Jacques Weber est un gros dégueulasse

Jacques Weber est un acteur et réalisateur réputé pour son talent, mais aussi pour sa connerie. Il y a une dizaine d’années, le magazine Causeur publiait à son propos un article intitulé : « L’obsession anti-israélienne de Jacques Weber ».

Weber est un communiste de type stalinien. Il soutient depuis de nombreuses années La France Insoumise et admire le Führer Jean-Luc Mélenchon. Tout comme ce dernier, Weber a un don pour le fascisme et une détestation pour les Juifs. Quand il exprime ses idées, on a l’impression qu’il tire au canon.

Dernièrement, Weber était l’invité du Journal inattendu sur RTL. Il y a lancé un appel au meurtre en bonne et due forme contre le président des États-Unis. Il a déclaré : « Je suis sidéré, estomaqué par l’aphasie autour de Trump. Les gens acceptent, mais il y a une feuille de cigarette entre le nazisme et lui. Trump est une ordure absolue, un danger non seulement pour son pays, mais pour le monde entier. Il faut descendre dans la rue pour le sortir. C’est un gros dégueulasse qu’il faut supprimer littéralement. »

C’est au moyen de cette rhétorique élégante que ce crétin nous fait connaître son engagement politique.

Aujourd’hui, c’est jour de commémoration de la libération du camp d’Auschwitz. Les organisateurs français n’ont rien trouvé de mieux que de confier à Weber la tâche de lire la lettre d’un déporté, retrouvée dans une bouteille longtemps après la Shoah.

Cherchez l’intrus.

L’âme de Jean-Marie Le Pen

L’extrême-droite française a parfois su formuler des analyses percutantes sur certaines problématiques contemporaines, notamment l’immigration. Mais ces éléments de lucidité ne sauraient occulter la matrice idéologique dans laquelle s’inscrit cette mouvance, ni absoudre les figures qui en ont façonné l’identité. Jean-Marie Le Pen, qui fut pendant des décennies son visage le plus emblématique, incarne une tradition politique marquée par le rejet des valeurs républicaines, la nostalgie des régimes autoritaires, et un antisémitisme assumé. Il est nécessaire de s’opposer à toute entreprise de réhabilitation, même partielle, de ce personnage, car elle reviendrait à atténuer la portée de ses prises de position et de ses alliances politiques.

Son antisémitisme ne relevait pas de simples provocations médiatiques : il traduisait une vision politique structurée, enracinée dans une tradition d’extrême-droite française qui va de l’Action française à la Collaboration, en passant par l’OAS. Fondateur du Front National en 1972 avec d’anciens militants de l’Algérie française, des membres d’Ordre Nouveau et des sympathisants néofascistes【1】, Le Pen a donné à cette formation une orientation idéologique marquée, dans laquelle les thématiques du complot juif, du révisionnisme historique et du racisme culturel occupaient une place centrale. Tout au long de sa carrière, il s’est entouré de personnalités issues de ces milieux : d’anciens Waffen-SS, des négationnistes comme Robert Faurisson, ou encore des figures de la droite radicale européenne【2】.

Sous sa direction, les discours et publications internes du Front National regorgeaient de références explicites ou suggérées à une supposée domination juive dans les médias, la finance ou les relations internationales. Ces éléments n’étaient ni accidentels ni anecdotiques, mais constituaient une trame idéologique cohérente, inscrite dans la continuité de courants antirépublicains et xénophobes actifs en France depuis le XIXe siècle.

Sa fille, Marine Le Pen, n’est ni antisémite ni raciste. Elle a opéré un recentrage stratégique du parti, rompu publiquement avec les outrances de son père, et imposé une nouvelle ligne à un mouvement pourtant fondé par d’anciens de la Waffen-SS et des militants nationalistes. Le Rassemblement National est aujourd’hui un parti intégré à la vie démocratique, qui participe aux institutions et se conforme aux règles du jeu républicain. Mais ce n’est pas lui rendre service que de tenter de sauver l’âme politique de Jean-Marie Le Pen. Une telle entreprise reviendrait à effacer la nature idéologique profonde de son engagement, et à gommer les responsabilités historiques d’un homme dont les choix furent tout sauf anecdotiques.

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【1】 Le Front National a été créé le 5 octobre 1972 par Jean-Marie Le Pen avec la participation de François Brigneau (ancien de Jeune Nation et d’Ordre Nouveau), Alain Robert, et d’autres figures issues de la droite nationaliste radicale. Plusieurs fondateurs étaient liés à l’OAS et à la mouvance néofasciste européenne.

【2】Jean-Marie Le Pen a soutenu publiquement des négationnistes comme Robert Faurisson et s’est entouré de figures controversées, dont Léon Gaultier (ancien Waffen-SS), Pierre Vial (idéologue du GRECE) et Roland Gaucher (ex-milicien).

Worthalter ou le faux courage

L’excellent Arieh Worthalter, lauréat 2024 du César du meilleur acteur, a de nouveau frappé. Après avoir condamné la riposte d’Israël contre le Hamas suite à ce qu’il appelle « l’événement » du 7 octobre, cet impénitent tartuffe vient de signer avec plus de 500 artistes belges un appel au boycott des institutions culturelles israéliennes. Mais contrairement à beaucoup de signataires, Worthalter n’a pas pour lui l’excuse de l’ignorance, étant donné qu’il  a grandi dans la tradition juive au sein d’une famille sioniste notoire.

Le concept de « haine de soi » a été théorisé en 1930 par le philosophe autrichien Theodor Lessing dans Der jüdische Selbsthass (La Haine de soi juive). Il utilisait ce terme pour décrire l’attitude de certains juifs, qui en réaction à l’antisémitisme rejetaient leur  identité en adoptant un discours proche de celui des antisémites. C’est ce que font aujourd’hui les Juifs qui expriment une hostilité à l’égard d’Israël sous la pression du conformisme ambiant.

Il y a encore toujours des Juifs qui ont honte des éléments constitutifs de leur identité et qui souhaitent se rendre indistincts dans la grisaille de l’air du temps. Ces Juifs-là sont atteints d’un désir pathologique d’assimilation et adoptent des postures antisémites dans le but de se faire admettre là où le soutien à Israël constitue un obstacle pour leur avancement.

Ces Juifs sont sujets a une crainte atavique des stigmates associés à l’identité juive au cours de l’Histoire. Ils présentent leur rejet comme une forme de courage alors que ce n’est en réalité qu’une sujétion au contexte sociétal.  Ils s’associent ainsi à l’antisémitisme sous couvert d’antisionisme dans l’espoir de se rendre acceptables. Mais aux yeux de ceux-là mêmes qu’ils veulent séduire, ils n’arrivent souvent qu’à apparaitre comme méprisables. Il est vrai que de nos jours le vrai courage consiste plutôt à prendre la défense d’Israël que de joindre sa voix à celle d’une populace islamogauchiste décérébrée.

Le ralliement de Juifs à l’antisionisme relève d’une quête de reconnaissance sociale. En prenant une position hostile à Israël ils cherchent à se distancier de stéréotypes négatifs associés à leur identité et à faire partie de milieux où un antisionisme revendiqué est un gage de bonnes mœurs.

Il est vrai que la haine de soi a  parfois pour origine une souffrance personnelle qui pousse ces Juifs à renier leur identité, vécue comme encombrante. Mais comme cela a pour conséquence de délégitimer Israël et d’inciter à l’antisémitisme, il faut choisir entre les plaindre et les condamner.

Démocratie ou dictature des minorités

La démocratie repose sur un équilibre précaire entre État et libertés fondamentales. Ces dernières peuvent être compromises par une gouvernance molle qui laisse des factions imposer leur loi dans l’espace public.

Il y a quelque temps, un match de football Belgique – Israël a été annulé par les autorités belges au motif que les tensions liées au conflit israélo-palestinien risquaient de dégénérer en affrontement lors de la rencontre. Cette mesure soulève la question de savoir sur base de quels critères le pouvoir peut légitimement s’opposer à un événement populaire, pacifique et apolitique au nom de l’ordre public. Quoi qu’il en soit, le fait est qu’en annulant cette compétition sportive les autorités ont commis un déni de démocratie sous la pression d’agitateurs antisémites qui n’ont que faire de l’État de droit. Un pouvoir qui se laisse ainsi intimider par une populace fanatique et déchainée mais minoritaire ouvre la voie à l’anarchie. Le match en question a du être reprogrammé en Hongrie, Etat dont les  bien-pensants pensent qu’il n’est pas démocratique. Cherchez l’erreur.

