Jacques Attali ou le naufrage de l’esprit

Jacques Attali est né en 1943 dans une famille juive séfarade d’Algérie. C’est un technocrate diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale d’administration (ENA). Il est aussi détenteur d’un doctorat en économie. Il semble cependant ne pas avoir saisi les implications pratiques de cette discipline. Quand il a dirigé la « Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) » il a été contraint de démissionner[1] suite à des révélations sur les dépenses de la banque et son train de vie personnel. En outre il aurait été rémunéré pour des discours en contradiction apparente avec le règlement de la banque. Il avait par ailleurs un faible pour les déplacements en jet privé.

Attali est un érudit, mais il y a des érudits qui ne comprennent pas eux-mêmes ce qu’ils savent. Cet intellectuel pénétré de sa judéité fut proche du Président Mitterrand, qui, lui, avait soutenu le régime de Vichy et été décoré de la Francisque par Pétain.  Il est même arrivé à Attali de dîner en compagnie de René Bousquet, antisémite rabique responsable de la rafle du « Vélodrome d’hiver » en 1942[2].

Attali a récemment déclaré qu’il « faudrait pouvoir envoyer Netanyahu, ses ministres extrémistes et les dirigeants du Hamas dans la même prison. À vie. Pour crimes de guerre, massacres de leurs jeunesses et tentatives de meurtres contre l’avenir de leurs peuples. [3]»

Que l’on apprécie Netanyahu ou pas, le fait est qu’il fut en 1972 l’un des membres du commando qui donna l’assaut à un appareil détourné de la Sabena[4], et sauva ainsi une centaine d’otages prisonniers de terroristes palestiniens.

Entre le Juif de cour et le combattant de Tsahal il y a un choix qui s’impose.

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[1] https://www.lesechos.fr/1993/06/le-president-jacques-attali-contraint-a-demissionner-de-la-berd-907252

[2] https://www.lemonde.fr/archives/article/1994/10/11/reperes-m-mitterrand-et-vichy-jacques-attali-confirme-qu-il-a-dejeune-par-hasard-avec-rene-bousquet_3847307_1819218.html

[3] https://www.i24news.tv/fr/actu/france/1703064243-jacques-attali-veut-envoyer-netanyahou-et-les-dirigeants-du-hamas-dans-la-meme-prison

[4] https://www.idf.il/fr/minisites/tsahal-au-passe/guerres-et-operations/operation-isotope-1972/

Les Juifs et le rêve américain

Lors d’un séjour en Israël, il y a plus de deux décennies, je suis à Tibériade pour participer à un séminaire international des dirigeants du Keren Hayesod[1]. Au cours d’une des séances, le professeur Della Pergola, universitaire spécialisé dans la démographie des communautés juives, nous parle des perspectives d’Israël. Il s’agit de réfléchir au potentiel   de croissance de la population juive dans les années à venir. L’antisémitisme et le marasme économique de l’URSS a certes suscité une émigration massive vers Israël, mais elle touche à sa fin.  La question est maintenant de savoir d’où pourrait bien venir une nouvelle Alyah significative.

Je propose une hypothèse aux participants du séminaire. Je commence par leur demander dans quel pays les Juifs sont à la fois les plus nombreux, les plus dynamiques, les mieux établis du point de vue intellectuel et économique, et aussi les plus intégrés en tant que citoyens. La réponse est bien entendu l’Amérique. La manière dont je décris la communauté juive des Etats-Unis semble suggérer qu’elle n’a pas vocation  à se tourner vers Israël.

Mais en analysant le profil de cette communauté  je relève qu’il a beaucoup d’analogie avec celui de l’Allemagne d’avant la Shoah.  Que c’est précisément ce genre de profil qui de tous temps a fini par se retourner contre les Juifs eux-mêmes.  Je rappelle l’Exode d’Egypte, l’expulsion d’Espagne et les Lois de Nuremberg[2]. Dans ces cas emblématiques les Juifs ont connu une descente aux enfers après avoir prospéré sur les sommets d’un âge d’or. Cela ne signifie pas qu’il pourrait y avoir une Shoah en Amérique, mais qu’une lame de fond antisémite pourrait s’avérer assez dévastatrice du point de vue moral pour décider de nombreux Juifs à se résoudre à l’Alyah.

Mon hypothèse laissa l’audience sceptique à l’époque, mais je pense qu’il n’est plus extravagant aujourd’hui de l’envisager. Cela fait des années que des institutions juives américaines sont attaquées ou subissent des actes de vandalisme. Le massacre du 7 octobre perpétré par le Hamas en Israël a eu pour effet de déclencher une flambée d’antisémitisme plus féroce en Amérique qu’ailleurs dans le monde occidental. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est qu’il a cours dans les universités les plus prestigieuses, là-même où sont formées les élites de la nation.

L’aile gauche du Parti Démocrate américain en particulier ne se retranche plus derrière un antisionisme de façade et manifeste son antisémitisme de manière de plus en plus décomplexée. Le Président Obama, fort de son prix Nobel immérité, s’en est pris à Israël après le massacre et a réussi un tour de force consistant à faire de la victime un coupable. Mais il doit être dans sa logique, puisque cet humaniste de pacotille a eu pendant vingt ans comme mentor et guide spirituel un antisémite notoire et qualifie la branche militaire du Hamas de « groupe de résistance palestinienne » dans son autobiographie[5].

Obama estime par ailleurs que « l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.  L’Islam a une tradition de tolérance dont il est fier ».

De nos jours la réalité de la gauche dépasse la fiction de la droite.

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[1] Appel unifié pour Israël. Organisme central financier du mouvement sioniste mondial ainsi que celui de l’Agence juive.

[2] Adoptées par le Reichstag en 1935 et mettant en place en Allemagne un système discriminatoire où les juifs sont exclus de la société.

[[5] « Une terre promise », Fayard

Manifestation contre l’antisémitisme ?

Le 7 octobre 2023 des Gazaouis perpétraient un pogrom en Israël et se retiraient le jour même avec plus de 200 otages. Ce massacre a eu pour conséquence de déclencher une monstrueuse vague d’antisémitisme à travers le monde. Comprenne qui pourra.

Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une « importation du conflit israélo-palestinien », mais d’un antisémitisme d’une grande vitalité qui prospère à l’extrême-gauche et dans le monde musulman. Pour l’islamogauchisme ce massacre de Juifs est l’occasion de jubiler dans le monde entier.

La mouvance islamogauchiste avait pris l’habitude de camoufler son antisémitisme sous couvert d’antisionisme. Mais dernièrement elle ne semble même plus soucieuse de se servir de cet artifice.  Elle agresse directement les Juifs en tant que Juifs.

Face à ce phénomène, l’Assemblée nationale et le Sénat ont appelé à une manifestation à Paris contre l’antisémitisme. Elle aura lieu dimanche 12 novembre.

Maître Gilles-William Goldnadel, fondateur d’Avocats sans frontières  et président de France-Israël est connu pour son combat contre l’antisémitisme.  Il a pourtant annoncé qu’il ne se rendrait pas à la manifestation. Il estime que si ni l’extrême-gauche ni l’islamisme ni le Hamas ne sont explicitement mis en cause, et que si l’on ne réclame pas la libération des otages, alors cette manifestation est dénuée de sens.

