Rencontre Rafowicz – Liberman

Avigdor Liberman Olivier Rafowicz

Chers amis,

J’ai le plaisir de vous inviter  à une conférence-débat d’Olivier Rafowicz, colonel de réserve, porte-parole de Tsahal durant la guerre du 7 octobre et candidat sur la liste Israël Beitenou.

Avec la présence exceptionnelle d’Avidgor Liberman, Député à la Knesset, Président – Fondateur du parti Israël Beitenou

L’événement aura lieu à mon domicile lundi 19 octobre 2026 à 18:00.  

L’entrée est gratuite et sera précédée d’un buffet, mais le nombre de places étant limité, merci de le faire par mail à daniel@danielhorowitz.com ou via Whatsapp au +972546438944.

L’adresse : Michael Ne’eman 8, Tel-Aviv (secteur Glilot). Parking gratuit.

A bientôt j’espère,

Daniel Horowitz

Une nouvelle histoire du sionisme – Georges Bensoussan

Dans Une nouvelle histoire du sionisme (1860-1950)[1], Georges Bensoussan embrasse le mouvement dans toute son ampleur : ses sources intellectuelles et spirituelles, ses courants rivaux, ses acteurs, ses débats, ses épreuves. Chaque chapitre pourrait nourrir un article à lui seul. Je n’en retiendrai ici qu’un fil : la renaissance de l’hébreu comme langue vivante. Ce fil suffit à donner la mesure d’un ouvrage d’une grande richesse.

L’histoire offre peu d’exemples d’une langue redevenue celle de la vie publique après avoir survécu près de deux millénaires dans les textes et la liturgie. Les langues naissent, se transforment, meurent ; elles reviennent rarement à la vie. Le latin est resté la langue de l’Église et des savants, sans redevenir celle des marchés de Rome. L’hébreu, lui, a accompli ce passage : du texte à la parole, de la synagogue à la cour d’école, du sacré au quotidien.

Encore faut-il, comme le fait l’auteur, dissiper une idée reçue : l’hébreu n’était pas une langue morte. Il n’avait jamais cessé d’être lu, prié, commenté, écrit. L’écrivain Yosef Haim Brenner le disait « oublié et cependant inoubliable ». La formule dit tout le paradoxe : une langue demeurée présente dans la mémoire et les pratiques d’un peuple, mais qu’il fallait réinventer pour tous les usages de la vie.

À cette renaissance, presque personne ne croyait. Herzl lui-même, fondateur du sionisme politique, pensait plutôt à l’allemand et se demandait, non sans ironie, qui saurait acheter en hébreu un billet de chemin de fer. Il y a là quelque chose de vertigineux : celui qui avait imaginé l’État juif n’avait pas pressenti l’une des plus éclatantes réussites du mouvement. Les révolutions culturelles échappent parfois à leurs théoriciens ; elles prennent forme dans les usages avant de s’imposer comme des évidences.

La mémoire collective a fait d’Eliezer Ben Yehouda le père de l’hébreu moderne. Son dictionnaire, l’œuvre de toute une vie, est un monument. Mais Bensoussan rappelle que l’hébreu était déjà pratiqué dans la communauté séfarade de Jérusalem, où il servait de trait d’union entre Juifs d’horizons divers. Il rend aussi justice aux instituteurs des premières colonies agricoles. Sans moyens, sans manuels, ils durent enseigner dans une langue qui manquait encore de mots : expliquer les mathématiques, nommer les outils, mais aussi donner aux enfants de quoi jouer et se disputer.

On raconte que le fils de Ben Yehouda, élevé exclusivement en hébreu, resta longtemps silencieux, puis s’écria un jour « Abba ! » (« Papa ! ») au plus fort d’une dispute entre ses parents. Le livre signale que l’authenticité de la scène a été mise en doute. Vraie ou non, elle éclaire la mémoire qui s’est construite autour de cette renaissance. Une nation se donne aussi des récits fondateurs ; il est beau que l’un d’eux tienne au premier mot d’un enfant.

L’une des thèses les plus fortes du livre est celle-ci : le sionisme fut d’abord une révolution culturelle. Le premier bâtiment public de Tel-Aviv, relève Bensoussan, fut une école. La culture, écrit-il, est « bien avant la terre et les armes, l’épicentre de l’aventure sioniste ». Bâtir un pays supposait de réinventer une manière d’habiter le monde, et la langue en fournissait la matière. Car une langue est une façon de voir, de nommer, de se souvenir. Retrouver l’hébreu, c’était renouer avec Isaïe et les Psaumes tout en apprenant à dire le tracteur et le téléphone.

Le sacré, observe l’auteur, se déplace sans s’effacer : la langue de Dieu devient celle de la nation et garde quelque chose de son aura. On pourrait parler de sécularisation ; j’y verrais aussi une transfiguration. Celui qui commande un café en hébreu à Tel-Aviv emploie une langue dont les mots portent encore l’écho des prophètes.

