Blanche Gardin antisémite

Blanche Gardin est une comédienne de talent qui a remporté deux années de suite un Molière. Lors d’une de ses représentations récentes, elle a déclaré qu’elle était antisémite depuis le 7 octobre. Ce cri du cœur  s’inscrit dans la libération actuelle  de la parole judéophobe sous couvert d’antisionisme – code pénal oblige. En réalité, l’antisémitisme de Blanche Gardin ne date pas du 7 octobre, puisqu’elle est fille de parents communistes, antisémites par nature conformément à l’Évangile selon Saint Marx. Son coming out sur le mode antisioniste surfe sur une haine redevenue socialement acceptable, comme au bon vieux temps de Staline, lorsque les communistes flirtaient avec les nazis et leur transmettaient l’art de construire des camps de concentration. A ce propos, le philosophe Michel Onfray publie ces jours-ci «L’autre collaboration», ouvrage qui analyse les sources intellectuelles de l’antisémitisme de la gauche radicale.

On pourrait penser que l’antisémitisme qu’affiche Blanche Gardin sur scène n’est qu’un procédé pour faire recette, et qu’une fois le rideau baissé elle passe à autre chose. Mais un tour sur sa page Facebook permet d’y voir plus clair. Elle fait partie de cette gauche qui estime sérieusement que le monde serait meilleur sans les Juifs, et que s’en débarrasser serait donc une bonne chose.

L’obsession de Blanche Gardin relève d’une conviction profonde et assumée. Elle ne se contente pas d’entretenir un ressentiment : elle le théorise, l’alimente, le partage et le propage. Elle ne se revendique pas de Dieudonné, trop basique à son goût, et semble plutôt s’inspirer de Roger Garaudy, négationniste, antisémite viscéral et communiste converti à l’islam. La passion antisémite de Blanche Gardin l’amène à se ranger du côté des massacreurs de Juifs qui tuent au nom du Prophète .

Certains voudraient faire taire Blanche Gardin, mais ce serait une erreur. Il faut au contraire défendre la liberté d’expression, que ce soit dans la presse ou au théâtre. On aurait donc tort d’empêcher Blanche Gardin de se produire, car sans cela on ne saurait pas qu’elle est une nostalgique de la Shoah.

Un Juif prévenu en vaut six millions.

Jacques Weber est un gros dégueulasse

Jacques Weber est un acteur et réalisateur réputé pour son talent, mais aussi pour sa connerie. Il y a une dizaine d’années, le magazine Causeur publiait à son propos un article intitulé : « L’obsession anti-israélienne de Jacques Weber ».

Weber est un communiste de type stalinien. Il soutient depuis de nombreuses années La France Insoumise et admire le Führer Jean-Luc Mélenchon. Tout comme ce dernier, Weber a un don pour le fascisme et une détestation pour les Juifs. Quand il exprime ses idées, on a l’impression qu’il tire au canon.

Dernièrement, Weber était l’invité du Journal inattendu sur RTL. Il y a lancé un appel au meurtre en bonne et due forme contre le président des États-Unis. Il a déclaré : « Je suis sidéré, estomaqué par l’aphasie autour de Trump. Les gens acceptent, mais il y a une feuille de cigarette entre le nazisme et lui. Trump est une ordure absolue, un danger non seulement pour son pays, mais pour le monde entier. Il faut descendre dans la rue pour le sortir. C’est un gros dégueulasse qu’il faut supprimer littéralement. »

C’est au moyen de cette rhétorique élégante que ce crétin nous fait connaître son engagement politique.

Aujourd’hui, c’est jour de commémoration de la libération du camp d’Auschwitz. Les organisateurs français n’ont rien trouvé de mieux que de confier à Weber la tâche de lire la lettre d’un déporté, retrouvée dans une bouteille longtemps après la Shoah.

Cherchez l’intrus.

L’âme de Jean-Marie Le Pen

L’extrême-droite française a parfois su formuler des analyses percutantes sur certaines problématiques contemporaines, notamment l’immigration. Mais ces éléments de lucidité ne sauraient occulter la matrice idéologique dans laquelle s’inscrit cette mouvance, ni absoudre les figures qui en ont façonné l’identité. Jean-Marie Le Pen, qui fut pendant des décennies son visage le plus emblématique, incarne une tradition politique marquée par le rejet des valeurs républicaines, la nostalgie des régimes autoritaires, et un antisémitisme assumé. Il est nécessaire de s’opposer à toute entreprise de réhabilitation, même partielle, de ce personnage, car elle reviendrait à atténuer la portée de ses prises de position et de ses alliances politiques.

Son antisémitisme ne relevait pas de simples provocations médiatiques : il traduisait une vision politique structurée, enracinée dans une tradition d’extrême-droite française qui va de l’Action française à la Collaboration, en passant par l’OAS. Fondateur du Front National en 1972 avec d’anciens militants de l’Algérie française, des membres d’Ordre Nouveau et des sympathisants néofascistes【1】, Le Pen a donné à cette formation une orientation idéologique marquée, dans laquelle les thématiques du complot juif, du révisionnisme historique et du racisme culturel occupaient une place centrale. Tout au long de sa carrière, il s’est entouré de personnalités issues de ces milieux : d’anciens Waffen-SS, des négationnistes comme Robert Faurisson, ou encore des figures de la droite radicale européenne【2】.

Sous sa direction, les discours et publications internes du Front National regorgeaient de références explicites ou suggérées à une supposée domination juive dans les médias, la finance ou les relations internationales. Ces éléments n’étaient ni accidentels ni anecdotiques, mais constituaient une trame idéologique cohérente, inscrite dans la continuité de courants antirépublicains et xénophobes actifs en France depuis le XIXe siècle.

Sa fille, Marine Le Pen, n’est ni antisémite ni raciste. Elle a opéré un recentrage stratégique du parti, rompu publiquement avec les outrances de son père, et imposé une nouvelle ligne à un mouvement pourtant fondé par d’anciens de la Waffen-SS et des militants nationalistes. Le Rassemblement National est aujourd’hui un parti intégré à la vie démocratique, qui participe aux institutions et se conforme aux règles du jeu républicain. Mais ce n’est pas lui rendre service que de tenter de sauver l’âme politique de Jean-Marie Le Pen. Une telle entreprise reviendrait à effacer la nature idéologique profonde de son engagement, et à gommer les responsabilités historiques d’un homme dont les choix furent tout sauf anecdotiques.

***

【1】 Le Front National a été créé le 5 octobre 1972 par Jean-Marie Le Pen avec la participation de François Brigneau (ancien de Jeune Nation et d’Ordre Nouveau), Alain Robert, et d’autres figures issues de la droite nationaliste radicale. Plusieurs fondateurs étaient liés à l’OAS et à la mouvance néofasciste européenne.

【2】Jean-Marie Le Pen a soutenu publiquement des négationnistes comme Robert Faurisson et s’est entouré de figures controversées, dont Léon Gaultier (ancien Waffen-SS), Pierre Vial (idéologue du GRECE) et Roland Gaucher (ex-milicien).

Worthalter ou le faux courage

L’excellent Arieh Worthalter, lauréat 2024 du César du meilleur acteur, a de nouveau frappé. Après avoir condamné la riposte d’Israël contre le Hamas suite à ce qu’il appelle « l’événement » du 7 octobre, cet impénitent tartuffe vient de signer avec plus de 500 artistes belges un appel au boycott des institutions culturelles israéliennes. Mais contrairement à beaucoup de signataires, Worthalter n’a pas pour lui l’excuse de l’ignorance, étant donné qu’il  a grandi dans la tradition juive au sein d’une famille sioniste notoire.

Le concept de « haine de soi » a été théorisé en 1930 par le philosophe autrichien Theodor Lessing dans Der jüdische Selbsthass (La Haine de soi juive). Il utilisait ce terme pour décrire l’attitude de certains juifs, qui en réaction à l’antisémitisme rejetaient leur  identité en adoptant un discours proche de celui des antisémites. C’est ce que font aujourd’hui les Juifs qui expriment une hostilité à l’égard d’Israël sous la pression du conformisme ambiant.