Paul Amar, journaliste vétéran, réfléchit à la vacuité des défilés en silence. Ceux-ci consistent à valider la pleutrerie de l’Etat. C’est ratifier la doctrine du « pas de vagues », présentée comme une stratégie. C’est Munich à la sauce woke.  Les minutes de silence juif sont devenues au fil de l’Histoire des éternités de silence de mort.  Il a servi à quoi, ce silence? Qu’a-t-il changé ? Accompli ? Amélioré ? Dans quel lieu le silence est-il digne, ailleurs qu’au cimetière où reposent nos victimes du silence ? Faire silence à la manifestation de Paris quand Tsahal rompt le silence sur le champ de bataille ? Assez de silence. Vive les hurlements et la rage.

Lors de la Guerre des  Six-Jours en 1967 on ne manifestait pas contre l’antisémitisme, mais pour Israël. Il n’y a aucune différence de nature entre la tentative de  jeter les Juifs à la mer d’alors, et celle de maintenant. Même obsession génocidaire, même pathologie séculaire.

La manifestation contre l’antisémitisme à Paris est une manipulation. Une manœuvre pour ne pas nommer l’islamogauchisme. Cette manifestation devrait avoir pour unique thème le soutien à Israël. Rien d’autre.  Nous savons à quel point la France n’a pas été à même de  protéger les Juifs en temps de crise.

Reste l’Etat d’Israël, colonne vertébrale de la Diaspora. Aucun Juif ne peut tenir debout sans elle, ni en France ni ailleurs ni nulle part. Une manifestation contre l’antisémitisme sans drapeau d’Israël en tête est une tartufferie.

Terrorisme et riposte.

Suite au massacre perpétré en Israël par le Hamas, la sociologue Eva Illouz s’est exprimée au cours d’une interview sur la question de la proportionnalité de la riposte de Tsahal:

« …cette question de proportionnalité quand il s’agit d’un événement humain aussi important que la guerre me laisse perplexe. Qu’est ce que la proportionnalité ? Décapiter, violer, torturer 500 Palestiniens contre les 1500 Juifs qui sont morts dans des conditions similaires ? Comment créer une commensurabilité des massacres ? Parce qu’Israël vit constamment dans un état de guerre et de conflit, il a développé une doctrine militaire exigeant que l’ennemi paie un prix plus fort, pour le dissuader de recommencer. »

La question de la proportionnalité  se pose surtout – mais pas seulement – quand des civils innocents risquent d’être victimes d’affrontements entre forces armées. Mais il n’y a à Gaza  qu’une seule catégorie de civils dont on peut être certains qu’ils sont innocents, à savoir les enfants. Quant aux adultes ils sont certes sous l’emprise du Hamas, mais ils partagent généralement avec leurs maitres la haine des Juifs. Beaucoup de civils collaborent  activement aux crimes du Hamas, même sans en faire formellement partie.

Dans l’opinion publique israélienne il y a des voix qui s’élèvent pour exiger de suspendre l’aide humanitaire à Gaza aussi longtemps que ne seront pas libérés les otages enlevés lors du massacre du 7 octobre. Le spectacle de convois humanitaires qui approvisionnent Gaza ces jours-ci a quelque chose de surréaliste et d’indigne quand on pense qu’il y a parmi cette population d’innombrables  complices et assassins qui cherchent maintenant à échapper à la riposte de Tsahal.

Punir collectivement une population n’est jamais moral. Dans toute guerre il y des victimes collatérales, or la guerre contre le Hamas n’échappe pas à cette règle. Mais l’inhumanité du Hamas va jusqu’à sacrifier sa propre population en la transformant en bouclier humain. Israël n’a aucune responsabilité d’aucune sorte concernant ces victimes collatérales-là quand il s’agit de protéger ses propres civils, réellement innocents, eux, et pas seulement les enfants.

L’Alyah d’antan

Dans ma bonne ville flamande d’Anvers, nous étions une communauté juive vivant en autarcie. Des expatriés sans patrie. La plupart d’entre nous étions nés à Anvers, mais nos parents ou grands-parents venaient d’ailleurs, généralement d’Europe de l’Est.

Les Juifs étaient répartis en trois groupes: les séculiers, les religieux modérés et les ultraorthodoxes.  Les deux premiers de ces groupes étaient résolument sionistes. Il n’y avait en revanche pas de Juifs assimilés, ou alors ils l’étaient tellement, qu’ils n’étaient pas juifs du tout.

Les Juifs d’Anvers se conduisaient en citoyens respectueux de l’Etat, mais ne fréquentaient pas, ou très peu, les non-juifs. La quasi-totalité des enfants étaient scolarisés dans des écoles juives. Leur vie sociale était articulée autour de la judéité: école juive, club sportif juif, mouvement de jeunesse juif, religion juive. Une fois sortis de l’école, ceux qui ne partaient pas pour  Israël entraient dans l’industrie diamantaire, juive, elle aussi.

Les plupart des enfants fréquentaient un des mouvements de jeunesse sionistes. Ceux-ci avaient des sensibilités politiques qui allaient de l’extrême-droite à l’extrême gauche, mais avaient un indépassable horizon commun: l’Alyah. Il s’agissait de former les jeunes de  manière à les préparer à partir pour Israël et s’établir au kibboutz.

Cette conception était la continuation d’un vent nouveau qui soufflait sur les communautés juives à travers le monde depuis le début du siècle, mais qui avait été suspendu par la Shoah. Du point de vue idéologique, il ne s’agissait pas de promouvoir une Alyah tous azimuts, mais de galvaniser explicitement cette jeunesse d’après-guerre qui avait la vie devant elle.

Il s’agissait de bâtir Israël : c’était une affaire de jeunes. Les anciens ce serait pour plus tard. L’Etat d’Israël lui-même était ambivalent par rapport à l’Alyah d’éléments qui pourraient constituer une charge pour une économie encore fragile.

Il fallait inciter les générations montantes de la Diaspora à venir en Israël avant même d’apprendre un métier ou de faire des études. Ces choses-là pourraient être envisagées plus tard, en Israël, tout en travaillant la terre les armes à la main.

Dans ces mouvements de jeunesse on apprenait l’histoire du sionisme et celle de la terre d’Israël. Il fallait faire connaissance avec l’hébreu, intégrer  la géographie et se familiariser avec les codes de l’Etat juif. A l’âge de 15 ans les adolescents devaient prendre une part active dans la direction du mouvement et se déterminer par rapport à l’Alyah. En général cela se résumait à s’engager sur l’honneur à partir au kibboutz  dès la fin de la scolarité, à 18 ans.

Il ne s’agissait pas de projeter l’Alyah dans un futur indéfini en fonction des aléas de la vie. C’était le contraire : il fallait imprimer à sa vie un tournant indépendant de toute contingence,  dès la sortie de l’enfance : décider de « monter »  en Israël, au kibboutz, avant même de savoir en quoi consisterait cette existence juive d’un type nouveau.

