Gaza ou l’irresponsabilité collective

Après la défaite de l’Allemagne nazie, le pays fut divisé en deux entités placées sous la tutelle des Alliés. Des millions de réfugiés allemands d’Europe de l’Est durent être rapatriés dans une patrie en ruines. Les bombardements massifs des infrastructures militaires et économiques précipitèrent la chute du régime en démoralisant une population affamée et épuisée. L’Allemagne fut démilitarisée, puis occupée pendant plusieurs années, jusqu’à ce que les puissances victorieuses jugent qu’elle pouvait réintégrer le concert des nations en tant que démocratie.

Le nazisme causa la mort de centaines de milliers de civils allemands. Les Alliés, pour vaincre ce régime, refusèrent toute négociation et, après la guerre, s’employèrent à prévenir toute résurgence du mal vaincu, notamment à travers un travail de mémoire rigoureux et une épuration partielle des élites. L’Allemagne dut verser des réparations considérables à des millions de victimes à travers le monde — une charge qui, près de quatre-vingts ans plus tard, continue de peser sur ses finances publiques.

Il importe ici de distinguer responsabilité collective et culpabilité individuelle. Il était moralement légitime d’imputer une part de responsabilité collective à la population allemande de l’époque, sans pour autant accuser chaque individu ni justifier des punitions collectives. Il s’agissait de reconnaître qu’une large part du peuple allemand avait soutenu, au moins passivement, un régime génocidaire tant qu’il lui apportait prospérité et puissance. L’existence d’une résistance intérieure, bien que réelle, ne suffit pas à effacer le constat d’une adhésion majoritaire à une entreprise criminelle et suicidaire.

Hannah Arendt[1], dans ses réflexions sur les crimes du nazisme, souligne que le véritable problème moral ne réside pas tant dans les actes des fanatiques que dans le comportement de ceux qui, sans conviction profonde, se sont alignés par conformisme. Ce qui est peut-être plus effrayant encore, dit-elle, c’est la banalisation de cette collaboration par toutes les couches de la société[2].

Appliqué au massacre du 7 octobre, ce diagnostic conserve toute sa pertinence. Dans la controverse morale entourant les crimes du Hamas, on néglige souvent que l’indignité ne réside pas seulement dans les atrocités commises par l’organisation, mais dans l’adhésion ou la complaisance d’une large part de la population, qui, sans nécessairement en partager tous les fondements idéologiques, a toléré, soutenu et parfois glorifié ses actions. Ce qui glace le sang, c’est la banalisation de cette collaboration à Gaza, à travers toutes les strates de la société.

L’équivalence entre djihadisme et nazisme est manifeste. Dans les deux cas, il s’agit d’idéologies totalitaires, conquérantes, antisémites, aspirant à imposer un ordre mondial fondé sur la violence : l’empire aryen pour les uns, le califat pour les autres. Leur stratégie repose sur la terreur, le génocide, et l’élimination systématique des Juifs. La Shoah, théorisée dans Mein Kampf, trouve son écho dans la guerre sacrée contre les Juifs prônée dans certains versets du Coran et des hadiths, tels qu’interprétés par les courants islamistes radicaux.

Eva Illouz[3] rappelle dans un ouvrage récent[4] la filiation idéologique entre les Frères musulmans et le nazisme. Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans en 1928 — matrice du Hamas — vouait à Hitler une telle admiration qu’il fit traduire Mein Kampf sous le titre Mon Djihad. L’une des affinités profondes entre ces deux idéologies réside dans leur volonté commune d’extermination des Juifs, d’abord au Moyen-Orient, puis dans le monde entier.

Le Hamas s’inscrit pleinement dans cette nébuleuse à la fois religieuse, totalitaire, nationaliste et anti-occidentale. Il en est l’héritier direct et revendiqué. À ce titre, la population de Gaza, qui a porté ce mouvement au pouvoir et partage pour l’essentiel son imaginaire de haine, ne saurait être totalement exonérée de sa responsabilité.

Les Gazaouis ne sont donc pas irréprochables face au déluge de feu qui s’est abattu sur eux après le 7 octobre, de même que les Allemands ne l’étaient face à la riposte des Alliés. Une large majorité des Gazaouis, y compris parmi les femmes et les enfants, nourrit une haine viscérale des Juifs et aspire à leur disparition. De même, la quasi-totalité des Allemands des années 1940 adhérait à l’antisémitisme ambiant et aux ambitions pangermaniques du Troisième Reich.

Le président israélien Isaac Herzog l’a exprimé sans détour lors d’une conférence de presse : « Il existe un État [Gaza] qui a construit une machine du mal à nos portes. C’est toute la nation [de Gaza] qui en est responsable. La rhétorique selon laquelle les civils ne sont ni conscients ni impliqués est un mensonge absolu. »

Denis Charbit[5], intellectuel israélien lucide et attachant, conclut son dernier ouvrage[6] en affirmant : « Je reste un sioniste intranquille. Et je demeurerai tel aussi longtemps que durera la présence militaire israélienne en Cisjordanie, tant que les habitants de Gaza continueront de souffrir. Aussi longtemps que la contestation de la politique israélienne visera implicitement ou explicitement la disparition d’Israël. »

Les Israéliens aspirent à la paix. Certains Palestiniens aussi. Mais tant que les nouveaux nazis ne seront pas mis hors d’état de nuire, les bonnes volontés, les appels au dialogue, les élans de réconciliation se briseront sur la bête immonde.

***

[1] Hannah Arendt, politologue, philosophe et journaliste juive allemande (1906-1975).

[2] Questions de philosophie morale, Éditions Payot, 2024.

[3] Eva Illouz, sociologue et universitaire franco-israélienne, directrice d’études à l’EHESS.

[4] Le 8-Octobre : Généalogie d’une haine vertueuse, Gallimard, 2024.

[5] Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël.

[6] Israël, l’impossible État normal, Calmann-Lévy, 2024.

Macron, frère du Liban

Le Président Macron, en difficulté manifeste dans son propre pays, essaie maintenant de se donner une stature internationale en soutenant la guerre lancée par le Liban contre Israël  il y a 76 ans.

Galvanisés par l’odeur du sang du 7 octobre, les Libanais envoient depuis ce massacre un déluge d’engins de mort sur la Galilée. Plus de 70.000 Israéliens se sont vus contraints, la mort dans l’âme,  de quitter leur coin de paradis, devenu un coin d’enfer.

Il y a quelques jours un haut dignitaire libanais a été éliminé par Tsahal au moyen d’un tir ciblé. Ce monstre était responsable de nombreuses tueries, dont l’assassinat à Beyrouth de 58 militaires français en 1983. Distrait comme il est, on ne sait pas si Macron a envoyé des condoléances aux proches, mais on peut l’imaginer. On peut tout imaginer avec cet homme sans foi ni loi, qui plaint les Libanais des dégâts qu’ils subissent par l’effet boomerang de leur pathologie antisémite. Belle illustration de cette histoire de l’enfant qui tue ses parents et qui demande ensuite au tribunal la clémence au titre d’orphelin.

Macron adjure  les responsables libanais de rechercher la voie diplomatique pour obtenir un permis de tuer à condition qu’on empêche les Juifs de se défendre. Il assure les libanais, criminels ou pas, de ses  sentiments fraternels.

Il estime peut-être que la guerre n’est pas inéluctable, dans ce sens que si les Juifs disparaissaient le conflit n’aurait plus  d’objet. Mais là aussi il se trompe : on peut parfaitement en vouloir aux Juifs après les avoir tués. Il y a six millions de preuves.

C’est l’affaire des Français que de supporter un Président impopulaire, incompétent, toxique, narcissique et bête à mourir. Mais quand il refuse de se joindre à une manifestation contre l’antisémitisme, quand il interdit à des Israéliens la participation au Salon de la Défense à Paris et quand il soutient le Liban dans sa rage d’éradication d’Israël, alors cela devient l’affaire des Juifs.

De tous les Juifs, et même de ceux qui ne le sont pas. De tout le monde, en somme.

Macron ou les fourberies d’un pantin

Le salon de défense Eurosatory réunit tous les deux ans près de 2 000 exposants, une soixantaine de pays et 250 délégations. C’est un carrefour international où professionnels de l’armement, gouvernements, militaires et acteurs privés viennent échanger, présenter leurs innovations et conclure des partenariats. Israël y participe traditionnellement, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi parce que ce type d’événement offre des opportunités précieuses en matière de coopération stratégique.

