant les Juifs contre les persécutions nazies ; il y eut plutôt une sorte de laisser-faire. On ne peut pas attribuer au pape ce que d’autres catholiques ont eu le courage de faire sur le terrain[2]. »

Il ne fait désormais plus de doute que si, d’une main, l’Église a parfois tendu la sienne pour sauver des Juifs, de l’autre, le silence de Pie XII demeure tragiquement cohérent au regard de la théologie qui structurait sa vision du monde. Ce silence ne signifiait pas adhésion aux crimes, mais soumission à une lecture du destin juif comme expression de la volonté divine. Comme Ponce Pilate avant lui, Pie XII se lavait les mains du sang versé par d’autres. Affirmer, haut et clair, la légitimité du peuple juif aurait signifié, dans l’univers chrétien, renier la « théologie de la substitution », colonne vertébrale du dogme.

Selon cette doctrine ancestrale, Israël, jadis élu de Dieu, avait été rejeté pour avoir refusé le Christ. Dès lors, le judaïsme n’était plus qu’une ombre, une préfiguration condamnée, et l’Église chrétienne, seule détentrice du salut, se substituait au peuple d’Israël pour devenir le verus Israel.

Déjà, au IVᵉ siècle, Saint Augustin et Saint Jean Chrysostome avaient jeté les fondations de cette vision tragique. Les Juifs, qualifiés « d’assassins du Christ », furent déclarés peuple déicide — accusation qui ne fut formellement levée que seize siècles plus tard, lors du concile Vatican II en 1965. À l’époque de Pie XII, cette condamnation planait toujours sur le judaïsme, et elle survit encore dans certaines Églises orthodoxes, dans nombre de communautés protestantes, ainsi que chez les catholiques traditionalistes.

Saint Augustin écrivait : « Les Juifs ont cherché à perdre l’âme du Christ, soit comme chef, en le crucifiant, soit comme corps, en persécutant ses disciples après sa mort »[3]. Mais il justifiait la survie du peuple juif, non par compassion, mais parce que leur humiliation publique, la destruction du Temple et leur dispersion attestaient, aux yeux du monde, de leur malédiction. Le christianisme, en son principe même, ne pouvait tolérer leur existence qu’à titre de témoignage vivant de leur abaissement.

Saint Jean Chrysostome, quant à lui, versait dans l’invective la plus brutale : « La synagogue est pire qu’un lupanar ; c’est le repaire des brigands, le temple des démons, la caverne des diables. […] Les Juifs sont justes bons à être massacrés[4]. »

Mille ans plus tard, Martin Luther, l’un des fondateurs du protestantisme, repris ce ton apocalyptique. Dans Des Juifs et de leurs mensonges, il appelait à incendier les synagogues, bannir les rabbins, confisquer leurs biens, et justifiait sans détour leur anéantissement.

Au XXᵉ siècle, Mgr Lefebvre, figure emblématique du traditionalisme catholique, exigeait de Vatican II qu’il préserve la doctrine séculaire : celle de la culpabilité collective des Juifs dans la mort du Christ et de la malédiction éternelle de leur foi.

En 2005, Yad Vashem plaça la photographie de Pie XII dans la galerie des figures de honte, parmi ceux dont l’attitude face aux persécutions juives devrait couvrir leur mémoire d’opprobre.

Denis Charbit, dans Histoire Universelle des Juifs[5], rappelle que pour Pie XII et pour tant d’autres, la Shoah apparaissait comme la confirmation tragique de la doctrine augustinienne : Israël devait expier par la souffrance son rejet du Sauveur crucifié.

Contrairement à une idée répandue, la controverse autour du silence de Pie XII ne naquit pas de la pièce Le Vicaire de Rolf Hochhuth en 1963. Dès les lendemains de la guerre, des voix, au sein même du catholicisme, s’élevaient, indignées.

Paul Claudel, catholique fervent et antisémite repenti, écrivait en décembre 1945 : « Rien n’empêche plus la voix du pape de se faire entendre. […] Les horreurs sans précédent commises par l’Allemagne nazie auraient mérité une protestation solennelle du vicaire du Christ. Nous avons eu beau prêter l’oreille, nous n’avons entendu que de faibles et vagues gémissements. Le sang versé dans l’affreux silence du Vatican étouffe les chrétiens[6]. »

En 1946, Jacques Maritain, philosophe et ambassadeur de France près le Saint-Siège, supplia Pie XII de condamner explicitement l’antisémitisme. Sa requête demeura lettre morte[7].

Il fallut attendre Vatican II pour que l’Église catholique renonce officiellement à la théologie de la substitution, et adopte la doctrine des deux alliances : Dieu n’aurait jamais rompu son pacte avec Israël, et désormais, les deux peuples — juif et chrétien — accédaient au salut par des voies distinctes[8].