Rien n’était joué d’avance. Bensoussan retrace cette « guerre des langues ». Le français avait ses défenseurs, qui craignaient d’enfermer la jeunesse derrière une « muraille de Chine ». Les militants du Bund tenaient l’hébreu parlé pour une lubie d’intellectuels coupés des masses ; les milieux orthodoxes, eux, refusaient que l’on profanât la langue sainte en l’abaissant aux usages ordinaires. Le conflit culmina à la veille de la Première Guerre mondiale autour du Technion de Haïfa, où le Hilfsverein, qui avait contribué à sa création, entendait imposer l’allemand. Démissions, boycotts et pétitions eurent raison de ce projet.

Cette victoire eut un prix. Au début du XXe siècle, le yiddish était la langue de millions de Juifs : celle de la maison, des soirs de fête, des chansons de l’enfance. Pour nombre d’entre eux, choisir l’hébreu signifiait s’arracher à leur langue maternelle. L’historien parle d’une « déchirure ». Beaucoup de sionistes voyaient dans le yiddish la langue de l’exil et de l’humiliation ; d’autres en parlaient tendrement comme d’une langue « mélangée mais aimée ». L’Université hébraïque refusa longtemps de lui ouvrir une chaire. Elle ne s’y résolut qu’en 1951, après l’anéantissement d’une grande partie du monde yiddish. Il y a dans ce retard une part de la tragédie du siècle.

L’impensable, pourtant, advint. Au printemps 1918, Sylvain Lévi, membre de la Commission sioniste envoyée en Palestine et lui-même peu suspect d’enthousiasme sioniste, en faisait le constat stupéfait dans une lettre rapportée par son épouse : « Les gosses dans les rues, les employés, les domestiques, les gens cultivés, tout le monde parle hébreu. » Dès 1922, l’hébreu devint l’une des langues officielles de la Palestine mandataire. Universités, théâtres, puis radio du Yishouv allaient faire vivre cette langue dont le retour à la parole avait paru si improbable.

L’hébreu est aujourd’hui la langue commune de Juifs venus des cinq continents, celle de la littérature et de la science, de l’argot des adolescents et des innovations technologiques. Il continue de s’enrichir, comme au temps des instituteurs des premières colonies. La révolution se poursuit chaque fois qu’un immigrant apprend à dire son nouveau pays dans la langue de ses ancêtres.

Les pages que Bensoussan réserve à cette aventure ne sont qu’une part de son livre ; elles en révèlent toutes les qualités : l’érudition, le refus des légendes faciles, l’attention aux oubliés de l’histoire, la lucidité sur le coût des grandes réussites. Le chapitre sur l’hébreu fait entendre, avec une force particulière, comment un peuple a retrouvé sa voix.

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[1] Gallimard (Folio-Histoire), 2026

Conférence Georges Bensoussan le dimanche 8 novembre 2026 – Invitation

Chers amis,

J’ai le plaisir de vous inviter à une rencontre qui s’annonce passionnante avec Georges Bensoussan, spécialiste de l’histoire juive contemporaine, de la Shoah et du sionisme. Agrégé et docteur en histoire, il a longtemps été responsable éditorial au Mémorial de la Shoah à Paris. 

Il nous présentera Une nouvelle histoire du sionisme (1860-1950), récemment publié chez Gallimard (Folio-Histoire), qui prolonge ses recherches sur les origines intellectuelles et politiques du projet sioniste.

Georges Bensoussan est l’auteur d’Une histoire intellectuelle et politique du sionisme 1860-1940 (Fayard, 2002) et de Juifs en pays arabes. Le grand déracinement (1850-1975) (Tallandier, 2012), deux ouvrages devenus des références. Il a dirigé en 2002 Les Territoires perdus de la République, recueil de témoignages parmi les premiers à alerter sur la montée de l’antisémitisme en milieu scolaire et plus largement de l’islamisme.

L’événement aura lieu à mon domicile dimanche  le 8 novembre 2026 à 19:30.  

L’entrée est gratuite et sera précédée d’un buffet, mais le nombre de places étant limité, merci de le faire par mail à daniel@danielhorowitz.com ou via Whatsapp au +972546438944.
 
L’adresse : Michael Ne’eman 8, Tel-Aviv (secteur Glilot). Parking gratuit.
 

A bientôt j’espère,

Daniel Horowitz

7 octobre, trois ans après : la responsabilité de Gaza

Le 7 octobre 2026, Israël commémorera le troisième anniversaire du massacre. Le responsable a un nom : Gaza. Une société qui l’a préparé pendant des années, qui y a participé le jour venu, qui l’a célébré et qui ne l’a jamais désavoué. Cette responsabilité est celle d’un peuple, même si la culpabilité pénale demeure individuelle.