Gérard Miller ou la doctrine de la cécité

Gérard Miller est un intellectuel français issu d’une famille juive polonaise. Psychanalyste, professeur des universités et éditorialiste, il est aussi une figure marquante de la gauche radicale.

Miller a toujours manifesté une fascination pour le communisme. Il a milité, ou cheminé avec, des organisations telles que le Parti communiste français, l’Union des étudiants communistes, le Parti communiste chinois, le Mouvement marxiste-léniniste et la Gauche prolétarienne. Aujourd’hui, il soutient sans réserve Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, un parti dont les positions ambiguës sur l’antisémitisme sont de plus en plus dénoncées.

Dans une récente tribune publiée dans Le Monde, Miller s’en prend aux Juifs qui soutiennent Marine Le Pen ou Éric Zemmour, respectivement à la tête du Rassemblement National et de Reconquête. Selon lui, un tel soutien serait incompatible avec l’histoire et l’identité juives.

Certes, le Rassemblement National porte encore les stigmates de ses origines — l’ombre de Jean-Marie Le Pen plane toujours malgré les efforts de dédiabolisation. Mais un nombre croissant de Juifs considèrent que le parti a évolué et mérite leur appui. C’est une position politique, respectable, même si contestable.

Quant à Reconquête, parti de droite assumé et fondé par un homme lui-même d’origine juive, il ne traîne aucun passif antisémite. Y adhérer ne saurait donc être considéré comme une trahison morale. Soutenir Zemmour n’implique nullement une compromission avec la haine antijuive.

En revanche, La France insoumise ne cesse d’entretenir des liens avec des mouvances et figures dont les propos ou fréquentations antisémites sont documentés. Jean-Luc Mélenchon, autrefois admirateur d’Hugo Chavez — qui affirmait que “les Juifs avaient tué le Christ” —, s’est illustré par des propos ambigus, et parfois outranciers, sur cette question. Plusieurs élus et militants de LFI ont été pointés du doigt pour leur proximité avec des courants antisionistes dont le discours flirte dangereusement avec l’antisémitisme.

Il est par ailleurs frappant que ce même Miller admette lui-même que dans certains quartiers, des familles juives sont contraintes de déménager en raison d’un climat hostile, où l’« antisionisme » est souvent un masque commode de l’antisémitisme. Or, c’est précisément dans ces bastions que La France insoumise puise une part importante de son électorat.

Récemment, une députée Renaissance a même évoqué la nécessité de dissoudre La France insoumise pour motifs antisémites — une proposition extrême, certes, mais qui témoigne d’un malaise réel et croissant.

En définitive, Gérard Miller condamne les Juifs qui s’orientent vers la droite, tout en appelant à soutenir un parti dont les dérives sur la question juive sont de plus en plus manifestes. C’est là un paradoxe saisissant, voire une contradiction insoutenable.

Genèse d’une crise politique

Je soutiens l’opposition à la réforme judiciaire dans sa forme actuelle,  et exprime mon aversion du gouvernement qui la promeut. Je suis opposé à ce gouvernement pour une série de raisons, qui peuvent se résumer en une formule simple : j’estime qu’il n’est pas en phase  avec le projet sioniste, et qu’il ne respecte ni la lettre ni l’esprit de la déclaration d’indépendance d’Israël.

Je me sens néanmoins isolé concernant mon point de vue sur la genèse de la crise. Je trouve qu’il y a une manière déloyale, chez les opposants à Netanyahu, d’en escamoter l’origine. Tout se passe comme si leur détestation du personnage justifiait un déni de démocratie, ou pire.

Cela fait une dizaine d’années qu’un cercle vicieux fait des ravages dans la vie politique israélienne. Comme souvent dans ces cas-là, on a tendance à perdre de vue la genèse.

Benjamin Netanyahu a longtemps été soucieux concernant l’indépendance des juges en général, et de la Cour suprême en particulier. C’est Aharon Barak lui-même qui l’a encore récemment relevé . Netanyahu n’a jamais été dupe du caractère prétendument apolitique de la Cour suprême, mais estimait, comme beaucoup de monde, qu’en l’absence de Constitution cela valait mieux que rien. Et puis, soudain, il y a quelques années, il a commencé à se retourner contre le pouvoir judiciaire.

La question est de savoir pourquoi. La réponse simple, mais simpliste, est que c’est parce que cette fois-là c’était lui-même qui était mis en cause. Mais il  va de soi que dans ces cas-là on pense d’abord à soi-même, en particulier quand on n’a rien à se reprocher. C’est en tous cas la position que défend Netanyahu, et le centre de gravité de ma thèse.

Dès le début de la décennie précédente ses adversaires commençaient à désespérer de jamais pouvoir le déloger de manière démocratique. Des forces politiques, médiatiques et judiciaires se sont liguées pour le défaire d’une manière ou d’une autre. Il ne s’agit bien entendu pas d’un complot, mais d’une grogne diffuse qui avait saisi une partie de l’opinion publique, qui commençait à trouver que la démocratie n’avait pas que du bon.

Des moyens inouïs ont été mis en œuvre pour fouiller dans la vie publique et privée de Netanyahu. Intimidation de témoins, interrogatoires musclés et mises sur écoute ont été instrumentalisés sans compter.  Le coût financier de ce feuilleton est astronomique.

Selon le journaliste financier Ely Tsipori, le coût direct des poursuites judiciaires contre  Netanyahu s’élevait à plus de 500 millions de shekel en janvier 2022. Ceci sans compter le coût indirect des élections à répétition et de ses effets toxiques sur l’économie. Un an et demi plus tard nous sommes loin du dénouement.

Ma thèse repose sur un postulat, à savoir que le procès de Netanyahu est une fabrication. Comme toute fabrication de ce type, elle se donne une apparence légaliste. Dès les premières enquêtes s’est formé un front hostile avec pour seul motif que Netanyahu allait être inculpé pour de bonnes raisons. On ne lui reprochait pas sa politique, mais des délits qui restent à ce jour à démontrer.

Lorsque Benny Gantz a décidé de rallier le gouvernement de Netanyahu sous condition de rotation, celui-ci avait fait mine d’accepter, mais s’est ensuite ravisé. Il estimait que cette exigence était un chantage avec pour levier les accusations dont il était l’objet.

Dès que l’opposition a commencé à exiger que Netanyahu se démette, elle l’a fait d’une manière singulière : des ténors du journalisme et de la classe politique n’exigeaient pas qu’il aille en prison, mais qu’il aille à la maison. Bizarrement, personne ne voulait de punition autre que celle de le forcer à la retraite. Cette sorte d’acte manqué démontrait que pas grand-monde ne croyait à ce dont il était accusé, mais beaucoup comptaient sur une procédure longue qui l’écarterait, innocent ou pas.

Dernièrement, les trois juges qui mènent le procès contre Netanyahu  ont eu une réunion avec des représentants du Parquet.  Ils leur ont suggéré de renoncer à l’accusation de corruption, parce qu’ils estimaient que ce serait difficile d’en apporter la preuve. Le chef de la police d’alors a réagi en déclarant à la presse que personne n’avait envisagé que Netanyahu ne démissionnerait pas sous le coup d’une inculpation.  Cela a déclenché une violente réaction du Likoud, dont le porte-parole a estimé que l’inculpation n’avait jamais eu aucune chance de convaincre le tribunal,  mais que l’objectif avait été de  provoquer la démission de Netanyahu.