Or, à quelques jours de l’ouverture, alors que 74 entreprises israéliennes s’apprêtaient à installer leur stand au Parc des Expositions de Villepinte, le président Macron a ordonné à l’organisateur du salon de leur interdire l’entrée. Dans la foulée, des groupes islamistes ont obtenu d’un tribunal qu’il étende cette interdiction à toute personne liée à l’industrie de défense israélienne.

Mais quelques jours plus tard, le tribunal de commerce de Paris a jugé cette exclusion illégale et en a prononcé l’annulation. La cour d’appel de Paris, à son tour, a désavoué la décision précédente, rétablissant le droit des Israéliens à participer au salon.

Le mal, toutefois, était fait — moralement comme matériellement. Les entreprises israéliennes ont été privées de leur présence et de leurs investissements. Il faut néanmoins saluer la justice française, qui a su empêcher un président bavard et inconsistant de transformer un salon professionnel en terrain de boycott contre Israël — pays ami, partenaire, et allié stratégique de la France.

Mais l’abus de pouvoir reste là, cynique et honteux. Devrait-on s’en étonner ? N’est-ce pas le même Emmanuel Macron qui avait refusé de participer à une marche contre l’antisémitisme, sous prétexte qu’un délinquant islamiste proche de ses cercles aurait suggéré qu’y apparaître aux côtés de Juifs risquait de heurter des sensibilités musulmanes ?

Vive la France — mais vivement que son président s’en aille.

La gauche française et le Statut des Juifs

La dissolution de l’Assemblée nationale, décrétée par le président Macron le 9 juin dernier, constitue un événement majeur dans l’histoire politique contemporaine de la France. Il est aujourd’hui impossible d’en prévoir sereinement les conséquences, tant l’équilibre des forces semble bouleversé à la lumière des résultats des élections européennes. Si la droite nationaliste a enregistré des progrès notables, elle peine encore à s’unir ; en revanche, le peuple de gauche est parvenu, en un temps record, à fédérer ses forces pour affronter les élections législatives.

Il faudra attendre le verdict des urnes pour savoir quel camp l’emportera. Mais une chose est d’ores et déjà acquise : quel que soit le visage de la future Assemblée nationale, le véritable vainqueur de ce moment politique tragique, c’est l’antisémitisme.

La gauche française, dans son ensemble, a consacré la judéophobie comme l’un des fondements de son rassemblement. Des extrêmes trotskistes aux sociaux-démocrates traditionnels, tous les acteurs de cette coalition hétéroclite ont conclu un pacte baptisé « Nouveau Front populaire ». En dépit de leurs divergences de doctrines, de stratégies et d’ambitions, le Parti socialiste, les Écologistes, La France Insoumise, le Parti communiste, Place Publique et d’autres encore se sont réunis autour d’un programme où la haine des Juifs, parfois sourde, parfois criée, opère comme un liant tacite.

La gauche française, toutes tendances confondues, et avec la bénédiction d’un ancien président de la République et de la maire de Paris, a solennellement acté que le Hamas — organisation dont l’unique finalité est l’extermination des Juifs — devait être considéré comme un mouvement de résistance légitime.

L’Histoire, une fois de plus, bégaie. En 1940, la gauche française avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, lui ouvrant la voie pour instituer le régime de Vichy. Aujourd’hui, elle redonne vie, sous d’autres formes, à l’esprit du Statut des Juifs, en apportant un soutien direct ou indirect aux auteurs du 7 octobre.

Il existe, bien sûr, des femmes et des hommes de gauche honorables. Mais il faut avoir le courage de dire qu’en cette heure décisive, toute personne qui continuerait à soutenir quelque composante que ce soit du « Nouveau Front populaire » se rendrait objectivement complice d’un projet de délégitimation des Juifs et d’exacerbation de la haine antisémite.

La gauche française, dans son ensemble, a trahi ce qui aurait pu justifier son existence : elle ne mérite plus aujourd’hui que l’opprobre. Rien, absolument rien, ne peut excuser une quelconque entente avec elle, que l’on soit juif ou non.

Quant aux Juifs de France, à ceux qui se revendiquent encore de ce nom et qui regardent autour d’eux sans plus savoir vers qui se tourner, qu’ils sachent qu’Israël existe et que La Loi du Retour leur est ouverte. Elle est un droit et une espérance.

Jean-Luc Mélenchon est-il une ordure antisémite ?

Amine El Khatmi est un homme politique français issu de la gauche.  Il est l’actuel président du mouvement   Printemps Républicain. Il y a quelques mois, El Khatmi a été invité par le journaliste Fréderic Haziza de Radio J à s’exprimer sur l’actualité, notamment en rapport avec le massacre du 7 octobre 2023 en Israël. A la question de savoir ce qu’il pensait de la position de Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France Insoumise, El Khatmi a qualifié celui-ci « d’ordure antisémite »

Jean-Luc Mélenchon  a réagi en estimant que ces propos étaient « extrêmement graves », revêtaient un « caractère infamant » et constituaient un « incontestable préjudice moral ». Il a assigné Radio J et Haziza en justice et demandé que l’émission soit supprimée des plateformes où elle était accessible. A noter qu’il semble que Mélenchon  n’ait pas assigné El Khatmi à titre personnel.

Maître Goldnadel, avocat de Radio  J et de Haziza,  a annoncé il y a peu que Mélenchon a été débouté par le tribunal. A partir de cette décision de justice il n’est pas déraisonnable de déduire maintenant que qualifier Mélenchon d’ordure n’est pas une injure, mais une information.

Il se peut que Mélenchon n’en reste pas là et qu’il poursuive El Khatmi pour diffamation. Ce serait une affaire intéressante à suivre, vu le passif de Mélenchon et de ses complices de la France Insoumise en matière d’antisémitisme. El Khatmi serait invité à étayer ses propos et à soumettre aux juges un faisceau d’indices assez accablants pour qu’ils conviennent que Mélenchon mérite effectivement d’être qualifié d’antisémite. Les attendus ne retiendraient probablement pas la qualification d’ordure, ce statut ne figurant pas dans le code pénal.

De là à poursuivre Mélenchon pour diffamation raciale, apologie du terrorisme  et incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination, il n’y aurait qu’un pas à franchir. L’on pourrait d’ailleurs lui adjoindre dans le box des accusés Annie Ernaux, Mathilde Panot, Edgar Morin, Rima Hassan, Aymeric Caron, Danièle Obono, David Guiraud et quelques autres apparatchiks de la France Insoumise.

Si Mélenchon était condamné et qu’il se présentait aux élections présidentielles de 2027, il serait le premier candidat à briguer ce poste sous l’étiquette d’antisémite  certifié. Nul doute qu’il aurait des électeurs et que cela couronnerait une stratégie qu’il pratique avec succès depuis un certain temps déjà.

La Loi du Retour

La « Loi du Retour »[1] a pour vocation d’accueillir tout Juif souhaitant s’établir en Israël. Elle prévoit que « l’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du peuple juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou privés de liberté en raison de leur judéité ou de leur citoyenneté ». En pratique, cette loi confère un droit immédiat et irréversible à la citoyenneté israélienne à toute personne éligible désireuse d’immigrer, indépendamment des circonstances qui motivent sa décision, qu’elle soit en situation de détresse ou non.

Cependant, tout droit implique en contrepartie une forme de responsabilité. Tout Juif se revendiquant du sionisme est appelé à soutenir Israël, en temps de guerre comme en temps de paix, chacun selon ses moyens, ses capacités et son engagement. Les personnes éligibles à la Loi du Retour pourraient ainsi être tenues à un devoir de réserve à l’égard du gouvernement israélien, quel qu’il soit. Il apparaît difficilement concevable que certains puissent, d’une part, exprimer publiquement des positions hostiles à Israël — voire reprendre des discours antisémites — et, d’autre part, se réserver la possibilité d’y immigrer à leur convenance ou par nécessité.

Si la liberté d’expression constitue un droit fondamental, l’État d’Israël pourrait, dans cette perspective, se réserver la faculté de restreindre l’accès à l’alyah pour des personnes dont les prises de position seraient jugées manifestement contraires à ses intérêts.