Une conférence devait se tenir  à la Fnac en région bruxelloise à l’occasion de la sortie d’un ouvrage intitulé Allah n’a rien à faire dans ma classe. Des islamogauchistes ont menacé les auteurs de l’ouvrage et le personnel du magasin. Les responsables de la Fnac ont choisi d’annuler l’événement, et on peut les comprendre, car ni les autorités ni la classe politique ne sont intervenues pour garantir de pied ferme la sécurité des auteurs et la tenue en bon ordre de la conférence. Il s’avère donc qu’une nébuleuse d’islamistes liés à la gauche radicale peut impunément s’ériger en arbitre de ce qui peut ou ne peut pas être exprimé sur la place publique.

En Australie, l’ancienne ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked s’est vue refuser sa demande de visa pour l’Australie en raison de ses idées concernant un éventuel État palestinien. La décision du gouvernement d’exclure cette personnalité, en tous points respectable, sur base de ses opinions, témoigne d’une dérive d’un pouvoir qui a perdu sa colonne vertébrale face à l’islamogauchisme conquérant. Le ministère en charge de l’affaire a estimé « qu’après étude approfondie, la demande de visa de Ayelet Shaked était rejetée au motif que cette dernière aurait pu « diffamer » une partie de la société australienne et « alimenter un conflit » au sein de la communauté ». On se demande quelle peut bien être cette « partie de la société australienne ».

Il y a une semaine la cheffe de la police de Berlin a recommandé aux Juifs, aux homosexuels et aux cyclistes de faire preuve de prudence dans les quartiers où vivent de nombreux Arabes sympathisants du terrorisme qui braillent un antisémitisme décomplexé. Les autorités jugent donc plus pratique d’écarter les victimes que d’enfermer les délinquants.

Les exemples se multiplient, et à chaque fois il s’en dégage un relent inquiétant pour les démocraties occidentales. Si elles ne se ressaisissent  pas à bref délai elles risquent de perdre leur âme. L’espace public ne saurait être abandonné à une dictature de minorités liberticides qui aspirent à instaurer un ordre wokiste.

L’Iran et Daniel Barenboïm

Richard Wagner, compositeur allemand du XIXe siècle, a  marqué la musique de son époque et  contribué à son  tournant vers la modernité.

Mais Wagner fut aussi un écrivain, un poète et un essayiste antisémite. Dans son pamphlet Les Juifs dans la Musique, il prônait la « déjudaïsation » de l’Allemagne, affirmant que les Juifs corrompaient la culture européenne. C’est donc tout naturellement qu’Hitler en fit l’un des symboles du Troisième Reich.

En 2001 le chef d’orchestre Daniel Barenboïm se prépare à donner un concert à Tel-Aviv. Dans son programme il prévoit un morceau de Wagner. Mais bien que Wagner figure au répertoire un peu partout au monde, une convention tacite veut qu’en Israël l’on s’abstienne de le jouer en raison de la prégnance de la Shoah dans la mémoire collective.

Confronté à de vives critiques, Barenboïm s’incline et retire le morceau de son  programme.  Mais le jour dit, en fin de concert, au bout de quelques rappels, il prévient le public qu’il jouera Wagner en bis, invitant implicitement ceux que cela pourrait troubler à sortir.  S’ensuivent de violents  accrochages verbaux entre ceux qui se sentent piégés et les librexpressionistes à tous crins. Finalement l’orchestre entonne l’Ouverture de Tristan et Isolde[1] devant une salle aux trois-quarts vide.

Quinze ans plus tard la chancelière d’Allemagne Angela Merkel s’apprête à faire une visite officielle en Iran. Elle invite Barenboïm et l’orchestre d’Etat de Berlin à se joindre à la délégation. Barenboïm accepte sans hésiter. Pourtant il s’agit de diriger un concert à Téhéran – capitale mondiale de l’antisémitisme contemporain – sous bannière allemande – ce qui n’est pas anodin non plus – devant des notables des Gardiens de la Révolution Islamique, dont l’objectif déclaré est de commettre une nouvelle Shoah.

Malheureusement pour Barenboïm, les autorités iraniennes rejettent sa participation aux festivités et lui refusent l’entrée au territoire parce que juif. Mesure incompréhensible et injuste, parce que  non seulement Barenboïm n’a pas choisi d’être juif,  mais cet immense artiste est depuis 2012 citoyen d’honneur de Palestine.

En 1938, lorsque le Premier ministre britannique Neville Chamberlain cède aux exigences d’Hitler à Munich sous couvert d’éviter la guerre, Winston Churchill lui lance « vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre ».

« Vehamévin yavin », dit-on  en hébreu (והמבין יבין). Littéralement :  « et celui qui comprend, comprendra ». Expression talmudique qui consiste à envoyer un message délibérément imprécis, que le lecteur doit chercher à éclaircir pour en saisir le sens profond.

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[1] Opéra de Wagner créé en 1865 au théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich.

Gaza ou l’irresponsabilité collective

Après la défaite de l’Allemagne nazie, le pays fut divisé en deux entités placées sous la tutelle des Alliés. Des millions de réfugiés allemands d’Europe de l’Est durent être rapatriés dans une patrie en ruines. Les bombardements massifs des infrastructures militaires et économiques précipitèrent la chute du régime en démoralisant une population affamée et épuisée. L’Allemagne fut démilitarisée, puis occupée pendant plusieurs années, jusqu’à ce que les puissances victorieuses jugent qu’elle pouvait réintégrer le concert des nations en tant que démocratie.

Le nazisme causa la mort de centaines de milliers de civils allemands. Les Alliés, pour vaincre ce régime, refusèrent toute négociation et, après la guerre, s’employèrent à prévenir toute résurgence du mal vaincu, notamment à travers un travail de mémoire rigoureux et une épuration partielle des élites. L’Allemagne dut verser des réparations considérables à des millions de victimes à travers le monde — une charge qui, près de quatre-vingts ans plus tard, continue de peser sur ses finances publiques.

Il importe ici de distinguer responsabilité collective et culpabilité individuelle. Il était moralement légitime d’imputer une part de responsabilité collective à la population allemande de l’époque, sans pour autant accuser chaque individu ni justifier des punitions collectives. Il s’agissait de reconnaître qu’une large part du peuple allemand avait soutenu, au moins passivement, un régime génocidaire tant qu’il lui apportait prospérité et puissance. L’existence d’une résistance intérieure, bien que réelle, ne suffit pas à effacer le constat d’une adhésion majoritaire à une entreprise criminelle et suicidaire.

Hannah Arendt[1], dans ses réflexions sur les crimes du nazisme, souligne que le véritable problème moral ne réside pas tant dans les actes des fanatiques que dans le comportement de ceux qui, sans conviction profonde, se sont alignés par conformisme. Ce qui est peut-être plus effrayant encore, dit-elle, c’est la banalisation de cette collaboration par toutes les couches de la société[2].

Appliqué au massacre du 7 octobre, ce diagnostic conserve toute sa pertinence. Dans la controverse morale entourant les crimes du Hamas, on néglige souvent que l’indignité ne réside pas seulement dans les atrocités commises par l’organisation, mais dans l’adhésion ou la complaisance d’une large part de la population, qui, sans nécessairement en partager tous les fondements idéologiques, a toléré, soutenu et parfois glorifié ses actions. Ce qui glace le sang, c’est la banalisation de cette collaboration à Gaza, à travers toutes les strates de la société.

L’équivalence entre djihadisme et nazisme est manifeste. Dans les deux cas, il s’agit d’idéologies totalitaires, conquérantes, antisémites, aspirant à imposer un ordre mondial fondé sur la violence : l’empire aryen pour les uns, le califat pour les autres. Leur stratégie repose sur la terreur, le génocide, et l’élimination systématique des Juifs. La Shoah, théorisée dans Mein Kampf, trouve son écho dans la guerre sacrée contre les Juifs prônée dans certains versets du Coran et des hadiths, tels qu’interprétés par les courants islamistes radicaux.