Il y a encore toujours des Juifs qui ont honte des éléments constitutifs de leur identité et qui souhaitent se rendre indistincts dans la grisaille de l’air du temps. Ces Juifs-là sont atteints d’un désir pathologique d’assimilation et adoptent des postures antisémites dans le but de se faire admettre là où le soutien à Israël constitue un obstacle pour leur avancement.

Ces Juifs sont sujets a une crainte atavique des stigmates associés à l’identité juive au cours de l’Histoire. Ils présentent leur rejet comme une forme de courage alors que ce n’est en réalité qu’une sujétion au contexte sociétal.  Ils s’associent ainsi à l’antisémitisme sous couvert d’antisionisme dans l’espoir de se rendre acceptables. Mais aux yeux de ceux-là mêmes qu’ils veulent séduire, ils n’arrivent souvent qu’à apparaitre comme méprisables. Il est vrai que de nos jours le vrai courage consiste plutôt à prendre la défense d’Israël que de joindre sa voix à celle d’une populace islamogauchiste décérébrée.

Le ralliement de Juifs à l’antisionisme relève d’une quête de reconnaissance sociale. En prenant une position hostile à Israël ils cherchent à se distancier de stéréotypes négatifs associés à leur identité et à faire partie de milieux où un antisionisme revendiqué est un gage de bonnes mœurs.

Il est vrai que la haine de soi a  parfois pour origine une souffrance personnelle qui pousse ces Juifs à renier leur identité, vécue comme encombrante. Mais comme cela a pour conséquence de délégitimer Israël et d’inciter à l’antisémitisme, il faut choisir entre les plaindre et les condamner.

Démocratie ou dictature des minorités

La démocratie repose sur un équilibre précaire entre État et libertés fondamentales. Ces dernières peuvent être compromises par une gouvernance molle qui laisse des factions imposer leur loi dans l’espace public.

Il y a quelque temps, un match de football Belgique – Israël a été annulé par les autorités belges au motif que les tensions liées au conflit israélo-palestinien risquaient de dégénérer en affrontement lors de la rencontre. Cette mesure soulève la question de savoir sur base de quels critères le pouvoir peut légitimement s’opposer à un événement populaire, pacifique et apolitique au nom de l’ordre public. Quoi qu’il en soit, le fait est qu’en annulant cette compétition sportive les autorités ont commis un déni de démocratie sous la pression d’agitateurs antisémites qui n’ont que faire de l’État de droit. Un pouvoir qui se laisse ainsi intimider par une populace fanatique et déchainée mais minoritaire ouvre la voie à l’anarchie. Le match en question a du être reprogrammé en Hongrie, Etat dont les  bien-pensants pensent qu’il n’est pas démocratique. Cherchez l’erreur.

Une conférence devait se tenir  à la Fnac en région bruxelloise à l’occasion de la sortie d’un ouvrage intitulé Allah n’a rien à faire dans ma classe. Des islamogauchistes ont menacé les auteurs de l’ouvrage et le personnel du magasin. Les responsables de la Fnac ont choisi d’annuler l’événement, et on peut les comprendre, car ni les autorités ni la classe politique ne sont intervenues pour garantir de pied ferme la sécurité des auteurs et la tenue en bon ordre de la conférence. Il s’avère donc qu’une nébuleuse d’islamistes liés à la gauche radicale peut impunément s’ériger en arbitre de ce qui peut ou ne peut pas être exprimé sur la place publique.

En Australie, l’ancienne ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked s’est vue refuser sa demande de visa pour l’Australie en raison de ses idées concernant un éventuel État palestinien. La décision du gouvernement d’exclure cette personnalité, en tous points respectable, sur base de ses opinions, témoigne d’une dérive d’un pouvoir qui a perdu sa colonne vertébrale face à l’islamogauchisme conquérant. Le ministère en charge de l’affaire a estimé « qu’après étude approfondie, la demande de visa de Ayelet Shaked était rejetée au motif que cette dernière aurait pu « diffamer » une partie de la société australienne et « alimenter un conflit » au sein de la communauté ». On se demande quelle peut bien être cette « partie de la société australienne ».

Il y a une semaine la cheffe de la police de Berlin a recommandé aux Juifs, aux homosexuels et aux cyclistes de faire preuve de prudence dans les quartiers où vivent de nombreux Arabes sympathisants du terrorisme qui braillent un antisémitisme décomplexé. Les autorités jugent donc plus pratique d’écarter les victimes que d’enfermer les délinquants.

Les exemples se multiplient, et à chaque fois il s’en dégage un relent inquiétant pour les démocraties occidentales. Si elles ne se ressaisissent  pas à bref délai elles risquent de perdre leur âme. L’espace public ne saurait être abandonné à une dictature de minorités liberticides qui aspirent à instaurer un ordre wokiste.

Trump Prix Nobel de la Paix 2026

Dans un communiqué inattendu de l’Académie Nobel, Donald Trump, président des États-Unis, vient d’être désigné lauréat du Prix Nobel de la Paix 2026.

« L’approche audacieuse et inédite du président Trump pour résoudre les conflits au Moyen-Orient et en Europe de l’Est a ouvert des perspectives nouvelles pour la paix mondiale », a déclaré un membre du Comité Nobel à Oslo après l’annonce.

Revenu au pouvoir en 2025 après un mandat d’interruption, Trump avait repris les rênes d’une Amérique divisée, d’un monde polarisé et d’une diplomatie embourbée. Deux ans plus tard, il a orchestré des avancées historiques dans des conflits apparemment insolubles, marquant ainsi un tournant dans la diplomatie à l’échelle du monde entier.

Un État palestinien démilitarisé intégré dans une Fédération de Jordanie nouvellement crée a vu le jour en Cisjordanie et à Gaza, tandis qu’Israël a intégré à l’intérieur de ses frontières les principaux blocs d’implantations de Judée-Samarie. Le statut de réfugié palestinien a été abrogé, et une nouvelle élite palestinienne a acté la fin d’un siècle de violences. La normalisation des relations entre Israël et le monde arabe s’est généralisée. En Iran, la chute du régime et le renoncement à l’arme nucléaire a conduit à l’instauration d’une démocratie pro-occidentale sous l’impulsion de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah.

Ces bouleversements ont également entraîné le départ d’acteurs politiques de premier plan. Sous la pression de Trump, Benjamin Netanyahu a dissous la Knesset, s’est retiré de la vie publique, et les poursuites judiciaires contre lui se sont mystérieusement éteintes.

En Ukraine, Volodymyr Zelensky a perdu le soutien populaire et celui de Trump suite à son refus de céder le Donbass et la Crimée à la Russie. Il est retourné à son métier d’amuseur, son successeur a adopté le plan Trump et signé un traité de paix avec Poutine.

L’incapacité et l’inertie de l’ONU et de l’Union Européenne ont été mises en lumière à cette occasion. Loin de soutenir les initiatives de paix de Trump, ces institutions, prisonnières de leurs bureaucratie et de leurs divisions, ont tenté de torpiller ses efforts. Le Conseil de Sécurité est resté paralysé par des rivalités internes, tandis que l’Union européenne, incompétente sur les questions stratégiques, a critiqué les méthodes cavalières du président américain.

Trump, personnage controversé aux manières déroutantes, a bousculé les protocoles diplomatiques au moyen d’un style foudroyant, là où des décennies d’approches feutrées  avaient échoué.

« Il a redéfini les règles de la diplomatie et mis fin aux négociations interminables », affirme un expert en géopolitique souhaitant garder l’anonymat.