La Loi du Retour s’applique actuellement à toute personne née de mère juive, convertie au judaïsme, ou ayant au moins un grand-parent juif. Il pourrait toutefois être envisagé d’élargir ce cadre à des individus ne répondant pas strictement à ces critères, mais exprimant une volonté sincère de partager le destin du peuple juif. Dans la mesure où la définition du terme « Juif » au sens de cette loi ne correspond pas strictement à celle de la Halakha, il serait envisageable de confier cette qualification à des instances explicitement laïques, porteuses d’une identité juive affranchie de toute dimension religieuse.


[1] Loi votée en 1950 par le Parlement israélien garantissant à tout Juif le droit d’immigrer en Israël.

Israël face au terrorisme

La peine de mort n’existe pas en Israël, comme dans la plupart des démocraties contemporaines. Ôter la vie à un être humain, aussi coupable soit-il, demeure un acte intrinsèquement dégradant, y compris lorsqu’il vise les criminels les plus odieux.

La tradition juive elle-même, bien qu’ayant admis la peine capitale à l’époque biblique, en avait déjà considérablement restreint l’application à l’époque talmudique. Le Talmud enseigne ainsi qu’un « Sanhédrin qui exécute un homme une fois en soixante-dix ans est appelé un Sanhédrin cruel » (Mishna, Makot 1:10).

D’un point de vue pragmatique également, la peine de mort ne constitue pas un instrument dissuasif particulièrement efficace. La souffrance du condamné se limite à l’intervalle entre la sentence et son exécution. À cet égard, la réclusion à perpétuité apparaît souvent comme une sanction plus lourde, plus durable et potentiellement plus dissuasive.

En Israël, cependant, même des terroristes responsables d’actes particulièrement graves peuvent être libérés dans le cadre de négociations, d’échanges d’otages ou de décisions politiques. Il n’est pas rare qu’une fois libérés, certains reprennent leurs activités, constituant ainsi une menace persistante pour la sécurité nationale.

Les moyens classiques de lutte contre le terrorisme se révèlent souvent insuffisants. Les organisations terroristes opèrent en dehors des structures étatiques, ignorent les règles du droit international humanitaire et ciblent délibérément les populations civiles.

Dans ce contexte, le recours à des unités spécialisées s’impose. Celles-ci doivent adapter leurs méthodes à la nature de l’adversaire, tout en conservant un cadre d’action rigoureux. Leur efficacité ne dépend pas seulement des moyens matériels ou opérationnels qui leur sont alloués, mais aussi d’un socle éthique clair, qui légitime leur action au titre de la défense nationale.

Une partie de l’opinion publique israélienne considère aujourd’hui que les règles traditionnelles de la guerre sont inadaptées face au terrorisme contemporain, en particulier lorsque celui-ci atteint un degré de violence extrême, comme lors du massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas.

Dans cette perspective, certains estiment que les forces antiterroristes devraient disposer d’une plus grande autonomie sur le terrain, afin de pouvoir apprécier en temps réel le degré de dangerosité des individus qu’elles appréhendent, et agir en conséquence. Elles pourraient ainsi être habilitées à neutraliser immédiatement ceux qui représentent, ou sont susceptibles de représenter, une menace durable.

Le droit classique interdit de juger une personne pour des crimes qu’elle pourrait commettre à l’avenir. Toutefois, dans le cas de terroristes aguerris, formés et intégrés dans des structures idéologiques radicales, l’idée d’une neutralisation préventive est parfois envisagée comme une extension du principe de légitime défense.

Cette logique n’est pas sans précédent. À la suite de l’attentat des Jeux olympiques de Munich en 1972, Israël a mené une opération clandestine visant à traquer et éliminer les responsables du massacre, sous la direction du Mossad. Baptisée « Opération Colère de Dieu », cette campagne reposait sur le refus de toute impunité pour les auteurs d’actes visant des Juifs, où qu’ils se trouvent.

Dans cette optique, certains plaident pour accorder aux unités antiterroristes une latitude comparable, adaptée aux menaces contemporaines, qu’elles émanent d’organisations transnationales ou d’États soutenant le terrorisme.

La position qui en découle peut alors se formuler ainsi : refuser la peine de mort en tant qu’institution juridique, tout en reconnaissant la nécessité de neutraliser, dans un cadre opérationnel, ceux qui constituent une menace immédiate.

L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs

L’idée que l’antisémitisme serait dû à l’ignorance ou à l’obscurantisme est fausse, même s’il est vrai qu’il y a des obscurantistes et des ignorants partout. La riposte à l’antisémitisme à travers le monde n’est ni dans l’éducation ni dans la laïcité ni dans l’humanisme ni dans l’antiracisme ni dans l’information ni dans la démocratie. Elle est dans l’Etat des Juifs. La logorrhée antisémite qui persiste en Occident est de même nature que celle qui a abouti à la Shoah. Les mêmes causes produiraient les mêmes effets si par malheur l’Etat d’Israël disparaissait.

La lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs. Ils n’ont aucune prise sur ce fléau et aucun moyen de le combattre. Il n’y a d’ailleurs pas d’antisémitisme d’Etat dans le monde libre, et les autorités font généralement ce qu’elles peuvent pour le sanctionner. Mais le fait est qu’elles n’arrivent pas à juguler ce phénomène fabriqué par des siècles d’antijudaïsme  chrétien et musulman. Il est frappant d’observer que les manifestations contre l’antisémitisme en Europe ne mobilisent pas grand mondé excepté les Juifs eux-mêmes. Ces manifestations sont souvent pathétiques, tellement elles renvoient les Juifs à leur solitude. Une des raisons de la frilosité de la classe politique européenne à ce sujet est la crainte d’indisposer les musulmans, dix fois plus nombreux et soutenus par une gauche qui avance masquée sous couvert d’antisionisme.

L’Etat d’Israël doit faire entendre sa voix contre l’antisémitisme par les canaux diplomatiques d’usage, mais il n’est pas en son pouvoir ni de son  droit d’intervenir dans la politique intérieure des pays concernés. Israël peut et doit en revanche promouvoir l’Alyah auprès des Juifs à travers le monde qui estiment que leur qualité de vie, ou leur vie tout court, est compromise du seul fait d’être Juif.

La Cisjordanie ?

La Cisjordanie — que l’on peut également désigner sous son appellation historique de Judée-Samarie — constitue, au mieux, un territoire disputé. En novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies adopta la résolution 181, de nature non contraignante, recommandant la création de deux États à l’ouest du Jourdain, l’un juif et l’autre arabe, à la veille du retrait britannique de Palestine. Les représentants juifs acceptèrent ce plan ; les dirigeants arabes le rejetèrent et engagèrent une confrontation armée pour s’approprier l’ensemble du territoire. Ce refus du principe même d’un État juif, ainsi que la volonté de le détruire, rendirent de facto la résolution 181 inopérante.

Dans cette perspective, certains soutiennent que la Jordanie constitue déjà, en pratique, un État palestinien. Une grande partie de sa population est d’origine palestinienne et entretient des liens familiaux étroits avec les habitants de Cisjordanie, laquelle faisait partie du royaume hachémite jusqu’à la guerre des Six Jours en 1967. Après ce conflit, la Jordanie s’est inscrite dans la ligne de la Ligue arabe proclamant les « trois non » : pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël, pas de négociation avec Israël. C’est dans ce contexte de refus qu’Israël a engagé sa politique d’implantations, poursuivie, sous des formes diverses, par les gouvernements successifs.

L’accusation selon laquelle Israël violerait le droit international en « occupant » la Cisjordanie est, selon cette lecture, contestable. Rien ne viendrait juridiquement invalider le contrôle israélien sur un territoire depuis lequel la Jordanie avait tenté, en 1967, d’attaquer Israël. Pendant une longue période, Israël s’est déclaré prêt à restituer ces territoires en échange d’un accord de paix. Le roi Hussein choisit toutefois d’y renoncer, favorisant l’émergence d’une entité palestinienne distincte. Ce choix, dans cette optique, n’engageait ni juridiquement ni moralement Israël, et apparaît comme discutable sur le plan géopolitique.

L’hypothèse d’une Cisjordanie indépendante — avec ou sans l’accord d’Israël — est souvent perçue, dans cette analyse, comme susceptible de reproduire le précédent de Gaza, marqué par une hostilité persistante envers Israël. La revendication d’un État palestinien entre Israël et la Jordanie est alors interprétée comme un projet dont le moteur principal ne serait pas la coexistence, mais l’opposition à Israël. Selon cette lecture, une large part des sociétés palestiniennes — en Cisjordanie comme à Gaza — demeure profondément hostile, et l’idée selon laquelle elles aspireraient majoritairement à la paix mais seraient entravées par leurs dirigeants est jugée illusoire.