Eva Illouz[3] rappelle dans un ouvrage récent[4] la filiation idéologique entre les Frères musulmans et le nazisme. Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans en 1928 — matrice du Hamas — vouait à Hitler une telle admiration qu’il fit traduire Mein Kampf sous le titre Mon Djihad. L’une des affinités profondes entre ces deux idéologies réside dans leur volonté commune d’extermination des Juifs, d’abord au Moyen-Orient, puis dans le monde entier.

Le Hamas s’inscrit pleinement dans cette nébuleuse à la fois religieuse, totalitaire, nationaliste et anti-occidentale. Il en est l’héritier direct et revendiqué. À ce titre, la population de Gaza, qui a porté ce mouvement au pouvoir et partage pour l’essentiel son imaginaire de haine, ne saurait être totalement exonérée de sa responsabilité.

Les Gazaouis ne sont donc pas irréprochables face au déluge de feu qui s’est abattu sur eux après le 7 octobre, de même que les Allemands ne l’étaient face à la riposte des Alliés. Une large majorité des Gazaouis, y compris parmi les femmes et les enfants, nourrit une haine viscérale des Juifs et aspire à leur disparition. De même, la quasi-totalité des Allemands des années 1940 adhérait à l’antisémitisme ambiant et aux ambitions pangermaniques du Troisième Reich.

Le président israélien Isaac Herzog l’a exprimé sans détour lors d’une conférence de presse : « Il existe un État [Gaza] qui a construit une machine du mal à nos portes. C’est toute la nation [de Gaza] qui en est responsable. La rhétorique selon laquelle les civils ne sont ni conscients ni impliqués est un mensonge absolu. »

Denis Charbit[5], intellectuel israélien lucide et attachant, conclut son dernier ouvrage[6] en affirmant : « Je reste un sioniste intranquille. Et je demeurerai tel aussi longtemps que durera la présence militaire israélienne en Cisjordanie, tant que les habitants de Gaza continueront de souffrir. Aussi longtemps que la contestation de la politique israélienne visera implicitement ou explicitement la disparition d’Israël. »

Les Israéliens aspirent à la paix. Certains Palestiniens aussi. Mais tant que les nouveaux nazis ne seront pas mis hors d’état de nuire, les bonnes volontés, les appels au dialogue, les élans de réconciliation se briseront sur la bête immonde.

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[1] Hannah Arendt, politologue, philosophe et journaliste juive allemande (1906-1975).

[2] Questions de philosophie morale, Éditions Payot, 2024.

[3] Eva Illouz, sociologue et universitaire franco-israélienne, directrice d’études à l’EHESS.

[4] Le 8-Octobre : Généalogie d’une haine vertueuse, Gallimard, 2024.

[5] Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël.

[6] Israël, l’impossible État normal, Calmann-Lévy, 2024.

Macron, frère du Liban

Le Président Macron, en difficulté manifeste dans son propre pays, essaie maintenant de se donner une stature internationale en soutenant la guerre lancée par le Liban contre Israël  il y a 76 ans.

Galvanisés par l’odeur du sang du 7 octobre, les Libanais envoient depuis ce massacre un déluge d’engins de mort sur la Galilée. Plus de 70.000 Israéliens se sont vus contraints, la mort dans l’âme,  de quitter leur coin de paradis, devenu un coin d’enfer.

Il y a quelques jours un haut dignitaire libanais a été éliminé par Tsahal au moyen d’un tir ciblé. Ce monstre était responsable de nombreuses tueries, dont l’assassinat à Beyrouth de 58 militaires français en 1983. Distrait comme il est, on ne sait pas si Macron a envoyé des condoléances aux proches, mais on peut l’imaginer. On peut tout imaginer avec cet homme sans foi ni loi, qui plaint les Libanais des dégâts qu’ils subissent par l’effet boomerang de leur pathologie antisémite. Belle illustration de cette histoire de l’enfant qui tue ses parents et qui demande ensuite au tribunal la clémence au titre d’orphelin.

Macron adjure  les responsables libanais de rechercher la voie diplomatique pour obtenir un permis de tuer à condition qu’on empêche les Juifs de se défendre. Il assure les libanais, criminels ou pas, de ses  sentiments fraternels.

Il estime peut-être que la guerre n’est pas inéluctable, dans ce sens que si les Juifs disparaissaient le conflit n’aurait plus  d’objet. Mais là aussi il se trompe : on peut parfaitement en vouloir aux Juifs après les avoir tués. Il y a six millions de preuves.

C’est l’affaire des Français que de supporter un Président impopulaire, incompétent, toxique, narcissique et bête à mourir. Mais quand il refuse de se joindre à une manifestation contre l’antisémitisme, quand il interdit à des Israéliens la participation au Salon de la Défense à Paris et quand il soutient le Liban dans sa rage d’éradication d’Israël, alors cela devient l’affaire des Juifs.

De tous les Juifs, et même de ceux qui ne le sont pas. De tout le monde, en somme.

Macron ou les fourberies d’un pantin

Le salon de défense Eurosatory réunit tous les deux ans près de 2 000 exposants, une soixantaine de pays et 250 délégations. C’est un carrefour international où professionnels de l’armement, gouvernements, militaires et acteurs privés viennent échanger, présenter leurs innovations et conclure des partenariats. Israël y participe traditionnellement, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi parce que ce type d’événement offre des opportunités précieuses en matière de coopération stratégique.

Or, à quelques jours de l’ouverture, alors que 74 entreprises israéliennes s’apprêtaient à installer leur stand au Parc des Expositions de Villepinte, le président Macron a ordonné à l’organisateur du salon de leur interdire l’entrée. Dans la foulée, des groupes islamistes ont obtenu d’un tribunal qu’il étende cette interdiction à toute personne liée à l’industrie de défense israélienne.

Mais quelques jours plus tard, le tribunal de commerce de Paris a jugé cette exclusion illégale et en a prononcé l’annulation. La cour d’appel de Paris, à son tour, a désavoué la décision précédente, rétablissant le droit des Israéliens à participer au salon.

Le mal, toutefois, était fait — moralement comme matériellement. Les entreprises israéliennes ont été privées de leur présence et de leurs investissements. Il faut néanmoins saluer la justice française, qui a su empêcher un président bavard et inconsistant de transformer un salon professionnel en terrain de boycott contre Israël — pays ami, partenaire, et allié stratégique de la France.

Mais l’abus de pouvoir reste là, cynique et honteux. Devrait-on s’en étonner ? N’est-ce pas le même Emmanuel Macron qui avait refusé de participer à une marche contre l’antisémitisme, sous prétexte qu’un délinquant islamiste proche de ses cercles aurait suggéré qu’y apparaître aux côtés de Juifs risquait de heurter des sensibilités musulmanes ?

Vive la France — mais vivement que son président s’en aille.

La gauche française et le Statut des Juifs

La dissolution de l’Assemblée nationale, décrétée par le président Macron le 9 juin dernier, constitue un événement majeur dans l’histoire politique contemporaine de la France. Il est aujourd’hui impossible d’en prévoir sereinement les conséquences, tant l’équilibre des forces semble bouleversé à la lumière des résultats des élections européennes. Si la droite nationaliste a enregistré des progrès notables, elle peine encore à s’unir ; en revanche, le peuple de gauche est parvenu, en un temps record, à fédérer ses forces pour affronter les élections législatives.

Il faudra attendre le verdict des urnes pour savoir quel camp l’emportera. Mais une chose est d’ores et déjà acquise : quel que soit le visage de la future Assemblée nationale, le véritable vainqueur de ce moment politique tragique, c’est l’antisémitisme.

La gauche française, dans son ensemble, a consacré la judéophobie comme l’un des fondements de son rassemblement. Des extrêmes trotskistes aux sociaux-démocrates traditionnels, tous les acteurs de cette coalition hétéroclite ont conclu un pacte baptisé « Nouveau Front populaire ». En dépit de leurs divergences de doctrines, de stratégies et d’ambitions, le Parti socialiste, les Écologistes, La France Insoumise, le Parti communiste, Place Publique et d’autres encore se sont réunis autour d’un programme où la haine des Juifs, parfois sourde, parfois criée, opère comme un liant tacite.

La gauche française, toutes tendances confondues, et avec la bénédiction d’un ancien président de la République et de la maire de Paris, a solennellement acté que le Hamas — organisation dont l’unique finalité est l’extermination des Juifs — devait être considéré comme un mouvement de résistance légitime.