Aujourd’hui une paix fragile mais tangible règne entre Israël et la Palestine. L’Ukraine et la Russie sont pacifiés. Alors qu’il n’a même pas encore quitté la scène politique en cette année de grâce 2026, Trump est déjà entré dans l’Histoire.

Kibboutz et Proudhon, même combat ?

Pierre-Joseph Proudhon, philosophe, économiste et sociologue français du XIXᵉ siècle, fut l’un des premiers à concevoir une alternative globale au capitalisme sans recourir à l’étatisation de l’économie. À travers son modèle mutualiste, il imagine une société fondée sur des associations ouvrières autogérées, où les travailleurs seraient collectivement propriétaires des moyens de production. Le capital privé, perçu comme instrument de domination économique, serait aboli au profit d’une propriété fonctionnelle et collective. L’économie se structurerait autour d’une multitude d’entreprises autonomes, liées par des contrats égalitaires, sans hiérarchie ni centralisation.

Dans cette perspective, l’égalité économique est le fondement indispensable de la véritable liberté. Chacun contribue selon ses capacités, reçoit selon ses besoins, et participe collectivement aux décisions qui engagent l’entreprise. Il s’agit de prévenir l’accumulation des grandes fortunes, d’écarter toute forme d’exploitation, et d’instaurer une solidarité horizontale, où nul ne s’enrichit aux dépens d’autrui. Le mutualisme propose ainsi une réussite économique fondée non sur la compétition, mais sur une éthique de coopération volontaire.

Le kibboutz, apparu dans la Palestine ottomane au début du XXᵉ siècle, présente de nombreuses similitudes avec ce projet. Basé sur la propriété collective, la mutualisation des ressources et une stricte égalité entre ses membres, il repose lui aussi sur un fonctionnement démocratique : chaque voix compte dans l’assemblée générale qui régit tous les aspects de la vie collective. Le travail y est organisé non selon la productivité individuelle, mais selon l’effort consenti et le service rendu à la communauté.

Cependant, les objectifs du kibboutz diffèrent de ceux du mutualisme proudhonien. Il ne visait pas à transformer l’économie mondiale — ni même nationale — mais constituait une réponse circonstanciée à un projet de renaissance nationale : reconstruire un peuple sur sa terre, restaurer une dignité par le travail manuel, et jeter les bases d’un futur État. Le collectivisme n’était pas une finalité, mais un moyen au service d’un dessein politique et historique.

Vivre en kibboutz impliquait un engagement total, une subordination volontaire de l’épanouissement personnel au bien commun. La solidarité y était exigée, parfois au détriment des aspirations individuelles. Ce modèle a néanmoins permis de tisser un lien social fort entre des individus venus d’horizons variés, unis par une vision partagée de l’avenir.

À partir des années 1970, cependant, les limites du modèle sont devenues plus apparentes. Face aux mutations de l’économie israélienne et aux nouvelles aspirations des jeunes générations, de nombreux kibboutzim ont connu des difficultés structurelles. L’égalité stricte a été progressivement abandonnée au profit d’une différenciation salariale, la propriété privée a partiellement réémergé, et l’ouverture au marché est devenue une condition de survie.

Cette évolution révèle une constante dans les expériences de communautés égalitaires : lorsqu’un groupe humain tente de mettre en œuvre une solidarité absolue, il se heurte inévitablement à des tensions internes. À long terme, les différences de talents, d’ambitions et d’aspirations ressurgissent, fragilisant l’égalité initiale. L’effort commun s’émousse si les contributions individuelles ne sont plus reconnues, et la gestion des ressources partagées se heurte au risque de dilution des responsabilités.

La question n’est donc pas tant de savoir si l’égalité parfaite est souhaitable, mais si elle est soutenable dans la durée. Les expériences historiques suggèrent que si la solidarité volontaire peut fonctionner à petite échelle, sur des bases claires de consentement, elle devient plus fragile à mesure que les communautés s’élargissent, se complexifient ou affrontent un environnement concurrentiel.

Le mutualisme proudhonien, en tant qu’association libre entre travailleurs autonomes, échappe en partie à ces critiques. Il refuse toute contrainte et n’impose aucun modèle unique, offrant une voie alternative au capitalisme fondée sur la coopération volontaire. Chacun reste libre de s’y associer ou non, de choisir une entreprise mutualiste ou une autre forme d’organisation. En cela, le mutualisme conjugue respect de la liberté individuelle et idéal égalitaire.

Néanmoins, les défis restent considérables. L’économie contemporaine repose souvent sur des projets complexes, nécessitant capitaux, hiérarchies et décisions rapides. Les formes traditionnelles de mutualisme doivent donc se réinventer pour répondre aux exigences de l’innovation technologique, de la mondialisation et de la compétitivité. Certaines initiatives récentes montrent qu’il est possible d’adapter l’esprit mutualiste à des structures plus souples, où la propriété collective coexiste avec une reconnaissance différenciée des apports, sans pour autant reproduire les inégalités du capitalisme classique.

En définitive, la comparaison entre le mutualisme proudhonien et l’expérience kibbutzique montre combien l’idéal de solidarité économique est à la fois exigeant et inspirant. Elle nous rappelle qu’une autre économie est pensable, pour peu que l’on prenne en compte les limites anthropologiques, économiques et culturelles de toute organisation collective. Elle pose une question toujours ouverte : comment conjuguer égalité, liberté et reconnaissance du mérite sans sacrifier l’une à l’autre ? Jusqu’où une société peut-elle porter l’exigence d’égalité sans miner ce qui rend l’effort individuel, l’innovation et le dépassement de soi possibles ?

L’histoire du kibboutz et l’utopie proudhonienne témoignent que, malgré leurs limites et leurs échecs relatifs, la quête d’une société plus juste n’est pas vaine. Elle demeure une source féconde de réflexion critique sur nos modèles économiques contemporains — et peut-être un réservoir d’idées pour de futures réinventions.

Gaza ou l’irresponsabilité collective

Après la défaite de l’Allemagne nazie, le pays fut divisé en deux entités placées sous la tutelle des Alliés. Des millions de réfugiés allemands d’Europe de l’Est durent être rapatriés dans une patrie en ruines. Les bombardements massifs des infrastructures militaires et économiques précipitèrent la chute du régime en démoralisant une population affamée et épuisée. L’Allemagne fut démilitarisée, puis occupée pendant plusieurs années, jusqu’à ce que les puissances victorieuses jugent qu’elle pouvait réintégrer le concert des nations en tant que démocratie.

Le nazisme causa la mort de centaines de milliers de civils allemands. Les Alliés, pour vaincre ce régime, refusèrent toute négociation et, après la guerre, s’employèrent à prévenir toute résurgence du mal vaincu, notamment à travers un travail de mémoire rigoureux et une épuration partielle des élites. L’Allemagne dut verser des réparations considérables à des millions de victimes à travers le monde — une charge qui, près de quatre-vingts ans plus tard, continue de peser sur ses finances publiques.

Il importe ici de distinguer responsabilité collective et culpabilité individuelle. Il était moralement légitime d’imputer une part de responsabilité collective à la population allemande de l’époque, sans pour autant accuser chaque individu ni justifier des punitions collectives. Il s’agissait de reconnaître qu’une large part du peuple allemand avait soutenu, au moins passivement, un régime génocidaire tant qu’il lui apportait prospérité et puissance. L’existence d’une résistance intérieure, bien que réelle, ne suffit pas à effacer le constat d’une adhésion majoritaire à une entreprise criminelle et suicidaire.

Hannah Arendt[1], dans ses réflexions sur les crimes du nazisme, souligne que le véritable problème moral ne réside pas tant dans les actes des fanatiques que dans le comportement de ceux qui, sans conviction profonde, se sont alignés par conformisme. Ce qui est peut-être plus effrayant encore, dit-elle, c’est la banalisation de cette collaboration par toutes les couches de la société[2].