Dans ce contexte, toute direction politique palestinienne serait contrainte d’asseoir sa légitimité sur une ligne dure à l’égard d’Israël. Même dans le monde arabe, les régimes qui envisagent une normalisation avec Israël doivent composer avec une opinion publique souvent réticente, voire hostile. Il en résulte un paradoxe : des élites politiques parfois plus pragmatiques que les sociétés qu’elles gouvernent.

Au fil des décennies, la question des implantations en Cisjordanie est devenue pour Israël un sujet à la fois sensible et controversé, tant sur les plans éthique que juridique. À l’hostilité persistante d’une partie du monde arabe s’ajoutent les pressions internationales, les tensions internes à la société israélienne, ainsi que les violences récurrentes. L’ensemble contribue à une situation d’une grande complexité, en l’absence d’un horizon politique clairement défini.

Dans ce cadre, une solution parfois avancée consisterait à redéfinir le statut de la Cisjordanie en fonction de la répartition démographique. Les zones à majorité palestinienne pourraient être rattachées à la Jordanie, comme avant 1967, tandis que les zones à majorité juive seraient intégrées à Israël. Une frontière négociée entre les deux États remplacerait alors la ligne d’armistice de 1949. Une telle approche présenterait l’avantage de limiter les déplacements de population, tout en offrant aux Palestiniens un cadre étatique et une citoyenneté pleine au sein d’un pays en paix avec Israël depuis plusieurs décennies.

Fin de la Diaspora

« Le Juif est considéré par les vivants comme un mort, par les autochtones comme un étranger, par les sédentaires comme un clochard, par les gens aisés comme un mendiant, par les pauvres comme un exploiteur, par les patriotes comme un apatride, et par toutes les classes comme un concurrent qu’on déteste.[1] »

Les Juifs en exil ont, de tout temps, constitué un peuple au sein des peuples parmi lesquels ils vivaient. Ainsi, à Babylone, la communauté juive disposa, pendant plus d’un millénaire, de ses propres institutions : tribunaux, forces de police, corporations, circonscriptions, académies, ainsi qu’une autorité suprême appelée l’Exilarque[2]. L’étymologie même de ce titre révèle que les Juifs de Babylone ne se percevaient pas comme des citoyens à part entière, mais comme des exilés.

De l’Antiquité au Moyen Âge, les Juifs, tant en Orient qu’en Occident, furent dotés d’institutions autonomes. Leurs tribunaux rabbiniques statuaient selon le droit hébraïque[3]. Ceux qui vivaient en dehors de ce cadre étaient extrêmement rares et finissaient le plus souvent par se convertir au christianisme ou à l’islam. Lorsque, au XVIIe siècle, Spinoza[4] fut excommunié par les rabbins d’Amsterdam, il se retrouva sans communauté de rattachement ; il est parfois considéré, à ce titre, comme le premier Juif laïque.

Hannah Arendt[5] souligne, dans Eichmann à Jérusalem[6], qu’au XXe siècle encore, les Juifs d’Europe de l’Est étaient perçus comme un peuple distinct, tant par leurs alliés que par leurs adversaires. Elle écrit : « Je ne crois pas, pour ma part, m’être jamais considérée comme allemande — au sens d’une appartenance à un peuple et non à un État, si je puis me permettre cette distinction. »

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle exprimait l’espoir de voir émerger une Europe unie dans laquelle « les Juifs seraient reconnus en tant que nation européenne et représentés au Parlement[7] ».

Depuis l’Émancipation[8] au XIXe siècle, les Juifs se sont progressivement intégrés dans les sociétés du monde libre, reléguant leurs traditions à la sphère privée. Toutefois, partout où le judaïsme est perçu avant tout comme une religion plutôt que comme une identité, la population juive tend à diminuer. Des penseurs sionistes tels qu’Ahad Ha’am[9] et Bialik[10] redoutaient déjà que l’Émancipation ne conduise à la disparition de l’identité juive par assimilation.

À notre époque, seules certaines mouvances ultra-orthodoxes perpétuent leur mode de vie de manière résolue, souvent au sein d’enclaves, notamment aux États-Unis. Mais cette persistance tient précisément à leur caractère non assimilable. En dehors de ces groupes, la Diaspora semble aujourd’hui engagée dans un processus de déclin.

Par le passé, des propositions ont été formulées en faveur de l’octroi de la nationalité israélienne à des Juifs ne souhaitant pas émigrer en Israël. Une telle idée mériterait d’être réexaminée. Les personnes intéressées pourraient en faire la demande, en exprimant le souhait d’acquérir la nationalité israélienne tout en continuant à résider dans leur pays. Leur participation aux élections législatives israéliennes pourrait être encadrée par certaines conditions : par exemple, être subordonnée à l’accomplissement d’un service militaire ou civil en Israël, suivi d’un retour dans le pays de résidence.

On pourrait également envisager d’accorder le droit de vote à ceux qui, sans y résider de façon permanente, séjournent en Israël de manière significative, pour des raisons personnelles ou professionnelles. Il convient de rappeler qu’à ce jour, les citoyens israéliens résidant à l’étranger ne peuvent voter qu’à condition d’être présents dans le pays le jour du scrutin.

Nombreux sont les Juifs qui se revendiquent du sionisme et expriment leur soutien à Israël, mais tous n’ont pas les moyens de traduire cet attachement en actes concrets. Ceux qui se sentent concernés par la Loi du retour — de manière effective ou symbolique, pour eux-mêmes ou pour leurs descendants, aujourd’hui ou dans l’avenir — ont, à tout le moins, une responsabilité morale à l’égard d’Israël. L’acquisition de la nationalité israélienne pourrait constituer une manière forte de l’exprimer.

Certes, une telle démarche pourrait être perçue, en Diaspora, comme un signe de double allégeance. Mais il s’agirait d’un effort limité au regard de l’enjeu : manifester sa solidarité envers un État qui veille à la sécurité, à la pérennité et à la viabilité du peuple juif. Une autre justification résiderait dans la nécessité de prévenir un engorgement administratif en cas d’afflux massif de demandes d’immigration, consécutif à une recrudescence de l’antisémitisme.


[1] « Autoémancipation, avertissement d’un Juif russe à ses frères », 1882, Léon Pinsker, militant sioniste.

[2] Représentant officiel du puissant judaïsme babylonien auprès des autorités locales.

[3] המשפט העברי, מנחם אלון, 1973 הוצאת מגנס

[4] Philosophe rationaliste d’origine séfarade portugaise, mort en 1677.

[5] Politologue, philosophe et journaliste juive allemande, décédée en 1975.

[6] Eichmann à Jérusalem, Viking Press, 1963, chapitre « Les déportations des Balkans ».

[7] Compilation des écrits de Hannah Arendt sur la judéité, Éditions Fayard, 2011.

[8] Processus de libération des Juifs en Europe et dans le monde, leur ayant permis d’obtenir la citoyenneté et l’égalité des droits.

[9] Penseur nationaliste juif et leader des Amants de Sion, l’un des pères de la littérature hébraïque moderne.

[10] Poète, essayiste et journaliste de langue hébraïque d’origine ukrainienne, mort en Palestine en 1934.

La légitimité d’Israël

Les royaumes de l’époque biblique, ainsi que les dynasties hasmonéenne et hérodienne, totalisent environ quatre siècles durant lesquels les Juifs exercèrent une souveraineté en terre d’Israël. Toutefois, les périodes de vassalisation sous domination perse, grecque ou romaine n’ont jamais entraîné de dilution de la conscience nationale juive. Celle-ci doit donc être appréciée à l’aune de la présence effective des Juifs en Israël, et non se limiter aux seules phases de souveraineté politique.

Selon le récit biblique, les descendants d’Abraham se constituèrent en peuple au cours des quatre siècles passés en Égypte. L’Exode, puis la réception de la Torah au mont Sinaï — conformément à la tradition — marquent à la fois l’affirmation d’un ancrage en Israël et l’adoption d’une Loi commune. Ces éléments permettent de situer la naissance d’une nation, vers 1400 avant notre ère, ainsi que l’émergence d’une conscience nationale liée à un territoire. Depuis l’installation en Canaan jusqu’à l’avènement de l’islam, soit près de deux millénaires, les Juifs furent présents en Israël en grand nombre, sinon en majorité, et cela de manière presque ininterrompue.