L’Histoire, une fois de plus, bégaie. En 1940, la gauche française avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, lui ouvrant la voie pour instituer le régime de Vichy. Aujourd’hui, elle redonne vie, sous d’autres formes, à l’esprit du Statut des Juifs, en apportant un soutien direct ou indirect aux auteurs du 7 octobre.

Il existe, bien sûr, des femmes et des hommes de gauche honorables. Mais il faut avoir le courage de dire qu’en cette heure décisive, toute personne qui continuerait à soutenir quelque composante que ce soit du « Nouveau Front populaire » se rendrait objectivement complice d’un projet de délégitimation des Juifs et d’exacerbation de la haine antisémite.

La gauche française, dans son ensemble, a trahi ce qui aurait pu justifier son existence : elle ne mérite plus aujourd’hui que l’opprobre. Rien, absolument rien, ne peut excuser une quelconque entente avec elle, que l’on soit juif ou non.

Quant aux Juifs de France, à ceux qui se revendiquent encore de ce nom et qui regardent autour d’eux sans plus savoir vers qui se tourner, qu’ils sachent qu’Israël existe et que La Loi du Retour leur est ouverte. Elle est un droit et une espérance.

Jean-Luc Mélenchon est-il une ordure antisémite ?

Amine El Khatmi est un homme politique français issu de la gauche.  Il est l’actuel président du mouvement   Printemps Républicain. Il y a quelques mois, El Khatmi a été invité par le journaliste Fréderic Haziza de Radio J à s’exprimer sur l’actualité, notamment en rapport avec le massacre du 7 octobre 2023 en Israël. A la question de savoir ce qu’il pensait de la position de Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France Insoumise, El Khatmi a qualifié celui-ci « d’ordure antisémite »

Jean-Luc Mélenchon  a réagi en estimant que ces propos étaient « extrêmement graves », revêtaient un « caractère infamant » et constituaient un « incontestable préjudice moral ». Il a assigné Radio J et Haziza en justice et demandé que l’émission soit supprimée des plateformes où elle était accessible. A noter qu’il semble que Mélenchon  n’ait pas assigné El Khatmi à titre personnel.

Maître Goldnadel, avocat de Radio  J et de Haziza,  a annoncé il y a peu que Mélenchon a été débouté par le tribunal. A partir de cette décision de justice il n’est pas déraisonnable de déduire maintenant que qualifier Mélenchon d’ordure n’est pas une injure, mais une information.

Il se peut que Mélenchon n’en reste pas là et qu’il poursuive El Khatmi pour diffamation. Ce serait une affaire intéressante à suivre, vu le passif de Mélenchon et de ses complices de la France Insoumise en matière d’antisémitisme. El Khatmi serait invité à étayer ses propos et à soumettre aux juges un faisceau d’indices assez accablants pour qu’ils conviennent que Mélenchon mérite effectivement d’être qualifié d’antisémite. Les attendus ne retiendraient probablement pas la qualification d’ordure, ce statut ne figurant pas dans le code pénal.

De là à poursuivre Mélenchon pour diffamation raciale, apologie du terrorisme  et incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination, il n’y aurait qu’un pas à franchir. L’on pourrait d’ailleurs lui adjoindre dans le box des accusés Annie Ernaux, Mathilde Panot, Edgar Morin, Rima Hassan, Aymeric Caron, Danièle Obono, David Guiraud et quelques autres apparatchiks de la France Insoumise.

Si Mélenchon était condamné et qu’il se présentait aux élections présidentielles de 2027, il serait le premier candidat à briguer ce poste sous l’étiquette d’antisémite  certifié. Nul doute qu’il aurait des électeurs et que cela couronnerait une stratégie qu’il pratique avec succès depuis un certain temps déjà.

La Loi du Retour

La « Loi du Retour »[1] a pour vocation d’accueillir tout Juif souhaitant s’établir en Israël. Elle prévoit que « l’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du peuple juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou privés de liberté en raison de leur judéité ou de leur citoyenneté ». En pratique, cette loi confère un droit immédiat et irréversible à la citoyenneté israélienne à toute personne éligible désireuse d’immigrer, indépendamment des circonstances qui motivent sa décision, qu’elle soit en situation de détresse ou non.

Cependant, tout droit implique en contrepartie une forme de responsabilité. Tout Juif se revendiquant du sionisme est appelé à soutenir Israël, en temps de guerre comme en temps de paix, chacun selon ses moyens, ses capacités et son engagement. Les personnes éligibles à la Loi du Retour pourraient ainsi être tenues à un devoir de réserve à l’égard du gouvernement israélien, quel qu’il soit. Il apparaît difficilement concevable que certains puissent, d’une part, exprimer publiquement des positions hostiles à Israël — voire reprendre des discours antisémites — et, d’autre part, se réserver la possibilité d’y immigrer à leur convenance ou par nécessité.

Si la liberté d’expression constitue un droit fondamental, l’État d’Israël pourrait, dans cette perspective, se réserver la faculté de restreindre l’accès à l’alyah pour des personnes dont les prises de position seraient jugées manifestement contraires à ses intérêts.

La Loi du Retour s’applique actuellement à toute personne née de mère juive, convertie au judaïsme, ou ayant au moins un grand-parent juif. Il pourrait toutefois être envisagé d’élargir ce cadre à des individus ne répondant pas strictement à ces critères, mais exprimant une volonté sincère de partager le destin du peuple juif. Dans la mesure où la définition du terme « Juif » au sens de cette loi ne correspond pas strictement à celle de la Halakha, il serait envisageable de confier cette qualification à des instances explicitement laïques, porteuses d’une identité juive affranchie de toute dimension religieuse.


[1] Loi votée en 1950 par le Parlement israélien garantissant à tout Juif le droit d’immigrer en Israël.

Israël face au terrorisme

La peine de mort n’existe pas en Israël, comme dans la plupart des démocraties contemporaines. Ôter la vie à un être humain, aussi coupable soit-il, demeure un acte intrinsèquement dégradant, y compris lorsqu’il vise les criminels les plus odieux.

La tradition juive elle-même, bien qu’ayant admis la peine capitale à l’époque biblique, en avait déjà considérablement restreint l’application à l’époque talmudique. Le Talmud enseigne ainsi qu’un « Sanhédrin qui exécute un homme une fois en soixante-dix ans est appelé un Sanhédrin cruel » (Mishna, Makot 1:10).

D’un point de vue pragmatique également, la peine de mort ne constitue pas un instrument dissuasif particulièrement efficace. La souffrance du condamné se limite à l’intervalle entre la sentence et son exécution. À cet égard, la réclusion à perpétuité apparaît souvent comme une sanction plus lourde, plus durable et potentiellement plus dissuasive.

En Israël, cependant, même des terroristes responsables d’actes particulièrement graves peuvent être libérés dans le cadre de négociations, d’échanges d’otages ou de décisions politiques. Il n’est pas rare qu’une fois libérés, certains reprennent leurs activités, constituant ainsi une menace persistante pour la sécurité nationale.

Les moyens classiques de lutte contre le terrorisme se révèlent souvent insuffisants. Les organisations terroristes opèrent en dehors des structures étatiques, ignorent les règles du droit international humanitaire et ciblent délibérément les populations civiles.

Dans ce contexte, le recours à des unités spécialisées s’impose. Celles-ci doivent adapter leurs méthodes à la nature de l’adversaire, tout en conservant un cadre d’action rigoureux. Leur efficacité ne dépend pas seulement des moyens matériels ou opérationnels qui leur sont alloués, mais aussi d’un socle éthique clair, qui légitime leur action au titre de la défense nationale.

Une partie de l’opinion publique israélienne considère aujourd’hui que les règles traditionnelles de la guerre sont inadaptées face au terrorisme contemporain, en particulier lorsque celui-ci atteint un degré de violence extrême, comme lors du massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas.

Dans cette perspective, certains estiment que les forces antiterroristes devraient disposer d’une plus grande autonomie sur le terrain, afin de pouvoir apprécier en temps réel le degré de dangerosité des individus qu’elles appréhendent, et agir en conséquence. Elles pourraient ainsi être habilitées à neutraliser immédiatement ceux qui représentent, ou sont susceptibles de représenter, une menace durable.