Le gouvernement Bennett/Lapid était censé offrir une solution à la crise en 2021. La seule certitude de cette parodie était qu’elle n’avait aucune chance de durer. Lors de sa campagne électorale, Naftali Bennett s’était adressé au pays à peu près en ces termes :

« Je ne contribuerai en aucune manière, à aucune condition, à un gouvernement où Lapid serait Premier ministre, parce qu’il s’agit d’un gauchiste. J’exclus la participation du parti Meretz parce qu’il s’oppose au principe d’un Etat juif et démocratique. Je m’engage à ne jamais soutenir de constellation autre qu’un gouvernement ancré à droite. Je mets Netanyahu en demeure de ne pas s’allier avec le parti arabe Ra’am. »

Après les élections Bennett a violé ses propres lignes rouges en arguant que cela avait été le prix pour mettre fin aux élections à répétition et sauver le pays. Mais il n’a ni sauvé le pays ni mis fin aux élections à répétition. Il a au contraire contribué à ce que l’anathémisation de Netanyahu accouche d’un gouvernement d’ultra-droite grâce au soutien de fanatiques ultra-orthodoxes et de voyous fascisants. Le gouvernement Bennet/Lapid a été une farce.

La manœuvre consistant à tenter d’éliminer Netanyahu du pouvoir autrement que par les urnes est un déni de démocratie intolérable. Cela a conduit à un nouveau déni de démocratie par le gouvernement actuel.

Maintenant cette question : si Netanyahu n’avait jamais été poursuivi en justice, en serions-nous là où nous sommes ? Je ne le pense pas. Il me semble même qu’une réforme judiciaire équilibrée aurait vu le jour de manière sereine, sous la conduite d’un gouvernement authentiquement démocratique.

Netanyahu et l’anti-bibisme

Netanyahu est au pouvoir depuis de longues années. Sans faire l’unanimité, son bilan n’est généralement pas jugé médiocre. Nombre d’observateurs reconnaissent que la bonne santé de l’économie israélienne lui doit beaucoup. Sur le plan diplomatique il a adopté une posture prudente dans le conflit israélo-arabe, plaidant pour un État palestinien vivant côte à côte avec Israël. C’est sous sa gouvernance qu’ont eu lieu les rapprochements avec les Émirats arabes unis, le Maroc, l’Arabie saoudite et d’autres régimes autrefois hostiles. Les relations avec les États-Unis ont connu des tensions durant la présidence Obama, dont la position envers Israël a pu sembler ambivalente en raison de la proximité du président avec un mentor accusé d’antisémitisme.

Depuis des années la droite israélienne reproche à la Cour suprême de bloquer certaines lois pour des motifs perçus comme idéologiques plus que juridiques. Il est vrai que cette Cour agit parfois comme un acteur politique, avec un mode de nomination des juges à la transparence contestable. Certains gouvernements ont même renoncé à présenter des projets de loi, anticipant leur invalidation par les juges.

Netanyahu jouit d’une popularité durable. Il remporte sans cesse les élections internes du Likoud, ainsi qu’une majorité des élections législatives. Il convient de souligner que personne ne met en cause la régularité de ces scrutins.

Face à cette longévité exceptionnelle, une forme d’exaspération s’est manifestée dès 2015, aussi bien chez ses rivaux que chez certains de ses alliés. Un pacte informel s’est formé contre lui, regroupant des forces politiques, médiatiques et judiciaires pourtant antagonistes, unies uniquement par leur volonté de l’évincer.

D’importants moyens ont été déployés pour tenter de l’impliquer dans des affaires judiciaires, au prix d’intimidations de témoins, de procédures musclées, d’écoutes téléphoniques et d’investigations tous azimuts. Le coût de cette traque est considérable, avec pour objectif de créer un climat propice à sa démission.

Récemment, l’une des principales accusations, celle de corruption, a été invalidée par les trois juges en charge de son procès. Ils ont estimé que cette charge n’était pas tenable. Interrogé ensuite, le chef de la police a reconnu que l’inculpation pour corruption reposait plutôt sur l’espoir que Netanyahu démissionne que sur celui d’une condamnation effective.

Un autre volet de l’affaire concerne les cadeaux offerts par le producteur de cinéma Arnon Milchan – cigares, champagne et autres – mais l’enquête a conclu à une relation amicale authentique entre les deux hommes, sans élément pénal constitué.

Quant à l’affaire des sous-marins vendus à l’Égypte par l’Allemagne, aucune enquête n’a été ouverte à l’encontre de Netanyahu. Enfin, l’hypothèse d’une entente avec le directeur du quotidien Yediot Aharonot n’a donné lieu à ce jour à aucune suite.

Même si certains aspects de son comportement peuvent être jugés discutables d’un point de vue éthique, Netanyahu ne fait à ce jour l’objet d’aucune condamnation, et au fil du temps, la probabilité d’une issue judiciaire majeure semble s’amenuiser.

Ces affaires ont contribué à fracturer l’électorat de droite, poussant certains à soutenir des coalitions excluant le Likoud, pourtant première force politique du pays. De là sont issues deux expériences gouvernementales bancales : en 2021, celle de Naftali Bennett, composée d’islamistes, de gauchistes, de centristes et de sionistes religieux ; en 2022, celle montée par Netanyahu, regroupant des ultraorthodoxes fanatiques et des extrémistes nationalistes.

Un consensus existe pourtant dans l’opinion publique en faveur d’une réforme du système judiciaire. Mais celle que porte le gouvernement actuel a été précipitée, mal conçue, mal expliquée, et sans doute excessive. La hâte avec laquelle elle a été soumise à la Knesset est en soi problématique. Si le Likoud a initié cette réforme dans un esprit institutionnel, certains de ses partenaires y ont vu une opportunité pour faire avancer des agendas sectoriels.

La réforme vise entre autres à réformer la procédure de nomination des juges, dans un souci de meilleure représentativité. Elle entend également renforcer l’ancrage de l’État dans l’esprit de la Déclaration d’Indépendance, qui proclame Israël comme État juif. Le régime israélien est démocratique, mais sa démocratie ne peut être détachée de l’histoire du peuple juif.

La Cour suprême doit se contenter de dire le droit, et non pas de définir les valeurs sociétales. L’évolution des mœurs et les mutations sociologiques relèvent de la souveraineté populaire, incarnée par la Knesset. Les juges ne peuvent s’y substituer.

La seule issue raisonnable à la crise passe par la formation d’une nouvelle coalition rassemblant le Likoud et les forces qui, bien que proches idéologiquement, se sont employées à écarter Netanyahu.

Civitas ou le gardien de la chrétienté

« Civitas » est un groupuscule catholique intégriste français qui pourrait bientôt être dissous suite à des propos antisémites proférés par son dirigeant Pierre Hillard. Cette secte, qui est aussi un parti politique, ne compte que quelques énergumènes qui ne méritent pas que l’on s’attarde à eux.