Il convient de souligner que, bien que les Juifs aient souvent vécu en relative autarcie dans la Diaspora, ils n’ont jamais revendiqué d’indépendance ailleurs qu’en Israël. La seule exception apparente figure dans un ouvrage médiéval intitulé Le Livre du Khazar, de Judah Halevi[1]. Celui-ci relate l’histoire d’un peuple du Caucase dont le roi, séduit par l’argumentation d’un érudit juif, décide de se convertir au judaïsme et d’en faire la religion d’État. Il s’agit toutefois d’une œuvre philosophique et théologique, construite sous forme d’allégorie, visant à exposer les fondements du judaïsme.

L’Exode d’Égypte, le retour en Israël après l’exil babylonien, la révolte des Maccabées contre les Grecs, ainsi que l’insurrection de Bar Kokhba contre les Romains, témoignent de manière incontestable de la permanence d’un sentiment national lié à la terre d’Israël au sein de la conscience collective juive tout au long de l’Antiquité. C’est ce qui conduit Spinoza, au XVIIe siècle, à écrire : « si l’esprit de leur religion n’efféminait leurs âmes, je suis convaincu qu’une occasion favorable venant à se présenter, les Juifs pourraient reconstituer leur État »[2].

Qu’ils s’inspirent de l’Histoire ou de la Torah, la plupart des Juifs revendiquent un lien à la fois spirituel, charnel et concret avec la terre d’Israël. Il existe, de ce point de vue, une continuité manifeste dans leur orientation vers cette terre, depuis la sortie d’Égypte jusqu’à nos jours.

Cependant, si ce lien est profondément ancré dans la conscience juive, il ne saurait être opposable à des tiers sur le plan du droit ou de la justice. En effet, la présence juive en Israël fut, durant de nombreux siècles, marginale, ce qui a rendu caduc tout droit à une souveraineté fondé exclusivement sur la Torah ou sur l’Histoire.

La recevabilité, la légitimité et la pertinence — tant éthiques que juridiques — de l’État d’Israël reposent dès lors sur la manière dont les fondateurs du sionisme ont conduit leur projet.

Au moment de la naissance du sionisme, il n’existait pas d’État en Palestine. La région était sous domination ottomane depuis des siècles, puis sous administration britannique. L’Organisation sioniste mondiale[3], chargée de la création d’un État juif, n’a jamais cherché à atteindre ses objectifs par des moyens détournés, illégaux ou violents. Les immigrants juifs qui s’installèrent en Palestine durant la première moitié du XXe siècle disposaient de visas réguliers, recevaient des passeports et étaient enregistrés, dès les années 1920, comme Palestiniens sous mandat britannique.

Ils contribuèrent progressivement au peuplement du territoire, au développement de son économie et à la structuration de ses institutions. Peu à peu, ils constituèrent une masse critique suffisante pour envisager la transformation du Yishouv[4] en un État viable. Ce processus ne fit, en définitive, que formaliser une situation de fait : les Juifs s’étaient installés sur des terres acquises légalement ou sur des domaines publics devenus vacants après le démembrement de l’Empire ottoman.

La légitimité politique d’Israël s’est ensuite consolidée à travers plusieurs étapes : la Déclaration Balfour, la conférence de San Remo[5], la commission Peel[6], la résolution 181 de l’ONU[7], la déclaration d’indépendance[8], l’admission d’Israël aux Nations unies[9], ainsi que sa reconnaissance par 160 États membres à ce jour.

Ainsi, la légitimité de l’État d’Israël aux yeux de la communauté internationale ne saurait raisonnablement être fondée ni sur une justification religieuse ni sur une mémoire historique, aussi précieuse soit-elle pour le peuple juif. Elle repose, en revanche, sur l’aboutissement concret du projet sioniste, porté par des hommes et des femmes qui l’ont réalisé conformément au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.


[1] Rabbin, philosophe, médecin et poète séfarade du 12ème siècle.

[2] « Traité théologico-politique », chap. 3, Spinoza

[3] Organisation dont l’objectif était l’établissement d’un centre spirituel, territorial ou étatique pour le peuple juif en terre d’Israël, territoire qui correspondait d’abord à la Palestine ottomane puis à la Palestine mandataire.

[4] Ensemble des Juifs présents en Palestine avant la création de l’État d’Israël.

[5] Conférence internationale en avril 1920 ayant déterminé l’attribution des mandats de la Société des Nations pour l’administration de territoires anciennement ottomans, dont la Palestine.

[6] Commission d’enquête britannique de 1936 visant à proposer des modifications au mandat britannique en Palestine.

[7] Plan de partage de la Palestine approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU en novembre 1947.

[8] Déclaration d’indépendance de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, dernier jour du mandat britannique sur la Palestine.

[9] L’État d’Israël est devenu le 59ème membre de l’Organisation des Nations unies le 11 mai 1949.

Jacques Attali ou le naufrage de l’esprit

Jacques Attali est né en 1943 dans une famille juive séfarade d’Algérie. C’est un technocrate diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale d’administration (ENA). Il est aussi détenteur d’un doctorat en économie. Il semble cependant ne pas avoir saisi les implications pratiques de cette discipline. Quand il a dirigé la « Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) » il a été contraint de démissionner[1] suite à des révélations sur les dépenses de la banque et son train de vie personnel. En outre il aurait été rémunéré pour des discours en contradiction apparente avec le règlement de la banque. Il avait par ailleurs un faible pour les déplacements en jet privé.

Attali est un érudit, mais il y a des érudits qui ne comprennent pas eux-mêmes ce qu’ils savent. Cet intellectuel pénétré de sa judéité fut proche du Président Mitterrand, qui, lui, avait soutenu le régime de Vichy et été décoré de la Francisque par Pétain.  Il est même arrivé à Attali de dîner en compagnie de René Bousquet, antisémite rabique responsable de la rafle du « Vélodrome d’hiver » en 1942[2].

Attali a récemment déclaré qu’il « faudrait pouvoir envoyer Netanyahu, ses ministres extrémistes et les dirigeants du Hamas dans la même prison. À vie. Pour crimes de guerre, massacres de leurs jeunesses et tentatives de meurtres contre l’avenir de leurs peuples. [3]»

Que l’on apprécie Netanyahu ou pas, le fait est qu’il fut en 1972 l’un des membres du commando qui donna l’assaut à un appareil détourné de la Sabena[4], et sauva ainsi une centaine d’otages prisonniers de terroristes palestiniens.

Entre le Juif de cour et le combattant de Tsahal il y a un choix qui s’impose.

***

[1] https://www.lesechos.fr/1993/06/le-president-jacques-attali-contraint-a-demissionner-de-la-berd-907252

[2] https://www.lemonde.fr/archives/article/1994/10/11/reperes-m-mitterrand-et-vichy-jacques-attali-confirme-qu-il-a-dejeune-par-hasard-avec-rene-bousquet_3847307_1819218.html

[3] https://www.i24news.tv/fr/actu/france/1703064243-jacques-attali-veut-envoyer-netanyahou-et-les-dirigeants-du-hamas-dans-la-meme-prison

[4] https://www.idf.il/fr/minisites/tsahal-au-passe/guerres-et-operations/operation-isotope-1972/

Les Juifs et le rêve américain

Lors d’un séjour en Israël, il y a plus de deux décennies, je suis à Tibériade pour participer à un séminaire international des dirigeants du Keren Hayesod[1]. Au cours d’une des séances, le professeur Della Pergola, universitaire spécialisé dans la démographie des communautés juives, nous parle des perspectives d’Israël. Il s’agit de réfléchir au potentiel   de croissance de la population juive dans les années à venir. L’antisémitisme et le marasme économique de l’URSS a certes suscité une émigration massive vers Israël, mais elle touche à sa fin.  La question est maintenant de savoir d’où pourrait bien venir une nouvelle Alyah significative.

Je propose une hypothèse aux participants du séminaire. Je commence par leur demander dans quel pays les Juifs sont à la fois les plus nombreux, les plus dynamiques, les mieux établis du point de vue intellectuel et économique, et aussi les plus intégrés en tant que citoyens. La réponse est bien entendu l’Amérique. La manière dont je décris la communauté juive des Etats-Unis semble suggérer qu’elle n’a pas vocation  à se tourner vers Israël.