Le droit classique interdit de juger une personne pour des crimes qu’elle pourrait commettre à l’avenir. Toutefois, dans le cas de terroristes aguerris, formés et intégrés dans des structures idéologiques radicales, l’idée d’une neutralisation préventive est parfois envisagée comme une extension du principe de légitime défense.

Cette logique n’est pas sans précédent. À la suite de l’attentat des Jeux olympiques de Munich en 1972, Israël a mené une opération clandestine visant à traquer et éliminer les responsables du massacre, sous la direction du Mossad. Baptisée « Opération Colère de Dieu », cette campagne reposait sur le refus de toute impunité pour les auteurs d’actes visant des Juifs, où qu’ils se trouvent.

Dans cette optique, certains plaident pour accorder aux unités antiterroristes une latitude comparable, adaptée aux menaces contemporaines, qu’elles émanent d’organisations transnationales ou d’États soutenant le terrorisme.

La position qui en découle peut alors se formuler ainsi : refuser la peine de mort en tant qu’institution juridique, tout en reconnaissant la nécessité de neutraliser, dans un cadre opérationnel, ceux qui constituent une menace immédiate.

L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs

L’idée que l’antisémitisme serait dû à l’ignorance ou à l’obscurantisme est fausse, même s’il est vrai qu’il y a des obscurantistes et des ignorants partout. La riposte à l’antisémitisme à travers le monde n’est ni dans l’éducation ni dans la laïcité ni dans l’humanisme ni dans l’antiracisme ni dans l’information ni dans la démocratie. Elle est dans l’Etat des Juifs. La logorrhée antisémite qui persiste en Occident est de même nature que celle qui a abouti à la Shoah. Les mêmes causes produiraient les mêmes effets si par malheur l’Etat d’Israël disparaissait.

La lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs. Ils n’ont aucune prise sur ce fléau et aucun moyen de le combattre. Il n’y a d’ailleurs pas d’antisémitisme d’Etat dans le monde libre, et les autorités font généralement ce qu’elles peuvent pour le sanctionner. Mais le fait est qu’elles n’arrivent pas à juguler ce phénomène fabriqué par des siècles d’antijudaïsme  chrétien et musulman. Il est frappant d’observer que les manifestations contre l’antisémitisme en Europe ne mobilisent pas grand mondé excepté les Juifs eux-mêmes. Ces manifestations sont souvent pathétiques, tellement elles renvoient les Juifs à leur solitude. Une des raisons de la frilosité de la classe politique européenne à ce sujet est la crainte d’indisposer les musulmans, dix fois plus nombreux et soutenus par une gauche qui avance masquée sous couvert d’antisionisme.

L’Etat d’Israël doit faire entendre sa voix contre l’antisémitisme par les canaux diplomatiques d’usage, mais il n’est pas en son pouvoir ni de son  droit d’intervenir dans la politique intérieure des pays concernés. Israël peut et doit en revanche promouvoir l’Alyah auprès des Juifs à travers le monde qui estiment que leur qualité de vie, ou leur vie tout court, est compromise du seul fait d’être Juif.

La Cisjordanie ?

La Cisjordanie — que l’on peut également désigner sous son appellation historique de Judée-Samarie — constitue, au mieux, un territoire disputé. En novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies adopta la résolution 181, de nature non contraignante, recommandant la création de deux États à l’ouest du Jourdain, l’un juif et l’autre arabe, à la veille du retrait britannique de Palestine. Les représentants juifs acceptèrent ce plan ; les dirigeants arabes le rejetèrent et engagèrent une confrontation armée pour s’approprier l’ensemble du territoire. Ce refus du principe même d’un État juif, ainsi que la volonté de le détruire, rendirent de facto la résolution 181 inopérante.

Dans cette perspective, certains soutiennent que la Jordanie constitue déjà, en pratique, un État palestinien. Une grande partie de sa population est d’origine palestinienne et entretient des liens familiaux étroits avec les habitants de Cisjordanie, laquelle faisait partie du royaume hachémite jusqu’à la guerre des Six Jours en 1967. Après ce conflit, la Jordanie s’est inscrite dans la ligne de la Ligue arabe proclamant les « trois non » : pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël, pas de négociation avec Israël. C’est dans ce contexte de refus qu’Israël a engagé sa politique d’implantations, poursuivie, sous des formes diverses, par les gouvernements successifs.

L’accusation selon laquelle Israël violerait le droit international en « occupant » la Cisjordanie est, selon cette lecture, contestable. Rien ne viendrait juridiquement invalider le contrôle israélien sur un territoire depuis lequel la Jordanie avait tenté, en 1967, d’attaquer Israël. Pendant une longue période, Israël s’est déclaré prêt à restituer ces territoires en échange d’un accord de paix. Le roi Hussein choisit toutefois d’y renoncer, favorisant l’émergence d’une entité palestinienne distincte. Ce choix, dans cette optique, n’engageait ni juridiquement ni moralement Israël, et apparaît comme discutable sur le plan géopolitique.

L’hypothèse d’une Cisjordanie indépendante — avec ou sans l’accord d’Israël — est souvent perçue, dans cette analyse, comme susceptible de reproduire le précédent de Gaza, marqué par une hostilité persistante envers Israël. La revendication d’un État palestinien entre Israël et la Jordanie est alors interprétée comme un projet dont le moteur principal ne serait pas la coexistence, mais l’opposition à Israël. Selon cette lecture, une large part des sociétés palestiniennes — en Cisjordanie comme à Gaza — demeure profondément hostile, et l’idée selon laquelle elles aspireraient majoritairement à la paix mais seraient entravées par leurs dirigeants est jugée illusoire.

Dans ce contexte, toute direction politique palestinienne serait contrainte d’asseoir sa légitimité sur une ligne dure à l’égard d’Israël. Même dans le monde arabe, les régimes qui envisagent une normalisation avec Israël doivent composer avec une opinion publique souvent réticente, voire hostile. Il en résulte un paradoxe : des élites politiques parfois plus pragmatiques que les sociétés qu’elles gouvernent.

Au fil des décennies, la question des implantations en Cisjordanie est devenue pour Israël un sujet à la fois sensible et controversé, tant sur les plans éthique que juridique. À l’hostilité persistante d’une partie du monde arabe s’ajoutent les pressions internationales, les tensions internes à la société israélienne, ainsi que les violences récurrentes. L’ensemble contribue à une situation d’une grande complexité, en l’absence d’un horizon politique clairement défini.

Dans ce cadre, une solution parfois avancée consisterait à redéfinir le statut de la Cisjordanie en fonction de la répartition démographique. Les zones à majorité palestinienne pourraient être rattachées à la Jordanie, comme avant 1967, tandis que les zones à majorité juive seraient intégrées à Israël. Une frontière négociée entre les deux États remplacerait alors la ligne d’armistice de 1949. Une telle approche présenterait l’avantage de limiter les déplacements de population, tout en offrant aux Palestiniens un cadre étatique et une citoyenneté pleine au sein d’un pays en paix avec Israël depuis plusieurs décennies.

Fin de la Diaspora

« Le Juif est considéré par les vivants comme un mort, par les autochtones comme un étranger, par les sédentaires comme un clochard, par les gens aisés comme un mendiant, par les pauvres comme un exploiteur, par les patriotes comme un apatride, et par toutes les classes comme un concurrent qu’on déteste.[1] »

Les Juifs en exil ont, de tout temps, constitué un peuple au sein des peuples parmi lesquels ils vivaient. Ainsi, à Babylone, la communauté juive disposa, pendant plus d’un millénaire, de ses propres institutions : tribunaux, forces de police, corporations, circonscriptions, académies, ainsi qu’une autorité suprême appelée l’Exilarque[2]. L’étymologie même de ce titre révèle que les Juifs de Babylone ne se percevaient pas comme des citoyens à part entière, mais comme des exilés.

De l’Antiquité au Moyen Âge, les Juifs, tant en Orient qu’en Occident, furent dotés d’institutions autonomes. Leurs tribunaux rabbiniques statuaient selon le droit hébraïque[3]. Ceux qui vivaient en dehors de ce cadre étaient extrêmement rares et finissaient le plus souvent par se convertir au christianisme ou à l’islam. Lorsque, au XVIIe siècle, Spinoza[4] fut excommunié par les rabbins d’Amsterdam, il se retrouva sans communauté de rattachement ; il est parfois considéré, à ce titre, comme le premier Juif laïque.