Appliqué au massacre du 7 octobre, ce diagnostic conserve toute sa pertinence. Dans la controverse morale entourant les crimes du Hamas, on néglige souvent que l’indignité ne réside pas seulement dans les atrocités commises par l’organisation, mais dans l’adhésion ou la complaisance d’une large part de la population, qui, sans nécessairement en partager tous les fondements idéologiques, a toléré, soutenu et parfois glorifié ses actions. Ce qui glace le sang, c’est la banalisation de cette collaboration à Gaza, à travers toutes les strates de la société.

L’équivalence entre djihadisme et nazisme est manifeste. Dans les deux cas, il s’agit d’idéologies totalitaires, conquérantes, antisémites, aspirant à imposer un ordre mondial fondé sur la violence : l’empire aryen pour les uns, le califat pour les autres. Leur stratégie repose sur la terreur, le génocide, et l’élimination systématique des Juifs. La Shoah, théorisée dans Mein Kampf, trouve son écho dans la guerre sacrée contre les Juifs prônée dans certains versets du Coran et des hadiths, tels qu’interprétés par les courants islamistes radicaux.

Eva Illouz[3] rappelle dans un ouvrage récent[4] la filiation idéologique entre les Frères musulmans et le nazisme. Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans en 1928 — matrice du Hamas — vouait à Hitler une telle admiration qu’il fit traduire Mein Kampf sous le titre Mon Djihad. L’une des affinités profondes entre ces deux idéologies réside dans leur volonté commune d’extermination des Juifs, d’abord au Moyen-Orient, puis dans le monde entier.

Le Hamas s’inscrit pleinement dans cette nébuleuse à la fois religieuse, totalitaire, nationaliste et anti-occidentale. Il en est l’héritier direct et revendiqué. À ce titre, la population de Gaza, qui a porté ce mouvement au pouvoir et partage pour l’essentiel son imaginaire de haine, ne saurait être totalement exonérée de sa responsabilité.

Les Gazaouis ne sont donc pas irréprochables face au déluge de feu qui s’est abattu sur eux après le 7 octobre, de même que les Allemands ne l’étaient face à la riposte des Alliés. Une large majorité des Gazaouis, y compris parmi les femmes et les enfants, nourrit une haine viscérale des Juifs et aspire à leur disparition. De même, la quasi-totalité des Allemands des années 1940 adhérait à l’antisémitisme ambiant et aux ambitions pangermaniques du Troisième Reich.

Le président israélien Isaac Herzog l’a exprimé sans détour lors d’une conférence de presse : « Il existe un État [Gaza] qui a construit une machine du mal à nos portes. C’est toute la nation [de Gaza] qui en est responsable. La rhétorique selon laquelle les civils ne sont ni conscients ni impliqués est un mensonge absolu. »

Denis Charbit[5], intellectuel israélien lucide et attachant, conclut son dernier ouvrage[6] en affirmant : « Je reste un sioniste intranquille. Et je demeurerai tel aussi longtemps que durera la présence militaire israélienne en Cisjordanie, tant que les habitants de Gaza continueront de souffrir. Aussi longtemps que la contestation de la politique israélienne visera implicitement ou explicitement la disparition d’Israël. »

Les Israéliens aspirent à la paix. Certains Palestiniens aussi. Mais tant que les nouveaux nazis ne seront pas mis hors d’état de nuire, les bonnes volontés, les appels au dialogue, les élans de réconciliation se briseront sur la bête immonde.

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[1] Hannah Arendt, politologue, philosophe et journaliste juive allemande (1906-1975).

[2] Questions de philosophie morale, Éditions Payot, 2024.

[3] Eva Illouz, sociologue et universitaire franco-israélienne, directrice d’études à l’EHESS.

[4] Le 8-Octobre : Généalogie d’une haine vertueuse, Gallimard, 2024.

[5] Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël.

[6] Israël, l’impossible État normal, Calmann-Lévy, 2024.

Macron, frère du Liban

Le Président Macron, en difficulté manifeste dans son propre pays, essaie maintenant de se donner une stature internationale en soutenant la guerre lancée par le Liban contre Israël  il y a 76 ans.

Galvanisés par l’odeur du sang du 7 octobre, les Libanais envoient depuis ce massacre un déluge d’engins de mort sur la Galilée. Plus de 70.000 Israéliens se sont vus contraints, la mort dans l’âme,  de quitter leur coin de paradis, devenu un coin d’enfer.

Il y a quelques jours un haut dignitaire libanais a été éliminé par Tsahal au moyen d’un tir ciblé. Ce monstre était responsable de nombreuses tueries, dont l’assassinat à Beyrouth de 58 militaires français en 1983. Distrait comme il est, on ne sait pas si Macron a envoyé des condoléances aux proches, mais on peut l’imaginer. On peut tout imaginer avec cet homme sans foi ni loi, qui plaint les Libanais des dégâts qu’ils subissent par l’effet boomerang de leur pathologie antisémite. Belle illustration de cette histoire de l’enfant qui tue ses parents et qui demande ensuite au tribunal la clémence au titre d’orphelin.

Macron adjure  les responsables libanais de rechercher la voie diplomatique pour obtenir un permis de tuer à condition qu’on empêche les Juifs de se défendre. Il assure les libanais, criminels ou pas, de ses  sentiments fraternels.

Il estime peut-être que la guerre n’est pas inéluctable, dans ce sens que si les Juifs disparaissaient le conflit n’aurait plus  d’objet. Mais là aussi il se trompe : on peut parfaitement en vouloir aux Juifs après les avoir tués. Il y a six millions de preuves.

C’est l’affaire des Français que de supporter un Président impopulaire, incompétent, toxique, narcissique et bête à mourir. Mais quand il refuse de se joindre à une manifestation contre l’antisémitisme, quand il interdit à des Israéliens la participation au Salon de la Défense à Paris et quand il soutient le Liban dans sa rage d’éradication d’Israël, alors cela devient l’affaire des Juifs.

De tous les Juifs, et même de ceux qui ne le sont pas. De tout le monde, en somme.

Le droit de manifester : un privilège pour certains. Par Sacha Horowitz

Les démocraties libérales, ou supposées telles, ont connu de curieux développements depuis plusieurs décennies en matière du droit de manifester. Certaines causes bénéficient  de largesses suspicieusement généreuses de la part des gouvernements, tandis que d’autres, tout aussi paisibles, sinon plus, sont sévèrement limitées, critiquées et parfois sanctionnées.

Pourquoi deux poids, deux mesures ? Probablement parce que certaines causes correspondent à l’idéologie des élites, et d’autres leur sont opposées. Le rapport avec l’état de droit est inexistant, il s’agit d’opportunisme et de partis pris.

Comparons deux événements majeurs des années Covid en Amérique du Nord : les manifestations et les émeutes suite à la mort de George Floyd et le mouvement des camionneurs canadiens.

Lors de la crise du Covid, le gouvernement canadien a décidé qu’il serait interdit aux camionneurs de traverser la frontière sans se faire vacciner. Cela en prétendant sans la moindre preuve que les vaccins empêcheront de faire circuler le virus, et en sachant que limiter le trafic de cette manière pénalisera l’économie. Les camionneurs ont protesté en bloquant certains axes routiers, arguant que chacun est libre de choisir d’appliquer un traitement médical ou de s’en abstenir.

Le gouvernement à riposté en gelant les comptes bancaires non seulement des manifestants, mais aussi des personnes ayant fait des dons importants. Le gouvernement canadien a invoqué la loi sur les mesures d’urgence, une loi datant de 1988, qui étendait les mesures prises en temps de guerre à toute situation jugée « urgente » par les élus. Cela, en soi, indique la direction dans laquelle ont évolué les démocraties postmodernes.

La loi sur les mesures de guerre avait été invoquée en 1970 pour permettre de libérer les otages pris par le Front de Libération du Québec, groupe séparatiste violent. Trudeau a cru bon d’utiliser la nouvelle loi, plus malléable, contre ceux qui bloquaient les routes pour s’opposer à une décision médico-politique dont le fondement scientifique était douteux .