Mais en analysant le profil de cette communauté  je relève qu’il a beaucoup d’analogie avec celui de l’Allemagne d’avant la Shoah.  Que c’est précisément ce genre de profil qui de tous temps a fini par se retourner contre les Juifs eux-mêmes.  Je rappelle l’Exode d’Egypte, l’expulsion d’Espagne et les Lois de Nuremberg[2]. Dans ces cas emblématiques les Juifs ont connu une descente aux enfers après avoir prospéré sur les sommets d’un âge d’or. Cela ne signifie pas qu’il pourrait y avoir une Shoah en Amérique, mais qu’une lame de fond antisémite pourrait s’avérer assez dévastatrice du point de vue moral pour décider de nombreux Juifs à se résoudre à l’Alyah.

Mon hypothèse laissa l’audience sceptique à l’époque, mais je pense qu’il n’est plus extravagant aujourd’hui de l’envisager. Cela fait des années que des institutions juives américaines sont attaquées ou subissent des actes de vandalisme. Le massacre du 7 octobre perpétré par le Hamas en Israël a eu pour effet de déclencher une flambée d’antisémitisme plus féroce en Amérique qu’ailleurs dans le monde occidental. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est qu’il a cours dans les universités les plus prestigieuses, là-même où sont formées les élites de la nation.

L’aile gauche du Parti Démocrate américain en particulier ne se retranche plus derrière un antisionisme de façade et manifeste son antisémitisme de manière de plus en plus décomplexée. Le Président Obama, fort de son prix Nobel immérité, s’en est pris à Israël après le massacre et a réussi un tour de force consistant à faire de la victime un coupable. Mais il doit être dans sa logique, puisque cet humaniste de pacotille a eu pendant vingt ans comme mentor et guide spirituel un antisémite notoire et qualifie la branche militaire du Hamas de « groupe de résistance palestinienne » dans son autobiographie[5].

Obama estime par ailleurs que « l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.  L’Islam a une tradition de tolérance dont il est fier ».

De nos jours la réalité de la gauche dépasse la fiction de la droite.

***

[1] Appel unifié pour Israël. Organisme central financier du mouvement sioniste mondial ainsi que celui de l’Agence juive.

[2] Adoptées par le Reichstag en 1935 et mettant en place en Allemagne un système discriminatoire où les juifs sont exclus de la société.

[[5] « Une terre promise », Fayard

Manifestation contre l’antisémitisme ?

Le 7 octobre 2023 des Gazaouis perpétraient un pogrom en Israël et se retiraient le jour même avec plus de 200 otages. Ce massacre a eu pour conséquence de déclencher une monstrueuse vague d’antisémitisme à travers le monde. Comprenne qui pourra.

Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une « importation du conflit israélo-palestinien », mais d’un antisémitisme d’une grande vitalité qui prospère à l’extrême-gauche et dans le monde musulman. Pour l’islamogauchisme ce massacre de Juifs est l’occasion de jubiler dans le monde entier.

La mouvance islamogauchiste avait pris l’habitude de camoufler son antisémitisme sous couvert d’antisionisme. Mais dernièrement elle ne semble même plus soucieuse de se servir de cet artifice.  Elle agresse directement les Juifs en tant que Juifs.

Face à ce phénomène, l’Assemblée nationale et le Sénat ont appelé à une manifestation à Paris contre l’antisémitisme. Elle aura lieu dimanche 12 novembre.

Maître Gilles-William Goldnadel, fondateur d’Avocats sans frontières  et président de France-Israël est connu pour son combat contre l’antisémitisme.  Il a pourtant annoncé qu’il ne se rendrait pas à la manifestation. Il estime que si ni l’extrême-gauche ni l’islamisme ni le Hamas ne sont explicitement mis en cause, et que si l’on ne réclame pas la libération des otages, alors cette manifestation est dénuée de sens.

Paul Amar, journaliste vétéran, réfléchit à la vacuité des défilés en silence. Ceux-ci consistent à valider la pleutrerie de l’Etat. C’est ratifier la doctrine du « pas de vagues », présentée comme une stratégie. C’est Munich à la sauce woke.  Les minutes de silence juif sont devenues au fil de l’Histoire des éternités de silence de mort.  Il a servi à quoi, ce silence? Qu’a-t-il changé ? Accompli ? Amélioré ? Dans quel lieu le silence est-il digne, ailleurs qu’au cimetière où reposent nos victimes du silence ? Faire silence à la manifestation de Paris quand Tsahal rompt le silence sur le champ de bataille ? Assez de silence. Vive les hurlements et la rage.

Lors de la Guerre des  Six-Jours en 1967 on ne manifestait pas contre l’antisémitisme, mais pour Israël. Il n’y a aucune différence de nature entre la tentative de  jeter les Juifs à la mer d’alors, et celle de maintenant. Même obsession génocidaire, même pathologie séculaire.

La manifestation contre l’antisémitisme à Paris est une manipulation. Une manœuvre pour ne pas nommer l’islamogauchisme. Cette manifestation devrait avoir pour unique thème le soutien à Israël. Rien d’autre.  Nous savons à quel point la France n’a pas été à même de  protéger les Juifs en temps de crise.

Reste l’Etat d’Israël, colonne vertébrale de la Diaspora. Aucun Juif ne peut tenir debout sans elle, ni en France ni ailleurs ni nulle part. Une manifestation contre l’antisémitisme sans drapeau d’Israël en tête est une tartufferie.

Jakubowicz contre Bensoussan

L’historien Georges Bensoussan est l’auteur de nombreux ouvrages traitant de l’histoire du peuple juif, en particulier celle du 19ème siècle jusqu’à nos jours. C’est un des rares chercheurs ayant une connaissance approfondie à la fois des mondes ashkénaze et sépharade.  Il a été responsable éditorial du Mémorial de la Shoah à Paris.

En 2002 Bensoussan dirige un ouvrage collectif intitulé « Les Territoires perdus de la République »,  où il donne la parole à des enseignants et chefs d’établissements scolaires. Ceux-ci témoignent de l’antisémitisme, du racisme et du sexisme qui règne  dans les banlieues parmi les jeunes issus de l’immigration.

En octobre 2015 Bensoussan et le sociologue Patrick Weil[1] sont invités par Alain Finkielkraut[2] à débattre dans l’émission « Répliques » sur France Culture. Le sujet du jour est « Le sens de la République ».  Dans le feu de la discussion, Bensoussan dit qu’il « n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne se sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu, comme un secret. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans le film qui passera sur France 3 : “C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère. »

Vérification faite par Finkielkraut, il ne s’agit pas d’une citation littérale, mais bien d’une métaphore édulcorée de ce que dit de Smaïn Laacher[3] dans le film mentionné par Bensoussan.

Le CCIF[4] signale l’émission à la préfecture de Paris, mais sans mentionner Smaïn Laacher, pourtant source des propos de Bensoussan sur l’antisémitisme qui sévit dans le monde musulman.  Le parquet se saisit de l’affaire et décide de poursuivre Bensoussan. La LICRA[5], dont l’avocat Alain Jakubowicz est le président, se constitue partie civile. Cela signifie qu’elle souhaite être incluse  au procès en qualité de plaignante.

En janvier 2017 Bensoussan est convoqué devant le tribunal correctionnel de Paris pour « incitation à la haine raciale ».  En mars de la même année il est relaxé. Le CCIF fait appel, mais en mai 2018 la Cour d’Appel relaxe Bensoussan « de toute accusation de racisme et d’incitation à la haine pour ses propos sur les musulmans ».

Jacques Tarnero[6], qui assiste au procès, juge que « ce n’est  pas à Georges Bensoussan d’être assis dans le box des accusés mais à ceux qui l’accusent d’y figurer ».

En septembre 2019 la Cour de cassation rejette tous les pourvois.

Mis hors de cause mais meurtri, lâché par certains et soutenu par d’autres, Bensoussan publie en 2021 « Un exil français », où il fait le point sur cet épisode qui l’a blessé dans sa vie d’homme et d’écrivain. Il est à la fois amer et nostalgique : « Ce procès   qui n’aurait jamais dû se tenir  sonnait pour moi, comme pour tant d’autres, d’ici et d’ailleurs, le glas d’un monde ancien. Je n’étais pas seulement du côté du « temps qui reste » mais sur la crête d’un pays qui glisse dans l’oubli. Ce que ces errements judiciaires avaient mis en lumière scindait ma vie ».