Hannah Arendt[5] souligne, dans Eichmann à Jérusalem[6], qu’au XXe siècle encore, les Juifs d’Europe de l’Est étaient perçus comme un peuple distinct, tant par leurs alliés que par leurs adversaires. Elle écrit : « Je ne crois pas, pour ma part, m’être jamais considérée comme allemande — au sens d’une appartenance à un peuple et non à un État, si je puis me permettre cette distinction. »

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle exprimait l’espoir de voir émerger une Europe unie dans laquelle « les Juifs seraient reconnus en tant que nation européenne et représentés au Parlement[7] ».

Depuis l’Émancipation[8] au XIXe siècle, les Juifs se sont progressivement intégrés dans les sociétés du monde libre, reléguant leurs traditions à la sphère privée. Toutefois, partout où le judaïsme est perçu avant tout comme une religion plutôt que comme une identité, la population juive tend à diminuer. Des penseurs sionistes tels qu’Ahad Ha’am[9] et Bialik[10] redoutaient déjà que l’Émancipation ne conduise à la disparition de l’identité juive par assimilation.

À notre époque, seules certaines mouvances ultra-orthodoxes perpétuent leur mode de vie de manière résolue, souvent au sein d’enclaves, notamment aux États-Unis. Mais cette persistance tient précisément à leur caractère non assimilable. En dehors de ces groupes, la Diaspora semble aujourd’hui engagée dans un processus de déclin.

Par le passé, des propositions ont été formulées en faveur de l’octroi de la nationalité israélienne à des Juifs ne souhaitant pas émigrer en Israël. Une telle idée mériterait d’être réexaminée. Les personnes intéressées pourraient en faire la demande, en exprimant le souhait d’acquérir la nationalité israélienne tout en continuant à résider dans leur pays. Leur participation aux élections législatives israéliennes pourrait être encadrée par certaines conditions : par exemple, être subordonnée à l’accomplissement d’un service militaire ou civil en Israël, suivi d’un retour dans le pays de résidence.

On pourrait également envisager d’accorder le droit de vote à ceux qui, sans y résider de façon permanente, séjournent en Israël de manière significative, pour des raisons personnelles ou professionnelles. Il convient de rappeler qu’à ce jour, les citoyens israéliens résidant à l’étranger ne peuvent voter qu’à condition d’être présents dans le pays le jour du scrutin.

Nombreux sont les Juifs qui se revendiquent du sionisme et expriment leur soutien à Israël, mais tous n’ont pas les moyens de traduire cet attachement en actes concrets. Ceux qui se sentent concernés par la Loi du retour — de manière effective ou symbolique, pour eux-mêmes ou pour leurs descendants, aujourd’hui ou dans l’avenir — ont, à tout le moins, une responsabilité morale à l’égard d’Israël. L’acquisition de la nationalité israélienne pourrait constituer une manière forte de l’exprimer.

Certes, une telle démarche pourrait être perçue, en Diaspora, comme un signe de double allégeance. Mais il s’agirait d’un effort limité au regard de l’enjeu : manifester sa solidarité envers un État qui veille à la sécurité, à la pérennité et à la viabilité du peuple juif. Une autre justification résiderait dans la nécessité de prévenir un engorgement administratif en cas d’afflux massif de demandes d’immigration, consécutif à une recrudescence de l’antisémitisme.


[1] « Autoémancipation, avertissement d’un Juif russe à ses frères », 1882, Léon Pinsker, militant sioniste.

[2] Représentant officiel du puissant judaïsme babylonien auprès des autorités locales.

[3] המשפט העברי, מנחם אלון, 1973 הוצאת מגנס

[4] Philosophe rationaliste d’origine séfarade portugaise, mort en 1677.

[5] Politologue, philosophe et journaliste juive allemande, décédée en 1975.

[6] Eichmann à Jérusalem, Viking Press, 1963, chapitre « Les déportations des Balkans ».

[7] Compilation des écrits de Hannah Arendt sur la judéité, Éditions Fayard, 2011.

[8] Processus de libération des Juifs en Europe et dans le monde, leur ayant permis d’obtenir la citoyenneté et l’égalité des droits.

[9] Penseur nationaliste juif et leader des Amants de Sion, l’un des pères de la littérature hébraïque moderne.

[10] Poète, essayiste et journaliste de langue hébraïque d’origine ukrainienne, mort en Palestine en 1934.

La légitimité d’Israël

Les royaumes de l’époque biblique, ainsi que les dynasties hasmonéenne et hérodienne, totalisent environ quatre siècles durant lesquels les Juifs exercèrent une souveraineté en terre d’Israël. Toutefois, les périodes de vassalisation sous domination perse, grecque ou romaine n’ont jamais entraîné de dilution de la conscience nationale juive. Celle-ci doit donc être appréciée à l’aune de la présence effective des Juifs en Israël, et non se limiter aux seules phases de souveraineté politique.

Selon le récit biblique, les descendants d’Abraham se constituèrent en peuple au cours des quatre siècles passés en Égypte. L’Exode, puis la réception de la Torah au mont Sinaï — conformément à la tradition — marquent à la fois l’affirmation d’un ancrage en Israël et l’adoption d’une Loi commune. Ces éléments permettent de situer la naissance d’une nation, vers 1400 avant notre ère, ainsi que l’émergence d’une conscience nationale liée à un territoire. Depuis l’installation en Canaan jusqu’à l’avènement de l’islam, soit près de deux millénaires, les Juifs furent présents en Israël en grand nombre, sinon en majorité, et cela de manière presque ininterrompue.

Il convient de souligner que, bien que les Juifs aient souvent vécu en relative autarcie dans la Diaspora, ils n’ont jamais revendiqué d’indépendance ailleurs qu’en Israël. La seule exception apparente figure dans un ouvrage médiéval intitulé Le Livre du Khazar, de Judah Halevi[1]. Celui-ci relate l’histoire d’un peuple du Caucase dont le roi, séduit par l’argumentation d’un érudit juif, décide de se convertir au judaïsme et d’en faire la religion d’État. Il s’agit toutefois d’une œuvre philosophique et théologique, construite sous forme d’allégorie, visant à exposer les fondements du judaïsme.

L’Exode d’Égypte, le retour en Israël après l’exil babylonien, la révolte des Maccabées contre les Grecs, ainsi que l’insurrection de Bar Kokhba contre les Romains, témoignent de manière incontestable de la permanence d’un sentiment national lié à la terre d’Israël au sein de la conscience collective juive tout au long de l’Antiquité. C’est ce qui conduit Spinoza, au XVIIe siècle, à écrire : « si l’esprit de leur religion n’efféminait leurs âmes, je suis convaincu qu’une occasion favorable venant à se présenter, les Juifs pourraient reconstituer leur État »[2].

Qu’ils s’inspirent de l’Histoire ou de la Torah, la plupart des Juifs revendiquent un lien à la fois spirituel, charnel et concret avec la terre d’Israël. Il existe, de ce point de vue, une continuité manifeste dans leur orientation vers cette terre, depuis la sortie d’Égypte jusqu’à nos jours.

Cependant, si ce lien est profondément ancré dans la conscience juive, il ne saurait être opposable à des tiers sur le plan du droit ou de la justice. En effet, la présence juive en Israël fut, durant de nombreux siècles, marginale, ce qui a rendu caduc tout droit à une souveraineté fondé exclusivement sur la Torah ou sur l’Histoire.

La recevabilité, la légitimité et la pertinence — tant éthiques que juridiques — de l’État d’Israël reposent dès lors sur la manière dont les fondateurs du sionisme ont conduit leur projet.

Au moment de la naissance du sionisme, il n’existait pas d’État en Palestine. La région était sous domination ottomane depuis des siècles, puis sous administration britannique. L’Organisation sioniste mondiale[3], chargée de la création d’un État juif, n’a jamais cherché à atteindre ses objectifs par des moyens détournés, illégaux ou violents. Les immigrants juifs qui s’installèrent en Palestine durant la première moitié du XXe siècle disposaient de visas réguliers, recevaient des passeports et étaient enregistrés, dès les années 1920, comme Palestiniens sous mandat britannique.