Mais comme le souligne Henri Tincq, quarante ans après l’abîme, « Vatican II n’a toujours pas prononcé un mot sur la Shoah et ses victimes[9]. » Ce second silence, lui aussi, n’était pas anodin : il préservait la possibilité de canoniser Pie XII, ce pape qui incarna, par son mutisme, le déni suprême face au mal absolu.


Notes :

[1] Institut de recherche en histoire, archéologie et sciences humaines dépendant du ministère français de l’Enseignement supérieur.

[2] Entretien avec Nina Valbousquet, Historia, juin 2021.

[3] Commentaire du psaume 63.

[4] Jean Chrysostome, Adversus Judaeos, I, 6.

[5] Histoire Universelle des Juifs, ouvrage dirigé par Elie Barnavi.

[6] Patrick Kéchichian, « Le long péché par omission de Pie XII », Le Monde, décembre 2009.

[7] Entretien avec Nina Valbousquet, Historia, juin 2021.

[8] Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ologie_des_deux_alliances

[9] Henri Tincq, « Entre juifs et catholiques, une paix toujours menacée », Le Monde, 1ᵉʳ novembre 2005.

Pie XII et les Juifs

L’obligation doctrinale de  tourmenter les Juifs repose sur les textes fondateurs du christianisme. Parmi les premiers ayant eu force de loi dans l’Empire romain, il y eut  les conclusions du Concile de Nicée en l’an 325, qui décrétaient déjà que « c’était chose indigne, que de suivre en ce point la coutume des Juifs… Les Juifs sont si fort éloignés de la vérité, même en ce point, qu’ils célèbrent deux fois la fête de Pâque en une année ».

Le silence de Pie  XII concernant la Shoah est un fait incontestable du point de vue historique, mais on peut l’interpréter de diverses manières. Il se peut qu’il craignait que les nazis ne déclenchent  de représailles, ou que le souci de protéger les catholiques sous botte nazie était prioritaire, ou que la menace de l’athéisme bolchévique mobilisait toute son attention, etc..

Par ailleurs il semble que nonobstant son silence, Pie XII aurait contribué au sauvetage de Juifs italiens menacés de déportation. Mais l’institution  papale étant de nature spirituelle, elle se situe en principe au-delà des spéculations temporelles. Sachant mieux que quiconque que la matrice de l’antisémitisme était le christianisme, Pie XII aurait pu, s’il l’avait voulu, manifester sa solidarité avec le peuple juif aux prises avec les nazis.  Il n’avait certes pas de canons, mais bien une voix. Il ne s’en est pas servi.

Si l’on considère que Pie XII avait des raisons de se taire concernant la Shoah, alors on peut aussi penser que les Alliés n’auraient pas dû débarquer en Normandie, que les Anglais auraient dû faire la paix avec l’Allemagne, que l’Europe aurait dû accepter de se soumettre au Troisième Reich, et que de Gaulle aurait dû rallier Vichy. Il n’y aurait sans doute pas eu de Deuxième Guerre Mondiale, et on parlerait aujourd’hui allemand à Paris.  On n’en finit pas avec ce genre de raisonnement.

En tant qu’être humain, Pie XII n’était  sans doute pas indifférent au sort des Juifs conduits à l’abattoir. Mais l’on ne peut pas, dans ce contexte, considérer la foi de ce grand chrétien comme un détail. En tant que Vicaire du Christ il devait être imprégné du credo  en vertu duquel le judaïsme est un obstacle à la christianisation – et donc au Salut – du genre humain tout entier.

La persistance du judaïsme ne peut être vécue par la chrétienté que comme un affront. C’est dans ce sens que Pie XII devait d’une certaine manière voir dans l’avènement d’Hitler la main de Dieu. A préciser que bien que germanophile, ce Pape n’avait aucune sympathie envers les nazis. Il estimait cependant qu’il ne pouvait s’opposer à la Providence qui les avait emmenés au pouvoir afin d’éradiquer le judaïsme. Il était convaincu que du point de vue théologique il ne pouvait se mettre en travers de la « Solution Finale », qu’il percevait comme une divine surprise dont les nazis constituaient le bras séculier.

Il n’est pas anodin de relever que l’archevêque anglican  Desmond Tutu récemment décédé avait adressé lors de sa visite au Mémorial de la Shoah à Jérusalem une prière pour l’âme des nazis. Après tout ceux-ci n’étaient de son point de vue, tout comme de celui de Pie XII, que les instruments du céleste Père.

Rien ne pourra jamais exonérer Pie XII de son coupable silence. Pas même sa possible canonisation, outrage ultime à six millions de Juifs partis en fumée. Aucun calcul, aussi rationnel et aussi pragmatique soit-il, aucune contorsion rhétorique ou contrevérité historique ne justifiera jamais qu’il n’ait pas hurlé à la face du monde qu’on était en train de massacrer le peuple juif.

Pie XII était donc un bon chrétien. Toute autre explication de son silence est nulle et non avenue.

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