À titre de comparaison, faisons un petit détour par les Etats-Unis. Après la mort de George Floyd, les manifestations Black Lives Matter, et les émeutes en particulier, ont fait 1 à 2 milliards de dollars de dégâts, avec 15 à 25 millions de participants. Une vingtaine de personnes sont décédées à cause des violences. Des bâtiments publics ont été incendiés, parfois en sachant que cela mettait en danger la vie de policiers. Aucune mesure financière n’a été prise contre BLM, leurs donateurs, ou leurs manifestants.

Les « convois de la liberté » canadiens ont eu selon les estimations des médias de 5000 à 18000 manifestants, et il n’y a eu pratiquement aucune violence, ni aucun dégât. Dans les deux cas cela s’est passé pendant la crise du Covid. Pour BLM, on a considéré qu’il fallait renoncer aux mesures Covid interdisant de se rassembler, alors qu’on avait annoncé que c’était essentiel pour « sauver des vies ».

Tout cela illustre comment un gouvernement occidental d’aujourd’hui peut utiliser une loi d’urgence prévue à l’origine pour la guerre dès qu’il annonce que la “sécurité nationale” est en jeu. Or, on sait que ce terme est une couverture pour la sécurité politique et idéologique du pouvoir en place. C’est aussi une manière détournée de désigner quelles manifestations sont approuvées ou indésirables.

De plus, il n’y a pas que les gouvernements qui peuvent restreindre les libertés. Des multinationales peuvent introduire des mesures plus ou moins arbitraires plus facilement que des gouvernements – mais parfois en connivence avec eux.  Cela se passe de mille-et-une manières, de manière sournoise, sans nécessiter de mécanismes de coordination explicites, puisque les acteurs partagent une même vision du monde politiquement correcte et craignent eux-mêmes d’être “canceled” par des hordes sur les réseaux sociaux ou leurs collègues s’ils ne marchent pas au pas.

Les grands réseaux sociaux ont ainsi un rôle particulièrement pernicieux puisqu’ils peuvent diminuer la visibilité de certaines idées en se servant de l’opacité de leurs algorithmes. Des banques décident parfois de geler le compte de certains clients dont l’activité politique ou médiatique ne plaît pas aux patrons.

Il n’existe pas aujourd’hui de mouvement social ou de courant politique influent capable de s’opposer efficacement à cette tendance. Les partis populistes dans différents pays occidentaux constituent une tentative de résistance. Or, étant en marge du système, ils sont torpillés par les médias et l’appareil d’État, complices de la problématique décrite plus haut.

Sacha Horowitz

Hannah Arendt et la modernité

Hannah Arendt est une philosophe juive de culture allemande, décédée en 1975. Après avoir fui l’Allemagne nazie, c’est aux États-Unis qu’elle publia ses œuvres les plus connues, dont « La condition de l’homme moderne », essai de philosophie politique où elle analyse la nature de l’activité humaine dans le contexte de la modernité.

L’homme est un animal politique[1], dit Aristote.  Cela signifie que l’espèce humaine est la seule qui, grâce au langage, est à même de concevoir des lois qui ne relèvent pas de celles de la nature. Pour Luc Ferry l’homme est par excellence l’être d’antinature. Il n’est rien d’aussi peu naturel que le règne du droit comme il n’est rien d’aussi peu naturel que l’histoire des civilisations[2] ».

L’homme travaille pour assurer sa survie. Cette activité cyclique s’inscrit dans l’immédiateté et ne laisse pas de trace. Mais au-delà de ses besoins vitaux l’homme crée aussi une œuvre qui dépasse la nécessité et qui est  détachée de la Nature. L’art, et tout ce que fait l’homme de durable et qui n’a pas pour finalité d’être consommé, c’est ce qu’on appelle la culture, ferment de l’Histoire.

Chaque être humain porte en lui une œuvre, assure Proust.  Mais pour que l’homme puisse manifester à la fois son altérité et son désir  de socialisation, il lui faut une Agora[3] pour lui permettre de délibérer et d’agir. La politique, c’est cela.

Mais à notre époque la société de consommation a investi et métamorphosé la sphère publique. Celle-ci est devenue une grande famille aliénée qui glorifie le travail avec pour tout horizon un rêve de bazar et d’infinie abondance. L’homme moderne a troqué la politique contre des biens jetables. Le jour où l’automatisation et l’intelligence artificielle rendra le travail superflu, il n’y aura plus qu’une société de loisirs où des travailleurs sans travail mourront d’ennui.

Quand la sphère publique n’est plus qu’un forum au service de l’économie, la valeur travail prend le pas sur toutes les autres. La plupart des artistes eux-mêmes ne considèrent plus qu’ils créent, mais qu’ils travaillent, et leur  production n’est plus une œuvre, mais une marchandise.

Arendt ne traite pas explicitement du transhumanisme dans « La Condition de l’homme moderne », mais s’inquiétait dès les années 1950 des  velléités scientifiques visant à augmenter les capacités physiques et mentales de l’homme au moyen de la technologie.

***

[1] Aristote, « La Politique ». Maïmonide reprend cela mot pour mot dans son « Guide de Egarés ».

[2] Luc Ferry, « Le Nouvel Ordre écologique », 1992, Grasset.

[3] Dans la Grèce antique l’Agora était la place publique  où se tenaient les assemblées politiques, les débats et les échanges commerciaux.

Macron ou les fourberies d’un pantin

Le salon de défense Eurosatory réunit tous les deux ans près de 2 000 exposants, une soixantaine de pays et 250 délégations. C’est un carrefour international où professionnels de l’armement, gouvernements, militaires et acteurs privés viennent échanger, présenter leurs innovations et conclure des partenariats. Israël y participe traditionnellement, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi parce que ce type d’événement offre des opportunités précieuses en matière de coopération stratégique.

Or, à quelques jours de l’ouverture, alors que 74 entreprises israéliennes s’apprêtaient à installer leur stand au Parc des Expositions de Villepinte, le président Macron a ordonné à l’organisateur du salon de leur interdire l’entrée. Dans la foulée, des groupes islamistes ont obtenu d’un tribunal qu’il étende cette interdiction à toute personne liée à l’industrie de défense israélienne.

Mais quelques jours plus tard, le tribunal de commerce de Paris a jugé cette exclusion illégale et en a prononcé l’annulation. La cour d’appel de Paris, à son tour, a désavoué la décision précédente, rétablissant le droit des Israéliens à participer au salon.

Le mal, toutefois, était fait — moralement comme matériellement. Les entreprises israéliennes ont été privées de leur présence et de leurs investissements. Il faut néanmoins saluer la justice française, qui a su empêcher un président bavard et inconsistant de transformer un salon professionnel en terrain de boycott contre Israël — pays ami, partenaire, et allié stratégique de la France.

Mais l’abus de pouvoir reste là, cynique et honteux. Devrait-on s’en étonner ? N’est-ce pas le même Emmanuel Macron qui avait refusé de participer à une marche contre l’antisémitisme, sous prétexte qu’un délinquant islamiste proche de ses cercles aurait suggéré qu’y apparaître aux côtés de Juifs risquait de heurter des sensibilités musulmanes ?

Vive la France — mais vivement que son président s’en aille.

La gauche française et le Statut des Juifs

La dissolution de l’Assemblée nationale, décrétée par le président Macron le 9 juin dernier, constitue un événement majeur dans l’histoire politique contemporaine de la France. Il est aujourd’hui impossible d’en prévoir sereinement les conséquences, tant l’équilibre des forces semble bouleversé à la lumière des résultats des élections européennes. Si la droite nationaliste a enregistré des progrès notables, elle peine encore à s’unir ; en revanche, le peuple de gauche est parvenu, en un temps record, à fédérer ses forces pour affronter les élections législatives.

