Chers amis,

Mon livre La fidélité au réel est désormais disponible sur la plupart des plateformes de vente en ligne. Voici quatre enseignes auprès desquelles vous pouvez le commander. Cliquez sur le lien de votre choix pour accéder à la page de commande :

FYP Éditions
Amazon
Fnac
Lireka

La conclusion du livre est intitulée « Tenir ». Je vous la livre ci-dessous. Elle  donne une idée de l’architecture de l’ouvrage et de sa tonalité.


Tenir

Ce livre est né d’une position inconfortable : celle d’un homme qui ne croit pas, mais qui pense à travers les catégories que la croyance a forgées. Qui ne milite pas, mais qui refuse de regarder le monde depuis un surplomb prétendument neutre. Qui n’appartient à aucun camp, mais à qui certaines vérités semblent si évidentes qu’il ne peut pas se taire.

La judéité comme nappe phréatique — cette image qui ouvre le livre — dit quelque chose d’essentiel sur la manière dont une identité peut structurer une conscience sans jamais se laisser entièrement saisir. Le judaïsme ne se possède pas. Il se reçoit, se porte, parfois pesamment, parfois avec une légèreté qui surprend. Il circule sous la surface des raisonnements, réapparaît là où on ne l’attendait pas, alimente des exigences dont on ne comprend le nom que longtemps après les avoir éprouvées.

La fidélité au réel est le fil qui traverse toutes les parties de cet ouvrage. Elle s’oppose à la morale compassionnelle qui se dispense de regarder les conséquences. Elle s’oppose au relativisme qui dissout toute exigence dans la pluralité des points de vue. Elle s’oppose au progressisme qui sacrifie les vivants à l’idée. Elle est ce qui reste quand on a renoncé aux consolations — non pas le cynisme, non pas le désespoir, mais une attention lucide à ce qui est, à ce qui a lieu, à ce qui oblige.

Cette fidélité n’est pas naturelle. Elle se construit contre la pente. L’époque préfère les récits rassurants aux vérités inconfortables, les émotions partagées aux jugements distincts, l’indignation spectaculaire à la responsabilité silencieuse. Tenir la fidélité au réel dans ce contexte exige une forme de courage qui n’a rien de spectaculaire — le courage de déplaire, de résister à la pression du consensus, de formuler ce qu’on voit même lorsque personne ne veut l’entendre.

La foi sans croyance — paradoxe apparent qui structure la quatrième partie — n’est pas un jeu de mots. Elle désigne quelque chose de réel : la possibilité de tenir des exigences morales héritées d’un horizon religieux sans partager les croyances qui les fondaient à l’origine. Job, Abraham, Moïse ne sont pas pour ici des figures de dévotion. Ils sont des cas-limites de la morale sous épreuve — des situations où les certitudes s’effondrent, où le sens se dérobe, et où il faut pourtant continuer à répondre. C’est en ce sens qu’ils parlent encore à une conscience moderne, même athée, même sceptique.

La transmission enfin — thème de la cinquième partie — est ce qui permet à tout le reste de ne pas mourir avec ceux qui le portent. Une civilisation ne tient pas par ses institutions, ni par ses lois, ni même par ses grandes œuvres : elle tient par la capacité de chaque génération à transmettre non pas des réponses, mais des questions. À maintenir vivantes les exigences qui ont permis ces œuvres, ces lois, ces institutions. Lorsque cette capacité se fragilise — lorsque l’école renonce, lorsque la langue s’appauvrit, lorsque la beauté cesse d’obliger — c’est la civilisation elle-même qui commence à se défaire.

Ce diagnostic n’est pas un appel à la nostalgie. C’est un appel à la vigilance. Les choses que cet ouvrage tente de défendre — la fidélité au réel, la responsabilité sans garantie, le jugement sans complaisance, la transmission sans mythification — ne sont pas des valeurs d’un autre temps. Elles sont ce dont toute époque a besoin pour ne pas se laisser gouverner par ses propres illusions.

Installé à Tel-Aviv après une longue vie européenne, un homme qui écrit sous les alertes pendant que sa femme est soignée dans le parking souterrain d’un hôpital, n’a peut-être pas d’autre légitimité que celle-ci : avoir traversé assez de temps pour voir revenir les mêmes erreurs, et assez d’obstination pour continuer à le dire.

Ce livre ne propose pas de synthèse. Il propose une manière de se tenir : les yeux ouverts, sans filet, avec la conviction que regarder le réel en face — même lorsqu’il est laid, même lorsqu’il contredit ce qu’on voudrait croire — est la seule forme de respect qu’on puisse lui témoigner.

Translate