La semaine dernière Jakubowicz[7] était sur le plateau de «  L’Heure des Pros », émission sur Cnews animée par Pascal Praud[8].  Angoissé par la vague d’antisémitisme en cours, il  rappelle que lors de la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990, un million de français étaient descendus dans la rue. Il se plaint de ce que l’aptitude à s’indigner se soit émoussée depuis. Mais ce qu’il omet de préciser, c’est qu’a l’époque c’était l’extrême-droite qui était en cause, or il n’y avait pas grand risque à manifester contre elle. Cela consistait à se donner bonne conscience  à  bas prix. De nos jours il y n’y a guère plus que  des non-manifestants avec pour mot d’ordre « pas de vagues », surtout quand il s’agit de celles en provenance de la Méditerranée.

Au cours de l’émission, Jakubowicz admet avoir commis des erreurs au cours de sa carrière. Il dit ne pas les regretter parce qu’il les attribue à son humanisme et  à sa candeur. Mais il assume son combat contre Bensoussan et persiste à le trouver coupable de généralisation concernant l’antisémitisme musulman.  Il ajoute que cette affaire est sans grande importance.

Ce que Jakubowicz trouve sans grande importance, c’est d’avoir permis que la LICRA s’associe au CCIF, organisation islamiste dissoute depuis,  pour commettre un lynchage médiatique au moyen d’une procédure visant à déshonorer Bensoussan, l’un des historiens les plus fins, les plus érudits, les plus lumineux  et les plus intègres du monde intellectuel juif.

L’antisémitisme que dénonce Bensoussan ne correspond peut-être pas à la case chère à Jakubowicz, homme de gauche à la pensée hémiplégique qui ne souffre que l’on s’attaque à l’antisémitisme que quand il vient de droite.  De là sans doute sa nostalgie des manifestations antifascistes de naguère.

Quoi qu’il en soit, la charge renouvelée de Jakubowicz contre Bensoussan  sur un plateau de télévision, ceci plusieurs années  après que celui-ci ait été innocenté, est une honte.

[1] Politologue, directeur de recherche au CNRS.

[2] Philosophe, écrivain, essayiste, polémiste, producteur de radio et académicien français.

[3] Professeur de sociologie a l’université de Strasbourg.

[4] Le CCIF a été dissous ultérieurement en tant que groupement de fait, accusé de « partager » et « cautionner » des idées terroristes.

[5] Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme

[6] Essayiste et un documentariste français. Spécialiste dans l’étude du racisme, de l’antisémitisme et de l’Islam.

[7] Avocat français. Président de la Licra de 2010 à 2017.

[8] Journaliste sportif, chroniqueur, animateur de radio et de télévision français.

Terrorisme et riposte.

Suite au massacre perpétré en Israël par le Hamas, la sociologue Eva Illouz s’est exprimée au cours d’une interview sur la question de la proportionnalité de la riposte de Tsahal:

« …cette question de proportionnalité quand il s’agit d’un événement humain aussi important que la guerre me laisse perplexe. Qu’est ce que la proportionnalité ? Décapiter, violer, torturer 500 Palestiniens contre les 1500 Juifs qui sont morts dans des conditions similaires ? Comment créer une commensurabilité des massacres ? Parce qu’Israël vit constamment dans un état de guerre et de conflit, il a développé une doctrine militaire exigeant que l’ennemi paie un prix plus fort, pour le dissuader de recommencer. »

La question de la proportionnalité  se pose surtout – mais pas seulement – quand des civils innocents risquent d’être victimes d’affrontements entre forces armées. Mais il n’y a à Gaza  qu’une seule catégorie de civils dont on peut être certains qu’ils sont innocents, à savoir les enfants. Quant aux adultes ils sont certes sous l’emprise du Hamas, mais ils partagent généralement avec leurs maitres la haine des Juifs. Beaucoup de civils collaborent  activement aux crimes du Hamas, même sans en faire formellement partie.

Dans l’opinion publique israélienne il y a des voix qui s’élèvent pour exiger de suspendre l’aide humanitaire à Gaza aussi longtemps que ne seront pas libérés les otages enlevés lors du massacre du 7 octobre. Le spectacle de convois humanitaires qui approvisionnent Gaza ces jours-ci a quelque chose de surréaliste et d’indigne quand on pense qu’il y a parmi cette population d’innombrables  complices et assassins qui cherchent maintenant à échapper à la riposte de Tsahal.

Punir collectivement une population n’est jamais moral. Dans toute guerre il y des victimes collatérales, or la guerre contre le Hamas n’échappe pas à cette règle. Mais l’inhumanité du Hamas va jusqu’à sacrifier sa propre population en la transformant en bouclier humain. Israël n’a aucune responsabilité d’aucune sorte concernant ces victimes collatérales-là quand il s’agit de protéger ses propres civils, réellement innocents, eux, et pas seulement les enfants.

Gérard Miller ou la doctrine de la cécité

Gérard Miller est un intellectuel français issu d’une famille juive polonaise. Psychanalyste, professeur des universités et éditorialiste, il est aussi une figure marquante de la gauche radicale.

Miller a toujours manifesté une fascination pour le communisme. Il a milité, ou cheminé avec, des organisations telles que le Parti communiste français, l’Union des étudiants communistes, le Parti communiste chinois, le Mouvement marxiste-léniniste et la Gauche prolétarienne. Aujourd’hui, il soutient sans réserve Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, un parti dont les positions ambiguës sur l’antisémitisme sont de plus en plus dénoncées.

Dans une récente tribune publiée dans Le Monde, Miller s’en prend aux Juifs qui soutiennent Marine Le Pen ou Éric Zemmour, respectivement à la tête du Rassemblement National et de Reconquête. Selon lui, un tel soutien serait incompatible avec l’histoire et l’identité juives.

Certes, le Rassemblement National porte encore les stigmates de ses origines — l’ombre de Jean-Marie Le Pen plane toujours malgré les efforts de dédiabolisation. Mais un nombre croissant de Juifs considèrent que le parti a évolué et mérite leur appui. C’est une position politique, respectable, même si contestable.

Quant à Reconquête, parti de droite assumé et fondé par un homme lui-même d’origine juive, il ne traîne aucun passif antisémite. Y adhérer ne saurait donc être considéré comme une trahison morale. Soutenir Zemmour n’implique nullement une compromission avec la haine antijuive.

En revanche, La France insoumise ne cesse d’entretenir des liens avec des mouvances et figures dont les propos ou fréquentations antisémites sont documentés. Jean-Luc Mélenchon, autrefois admirateur d’Hugo Chavez — qui affirmait que “les Juifs avaient tué le Christ” —, s’est illustré par des propos ambigus, et parfois outranciers, sur cette question. Plusieurs élus et militants de LFI ont été pointés du doigt pour leur proximité avec des courants antisionistes dont le discours flirte dangereusement avec l’antisémitisme.

Il est par ailleurs frappant que ce même Miller admette lui-même que dans certains quartiers, des familles juives sont contraintes de déménager en raison d’un climat hostile, où l’« antisionisme » est souvent un masque commode de l’antisémitisme. Or, c’est précisément dans ces bastions que La France insoumise puise une part importante de son électorat.

Récemment, une députée Renaissance a même évoqué la nécessité de dissoudre La France insoumise pour motifs antisémites — une proposition extrême, certes, mais qui témoigne d’un malaise réel et croissant.

En définitive, Gérard Miller condamne les Juifs qui s’orientent vers la droite, tout en appelant à soutenir un parti dont les dérives sur la question juive sont de plus en plus manifestes. C’est là un paradoxe saisissant, voire une contradiction insoutenable.

Douce France

Le 10 mai 1940, les nazis envahissaient la Belgique et mes parents prenaient le premier train en direction de la France. Le bruit courait que les Allemands arrêtaient les Juifs valides pour les envoyer dans des camps de travail au service de la machine de guerre allemande. À Lyon, les autorités locales attendaient mes parents pour les placer chez l’habitant. Ils ont été conduits à Albon, petit village niché au cœur des montagnes d’Ardèche, et se sont installés chez madame Seauve, qui accueillit, le plus naturellement du monde, ce couple de fugitifs coupable d’être juif.