Il faudra attendre le verdict des urnes pour savoir quel camp l’emportera. Mais une chose est d’ores et déjà acquise : quel que soit le visage de la future Assemblée nationale, le véritable vainqueur de ce moment politique tragique, c’est l’antisémitisme.

La gauche française, dans son ensemble, a consacré la judéophobie comme l’un des fondements de son rassemblement. Des extrêmes trotskistes aux sociaux-démocrates traditionnels, tous les acteurs de cette coalition hétéroclite ont conclu un pacte baptisé « Nouveau Front populaire ». En dépit de leurs divergences de doctrines, de stratégies et d’ambitions, le Parti socialiste, les Écologistes, La France Insoumise, le Parti communiste, Place Publique et d’autres encore se sont réunis autour d’un programme où la haine des Juifs, parfois sourde, parfois criée, opère comme un liant tacite.

La gauche française, toutes tendances confondues, et avec la bénédiction d’un ancien président de la République et de la maire de Paris, a solennellement acté que le Hamas — organisation dont l’unique finalité est l’extermination des Juifs — devait être considéré comme un mouvement de résistance légitime.

L’Histoire, une fois de plus, bégaie. En 1940, la gauche française avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, lui ouvrant la voie pour instituer le régime de Vichy. Aujourd’hui, elle redonne vie, sous d’autres formes, à l’esprit du Statut des Juifs, en apportant un soutien direct ou indirect aux auteurs du 7 octobre.

Il existe, bien sûr, des femmes et des hommes de gauche honorables. Mais il faut avoir le courage de dire qu’en cette heure décisive, toute personne qui continuerait à soutenir quelque composante que ce soit du « Nouveau Front populaire » se rendrait objectivement complice d’un projet de délégitimation des Juifs et d’exacerbation de la haine antisémite.

La gauche française, dans son ensemble, a trahi ce qui aurait pu justifier son existence : elle ne mérite plus aujourd’hui que l’opprobre. Rien, absolument rien, ne peut excuser une quelconque entente avec elle, que l’on soit juif ou non.

Quant aux Juifs de France, à ceux qui se revendiquent encore de ce nom et qui regardent autour d’eux sans plus savoir vers qui se tourner, qu’ils sachent qu’Israël existe et que La Loi du Retour leur est ouverte. Elle est un droit et une espérance.

Jean-Luc Mélenchon est-il une ordure antisémite ?

Amine El Khatmi est un homme politique français issu de la gauche.  Il est l’actuel président du mouvement   Printemps Républicain. Il y a quelques mois, El Khatmi a été invité par le journaliste Fréderic Haziza de Radio J à s’exprimer sur l’actualité, notamment en rapport avec le massacre du 7 octobre 2023 en Israël. A la question de savoir ce qu’il pensait de la position de Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France Insoumise, El Khatmi a qualifié celui-ci « d’ordure antisémite »

Jean-Luc Mélenchon  a réagi en estimant que ces propos étaient « extrêmement graves », revêtaient un « caractère infamant » et constituaient un « incontestable préjudice moral ». Il a assigné Radio J et Haziza en justice et demandé que l’émission soit supprimée des plateformes où elle était accessible. A noter qu’il semble que Mélenchon  n’ait pas assigné El Khatmi à titre personnel.

Maître Goldnadel, avocat de Radio  J et de Haziza,  a annoncé il y a peu que Mélenchon a été débouté par le tribunal. A partir de cette décision de justice il n’est pas déraisonnable de déduire maintenant que qualifier Mélenchon d’ordure n’est pas une injure, mais une information.

Il se peut que Mélenchon n’en reste pas là et qu’il poursuive El Khatmi pour diffamation. Ce serait une affaire intéressante à suivre, vu le passif de Mélenchon et de ses complices de la France Insoumise en matière d’antisémitisme. El Khatmi serait invité à étayer ses propos et à soumettre aux juges un faisceau d’indices assez accablants pour qu’ils conviennent que Mélenchon mérite effectivement d’être qualifié d’antisémite. Les attendus ne retiendraient probablement pas la qualification d’ordure, ce statut ne figurant pas dans le code pénal.

De là à poursuivre Mélenchon pour diffamation raciale, apologie du terrorisme  et incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination, il n’y aurait qu’un pas à franchir. L’on pourrait d’ailleurs lui adjoindre dans le box des accusés Annie Ernaux, Mathilde Panot, Edgar Morin, Rima Hassan, Aymeric Caron, Danièle Obono, David Guiraud et quelques autres apparatchiks de la France Insoumise.

Si Mélenchon était condamné et qu’il se présentait aux élections présidentielles de 2027, il serait le premier candidat à briguer ce poste sous l’étiquette d’antisémite  certifié. Nul doute qu’il aurait des électeurs et que cela couronnerait une stratégie qu’il pratique avec succès depuis un certain temps déjà.

La Loi du Retour

La « Loi du Retour »[1] a pour vocation d’accueillir tout Juif souhaitant s’établir en Israël. Elle prévoit que « l’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du peuple juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou privés de liberté en raison de leur judéité ou de leur citoyenneté ». En pratique, cette loi confère un droit immédiat et irréversible à la citoyenneté israélienne à toute personne éligible désireuse d’immigrer, indépendamment des circonstances qui motivent sa décision, qu’elle soit en situation de détresse ou non.

Cependant, tout droit implique en contrepartie une forme de responsabilité. Tout Juif se revendiquant du sionisme est appelé à soutenir Israël, en temps de guerre comme en temps de paix, chacun selon ses moyens, ses capacités et son engagement. Les personnes éligibles à la Loi du Retour pourraient ainsi être tenues à un devoir de réserve à l’égard du gouvernement israélien, quel qu’il soit. Il apparaît difficilement concevable que certains puissent, d’une part, exprimer publiquement des positions hostiles à Israël — voire reprendre des discours antisémites — et, d’autre part, se réserver la possibilité d’y immigrer à leur convenance ou par nécessité.

Si la liberté d’expression constitue un droit fondamental, l’État d’Israël pourrait, dans cette perspective, se réserver la faculté de restreindre l’accès à l’alyah pour des personnes dont les prises de position seraient jugées manifestement contraires à ses intérêts.

La Loi du Retour s’applique actuellement à toute personne née de mère juive, convertie au judaïsme, ou ayant au moins un grand-parent juif. Il pourrait toutefois être envisagé d’élargir ce cadre à des individus ne répondant pas strictement à ces critères, mais exprimant une volonté sincère de partager le destin du peuple juif. Dans la mesure où la définition du terme « Juif » au sens de cette loi ne correspond pas strictement à celle de la Halakha, il serait envisageable de confier cette qualification à des instances explicitement laïques, porteuses d’une identité juive affranchie de toute dimension religieuse.


[1] Loi votée en 1950 par le Parlement israélien garantissant à tout Juif le droit d’immigrer en Israël.

La question démographique en Israël

À la fin du XXe siècle, l’antisémitisme persistant et le déclin de l’URSS ainsi que de ses satellites ont provoqué une vague importante d’émigration juive vers Israël. Ce mouvement s’est aujourd’hui largement tari. Dès lors, se pose la question de savoir d’où pourrait provenir un nouvel accroissement significatif de la population juive par le biais de l’alyah.

Des communautés juives existent dans de nombreux pays, mais c’est aux États-Unis qu’elles sont à la fois les plus nombreuses, les plus dynamiques et les mieux intégrées. Toutefois, l’analyse de leur profil fait apparaître certaines analogies avec celui des Juifs d’Allemagne avant la période nazie. Or, ce type de configuration a souvent, dans l’histoire, précédé des retournements hostiles — que l’on pense à l’Exode d’Égypte, à l’expulsion d’Espagne ou encore à la Shoah. Le massacre du 7 octobre a d’ailleurs été suivi, de manière paradoxale, par une recrudescence de manifestations antisémites dans plusieurs universités américaines, lieux mêmes de formation des élites. Une telle évolution pourrait, à terme, susciter une dynamique suffisamment préoccupante pour inciter un nombre croissant de Juifs à envisager l’alyah[1].