Ils contribuèrent progressivement au peuplement du territoire, au développement de son économie et à la structuration de ses institutions. Peu à peu, ils constituèrent une masse critique suffisante pour envisager la transformation du Yishouv[4] en un État viable. Ce processus ne fit, en définitive, que formaliser une situation de fait : les Juifs s’étaient installés sur des terres acquises légalement ou sur des domaines publics devenus vacants après le démembrement de l’Empire ottoman.

La légitimité politique d’Israël s’est ensuite consolidée à travers plusieurs étapes : la Déclaration Balfour, la conférence de San Remo[5], la commission Peel[6], la résolution 181 de l’ONU[7], la déclaration d’indépendance[8], l’admission d’Israël aux Nations unies[9], ainsi que sa reconnaissance par 160 États membres à ce jour.

Ainsi, la légitimité de l’État d’Israël aux yeux de la communauté internationale ne saurait raisonnablement être fondée ni sur une justification religieuse ni sur une mémoire historique, aussi précieuse soit-elle pour le peuple juif. Elle repose, en revanche, sur l’aboutissement concret du projet sioniste, porté par des hommes et des femmes qui l’ont réalisé conformément au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.


[1] Rabbin, philosophe, médecin et poète séfarade du 12ème siècle.

[2] « Traité théologico-politique », chap. 3, Spinoza

[3] Organisation dont l’objectif était l’établissement d’un centre spirituel, territorial ou étatique pour le peuple juif en terre d’Israël, territoire qui correspondait d’abord à la Palestine ottomane puis à la Palestine mandataire.

[4] Ensemble des Juifs présents en Palestine avant la création de l’État d’Israël.

[5] Conférence internationale en avril 1920 ayant déterminé l’attribution des mandats de la Société des Nations pour l’administration de territoires anciennement ottomans, dont la Palestine.

[6] Commission d’enquête britannique de 1936 visant à proposer des modifications au mandat britannique en Palestine.

[7] Plan de partage de la Palestine approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU en novembre 1947.

[8] Déclaration d’indépendance de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, dernier jour du mandat britannique sur la Palestine.

[9] L’État d’Israël est devenu le 59ème membre de l’Organisation des Nations unies le 11 mai 1949.

Jacques Attali ou le naufrage de l’esprit

Jacques Attali est né en 1943 dans une famille juive séfarade d’Algérie. C’est un technocrate diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale d’administration (ENA). Il est aussi détenteur d’un doctorat en économie. Il semble cependant ne pas avoir saisi les implications pratiques de cette discipline. Quand il a dirigé la « Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) » il a été contraint de démissionner[1] suite à des révélations sur les dépenses de la banque et son train de vie personnel. En outre il aurait été rémunéré pour des discours en contradiction apparente avec le règlement de la banque. Il avait par ailleurs un faible pour les déplacements en jet privé.

Attali est un érudit, mais il y a des érudits qui ne comprennent pas eux-mêmes ce qu’ils savent. Cet intellectuel pénétré de sa judéité fut proche du Président Mitterrand, qui, lui, avait soutenu le régime de Vichy et été décoré de la Francisque par Pétain.  Il est même arrivé à Attali de dîner en compagnie de René Bousquet, antisémite rabique responsable de la rafle du « Vélodrome d’hiver » en 1942[2].

Attali a récemment déclaré qu’il « faudrait pouvoir envoyer Netanyahu, ses ministres extrémistes et les dirigeants du Hamas dans la même prison. À vie. Pour crimes de guerre, massacres de leurs jeunesses et tentatives de meurtres contre l’avenir de leurs peuples. [3]»

Que l’on apprécie Netanyahu ou pas, le fait est qu’il fut en 1972 l’un des membres du commando qui donna l’assaut à un appareil détourné de la Sabena[4], et sauva ainsi une centaine d’otages prisonniers de terroristes palestiniens.

Entre le Juif de cour et le combattant de Tsahal il y a un choix qui s’impose.

***

[1] https://www.lesechos.fr/1993/06/le-president-jacques-attali-contraint-a-demissionner-de-la-berd-907252

[2] https://www.lemonde.fr/archives/article/1994/10/11/reperes-m-mitterrand-et-vichy-jacques-attali-confirme-qu-il-a-dejeune-par-hasard-avec-rene-bousquet_3847307_1819218.html

[3] https://www.i24news.tv/fr/actu/france/1703064243-jacques-attali-veut-envoyer-netanyahou-et-les-dirigeants-du-hamas-dans-la-meme-prison

[4] https://www.idf.il/fr/minisites/tsahal-au-passe/guerres-et-operations/operation-isotope-1972/

Les Juifs et le rêve américain

Lors d’un séjour en Israël, il y a plus de deux décennies, je suis à Tibériade pour participer à un séminaire international des dirigeants du Keren Hayesod[1]. Au cours d’une des séances, le professeur Della Pergola, universitaire spécialisé dans la démographie des communautés juives, nous parle des perspectives d’Israël. Il s’agit de réfléchir au potentiel   de croissance de la population juive dans les années à venir. L’antisémitisme et le marasme économique de l’URSS a certes suscité une émigration massive vers Israël, mais elle touche à sa fin.  La question est maintenant de savoir d’où pourrait bien venir une nouvelle Alyah significative.

Je propose une hypothèse aux participants du séminaire. Je commence par leur demander dans quel pays les Juifs sont à la fois les plus nombreux, les plus dynamiques, les mieux établis du point de vue intellectuel et économique, et aussi les plus intégrés en tant que citoyens. La réponse est bien entendu l’Amérique. La manière dont je décris la communauté juive des Etats-Unis semble suggérer qu’elle n’a pas vocation  à se tourner vers Israël.

Mais en analysant le profil de cette communauté  je relève qu’il a beaucoup d’analogie avec celui de l’Allemagne d’avant la Shoah.  Que c’est précisément ce genre de profil qui de tous temps a fini par se retourner contre les Juifs eux-mêmes.  Je rappelle l’Exode d’Egypte, l’expulsion d’Espagne et les Lois de Nuremberg[2]. Dans ces cas emblématiques les Juifs ont connu une descente aux enfers après avoir prospéré sur les sommets d’un âge d’or. Cela ne signifie pas qu’il pourrait y avoir une Shoah en Amérique, mais qu’une lame de fond antisémite pourrait s’avérer assez dévastatrice du point de vue moral pour décider de nombreux Juifs à se résoudre à l’Alyah.

Mon hypothèse laissa l’audience sceptique à l’époque, mais je pense qu’il n’est plus extravagant aujourd’hui de l’envisager. Cela fait des années que des institutions juives américaines sont attaquées ou subissent des actes de vandalisme. Le massacre du 7 octobre perpétré par le Hamas en Israël a eu pour effet de déclencher une flambée d’antisémitisme plus féroce en Amérique qu’ailleurs dans le monde occidental. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est qu’il a cours dans les universités les plus prestigieuses, là-même où sont formées les élites de la nation.

L’aile gauche du Parti Démocrate américain en particulier ne se retranche plus derrière un antisionisme de façade et manifeste son antisémitisme de manière de plus en plus décomplexée. Le Président Obama, fort de son prix Nobel immérité, s’en est pris à Israël après le massacre et a réussi un tour de force consistant à faire de la victime un coupable. Mais il doit être dans sa logique, puisque cet humaniste de pacotille a eu pendant vingt ans comme mentor et guide spirituel un antisémite notoire et qualifie la branche militaire du Hamas de « groupe de résistance palestinienne » dans son autobiographie[5].

Obama estime par ailleurs que « l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.  L’Islam a une tradition de tolérance dont il est fier ».

De nos jours la réalité de la gauche dépasse la fiction de la droite.

***

[1] Appel unifié pour Israël. Organisme central financier du mouvement sioniste mondial ainsi que celui de l’Agence juive.

[2] Adoptées par le Reichstag en 1935 et mettant en place en Allemagne un système discriminatoire où les juifs sont exclus de la société.

[[5] « Une terre promise », Fayard

Manifestation contre l’antisémitisme ?

Le 7 octobre 2023 des Gazaouis perpétraient un pogrom en Israël et se retiraient le jour même avec plus de 200 otages. Ce massacre a eu pour conséquence de déclencher une monstrueuse vague d’antisémitisme à travers le monde. Comprenne qui pourra.

Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une « importation du conflit israélo-palestinien », mais d’un antisémitisme d’une grande vitalité qui prospère à l’extrême-gauche et dans le monde musulman. Pour l’islamogauchisme ce massacre de Juifs est l’occasion de jubiler dans le monde entier.

La mouvance islamogauchiste avait pris l’habitude de camoufler son antisémitisme sous couvert d’antisionisme. Mais dernièrement elle ne semble même plus soucieuse de se servir de cet artifice.  Elle agresse directement les Juifs en tant que Juifs.

Face à ce phénomène, l’Assemblée nationale et le Sénat ont appelé à une manifestation à Paris contre l’antisémitisme. Elle aura lieu dimanche 12 novembre.

Maître Gilles-William Goldnadel, fondateur d’Avocats sans frontières  et président de France-Israël est connu pour son combat contre l’antisémitisme.  Il a pourtant annoncé qu’il ne se rendrait pas à la manifestation. Il estime que si ni l’extrême-gauche ni l’islamisme ni le Hamas ne sont explicitement mis en cause, et que si l’on ne réclame pas la libération des otages, alors cette manifestation est dénuée de sens.

Paul Amar, journaliste vétéran, réfléchit à la vacuité des défilés en silence. Ceux-ci consistent à valider la pleutrerie de l’Etat. C’est ratifier la doctrine du « pas de vagues », présentée comme une stratégie. C’est Munich à la sauce woke.  Les minutes de silence juif sont devenues au fil de l’Histoire des éternités de silence de mort.  Il a servi à quoi, ce silence? Qu’a-t-il changé ? Accompli ? Amélioré ? Dans quel lieu le silence est-il digne, ailleurs qu’au cimetière où reposent nos victimes du silence ? Faire silence à la manifestation de Paris quand Tsahal rompt le silence sur le champ de bataille ? Assez de silence. Vive les hurlements et la rage.

Lors de la Guerre des  Six-Jours en 1967 on ne manifestait pas contre l’antisémitisme, mais pour Israël. Il n’y a aucune différence de nature entre la tentative de  jeter les Juifs à la mer d’alors, et celle de maintenant. Même obsession génocidaire, même pathologie séculaire.

La manifestation contre l’antisémitisme à Paris est une manipulation. Une manœuvre pour ne pas nommer l’islamogauchisme. Cette manifestation devrait avoir pour unique thème le soutien à Israël. Rien d’autre.  Nous savons à quel point la France n’a pas été à même de  protéger les Juifs en temps de crise.

Reste l’Etat d’Israël, colonne vertébrale de la Diaspora. Aucun Juif ne peut tenir debout sans elle, ni en France ni ailleurs ni nulle part. Une manifestation contre l’antisémitisme sans drapeau d’Israël en tête est une tartufferie.

Jakubowicz contre Bensoussan

L’historien Georges Bensoussan est l’auteur de nombreux ouvrages traitant de l’histoire du peuple juif, en particulier celle du 19ème siècle jusqu’à nos jours. C’est un des rares chercheurs ayant une connaissance approfondie à la fois des mondes ashkénaze et sépharade.  Il a été responsable éditorial du Mémorial de la Shoah à Paris.

En 2002 Bensoussan dirige un ouvrage collectif intitulé « Les Territoires perdus de la République »,  où il donne la parole à des enseignants et chefs d’établissements scolaires. Ceux-ci témoignent de l’antisémitisme, du racisme et du sexisme qui règne  dans les banlieues parmi les jeunes issus de l’immigration.

En octobre 2015 Bensoussan et le sociologue Patrick Weil[1] sont invités par Alain Finkielkraut[2] à débattre dans l’émission « Répliques » sur France Culture. Le sujet du jour est « Le sens de la République ».  Dans le feu de la discussion, Bensoussan dit qu’il « n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne se sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu, comme un secret. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans le film qui passera sur France 3 : “C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère. »

Vérification faite par Finkielkraut, il ne s’agit pas d’une citation littérale, mais bien d’une métaphore édulcorée de ce que dit de Smaïn Laacher[3] dans le film mentionné par Bensoussan.

Le CCIF[4] signale l’émission à la préfecture de Paris, mais sans mentionner Smaïn Laacher, pourtant source des propos de Bensoussan sur l’antisémitisme qui sévit dans le monde musulman.  Le parquet se saisit de l’affaire et décide de poursuivre Bensoussan. La LICRA[5], dont l’avocat Alain Jakubowicz est le président, se constitue partie civile. Cela signifie qu’elle souhaite être incluse  au procès en qualité de plaignante.

En janvier 2017 Bensoussan est convoqué devant le tribunal correctionnel de Paris pour « incitation à la haine raciale ».  En mars de la même année il est relaxé. Le CCIF fait appel, mais en mai 2018 la Cour d’Appel relaxe Bensoussan « de toute accusation de racisme et d’incitation à la haine pour ses propos sur les musulmans ».

Jacques Tarnero[6], qui assiste au procès, juge que « ce n’est  pas à Georges Bensoussan d’être assis dans le box des accusés mais à ceux qui l’accusent d’y figurer ».

En septembre 2019 la Cour de cassation rejette tous les pourvois.

Mis hors de cause mais meurtri, lâché par certains et soutenu par d’autres, Bensoussan publie en 2021 « Un exil français », où il fait le point sur cet épisode qui l’a blessé dans sa vie d’homme et d’écrivain. Il est à la fois amer et nostalgique : « Ce procès   qui n’aurait jamais dû se tenir  sonnait pour moi, comme pour tant d’autres, d’ici et d’ailleurs, le glas d’un monde ancien. Je n’étais pas seulement du côté du « temps qui reste » mais sur la crête d’un pays qui glisse dans l’oubli. Ce que ces errements judiciaires avaient mis en lumière scindait ma vie ».

La semaine dernière Jakubowicz[7] était sur le plateau de «  L’Heure des Pros », émission sur Cnews animée par Pascal Praud[8].  Angoissé par la vague d’antisémitisme en cours, il  rappelle que lors de la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990, un million de français étaient descendus dans la rue. Il se plaint de ce que l’aptitude à s’indigner se soit émoussée depuis. Mais ce qu’il omet de préciser, c’est qu’a l’époque c’était l’extrême-droite qui était en cause, or il n’y avait pas grand risque à manifester contre elle. Cela consistait à se donner bonne conscience  à  bas prix. De nos jours il y n’y a guère plus que  des non-manifestants avec pour mot d’ordre « pas de vagues », surtout quand il s’agit de celles en provenance de la Méditerranée.

Au cours de l’émission, Jakubowicz admet avoir commis des erreurs au cours de sa carrière. Il dit ne pas les regretter parce qu’il les attribue à son humanisme et  à sa candeur. Mais il assume son combat contre Bensoussan et persiste à le trouver coupable de généralisation concernant l’antisémitisme musulman.  Il ajoute que cette affaire est sans grande importance.

Ce que Jakubowicz trouve sans grande importance, c’est d’avoir permis que la LICRA s’associe au CCIF, organisation islamiste dissoute depuis,  pour commettre un lynchage médiatique au moyen d’une procédure visant à déshonorer Bensoussan, l’un des historiens les plus fins, les plus érudits, les plus lumineux  et les plus intègres du monde intellectuel juif.

L’antisémitisme que dénonce Bensoussan ne correspond peut-être pas à la case chère à Jakubowicz, homme de gauche à la pensée hémiplégique qui ne souffre que l’on s’attaque à l’antisémitisme que quand il vient de droite.  De là sans doute sa nostalgie des manifestations antifascistes de naguère.

Quoi qu’il en soit, la charge renouvelée de Jakubowicz contre Bensoussan  sur un plateau de télévision, ceci plusieurs années  après que celui-ci ait été innocenté, est une honte.

[1] Politologue, directeur de recherche au CNRS.

[2] Philosophe, écrivain, essayiste, polémiste, producteur de radio et académicien français.

[3] Professeur de sociologie a l’université de Strasbourg.

[4] Le CCIF a été dissous ultérieurement en tant que groupement de fait, accusé de « partager » et « cautionner » des idées terroristes.

[5] Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme

[6] Essayiste et un documentariste français. Spécialiste dans l’étude du racisme, de l’antisémitisme et de l’Islam.

[7] Avocat français. Président de la Licra de 2010 à 2017.

[8] Journaliste sportif, chroniqueur, animateur de radio et de télévision français.

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