Mais en cherchant des déclarations passées de Pierre Hillard, on trouve sur Internet une  vidéo d’une heure érudite, structurée et bien documentée. Ce connaisseur du judaïsme explique le combat de sa vie contre le peuple juif de manière posée, ce qui ne devrait pas surprendre, puisse qu’il ne s’agit de rien d’autre qu’un rappel conforme, précis et scrupuleux de la doctrine antijuive autour de laquelle s’est articulée la chrétienté tout au long de l’Histoire.

L’accusation de « déicide » était encore valide au Vatican lors du pontificat de Pie XII et l’est toujours dans l’Église grecque-orthodoxe, dans de nombreuses  congrégations protestantes, dans l’anglicanisme  et dans la mouvance catholique intégriste.  Il ne s’agit donc pas d’un épiphénomène, mais bien de la raison d’être du christianisme.

Comme le christianisme s’est établi comme religion d’Etat à travers le monde pendant près de deux millénaires, la haine des Juifs continue d’irriguer les soubassements de la conscience collective, même là ou la religion est en déclin.   C’est ce qui explique qu’en sécularisant l’antisémitisme, les régimes nazis et communistes n’ont pas éprouvé le besoin d’en démontrer le bien-fondé auprès des masses. C’est aussi ce qui explique l’antisionisme, qui n’est qu’un travestissement de l’antisémitisme séculaire.

Idéologie et économie en Israël même combat ?

Singapour est dirigé par une même famille et le même parti politique depuis près de soixante ans. Le taux d’application de la peine de mort y est parmi les plus élevés du monde. L’Etat peut infliger à ses opposants politiques, comme à des délinquants de droit commun, des détentions administratives illimitées. La population est sous surveillance et est exposée à une répression permanente. La presse est censurée et l’Internet filtré.  La possession d’antennes paraboliques de télévision est interdite. Les bonnes mœurs sont décrétées par l’Etat.

Singapour jouit néanmoins d’une économie prospère et moderne. Elle est classée au haut de l’échelle dans l’indice mondial de l’innovation, dont le High-tech est l’un des piliers. La confiance des marchés financiers lui est acquise depuis longtemps et pour longtemps.  L’afflux de capitaux y est massif.

Singapour est classée AAA par les agences de notation Moody’s, S&P et Fitch, avec en prime une perspective stable. Les Emirats Arabes Unis et le Qatar sont d’autres exemples d’économies qui ne doivent pas grand-chose à la démocratie mais qui sont néanmoins appréciées par Moody’s et compagnie, malgré leur constitution basée sur la Charia.

Contrairement à une idée colportée par certains médias, Moody’s a récemment exprimé des réserves concernant l’économie israélienne non pas par rapport à la réforme judiciaire en marche, mais par crainte d’instabilité politique vu l’ampleur des manifestations antigouvernementales.

Ce n’est pas parce que le gouvernement d’Israël est détestable pour beaucoup d’entre nous et qu’il est noyauté par des ultraorthodoxes fanatiques et des messianiques fascisants, que tout est permis pour le déloger. La rhétorique est choquante, de ceux qui s’emploient à scier la branche de l’économie sur laquelle nous sommes tous assis. L’idée que la réforme judiciaire ébranlerait l’économie si par malheur elle passait est une fable contreproductive. La bourse et la monnaie israélienne sont attaquées parce que les marchés  ont horreur de l’incertitude, quelle qu’en soit la nature. L’argument consistant à établir un lien entre la perspective d’une dictature et la faiblesse de l’économie est une contrevérité qui empoisonne le débat.

Ne nous trompons pas de combat.  La bataille qui déchire le pays en ce moment est une bataille entre démocratie et théocratie. C’est  un conflit idéologique et éthique. Espérons que la démocratie l’emportera, mais laissons  l’économie en dehors de l’équation.

Anne Sinclair ou la Tartuffe de service

Anne Sinclair a récemment publié une tribune dans le journal « Le Monde ».  Elle a choisi ce quotidien antisioniste proche de l’islamogauchisme pour s’attaquer à Israël.

La « Loi du Retour » est une disposition de l’Etat d’ Israël qui garantit à tout Juif le droit d’immigrer à tout moment et de devenir citoyen sur simple demande. Cette loi stipule que « L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur judéité ou de leur citoyenneté ».

Les Juifs à travers le monde qui sont partie prenante de la « Loi du Retour », concrètement ou symboliquement, pour eux-mêmes ou pour leurs descendants,  maintenant ou plus tard, ont une obligation de réserve envers Israël, qui s’engage à accueillir les Juifs de la Diaspora en temps de paix comme en temps de crise.

Il y a quelques années, quelque 400 Juifs britanniques ont écrit à l’Ambassade d’Israël à Londres pour lui signifier qu’ils rejetaient à titre définitif tout recours à la « Loi du Retour ». Ils ont déclaré ne pas se sentir concernés par cette loi, ni concrètement ni symboliquement, ni pour eux-mêmes ni pour leurs descendants, ni maintenant ni plus tard. Ils ont donc le droit moral de critiquer Israël et même de lui être hostile en vertu de la liberté d’expression.

Si Anne Sinclair estime qu’elle n’a pas de devoir de réserve envers Israël elle devrait faire pareil. Elle pourra alors publier des tribunes contre l’Etat juif dans tous les torchons du monde en ayant la conscience tranquille.

Israël en l’absence d’une Constitution

La démocratie est un système de gouvernement et un cadre légal qui  s’adapte aux peuples de manière dynamique. La crise actuelle révèle à quel point  Israël n’est pas politiquement mûr de ce point de vue-là. La coalition au pouvoir n’a pu déposer son invraisemblable projet de réforme judiciaire que moyennant un néant constitutionnel.

Il faut d’urgence une base juridique de gouvernance afin d’exclure toute dérive totalitaire, qu’elle soit d’inspiration théologique ou idéologique.

Le hasard a voulu qu’en ce moment même il y ait une situation tendue en  France, avec des manifestations de grande ampleur. Bien que celles-ci semblent plus violentes qu’en Israël, les enjeux sont très différents.  En France il s’agit d’un mouvement social,  alors qu’en Israël nous assistons à un conflit civilisationnel entre une droite libérale, laïque, patriotique d’une part, et une droite obscurantiste, théocratique  et fascisante d’autre part.

La gauche quant à elle est pratiquement absente de l’échiquier politique, mais demeure influente dans la magistrature. Cela a pour effet que quand la Knesset légifère, la Cour Suprême dispose du droit d’annuler des lois si elle les juge déraisonnables, et peut le faire sans base juridique, logique ou constitutionnelle pour l’étayer. A sa seule discrétion, donc.

La Cour Suprême se comporte parfois comme une force politique à part entière mais dispose du pouvoir de retoquer des lois votées à la majorité par un parlement pourtant élu au suffrage universel. Cette anomalie existe depuis des décennies, mais la magistrature n’a jamais voulu céder la moindre parcelle de pouvoir malgré de nombreux appels à la réforme par une grande partie de l’opinion publique.