Vladimir Jankélévitch, philosophe, résistant et l’une des grandes consciences morales du XXe siècle, dénoncait, à propos de l’Allemagne, la fiction d’un peuple innocent des crimes de son régime. Mais Jankélévitch n’a pas écrit « les nazis ». Il a écrit « les Allemands ». Le massacre des Juifs, écrit-il,

« c’est un crime dont un peuple entier est plus ou moins responsable, et ce peuple, après tout, a un nom, et il n’y a pas de raison de ne pas dire le nom de ce peuple ».

Pour le 7 octobre, ce nom est Gaza.

Un crime perpétré au nom du djihad contre les Juifs engage la société qui l’a enfanté. Le 7 octobre ne se réduit ni aux commandos ni à leurs chefs. Chez Jankélévitch, un crime « perpétré au nom de la supériorité germanique engage la responsabilité nationale de tous les Allemands ». Dans ses pages, le parti nazi n’occupe presque aucune place : le coupable, c’est l’Allemagne.

Jankélévitch ne séparait pas le régime du peuple, parce que c’est le peuple qui avait fait le régime. Il parlait d’« un peuple unanimement groupé autour de son chef qu’il avait maintes fois plébiscité avec frénésie, […] en qui il se reconnaissait ».

Le parti nazi a été l’organisation par laquelle le peuple allemand s’en est pris aux Juifs, sur le terreau d’un antijudaïsme séculaire. Ce que ce parti était à l’Allemagne, le Hamas l’est à Gaza. C’est l’instrument de la société gazaouie au service du même objectif.

Le 7 octobre, des milliers d’assassins ont franchi la frontière pour tuer des Juifs chez eux. Ils ont torturé, violé, mutilé, brûlé des familles entières. Ils ont filmé leurs crimes pour en diffuser les images. Jankélévitch a nommé ce qui anime un tel crime : « Un Juif n’a pas le droit d’être ; son péché est d’exister. » Le 7 octobre en a été l’application littérale.

Des centaines de kilomètres de tunnels ont été creusés par des Gazaouis sous leurs maisons, leurs écoles, leurs mosquées et leurs hôpitaux. La machine nazie, écrivait Jankélévitch, « ne pouvait fonctionner que grâce à d’innombrables complicités » : « les bourreaux torturaient, et le menu fretin des petits criminels aidait ou ricanait ». Le 7 octobre, des civils gazaouis ont emboîté le pas aux commandos et participé à la tuerie. Des otages ont été détenus chez des familles ordinaires. Dans les rues de Gaza, des corps et des otages ont été exhibés devant des foules qui applaudissaient, crachaient et frappaient.

Gaza a cultivé la haine des Juifs et l’a transmise à ses enfants. Trois ans après, aucune voix collective ne s’est élevée pour dire : ce qui a été fait en notre nom est un crime. Les manifestations contre le Hamas portaient sur la cherté de la vie, la ruine et la guerre, jamais sur le pogrom. Isaac Herzog, le président d’Israël, l’a dit sans détour : « C’est toute la nation qui en est responsable. »

Gaza est l’expression extrême d’un islamisme mondialisé. À ce soutien s’ajoute celui d’une partie de l’Occident. Dès le 8 octobre, des cortèges défilaient dans les capitales européennes et sur les campus américains, tandis que des responsables politiques refusaient de qualifier le crime de terroriste.

On dit volontiers qu’« on ne fait la paix qu’avec ses ennemis ». Or, avec l’Allemagne , il n’y a pas eu de paix négociée. Il a fallu l’écraser au moyen d’une violence exrême et l’occuper pour en finir avec la guerre. « Sans les blindés de Joukov, de Patton et de Leclerc », écrit Jankélévitch, « l’Allemagne serait encore hitlérienne ». Il a fallu la bataille de Stalingrad, le débarquement de Normandie, les bombardements de Berlin, de Hambourg, de Cologne et de Dresde, la mort de centaines de milliers de civils allemands, puis une capitulation sans condition.

Nommer le mal est d’autant plus nécessaire que le monde s’emploie à l’effacer. « Les pervers, quand on leur parle d’Auschwitz, nous opposent les souffrances des Allemands pendant la guerre, la destruction de leurs villes », écrivait Jankélévitch en 1971. « Du train dont vont les choses, on finira par découvrir que les bourreaux sont les vraies victimes de leurs victimes. » Le ressort de ce retournement, Jankélévitch l’avait mis à nu : « Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. »

Une fois la victime transformée en bourreau, le crime commis contre elle cesse de compter, et la société qui l’a exalté se trouve absoute d’avance. « L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. »

Ce constat terrible de Jankélévitch traverse les époques :

« Les Juifs ont toujours tort : tort de vivre, tort de mourir ; tort de lutter les armes à la main contre les égorgeurs […], tort de se défendre, tort de ne pas se défendre. »

Une société a massivement préparé le 7 octobre, participé au carnage et glorifié ses auteurs. La responsabilité du crime ne s’arrête donc ni à ses organisateurs ni à ses exécutants : elle engage la société tout entière. Jankélévitch nommait l’Allemagne ; nous devons nommer Gaza. C’est au titre de cette responsabilité collective que Gaza est coupable.

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