L’État d’Israël, tout en étant celui du peuple juif, reconnaît l’existence de diverses communautés composées de citoyens disposant de leurs propres traditions, langues, jours fériés et systèmes éducatifs. Il pourrait être envisagé de permettre à tout citoyen israélien de changer d’appartenance communautaire afin de s’intégrer à celle de son choix, selon une procédure encadrée. Une telle possibilité existe déjà partiellement, mais elle passe le plus souvent par une conversion religieuse. Il conviendrait d’y adjoindre un dispositif séculier, permettant de faciliter ces transitions. Cela pourrait constituer un droit, notamment pour les couples mixtes souhaitant déterminer l’appartenance communautaire de leurs enfants.

La Loi du Retour

La « Loi du Retour »[2] a pour vocation d’accueillir tout Juif désireux de s’établir en Israël. Elle prévoit que « l’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du peuple juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou privés de liberté en raison de leur judéité ou de leur citoyenneté ». En pratique, cette loi confère un droit immédiat et irréversible à la citoyenneté israélienne à toute personne éligible souhaitant immigrer, indépendamment de sa situation personnelle.

Cependant, tout droit implique, en retour, une forme de responsabilité. Tout Juif se revendiquant du sionisme est, dans cette perspective, appelé à soutenir Israël, en temps de guerre comme en temps de paix, selon ses moyens et ses capacités. Ceux qui sont éligibles à la Loi du Retour pourraient être tenus à un devoir de réserve à l’égard du gouvernement israélien, quel qu’il soit. Il apparaît difficilement concevable que des individus puissent, d’un côté, exprimer publiquement des positions hostiles à Israël — voire reprendre des discours antisémites — et, de l’autre, se réserver la possibilité d’y immigrer à leur convenance.

Si la liberté d’expression constitue un droit fondamental, l’État d’Israël pourrait, dans cette logique, se réserver la faculté de restreindre l’accès à l’alyah pour des personnes dont les prises de position seraient jugées manifestement contraires à ses intérêts.

La Loi du Retour s’applique actuellement à toute personne née de mère juive, convertie au judaïsme, ou ayant au moins un grand-parent juif. Il pourrait toutefois être envisagé d’élargir ce cadre à des individus ne répondant pas strictement à ces critères, mais exprimant une volonté sincère de partager le destin du peuple juif. Dans la mesure où la définition du terme « Juif » au sens de cette loi ne correspond pas strictement à celle de la Halakha, il serait envisageable de confier cette qualification à des instances explicitement laïques, porteuses d’une identité juive affranchie de toute dimension religieuse.


[1] Terme désignant l’immigration en Israël par un Juif.

[2] Loi votée en 1950 par le Parlement israélien garantissant à tout Juif le droit d’immigrer en Israël.

Israël face au terrorisme

La peine de mort n’existe pas en Israël, comme dans la plupart des démocraties contemporaines. Ôter la vie à un être humain, aussi coupable soit-il, demeure un acte intrinsèquement dégradant, y compris lorsqu’il vise les criminels les plus odieux.

La tradition juive elle-même, bien qu’ayant admis la peine capitale à l’époque biblique, en avait déjà considérablement restreint l’application à l’époque talmudique. Le Talmud enseigne ainsi qu’un « Sanhédrin qui exécute un homme une fois en soixante-dix ans est appelé un Sanhédrin cruel » (Mishna, Makot 1:10).

D’un point de vue pragmatique également, la peine de mort ne constitue pas un instrument dissuasif particulièrement efficace. La souffrance du condamné se limite à l’intervalle entre la sentence et son exécution. À cet égard, la réclusion à perpétuité apparaît souvent comme une sanction plus lourde, plus durable et potentiellement plus dissuasive.

En Israël, cependant, même des terroristes responsables d’actes particulièrement graves peuvent être libérés dans le cadre de négociations, d’échanges d’otages ou de décisions politiques. Il n’est pas rare qu’une fois libérés, certains reprennent leurs activités, constituant ainsi une menace persistante pour la sécurité nationale.

Les moyens classiques de lutte contre le terrorisme se révèlent souvent insuffisants. Les organisations terroristes opèrent en dehors des structures étatiques, ignorent les règles du droit international humanitaire et ciblent délibérément les populations civiles.

Dans ce contexte, le recours à des unités spécialisées s’impose. Celles-ci doivent adapter leurs méthodes à la nature de l’adversaire, tout en conservant un cadre d’action rigoureux. Leur efficacité ne dépend pas seulement des moyens matériels ou opérationnels qui leur sont alloués, mais aussi d’un socle éthique clair, qui légitime leur action au titre de la défense nationale.

Une partie de l’opinion publique israélienne considère aujourd’hui que les règles traditionnelles de la guerre sont inadaptées face au terrorisme contemporain, en particulier lorsque celui-ci atteint un degré de violence extrême, comme lors du massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas.

Dans cette perspective, certains estiment que les forces antiterroristes devraient disposer d’une plus grande autonomie sur le terrain, afin de pouvoir apprécier en temps réel le degré de dangerosité des individus qu’elles appréhendent, et agir en conséquence. Elles pourraient ainsi être habilitées à neutraliser immédiatement ceux qui représentent, ou sont susceptibles de représenter, une menace durable.

Le droit classique interdit de juger une personne pour des crimes qu’elle pourrait commettre à l’avenir. Toutefois, dans le cas de terroristes aguerris, formés et intégrés dans des structures idéologiques radicales, l’idée d’une neutralisation préventive est parfois envisagée comme une extension du principe de légitime défense.

Cette logique n’est pas sans précédent. À la suite de l’attentat des Jeux olympiques de Munich en 1972, Israël a mené une opération clandestine visant à traquer et éliminer les responsables du massacre, sous la direction du Mossad. Baptisée « Opération Colère de Dieu », cette campagne reposait sur le refus de toute impunité pour les auteurs d’actes visant des Juifs, où qu’ils se trouvent.

Dans cette optique, certains plaident pour accorder aux unités antiterroristes une latitude comparable, adaptée aux menaces contemporaines, qu’elles émanent d’organisations transnationales ou d’États soutenant le terrorisme.

La position qui en découle peut alors se formuler ainsi : refuser la peine de mort en tant qu’institution juridique, tout en reconnaissant la nécessité de neutraliser, dans un cadre opérationnel, ceux qui constituent une menace immédiate.

L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs

L’idée que l’antisémitisme serait dû à l’ignorance ou à l’obscurantisme est fausse, même s’il est vrai qu’il y a des obscurantistes et des ignorants partout. La riposte à l’antisémitisme à travers le monde n’est ni dans l’éducation ni dans la laïcité ni dans l’humanisme ni dans l’antiracisme ni dans l’information ni dans la démocratie. Elle est dans l’Etat des Juifs. La logorrhée antisémite qui persiste en Occident est de même nature que celle qui a abouti à la Shoah. Les mêmes causes produiraient les mêmes effets si par malheur l’Etat d’Israël disparaissait.

La lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs. Ils n’ont aucune prise sur ce fléau et aucun moyen de le combattre. Il n’y a d’ailleurs pas d’antisémitisme d’Etat dans le monde libre, et les autorités font généralement ce qu’elles peuvent pour le sanctionner. Mais le fait est qu’elles n’arrivent pas à juguler ce phénomène fabriqué par des siècles d’antijudaïsme  chrétien et musulman. Il est frappant d’observer que les manifestations contre l’antisémitisme en Europe ne mobilisent pas grand mondé excepté les Juifs eux-mêmes. Ces manifestations sont souvent pathétiques, tellement elles renvoient les Juifs à leur solitude. Une des raisons de la frilosité de la classe politique européenne à ce sujet est la crainte d’indisposer les musulmans, dix fois plus nombreux et soutenus par une gauche qui avance masquée sous couvert d’antisionisme.