Cela a conduit l’extrême-droite et les partis ultra-orthodoxes du gouvernement actuel à soumettre à la Knesset une réforme judiciaire insensée, où les magistrats seraient désignés par le pouvoir en place et où la Cour Suprême n’aurait plus qu’un rôle consultatif.

Il est difficile de faire des prédictions, surtout quand il s’agit de l’avenir, comme disait l’autre. Mais ce qui pourrait arriver, du probable à l’improbable, pourrait être une marche arrière du gouvernement, sa chute suite à un désaccord interne, un compromis avec l’opposition, une paralysie des institutions, un coup d’Etat, ou une guerre civile.

Le problème est et demeure l’absence de Constitution,  bien que le pire ne soit jamais certain.

Israël démocratique et juif ?

Depuis l’indépendance d’Israël en 1948, et pendant des décennies, il allait de soi que le courant politique dominant était celui d’une social-démocratie accommodante, à la fois avec l’humanisme et  le judaïsme. C’était d’ailleurs ce que la plupart des pères fondateurs avaient souhaité. Mais les temps ont changé, et il va falloir déterminer ce que signifie « Israël Etat juif et démocratique », selon la formule consacrée.

En réalité cette formule implique une hiérarchie dans les termes. La s0ociologie de la population a changé, et l’espèce de consensus  qui a longtemps prévalu ne semble plus avoir cours face à la polarisation de la vie politique. Les nouvelles générations n’ont peut-être pas grandi, à tort ou à raison, avec le sentiment qu’une menace existentielle pesait encore sur Israël.

Suzie Navot est professeure de droit constitutionnel et vice-présidente de la recherche à l’”Israël Democracy Institute”. Elle est opposée au projet de réforme du gouvernement actuel.  Mais au-delà de cette prise de position il est intéressant d’entendre ce que cette juriste au dessus de tout soupçon  entend par Israël pays « juif et démocratique ».

Au cours d’une interview récente Navot explique que cette formule doit être comprise « dans cet ordre ». En d’autres termes qu’Israël est d’abord juif et ensuite démocratique. Elle estime que le pays ne pourra jamais être cent pourcent démocratique, parce que la démocratie doit parfois céder la place au caractère juif de l’Etat. Cela  entraine que certains droits, au sens humaniste du terme, ne seront jamais accordés dès lors qu’il entreraient en conflit avec des valeurs juives. Navot précise qu’elle assume cela et estime qu’il fait bon vivre dans un tel pays en tant que juif.

Perfide Dieudonné

L’humoriste Dieudonné, antisémite notoire, a récemment demandé pardon aux Juifs en publiant une tribune dans le mensuel franco-israélien « Israël Magazine ».

Il faut que la liberté d’expression soit la plus large possible, ce qui fait que ce périodique est dans son rôle en publiant Dieudonné. Mais cela signifie aussi que l’on est libre de s’exprimer contre ce qui est dit, montré ou publié quand on est en désaccord.

C’est au nom de cette même liberté d’expression qu’il est permis de dire que Dieudonné est haïssable, et que le tort qu’il a fait aux Juifs est impardonnable. Cet énergumène s’est employé sans relâche à semer la haine antijuive dans ses spectacles, dans les médias et au travers de ses engagements politiques. Il a cautionné le négationnisme le plus académique tout comme l’antijudaïsme le plus primaire. Il ne fait aucun doute que de nombreux antisémites se sont sentis confortés par Dieudonné dans leur détestation du monde juif. Il s’est associé à tout ce que le monde compte de plus obscurantiste, barbare et criminel, dans le seul but de nuire aux Juifs de manière à la fois abjecte et efficace, faisant appel aux instincts pervers d’une certaine populace. Dieudonné est de ceux dont les mots peuvent tuer.

Il faut savoir que Dieudonné est inculte et d’une ignorance crasse. Ses déclarations où il prétend regretter le mal qu’il a causé démontrent qu’il n’a toujours pas compris ce que c’est que le peuple juif, ni ce que c’est qu’Israël. Il entend prouver sa bonne foi en mettant en avant son éducation chrétienne, mais cet illettré bête à mourir ne sait même pas que le christianisme est à l’origine de l’antisémitisme, et que c’est même sa raison d’être. Se réclamer de cette religion qui n’a eu de cesse d’appeler à la  persécution des Juifs tout au long de l’Histoire est stupide et d’une coupable maladresse. Dans une interview avec « Israël Magazine », Dieudonné évoque Benoît XVI en guise de maitre à penser. Mais ce Pape a été membre des Jeunesses hitlériennes et a réhabilité une prière catholique consistant à traiter les Juifs de « perfides ».

Mais Dieudonné n’est jamais en panne d’humour. Sa dernière blague en date est à mourir de rire : il  dit qu’il « n’est pas, et qu’il n’a jamais été, antisémite ».

L’Etat d’Israël n’est pas né de la Shoah

L’idée reçue selon laquelle la Shoah serait à l’origine, ou aurait été déterminante, pour la création de l’État d’Israël est une contrevérité historique et une offense faite aux héros du Yichouv qui ont lutté, souvent les armes à la main, pour l’indépendance d’Israël en expulsant les occupants britanniques de Palestine.

La fable d’un État juif concédé en compensation de la Shoah est malveillante. Elle vise à délégitimer Israël en insinuant que sa création serait un caprice de l’Occident, pris de remords après la découverte de l’horreur nazie, au détriment des populations arabes du Moyen-Orient.

Selon cette narration pernicieuse, Israël serait une anomalie, un anachronisme, une injustice coloniale maquillée en réparation humanitaire. Ce récit est faux. La réalité est que le projet sioniste était déjà bien avancé avant la Seconde Guerre mondiale.

Comme le rappellent des historiens sérieux, parmi lesquels Georges Bensoussan[1] et Yehuda Bauer[2], la marche vers la création de l’État d’Israël avait été engagée depuis plus de soixante ans avant la Shoah.

La sécurité sociale du Yishouv, ses syndicats ouvriers, son système de transport, sa police, l’université hébraïque, son infrastructure agricole, la renaissance linguistique, ses prémices technologiques — tous ces éléments d’un État en gestation étaient en place avant 1939.

Bensoussan mentionne que des bataillons entiers de jeunes Juifs d’Europe, formés aux métiers agricoles et aux techniques militaires en vue de leur aliyah, étaient prêts à venir renforcer le Yichouv. Ces jeunes ont péri dans les camps de la mort, fauchés avant d’avoir pu rejoindre la terre d’Israël.

La Shoah n’a donc pas facilité la création de l’État d’Israël. Elle l’a au contraire compromise en détruisant la génération qui devait en être la force vive.

Yehuda Bauer souligne, dans ses travaux fondamentaux, que si l’émigration juive vers la Palestine n’avait pas été entravée par les autorités britanniques dans les années 1930 (par le Livre blanc de 1939), des centaines de milliers de Juifs auraient pu être sauvés, et la création d’Israël se serait faite plus rapidement et plus puissamment.

Pour Bauer, le lien causal entre la Shoah et la création d’Israël est un mythe historique  : la Shoah n’a pas «  donné  » Israël  ; elle a au contraire failli empêcher sa naissance en décimant une partie essentielle du peuple juif. L’État d’Israël n’est donc pas une conséquence de la Shoah, mais son démenti.