Mon frère est né quelques mois plus tard. La guerre faisait rage, mais Albon continuait à vivre au gré des saisons et des moissons. C’était un coin de paradis où l’on ne manquait de rien. Mes parents et mon frère n’y ont jamais eu faim ni froid. Ma mère faisait de la couture, mon père allait à la cueillette, et tout le village tricotait pour celui qui allait devenir mon grand frère, mais qui était encore petit. Ils sont restés trois ans, jusqu’à ce que les nazis les forcent à fuir à nouveau, vers la Suisse cette fois.

Je suis né après cet épisode familial, mais mes parents l’ont tellement évoqué tout au long de mon enfance que je l’ai intériorisé comme si je l’avais vécu. À l’aide des photos qu’ils avaient conservées, je pouvais même me faire une idée du village et de ses personnages, plus vrais que nature. Sans les avoir jamais rencontrés, je connaissais le boulanger, le boucher et le docteur — réfugié juif lui aussi.

La fratrie des Magnan me fascinait. Deux sœurs et un frère, célibataires à vie, qui devaient appartenir à la petite noblesse de campagne, vivaient dans un manoir à l’écart du village. Ils semblaient sortis d’un roman, avec leur côté balzacien à la fois désuet et digne. Le dimanche était jour de sortie : ils prenaient leur automobile, que monsieur Magnan faisait laborieusement démarrer à coups de manivelle.

Les Magnan s’étaient donné pour mission de s’occuper des réfugiés et s’étaient entichés de mon frère. Quand mes parents venaient leur rendre visite, il recevait un jouet ou une friandise. Ils le regardaient avec une tendresse toute aristocratique, et quand mes parents prenaient congé, ils se tournaient vers lui et disaient tristement : « pauvre petit Juif ».

Mais le personnage central de ces années à Albon était madame Seauve, chez qui mes parents ont vécu sans qu’il n’y eût jamais la moindre tension. Cette veuve rivée au terroir était dotée d’une étonnante vision du monde. Son fils, universitaire à Lyon, venait de temps à autre lui apporter des nouvelles d’un monde qui brûlait.

Ma mère m’avait transmis une image de madame Seauve qui n’était ni plus ni moins que celle d’une sainte. Bien après la guerre, alors que j’avais douze ans et que j’étais en vacances dans la région dans le cadre d’un mouvement de jeunesse, je me suis éclipsé sans demander d’autorisation. Je brûlais de connaître madame Seauve. J’avais économisé les quelques sous qu’il fallait pour payer l’autobus qui desservait Albon. J’ai débarqué sans crier gare. Madame Seauve m’a hébergé durant une semaine et m’a présenté au village comme si j’étais à la fois un héros et son petit-fils. J’en suis reparti en me disant que tout était conforme à ce que ma mère m’avait transmis, y compris la sainteté toute laïque de madame Seauve.

Il y a quelques jours, un ami de l’un de mes fils recevait un message de quelqu’un qui cherchait une famille Horowitz ayant séjourné à Albon pendant la guerre. Le contact fut établi et un rendez-vous fut pris en visioconférence avec mon fils, le fils de mon frère né à Albon, et moi-même.

La personne qui nous cherchait était Jeanne, l’arrière-petite-fille de madame Seauve. Elle est apparue à l’écran et, après quelques mots de bienvenue, nous a révélé qu’elle se trouvait à Albon, dans la maison même où mes parents et mon frère avaient passé trois années paisibles à l’ombre de la guerre. Elle nous a fait visiter, en vidéo, la maison, puis le village, où nous avons fait connaissance de descendants d’Albonais que mes parents avaient connus.

En 1943, après le départ de mes parents, les Allemands ont commencé à traquer les Juifs de la région pour les expédier à Drancy, afin d’être réduits en cendres dans les camps de la mort. C’est cette période que Jeanne cherche à reconstituer aujourd’hui avec Chantal, la secrétaire de mairie, des historiens, et le directeur des archives départementales, qui travaille sur les Juifs cachés en Ardèche.

Pendant cette heure intense, nous avons compris — mon fils, mon neveu et moi-même — que nous venions d’assister à un moment fort. Cela nous a rappelé ce que cette France profonde a de bon et de beau.

L’ambassadeur et le cafetier

Ron Prosor est un diplomate, écrivain et chroniqueur israélien. Ancien major de réserve de Tsahal, il fut représentant d’Israël aux Nations-Unies, ambassadeur au Royaume-Uni et est actuellement ambassadeur d’Israël en Allemagne.

Comme tous les ambassadeurs au monde, Ron Prosor s’intéresse au quotidien de ses compatriotes vivant à l’étranger. La semaine dernière il a eu la bonne idée d’aller passer un moment de détente au « Café Dodo » à Berlin, établissement tenu par un Israélien.

Alors que l’ambassadeur était déjà attablé, le vaillant cafetier l’a identifié et interpelé pour lui signifier qu’il n’était pas le bienvenu en ces lieux[1]. Une des raisons avancées était que l’ambassadeur incarnait la politique du gouvernement d’Israël. L’excellent cafetier ignorait sans doute que la mission d’un diplomate consistait précisément à représenter son gouvernement quand il était en mission à travers le monde.

Mais l’intrépide   cafetier en voulait aussi à l’ambassadeur d’avoir accusé le Bundestag[2] et la presse locale d’être laxiste par rapport à l’antisémitisme qui sévit en Allemagne sous couvert d’antisionisme. L’on comprend sans peine l’honnête cafetier, qui avait bien raison de s’indigner de ce qu’un vil représentant de l’Etat juif se permette d’insinuer qu’il y aurait de l’antisémitisme dans le pays berceau du nazisme, dont la Croix Gammée ne fut en tout et pour tout l’emblème qu’une dizaine d’années.

Il s’agit donc d’une scène en Allemagne au cours de laquelle un Juif expulse un autre Juif de son café parce qu’il représente des millions de Juifs du pays dont il est lui-même citoyen.

Du point de vue légal il s’agit probablement d’une infraction relevant d’un refus de vente discriminatoire. Mais ce qui est bien plus important, c’est que cet incident a une portée scientifique non négligeable.  En effet, il y a un siècle, Albert Einstein, Juif allemand,  avançait  ceci: « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine.  Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore la certitude absolue ».

Au moins une partie de cette proposition est-elle désormais démontrée grâce au brave cafetier berlinois.

[1] https://www.i24news.tv/fr/actu/international/europe/1690528600-l-ambassadeur-d-israel-en-allemagne-refoule-d-un-cafe-tenu-par-un-israelien-a-berlin

[2] Parlement allemand

Civitas ou le gardien de la chrétienté

« Civitas » est un groupuscule catholique intégriste français qui pourrait bientôt être dissous suite à des propos antisémites proférés par son dirigeant Pierre Hillard. Cette secte, qui est aussi un parti politique, ne compte que quelques énergumènes qui ne méritent pas que l’on s’attarde à eux.

Mais en cherchant des déclarations passées de Pierre Hillard, on trouve sur Internet une  vidéo d’une heure érudite, structurée et bien documentée. Ce connaisseur du judaïsme explique le combat de sa vie contre le peuple juif de manière posée, ce qui ne devrait pas surprendre, puisse qu’il ne s’agit de rien d’autre qu’un rappel conforme, précis et scrupuleux de la doctrine antijuive autour de laquelle s’est articulée la chrétienté tout au long de l’Histoire.

L’accusation de « déicide » était encore valide au Vatican lors du pontificat de Pie XII et l’est toujours dans l’Église grecque-orthodoxe, dans de nombreuses  congrégations protestantes, dans l’anglicanisme  et dans la mouvance catholique intégriste.  Il ne s’agit donc pas d’un épiphénomène, mais bien de la raison d’être du christianisme.

Comme le christianisme s’est établi comme religion d’Etat à travers le monde pendant près de deux millénaires, la haine des Juifs continue d’irriguer les soubassements de la conscience collective, même là ou la religion est en déclin.   C’est ce qui explique qu’en sécularisant l’antisémitisme, les régimes nazis et communistes n’ont pas éprouvé le besoin d’en démontrer le bien-fondé auprès des masses. C’est aussi ce qui explique l’antisionisme, qui n’est qu’un travestissement de l’antisémitisme séculaire.

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