L’Etat d’Israël doit faire entendre sa voix contre l’antisémitisme par les canaux diplomatiques d’usage, mais il n’est pas en son pouvoir ni de son  droit d’intervenir dans la politique intérieure des pays concernés. Israël peut et doit en revanche promouvoir l’Alyah auprès des Juifs à travers le monde qui estiment que leur qualité de vie, ou leur vie tout court, est compromise du seul fait d’être Juif.

L’institution judiciaire en Israël

L’institution judiciaire israélienne puise ses sources dans le droit ottoman, le droit britannique et le droit international. En son sommet se trouve la Cour suprême, véritable clé de voûte du système. Elle est composée de quinze juges, nommés en fonction de leur expérience, de leur expertise et de leur intégrité.

À la création de l’État d’Israël, la Cour suprême avait pour mission principale de trancher des litiges d’ordre juridique, dans une logique classique d’interprétation du droit. Toutefois, en 1992, une réforme adoptée par la Knesset sous l’impulsion du juge Aharon Barak a profondément transformé son rôle. Cette réforme a ouvert la voie à une forme d’activisme judiciaire, notamment en matière de droits de l’homme et de libertés civiles, parfois en contradiction avec les positions du législatif ou de l’exécutif.

Depuis lors, la Cour suprême est compétente pour examiner non seulement des décisions judiciaires et des controverses juridiques, mais aussi des pétitions et des questions touchant à la liberté d’expression, à la liberté de culte, à la vie privée ou encore à la protection des minorités. Elle s’est également vu confier un rôle de contrôle des abus de pouvoir, des nominations jugées partisanes et des décisions gouvernementales considérées comme déraisonnables. Elle peut, en outre, invalider des lois adoptées par la Knesset, y compris des Lois fondamentales, et dispose de la faculté de se saisir elle-même de certaines questions.

Le mode de nomination des juges fait régulièrement l’objet de critiques, en raison d’une relative opacité favorisant, selon certains, des mécanismes de cooptation. Le comité de sélection comprend actuellement deux députés de la Knesset, deux représentants du barreau, deux ministres et trois membres du système judiciaire. Dans la pratique, les représentants du barreau s’alignent fréquemment sur les positions du corps judiciaire, ce qui confère à ce dernier une influence déterminante dans les nominations.

En l’absence de constitution formelle, les juges se trouvent, en principe, seuls face à leur conscience pour définir les principes guidant leurs décisions. Depuis la réforme Barak, le pouvoir judiciaire est souvent perçu comme porteur d’une sensibilité progressiste, en décalage avec une opinion publique majoritairement conservatrice. Cette tension a conduit le gouvernement issu de la 25e Knesset à engager une réforme visant à réduire significativement les prérogatives de la Cour suprême et à modifier le processus de nomination des juges.

Le projet de réforme prévoyait un nouveau comité composé du président de la Cour suprême, de deux juges à la retraite désignés par le ministre de la Justice, de trois ministres (dont deux choisis par le gouvernement en plus du ministre de la Justice), ainsi que de trois membres de la Knesset — un représentant de la coalition, un de l’opposition et le président de la commission des Lois.

Un tel dispositif aurait instauré un équilibre donnant six sièges sur neuf aux représentants de l’exécutif et du législatif, contre trois pour le pouvoir judiciaire, alignant ainsi la sensibilité du système sur celle de la majorité politique en place. La réforme n’a toutefois pas abouti, notamment en raison de vastes mobilisations populaires et du contexte créé par la guerre consécutive au massacre du 7 octobre.

Le débat de fond demeure. Permettre à la Cour suprême d’invalider, à sa seule discrétion, l’action des pouvoirs exécutif ou législatif peut être perçu comme une remise en cause de la volonté populaire. À l’inverse, l’absence de mécanisme de contrôle de la raisonnabilité des décisions gouvernementales fait peser un risque de dérive autoritaire. Dans un système dépourvu de constitution formelle, le potentiel d’abus de pouvoir existe donc dans les deux configurations.

Dans les faits, depuis que la droite est devenue majoritaire en Israël, certains estiment que la Cour suprême tend à se comporter comme une forme d’opposition institutionnelle, en particulier sur les questions de société.

Le projet de réforme a ainsi révélé une fracture idéologique profonde au sein de la société israélienne, tout en faisant paradoxalement émerger un consensus croissant sur la nécessité même de repenser le fonctionnement de l’institution judiciaire.

Séparation entre religion et Etat

Israël est l’État des Juifs, sans pour autant être doté d’une religion d’État. Il peut être compris comme une république de tradition juive, au même titre que la France est souvent décrite comme une république de tradition chrétienne. Parmi les figures fondatrices du sionisme, on trouve aussi bien Ben Gourion, ancré à gauche, que Jabotinsky, situé à droite. Ces deux penseurs majeurs avaient en commun une connaissance approfondie de la Torah — qu’ils maîtrisaient parfaitement — tout en étant éloignés de la pratique religieuse institutionnelle.

La plupart des Juifs pratiquants sont attachés aux principes démocratiques et ne considèrent pas que la Torah doive constituer le fondement du droit positif ni celui d’une éventuelle constitution, dont l’élaboration demeure inachevée. Par ailleurs, de nombreux Juifs se définissent comme non pratiquants, voire athées, tout en revendiquant leur appartenance au peuple juif avec la même intensité que les croyants. À l’inverse, certains courants ultraorthodoxes en Israël ne se reconnaissent pas dans le projet sioniste, et vont parfois jusqu’à contester l’idée même d’un État juif. Il est à cet égard significatif que Maïmonide, l’un des plus grands décisionnaires de la Halakha[1], n’ait pas inclus, parmi les 613 mitzvot, l’obligation de résider en Israël. Quoi qu’il en soit, l’État d’Israël — issu à la fois du siècle des Lumières et de la Haskala[2] — ne saurait être conçu comme une théocratie.

Tout lien organique entre l’État et la religion présente, par nature, des difficultés. Certaines prérogatives des institutions religieuses peuvent être maintenues pour des raisons pragmatiques, liées à l’histoire, mais l’espace public doit demeurer fondamentalement séculier. Cela n’exclut pas, pour autant, d’enrichir le droit israélien par des apports issus de la tradition talmudique, aux côtés des héritages juridiques britannique et ottoman.

Le sionisme doit être compris comme un mouvement d’émancipation nationale du peuple juif dans son ensemble, et non comme celui de sa seule composante religieuse — même si la Torah en constitue le socle symbolique. Comme l’exprime Yeshayahu Leibowitz[3] : « L’État d’Israël n’a été créé ni à cause du judaïsme, ni sous la pression du judaïsme, ni dans l’intérêt du judaïsme, mais dans le cadre de l’indépendance nationale du peuple juif »[4].

C’est également dans cet esprit que Theodor Herzl[5], dans L’État des Juifs[6], affirme que la question juive n’est « ni une question sociale, ni une question religieuse, mais une question nationale ». Et d’ajouter : « Nous ne laisserons pas prendre racine les velléités théocratiques de nos rabbins. Nous saurons les maintenir dans leurs synagogues, de même que nous maintiendrons nos militaires dans leurs casernes. L’armée et le rabbinat doivent être respectés, mais, au niveau de l’État, ils n’ont rien à dire. »


[1] Ensemble des prescriptions et interdits de la Loi juive contenus dans le Talmud.

[2] Mouvement de pensée juif des XVIIIe et XIXe siècles influencé par les Lumières.

[3] Chimiste, médecin, historien des sciences, érudit du judaïsme, philosophe et moraliste, et rédacteur en chef de l’Encyclopédie hébraïque.

[4] Leibowitz, Entretiens avec Michel Shashar, « Israël et judaïsme, ma part de vérité ».

[5] Fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897.

[6] Der Judenstaat, publié en 1896.

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