C’est cette vérité qu’il faut transmettre aux jeunes générations  : Israël n’est pas un pays de réfugiés ni de rescapés. Israël est l’expression politique d’un projet de libération nationale qui existait avant Auschwitz et qui se serait de toute façon réalisé, car il répondait à une nécessité existentielle ancrée dans l’histoire millénaire du peuple juif.

La Shoah n’a pas créé Israël. Israël est né malgré la Shoah.

***

[1] Historien spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, en particulier, des mondes juifs.

[2] Historien et un universitaire israélien spécialiste de la Shoah.

Les leçons des élections

La coalition qui vient de remporter les élections en Israël n’est pas l’œuvre de Benjamin Netanyahu, mais celle d’une mouvance idéologique dont le socle est le parti Likoud. Ces élections ne marquent pas non plus la défaite de l’opposition au Likoud, mais celle de frères ennemis au sein même de cette famille politique.

L’hostilité de ces dissidents les a menés au suicide en proposant comme thème de campagne la détestation du chef de file, et non pas un programme de gouvernement. Les rivaux issus du propre camp de Netanyahu ont voulu l’éliminer de la vie publique par des moyens déshonorants et provoqué depuis des années des élections superflues, inutiles et nuisibles. Ils ont bricolé des alliances hybrides en dépit du bon sens, et violé les engagements les plus élémentaires envers leur électorat. Ainsi va la vie de famille, quand on se dispute pour un héritage alors qu’il n’y a ni testament, ni notaire, ni défunt.

Nul doute que l’inquiétude que ressentent maintenant ceux qui aspiraient à être calife à la place du calife est sincère. Le gouvernement dirigé par Netanyahu va disposer d’une majorité assez confortable pour ne pas être exposé à des défections ponctuelles. Il n’est pas non plus tributaire d’une rotation entre deux chefs qui auraient vocation à se torpiller l’un l’autre. Ce gouvernement a des chances de durer.

Le Likoud détient la moitié des sièges de la coalition actuelle. C’est un parti libéral du point de vue économique, qui n’est ni religieux ni extrémiste comme l’autre moitié. Les adversaires du Likoud sont dans leur rôle dans l’opposition, mais la plupart de ceux qui lui sont idéologiquement apparentés ont maintenant le devoir de le soutenir.

Donc rien, sauf leur ego, ne les empêche de rallier le Likoud à la Knesset pour faire contrepoids à l’extrême-droite et aux ultra-orthodoxes. S’ils tiennent vraiment à faire barrage à l’extrémisme, c’est le moment de le démontrer. Ils seraient irresponsables de ne pas le faire, en particulier si Netanyahu le leur propose.

Ils doivent avaler leur chapeau, exercice plus difficile que de retourner leur veste. Ils l’on tellement fait qu’à ce stade elle doit être usée.

Mahmoud Abbas le récidiviste

Il y a quelques semaines à peine Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité Palestinienne, se demandait si « au bout de 74 ans depuis la Nakba et l’occupation, le temps n’est pas venu de mettre un terme à l’occupation pour que le peuple palestinien soit libre et indépendant  ». En d’autres mots qu’il n’y a pas de place pour un Etat juif dans la Palestine historique. Certains ont vu un lapsus dans cette référence à 1948, année de la naissance de l’Etat d’Israël, mais considérant les antécédents d’Abbas il ne fait pas de doute qu’il exprimait là le fond de sa pensée, volontairement ou pas.

Il faut savoir qu’Abbas est titulaire d’un doctorat sous forme de thèse négationniste. D’après lui la Shoah est une mystification dont les Juifs se sont servis pour s’emparer de la Palestine. Depuis lors Abbas n’a eu de cesse que de contester non seulement la légitimité d’Israël, mais aussi celle du peuple juif lui-même par ses déclarations antisémites à répétition.

La semaine dernière ce récidiviste a été reçu à Berlin par le chancelier Olaf Scholz. Abbas n’a pas voulu exprimer de regrets concernant l’assassinat de 11 athlètes israélien à Munich en 1972 par le Fatah, organisation  aujourd’hui sous sa direction. Il a minimisé ce massacre en disant que ce n’est pas grand-chose en comparaison des 50 Shoah perpétrées par les Juifs depuis 74 ans.

Basé sur cette révélation en forme de scoop il appert donc que 300 millions de Palestiniens auraient été exterminés par les Juifs. Mais il y a là une impasse logique: étant donné que le docteur Abbas estime lui-même que la Shoah juive  n’a jamais eu lieu alors ça fait combien 50 Shoah palestiniennes multipliées par zéro ?

Encore un gouvernement de désunion nationale ?

Le gouvernement de Naftali Bennett a vécu. La question maintenant est d’essayer  de comprendre les raisons de cet échec, et d’en tirer les conséquences en vue des prochaines élections. Il y a à ce propos trois courants de pensée : ceux qui savaient dès le début que ce gouvernement ne serait pas viable, ceux qui ne voulaient pas le savoir, et ceux qui aujourd’hui encore ne veulent toujours pas le savoir.

Pour mémoire, lors de la dernière campagne électorale en date, Bennet avait annoncé quelles lignes rouges il s’interdirait de franchir lorsque viendrait le moment de former un gouvernement: Il s’engageait à ne jamais soutenir Yaïr Lapid[1] comme premier ministre, s’opposait à une coalition qui comprendrait les gauchistes de Meretz[2], et excluait toute coopération avec les Arabes de Ra’am[3].

Après les élections, Bennett a formé un gouvernement en violation de toutes ses lignes rouges. Il s’en est expliqué en arguant que cela avait été le prix à payer pour mettre fin aux élections à répétition, et de disposer ainsi d’un gouvernement stable. Cette coalition s’est d’ailleurs autoproclamée « d’union nationale », alors qu’en réalité une telle  coalition ne s’impose que dans des situations extrêmes, quand il y a menace existentielle, comme par exemple lors de la « Guerre des Six-Jours » en 1967.

L’opposition à Netanyahu est légitime, mais former une coalition hétéroclite avec pour seul point commun de considérer que Netanyahu constitue une « menace existentielle », est extravagant et relève du délire. C’est tellement vrai qu’à peine intronisés, des membres du gouvernement Bennett se sont mis à menacer de le faire tomber s’ils n’obtenaient pas satisfaction sur des points mineurs. C’est d’ailleurs ce qui a fini par arriver, ce qui démontre que  les propres piliers du gouvernement ne prenaient pas au sérieux l’épouvantail donquichottesque de la « menace existentielle ».

On a beaucoup reproché à Netanyahu de ne pas se retirer et permettre ainsi à une force nouvelle d’émerger pour mettre fin à la crise de régime. Mais cet argument est à double tranchant : si l’on estime qu’il suffirait que Netanyahu s’éclipse pour régler le problème, on peut aussi penser que si le veto contre lui était levé le problème serait réglé encore plus vite. Bien que le bloc qui soutient Netanyahu ne suffise pas pour dégager une majorité parlementaire, au moins dispose-t-il d’un soutien plus important que n’importe lequel des leaders qui lui sont hostiles. C’est d’autant plus flagrant que l’électorat de droite est majoritaire dans le pays, et qu’il ne serait que démocratique que ce soit ce courant-là qui détienne le pouvoir.

On en arrive au paradoxe qu’un intellectuel de gauche comme Gideon Levy, journaliste emblématique du quotidien « Haaretz », post-sioniste notoire, en vient à considérer que l’opposition contre Netanyahu est une pathologie.  Voici l’essentiel de ce qu’il en dit lors d’un entretien avec Moshe Feiglin [4]: « Netanyahu est une personnalité impressionnante et talentueuse qui a de nombreuses réalisations à son actif. La rage de ses opposants à vouloir l’écarter à tout prix est insupportable. Je ne peux m’associer à cette campagne haineuse et irrationnelle. J’attends de ses adversaires qu’ils proposent quelque chose et quelqu’un, mais je ne vois rien ni personne arriver. Face à cet vide abyssal, et bien que je ne sois pas de son bord, j’en viens à conclure que je préfère Netanyahu. »

Qui dit mieux, à gauche ?

 

 


[1] Président et fondateur de Yesh Atid parti centriste.

[2] Meretz est un parti de gauche, membre de l’Internationale socialiste.

[3] Ra’am est un parti politique arabe proche des « Frères Musulmans ».

[4] Homme politique de droite, partisan de la séparation entre la religion et l’Etat, libéral au plan économique.

Yuval Dayan ou la duplicité en chantant

Lors de la visite récente du Président des Etats-Unis en Israël, la chanteuse Yuval Dayan  a chanté en son honneur au cours d’une cérémonie officielle. Le Président a été ému par sa performance, et a voulu lui serrer la main. Elle est restée les bras croisés, et a ostensiblement refusé la main tendue sous prétexte que sa religion lui interdisait tout contact avec des hommes. Joe Biden, d’un naturel accommodant, ne s’en est pas formalisé. Il n’en reste pas moins que duplicité de Dayan et son manque de savoir-vivre a déclenché une vive polémique.

La foi de Dayan semble être à géométrie variable. Il faut savoir que le judaïsme orthodoxe interdit non seulement aux femmes de serrer la main des hommes, mais aussi de chanter devant eux. Maïmonide, autorité majeure de la Loi juive, était hostile à la musique en général, excepté dans le cadre strict de la religion. Quant à Ovadia Yosef, grand-rabbin d’Israël et décisionnaire de premier plan, il interdisait aux femmes de chanter à la radio, à la télévision, et de se faire enregistrer.

Pourtant la députée Tzipi Hotovely, juive orthodoxe elle aussi, déclarait quand elle était Ministre qu’elle serrait la main des hommes parce que la Loi juive commande d’être courtois avec des dignitaires étrangers. Mais peut-être Dayan a-t-elle créé une nouvelle secte, dont la pratique consiste à vouloir le beurre et l’argent du beurre.

Chute d’un gouvernement sans gouvernance

Naftali Bennett fut un combattant d’élite de Tsahal et en est sorti officier de réserve au grade de major. Après l’armée il  a fait carrière dans  l’industrie des technologies de pointe. Ensuite il est entré en politique dans le parti Likoud aux côtés de Netanyahu. En 2012 il a crée son propre parti dans le but de se positionner idéologiquement à la droite du Likoud, tout en lui restant proche.

Yaïr Lapid a été journaliste, chroniqueur, écrivain, et animateur de télévision. Ce surdoué de la communication, charismatique et consensuel jouissait à l’époque d’une grande popularité. Il avait d’ailleurs  été suivi à la trace par les médias dès son plus jeune âge, étant le fils d’une écrivaine réputée[1] et d’un père ministre[2]. Il est entré en politique il y une dizaine d’années, annonçant d’emblée qu’il aspirait aux plus hautes fonctions.

Lors de la campagne électorale de 2021 Bennett s’adressait au pays dans les termes suivants [3]: « regardez-moi bien en face et écoutez ce que je dis: je ne contribuerai en aucune manière, à aucune condition, dans quelque configuration que ce soit,  à un gouvernement où Lapid serait premier ministre, que ce  soit de manière conventionnelle ou par rotation. Il est hors de question d’intégrer cet homme dans ma coalition du simple fait qu’il s’agit d’un gauchiste. Quiconque prétend autre chose ment. Il ne faut pas croire à la rumeur  qui circule, selon laquelle je m’apprêterais à former une coalisation avec Lapid ; c’est de la foutaise. Quant à Meretz, j’exclue évidemment la participation de ce parti parce qu’il s’oppose au principe même d’un Etat juif et démocratique. Je m’engage donc à ne jamais soutenir de constellation autre qu’un gouvernement ancré à droite. Quant à mon rival Netanyahu, je le mets en demeure de s’engager à ne pas chercher à séduire l’électorat arabe en s’alliant avec le parti Ra’am[4]. » 

Le 13 juin 2021 Bennet remporte les élections. Il forme un gouvernement dont lui et Lapid assureront la fonction de premier ministre par rotation. La coalition de Bennett intègre Ra’am (proche des Frères Musulmans) ainsi que des formations traditionnellement hostiles à la droite, dont Meretz (extrême gauche) et Avoda (socialiste). Son gouvernement s’autoproclame d’union nationale alors qu’il n’a qu’un seul député d’avance sur l’opposition.

Bennet s’en explique en disant qu’il est conscient que sa décision est impopulaire, mais qu’il l’assume dans l’intérêt supérieur de la nation. Il admet que sa coalition est hétérogène et qu’elle pourrait être difficile à gérer, mais que tout doit être tenté pour mettre fin aux élections à répétition. Il pense ainsi atteindre son objectif de disposer d’un gouvernement stable et durable pour quatre ans. A noter qu’il a exigé d’être Premier Ministre avant de passer la main à Lapid, pourtant à la tête d’une  formation qui dispose de près de trois fois plus de députés que lui.

Le seul argument consistant que Bennett avait pu avancer pour justifier sa désertion idéologique et le reniement de ses principes avait été que cela devait garantir une stabilité et une durabilité à son gouvernement hybride. Mais très tôt des lézardes sont apparues. Au bout de quelque temps des membres de la coalition se sont mis à être de plus en plus critiques. Plusieurs députés ont fini par retirer leur soutien, et le gouvernement  est tombé au bout d’à peine un an, conséquence inévitable de son inconséquence.

Ce qui se profile maintenant, c’est que l’électorat de droite, déçu par la vaine volte-face de ses représentants sans rien en échange, pourrait cette fois-ci plébisciter le retour de Netanyahu sur base d’une majorité plus confortable que jamais.

Bennett et Lapid sont des personnalités respectables et des patriotes au-dessus de tout soupçon. Cependant ils ont peut-être vocation à déployer leurs talents dans la société civile plutôt que dans le monde politique.

[1] Shulamit Lapid

[2] Tommy Lapid.

[3] Les sources de ces propos peuvent être identifiées au moyen des liens ci-dessous :

[4] Le parti Ra’am est un parti arabe proche des « Frères Musulmans ».

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